‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 4 sur 221 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

dans des conditions dissemblables. L'organisme ne dispose pas de deux sortes de modalités réactionnelles, destinées les unes aux états physiologiques, les autres aux états morbides. La physiologie est une, et la physiologie pathologique ne doit être considérée que comme un corollaire de la physiologie normale. Les appareils réactionnels sont évidemment toujours les mêmes; ils agissent toujours de la même façon et obéissent aux mêmes lois.

Comme les excitations normales, les excitations pathogènes s'exercent tantôt sur une partie limitée de l'économie, tantôt sur une portion étendue ou même sur la totalité de l'organisme. On a été ainsi conduit à diviser parfois les causes morbifiques en deux grands groupes : les causes locales et les causes générales. Or l'étude des réactions nerveuses et des processus pathogéniques de deuxième ordre établit que jamais une excitation, normale ou pathologique, ne reste localisée. Elle provoque forcément des modifications de l'organisme entier. Celles-ci se divisent ellesmêmes en deux groupes, suivant qu'il s'agit d'une modification humorale diffusée par le système vasculaire ou d'une modification dynamique transmise par le système nerveux. Dans les deux cas, si le processus local est léger, les manifestations secondaires passeront facilement inaperçues; mais, pour peu qu'il soit intense, des changements notables surviendront dans la nutrition des cellules. La nutrition étant la cause ou plutôt la source de la chaleur animale, ses variations peuvent être mesurées par le thermomètre et le calorimètre. Nous commencerons donc l'étude de la physiologie pathologique par l'histoire de la fièvre et de l'hypothermie. Ce sera le complément des considérations que nous avons présentées sur les processus pathogéniques de deuxième ordre. On saisira facilement, de cette façon, combien est étendue l'influence des causes, en apparences locales.

11 nous faudra envisager ensuite les phénomènes qui se passent au point d'application des causes morbifiques : ce sont parfois des réactions vasculaires, le plus souvent transitoires; ce sont, dans d'autres cas, des manifestations plus profondes, dont l'ensemble constitue l'inflammation.

L'inflammation résulte de deux séries d'actes : les uns se passent dans le tissu envahi; survenant en dehors de toute intervention vasculaire ou nerveuse, ils représentent des manifestations autonomes se produisant sous l'influence directe de la cause; les autres sont des actes réflexes, ayant pour point de départ et pour aboutissant la région irritée; la congestion, les exsudations séreuses, la diapédèse sont régies par le système nerveux. Mais, comme toujours, il ne suffit pas d'envisager les phénomènes locaux : alors même qu'il semble circonscrit, le processus morbide provoque fréquemment des foyers secondaires. Ceux-ci résultent du transfert , par le système vasculaire, d'un agent pathogène figuré, libre ou fixé sur des particules solides; ou bien ils s'expliquent par la diffusion des produits solubles. Ainsi se développent des localisations secondaires, plus ou moins analogues au foyer primitif et suscitant des réactions

Cl iNSI DÉRATlOiN S PRÉ LIMINAIRES.

semblables : 1 s cellules, également irritées, réagissent de la même façon et provoquent, en même temps, des manifestations de nature réllexe.

Les modifications fonctionnelles que nous venons d'indiquer, celles <pii se produisent au point primitivement atteint aussi bien que celles <pii surviennent dans les foyers secondaires, ont pour conséquence des modifications structurales. Puisque c'est la fonction qui fait l'organe et rend compte de son maintien comme de son développement, on conçoit facilement que toute modification fonctionnelle doive provoque)* «les modifications organiques. Les changements survenus dans l'état des vaisseaux, les exhalations des séreuses, l'arrivée et la diapédèse des leucocytes et, d'autre part, les troubles de la nutrition des cellules, la nécrose de certaines d'entre elles, leur disparition et leur remplacement par d'autres éléments, déterminent une série d'altérations organiques dont les unes sont déjà appréciables à l'œil nu, dont les autres sont mises en évidence au moyen du microscope. Par le premier procédé, nous jugeons des altérations de l'organe d'après ses variations de volume, de coloration, de consistance. Par la deuxième méthode, nous étudions d'une façon précise les changements survenus dans la situation réciproque des éléments, et nous pénétrons la nature intime des modifications (ju'ils ont pu subir. Les réactifs histologiques rie sont autre chose que des réactifs chimiques : si le protoplasma ou le noyau se colore différemment à l'état normal et à l'état pathologique, c'est que sa composition chimique s'est modifiée ; et la composition chimique résultant des phénomènes nutritifs, les variations dans les propriétés tinctoriales traduisent, après la mort, les changements survenus, pendant la vie, dans la nutrition cellulaire.

La lésion nous apparaissant ainsi connue la conséquence et la signature des troubles fonctionnels, on conçoit que l'étude de l'inflammation fasse une transition toute naturelle entre la physiologie et l'analomie pathologique.

Seulement J'anatomie pathologique, pas plus que la physiologie pathologique, ne doit être envisagée comme une science particulière et autonome. A l'état morbide comme à l'état normal le protoplasma obéit aux mêmes lois. Pour en saisir l'importance et la généralité, il suffit de faire à l'individu l'application des principes qui règlent l'évolution de l'espèce.

Vanatomie pathologique nous apparaît, dès lors, comme l'étude des adaptations de l'organisme à des conditions nouvelles. Seulement, comme toujours, les adaptations ne sont pas parfaites; provoquées par des nécessités urgentes, elles parent aux premiers accidents, mais, trop souvent, elles deviennent le point de départ de nouveaux troubles : de telle sorte (pie, la cause primordiale ayant cessé d'agir, la réaction morbide ayant disparu, la lésion anatomique persiste; elle évolue à l'état d'affection autonome. A partii* de ce moment, la lésion explique les symptômes morbides. La modification imposée au protoplasma a été trop profonde pour pouvoir rétrocéder : la vie s'est maintenue ; la santé a semblé se rétablir ;

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