‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 62 sur 221 · CONGESTION ET SCLÉROSE · texte numérisé non relu

CONGESTION ET SCLÉROSE

dérable au parenchyme hépatique dans la genèse du diabète; plus tard on a relégué cette conception au second plan. Actuellement, il semble, en particulier après les expériences de Chauveau et Kaufmann, que la glycosurie puisse dériver d'une action exercée par le pancréas, action indirecte réclamant le concours des centres nerveux, action directe, suivant Laguesse, se produisant en dépit des sections médullaires, aboutissant, dans un cas comme dans l'autre, aune fluxion marquée. — La cellule pancréatique cxerce-t-elle cette fonction de glande interne grâce à un ferment glycolytique ou bien à l'aide de composés plus ou moins analogues aux peptones : on ne saurait actuellement le dire.

[lue simple exagération fonctionnelle consécutive à une activité digestive excessive, à une alimentation spéciale ou à une intoxication, un changement secondaire à l'introduction d'éléments générateurs de glycogène ou destructeurs de globules rouges, partant formateurs de matières propres à être transformées en pigments de la bile, toutes ces conditions, d'autres avec elles, entraînent des augmentations de volume, parfois de la glycosurie.

En dehors des troubles concernant le sucre, les composants biliaires, la glycogénie, qui a tant d'importance dans la nutrition, dans le mécanisme des opérations physico-chimiques de l'organisme, d'autres modifications humorales peuvent être la conséquence de ces hyperémies de la glande abdominale. — L'urée varie, augmente fréquemment, quelquefois diminue, bien que ces diminutions supposent le plus ordinairement que la phase congestive a fait place aux processus de dégénérescence; l'acide urique subit également des oscillations. Aussi, dans la goutte, il n'est pas rare de constater un accroissement de la matité hépatique, une pesanteur dans l'hypochondre droit, etc., etc. : c'est le foie torpide des auteurs anglais.

L'hémaphéisme, l'urobilinurie sont encore au nombre des accidents, des changements humoraux qui, accompagnant ces perturbations circulatoires, font soupçonner les relations de cet organe avec le sang, avec certains pigments; toutefois, il est nécessaire de formuler des réserves à l'égard de ces deux phénomènes chromatiques, dont la genèse est loin d'être aussi simple que le supposent quelques médecins habitués à trancher trop aisément ces questions si difficiles, si obscures, si complexes.

A vrai dire, au début, il est inouï d'enregistrer ces phénomènes comme ceux qui ont trait à la peptonurie, à la présence des éléments ammoniacaux, à l'apparition, à l'augmentation des acides sulfo-conjugués, aux grandes perturbations digestives ; on les observe plutôt lorsque les phases interstitielle ou dégénérative ont remplacé la congestion.

De fait, nous l'avons remarqué, il est peu de viscères dont l'hyperémie passive aboutisse aussi facilement que celle du foie à l'organisation fibreuse, qui tôt ou tard conduit à des infiltrations pigmentaire, granuleuse, graisseuse.

Des irritations préalables dues à l'alcool ou à divers agents, des dispo-

[A. CHARRIN.]

SYNERGIES ORGANIQUES ET HYPERÉMIES VISCÉRALES.

sitions vasculaires particulières, des scléroses artérielles, etc., favorisent ces influences cardiaques, ces asystolies partielles que trahit le pouls jugulaire ou hépatique, que caractérise la dilatation des veines au centre des lohules à périphérie moins colorée : les noms d'Andral, de Wickham Legg, de Bouillaud, de Gendrin, de Murchison, de Friedreich, deTalamon, dé Hanot, de Sabourin, de Dumont, etc., se rattachent à cette question.

Il suffirait d'invoquer les changements vaso-moteurs occasionnés par la lithiase biliaire, par la colique hépatique, pour mettre en lumière le rôle du système nerveux, des réactions, des réflexes, dans la genèse de ces fluxions. --Les conduits de la bile, le tissu, les nerfs de l'organe sont capables d'être le point de départ d'une série d'actions qui gagnent les centres pour se réfléchir sur la petite circulation ; c'est ainsi qu'en irritant la muqueuse du cholédoque, celle du tube digestif, on détermine une élévation de pression dans les réseaux de l'artère pulmonaire, élévation de pression capable de faire apparaître cette insuffisance tricuspidienne fonctionnelle fréquemment appelée maladie de Potain : si on sectionne tantôt le sympathique, tantôt le vague, on ne tarde pas à préciser les chemins parcourus par ces réflexes, qui parfois provoquent cet accident important et curieux sous l'influence d'un afflux trop abondant du sang dans le parenchyme de la glande abdominale.

