IL. GUINON.J
DE LA FIÈVRE
nature existe par elle-même, comme la chaleur naturelle qui est innée, qui se transmet et se divise sans s'amoindrir : ignis ignem gênerai.
C'est la doctrine de Galien plus ou moins modifiée par Avicenne qui domine la médecine du moyen âge et même du xvne siècle.
La découverte d'IIarvey (1628) fournit un nouvel élément à la théorie de la fièvre. Boerhave s'en empare et rapporte tout à l'accélération de la circulation, au grand mouvement des fluides qui partent du cœur, irrité par une cause morbifique et par la résistance que lui causent les vaisseaux obstrués ; cette obstruction résultait elle-même de l'augmentation spontanée de la consistance du sang ou d'altérations dans sa composition (Lereboullet).
Telle est la doctrine des iatvomécaniciens.
C'est encore dans le spasme vasculaire et les mouvements des fluides qu'Hoffmann et Cullen trouvent l'explication de la fièvre.
Les médecins du xvme siècle cherchent beaucoup plus à élucider l'étiologie que la pathogénie ou la physiologie pathologique de la fièvre. « Ils accordaient une importance considérable au chaud, au froid, à l'humidité, aux influences saisonnières, à d'autres influences encore dont la nature leur échappait. La maladie résultait de l'action de ces causes; mais chaque cause imprimait à la fièvre une expression symptomatique particulière, de sorte que, quelle que fût la localisation de la maladie, poumon, plèvres, jointures, intestins, les symptômes généraux permettaient de dépister la .cause et de discerner la variété de la fièvre. » (Bouchard.)
Au commencement de ce siècle, on cherche dans les lésions des organes le substratum de la fièvre; « l'essentialité de la fièvre disparaît, la fièvre n'est plus qu'un symptôme de la lésion locale, et si la lésion n'existe pas, on l'invente ». Déjà, à la fin du xvne siècle, Baglivi considérait les lésions de l'estomac et des intestins comme causes de différentes sortes de fièvre; Chirac les croyait dues à une inflammation du cerveau et des «organes de la digestion (Lereboullet). Broussais s'efforce de détruire la doctrine des fièvres essentielles; toute fièvre est due à une inflammation, à une irritation, et la plus importante, celle qu'il retrouve partout, c'est la gastrite ou la gastro-entérite.
Les successeurs de Broussais, représentants de l'école organicienne ou anatomique, sans ramener toute fièvre à la gastrite, cherchent encore et toujours un substratum inflammatoire, une angéioténite (Bouillaud), une angéiohémite (Piorry).
Cependant, Anclral combattait cette idée : « la lésion locale, dit-il, n'est pas la cause de la fièvre », et il donnait pour preuve l'hépatisation pulmonaire qui peut persister alors que, depuis plusieurs jours, fièvre et malaises ont disparu.
Depuis lors, on s'attacha toujours beaucoup plus à analyser les éléments de la fièvre qu'à en tixer la pathogénie. L'usage du thermomètre en clinique, appliqué par Baerensprung, Traube, Wunderlich, puis définitivement adopté, fournit une base solide à l'étude physiologique; les expé-