CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
l'être a paru revenir, après la maladie, à l'état où il se trouvait avant son développement; pendant des années, aucun trouble ne traduira révolution sourde qui s'accomplit, et, quand les phénomènes morbides éclateront, ils sembleront la conséquence de la lésion anatomique. Pour qui ne tient pas compte de la filiation des accidents, pour qui n'envisage pas la maladie dans toute son évolution, qui se refuse à la poursuivre depuis ses origines premières jusqu'à ses conséquences les plus tardives, la physiologie pathologique semble découler de l'anatornie pathologique. Nous espérons avoir démontré qu'il n'en est rien. Toujours et partout, c'est un trouble réactionnel provoqué par un agent externe, qui détermine la lésion anatomique; celle-ci, à son tour, suscite de nouveaux troubles. Ainsi s'explique le développement des affections organiques, dans lesquelles les symptômes sont en effet sous la dépendance des lésions structurales. Mais celles-ci ne sont que la conséquence, plus ou moins tardive, d'anciens troubles fonctionnels.
Après l'histoire anatomique de l'inflammation, qui aura montré le processus en évolution active, il faudra étudier les lésions qui en sont les conséquences. On devra donc passer en revue les dégénérescences cellulaires, les scléroses, les infiltrations calcaires, et on arrivera ainsi à l'étude d'un processus qui, au premier abord, semble physiologique, mais qui, dans nos conditions sociales, relève toujours de la pathologie : c'est l'involutiôn sénile. Si l'on décèle constamment, chez le vieillard, des lésions organiques, c'est que son existence a été traversée par de nombreuses atteintes morbides dont son organisme garde les empreintes.
Enfin un dernier chapitre sera consacré à l'étude des tumeurs. Ce groupe qui, probablement, sera complètement démembré, comprend actuellement une série de lésions dont nous ne connaissons pas la nature ; laissant de coté celles qui sont liées à des anomalies de développement, on peut, par une induction peut-être prématurée, les considérer comme des réactions provoquées par des parasites. Dans cette hypothèse, la tumeur représenterait une réaction défensive; ce serait encore une lésion anatomique résultant d'un trouble fonctionnel et rentrant dans le groupe des inflammations chroniques.
DE LA FIÈVRE
Par M. LOUIS GUINON
Médecin des hôpitaux.
Bien que la fièvre soit le plus banal des accidents, bien que toutes les écoles et toutes les doctrines se soient efforcées, depuis des sièclesr d'en donner l'explication et d'en analyser le mécanisme, sa nature nous est encore peu connue. C'est en effet un phénomène si complexe, qu'on ne saurait toujours juger « si tel de ses éléments appartient en propre à l'état fébrile ou n'est pas plutôt un accident spécial à la maladie qui l'engendre » (Bouchard).
Actuellement toutefois, l'expérimentation permet de dégager certains éléments ; grâce à elle, on a pu déterminer les origines multiples de l'appareil fébrile et arriver à une conception pathogénique assez précise. Les leçons professées sur ce sujet par M. Bouchard, en 1895, nous serviront de guide dans l'exposé qui va suivre.
Historique. — Ce qui a toujours frappé par-dessus tout les observateurs, aux dépens même des autres traits du tableau fébrile, c'est la chaleur excessive du corps. Ce fut, en effet, pendant longtemps la seule caractéristique de la fièvre, ou plutôt la fièvre était cette chaleur ellemême.
L'expliquer devint le but de toutes les doctrines médicales.
Nous nous garderons de les exposer en détail : L'histoire de la pyrétologie, comme l'a dit justement M. Lereboullet, n'est qu'une énumération d'hypothèses, reflet des idées régnantes sur la physiologie et la pathologie générale. Ce n'est pas que tout soit à rejeter dans ces théories, car on peut dire que toutes les doctrines ont entrevu une part de vérité; les plus anciennes, celle d'Hippocrate et celle de Galien, ont reparu de nos jours sous une forme nouvelle; mais l'étude pathogénique est toute récente et les faits véritablement acquis ne datent que de ces dernièresannées.
Hippocrate, dont la théorie était tout humorale, attribuait la fièvre sr l'altération des humeurs; la coction avait pour but de combattre ces altérations.
Pour Galien, la fièvre est une chaleur contre nature et qui va jusqu'au cœur. Calor prœter naturam substantiel febrium. Cette chaleur contre