LA TEMPÉRATURE NORMALE
riences de Cl. Bernard mirent en saillie l'importance des troubles vasomoteurs dans la fièvre.
En 1855, Vogel, Traube et Jochmann, Wachsmuth, Moos, étudient la composition de l'urine et montrent ainsi les troubles de la nutrition cbez les fébricitants.
Quinze ans plus tard, Leyden enseigne que dans la fièvre l'excrétion d'acide carbonique est augmentée. Ainsi se constitue peu à peu toute la physiologie pathologique de la fièvre.
Mais la pathogénie restait encore lettre morte.
Avec 0. Weber apparaît la première notion positive, quand il établit que la fièvre traumatique est due à la résorption de substances pyrétogènes élaborées dans les plaies (1864).
La bactériologie renouvelle entièrement l'étude de la fièvre; elle montre que l'introduction de certains microorganismes produit l'élévation de la température et tous les symptômes fébriles. Mais on va plus loin : on analyse le mode d'action de ces microbes; Charrin et Rulfer, en 1889, montrent que leurs produits solubles élèvent la température, et les preuves s'accumulent dans la suite.
Dès lors, on peut pénétrer le mécanisme de la fièvre infectieuse. Nous verrons, chemin faisant, les efforts qu'on a faits dans ce sens. Nous exposerons longuement cette pathogénie, telle qu'on peut la comprendre d'après les recherches expérimentales récentes.
La température normale. — Ses limites et ses lois. — La
caractéristique la plus constante de la fièvre est l'élévation de la température. Ce n'est cependant qu'un élément entre beaucoup d'autres que nous commençons à bien connaître, mais c'est le plus frappant, le moins trompeur, et le seul qui soit à la portée d'une évaluation rapide et de tous les instants.
Pour reconnaître et mesurer la fièvre, il faut connaître la température normale; pour comprendre la fièvre, il nous faut étudier les limites de la température normale, ses lois, ses variations, ses limites, enfin ses origines, et les rapports de ses variations avec celles de la nutrition.
Le corps humain n'a pas la même température dans toutes ses parties : la température de l'aisselle n'est pas celle de la main, ni du rectum, ni à plus forte raison celle des viscères. Chacune de ces parties n'a pas non plus une température toujours la môme, car celle-ci se modifie incessamment; mais on peut dire que, pour chaque partie du corps, elle suit un cycle et que ces différents cycles partiels sont parallèles.
La fixation d'une moyenne a beaucoup préoccupé les observateurs ; après des recherches faites en différentes régions, on a fini par adopter comme fournissant des températures plus constantes et plus comparables le rectum, le vagin, la bouche et l'aisselle.
Hunier est le premier qui ait donné une moyenne acceptable ; pour le rectum 56°, 95 à 37°, 22. Les recherches modernes ont donné des chiffres
[L. GUINON.]
DE LA FIÈVRE
comparables : 57V27 à 58°, 14 (Jùrgensen), 57°, 55 (Wunderlich), 57°, 65 (Redard), 57°, 29 (Oertmann). La température axillaire est en moyenne de 57° (Wunderlich), 36°, 97 (Baerensprung). L'écart entre ces deux régions est de 0°,25 à 0°,70.
L'homme est parmi les êtres à température constante celui dont la température est la plus basse. Mais tout en restant dans les limites de la santé et avec des conditions extérieures normales, la température oscille, pour le rectum, de 56°, 6 à 57°, 6; pour Faisselle de 56°, 2 à 37°, 4; chez l'enfant et le vieillard, les oscillations sont même plus considérables. Or, on peut facilement reconnaître par une observation régulière que ces oscillations suivent une marche fixe, qu'elles présentent des minima et des maxima réguliers, et qu'en outre elles fournissent une moyenne constante pour chaque sujet et pour chaque région.
On peut distinguer ainsi des moyennes pour chaque moitié de la journée : l une pour la nuit, qui est de 56°, 94 (température rectale), l'autre pour le jour, qui est de 57°, 55; une troisième enfin, pour la journée totale, qui est de 5 7°, 20. Ces lois résultent des recherches de Jùrgensen, sur la température rectale ; de Mantegazza, sur la température des urines; de Gibert, sur la température axillaire; elles ont été confirmées par Ch.Richet, Bouchard, Gley, Rondeau. Le maximum quotidien a lieu entre 4 et 7 heures du soir (Jùrgensen, Bouchard), entre 3 et 5 heures du soir (Richet); le minimum a lieu entre 5 et 5 heures du matin. H est de 56°, 7 (Jùrgensen), 56°, 4 (Baerensprung. Richet).
Donc, chez un homme en état de santé qui s'éveille à 6 heures du matin, la température qui est à ce moment de 56°, 9 s'élève lentement jusqu'à 7 heures du soir (ascension de 10 heures), puis descend pendant 8 heures jusqu'à 5 ou 4 heures du matin pour remonter ensuite f1).
Mantegazza admet que la température centrale augmente à partir de 5 heures du matin, atteint un premier maximum entre 10 heures et 11 heures, retombe lentement, puis remonte pour atteindre un deuxième maximum vers 5 heures. Les variations sont généralement constantes, même quand on intervertit les opérations de la journée et que l'on fait de la nuit le jour (Krieger).
Toutefois, si l'interversion est la règle ou si elle se prolonge, la courbe thermique peut se modifier. C'est ainsique Debczynski (cité par Rosenthal) a vu, chez les boulangers qui travaillent la nuit, la température atteindre le matin 57°, 8 et le soir 57°, 5. De même Maurcl serait arrivé, en nourris-
[l) Voici les chiffres obtenus par Gibert (du Havre) et rapportés par Richet :
3 heures du matin 38°, 7
7 — Réveil.
8 — du soir 37%4
Sommeil.
5 heures du matin 56°, 7