Ici, ces réflexes ont pour point de départ cette glande congestionnée; dans d'autres circonstances, des réactions analogues aboutissent à cette glande; elles ont pour origine tantôt le pancréas, comme le démontrent les innombrables recherches relatives au diabète, tantôt d'autres départements de l'économie.

Conformément à nos remarques, l'estomac atteint de gastralgie, de gastrite, de dilatation, provoque des hyperémies hépatiques, soit par un processus indirect, nerveux, soit en obligeant cet organe à se surmener; on sait les notions importantes dues au professeur Bouchard relativement à la fréquence des hypertrophies du foie chez les dyspeptiques; ces gros foies occasionnent de temps à autre l'albuminurie, la peptonurie, etc.

Le rein impose à ce viscère un travail quelquefois excessif, nécessité par un défaut d'élimination; ce défaut d'élimination dérive tantôt de l'imprégnation des épithéliums des tubuli par la bile ou le glycogène, tantôt des variations que le fonctionnement anormal de l'organe biliaire fait naître dans la composition de l'urine soit au point de vue des pigments, du sucre, des peptones, de l'urée, de l'acide urique, des matières extractives, de l'ammoniaque, des acides sulfo-conjugués, soit, avec le concours de l'intestin, à l'égard de l'indican, des phénols, de certains toxiques, etc. ; le parenchyme rénal, devenu peu perméable, oblige alors le foie à détruire les poisons retenus à l'intérieur. Or, suivant quelques auteurs, ce supplément de besogne déterminerait des perturbations circulatoires ; d'après Hanot, d'après Gaume, on observerait surtout des lésions cellulaires.

STASES SPLÉNIQUES ET RÉSISTANCE DE L'ÉCONOMIE. — FIÈVRE. m

Une infinité de causes, en dehors des actions directes, traumatiques, en dehors des corps étrangers, des kystes, des néoplasmes, etc., sont capables de faire naître une zone d'hyperémie plus ou moins circonscrite; ces causes relèvent de l'infection, des diathèses, des troubles de la nutrition, des réactions nerveuses, des affections viscérales, des lésions cutanées génératrices des répercussions profondes ; elles se montrent propres à engendrer, à des degrés divers relativement à la durée ou à l'intensité, des congestions actives ou passives localisées dans le parenchyme hépatique.

Il est bon de noter que ces fluxions, dans ce tissu aussi bien que dans le rein, agissent tant sur les pressions que sur les vitesses. Or, si on veut que le sucre soit fixé, retenu en quantité voulue, il convient de ne pas donner au courant sanguin une rapidité trop forte ou une lenteur trop faible; si on veut que la bile passe dans les conduits qui lui sont destinés, non dans les capillaires sanguins, il importe que la tension ne soit pas trop inférieure dans ces capillaires ou trop élevée dans ces conduits ; de fait, plus d'une fois cette tension fléchit dans le système artériel, augmente dans le réseau portai; il en est ainsi, d'après Pitres, Gilbert, etc., chez les ascitiques porteurs de cirrhoses de Lacnnec. — Ces considérations, d'autres encore insuffisamment développées parfois dans les auteurs montrent la valeur d'un iatro-mécanisme modéré, de ces désordres congestifs dans le jeu des glandes, tout au moins de la plupart d'entre elles, dans celui du pancréas, de la parotide, des sous-maxillaires, de la mamelle, etc.

La rate est fréquemment soumise à Thyperémie en même temps que le foie. Dans certains cas, il s'agit d'une simple gène de la circulation porte; dans d'autres circonstances, le mal qui a frappé un de ces viscères -a également frappé l'autre : telles la malaria, une série d'infections.

En fait, ce sont surtout les processus bactériens qui occasionnent ces augmentations du tissu splénique, bien que le cœur puisse intervenir au point de déterminer des souffles, des battements, en particulier, au cours de l'insuffisance aortique; les éléments contractiles décrits par Henle, Gerlach, Kollikcr entrent ici en activité.

Vouloir citer, sans en omettre aucune, les pyrexies propres à agir sur ce viscère, équivaudrait à entreprendre rénumération de la liste à peu près complète des diverses affections microbiennes ; toutes sont, en effet, capables de provoquer dans la pulpe splénique un afflux de leucocytes, de globules rouges, de microphages, de macrophages, de ferments figurés, d'agents pathogènes. C'est, en effet, pour une série d'auteurs, dans cette pulpe qu'aurait lieu en grande partie la lutte entre ces agents pathogènes et les cellules protectrices chargées de les englober, de les digérer, de les détruire; même en dehors des périodes aiguës, ce viscère sert de refuge à une foule de germes, d'hématozoaires : l'histoire du microbisme latent et plus récemment les travaux de Carrière et de Vanverts nous l'ont appris.

[A CHARRIN.]

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