LA TEMPÉRATURE NORMALE
sant les lapins la nuit pendant quelque temps, à élever leur température le matin plus que le soir; une fois ce résultat atteint, il persisterait.
A quoi attribuer les oscillations de la journée normale? On ne saurait invoquer l'influence du sommeil, puisque la température commence à s'élever pendant qu'il dure encore, ni celle du travail et de la digestion ; car, si le repas du matin est pour quelque chose dans l'élévation de l'après-midi, on ne saurait comprendre l'abaissement qui suit le repas du soir et le travail de la journée. Maurel tente cependant d'expliquer les oscillations par la triple influence de l'alimentation, de la lumière et des mouvements; se basant sur l'expérience que nous avons rapportée plus haut, il admet que, étant donnée une exacerbation thermique normale de
1 2 3 S fc 7 8 9 10 M 12 1 2 3 <<- S 6 7-8 l> 10 11 12 i
heures (matin) (soir)
Fig. 1. — Courbe quotidienne de température rectale. (D'après Jiirgensen.)
1 degré environ, on peut rapporter 5 à 6 dixièmes à l'influence de l'alimentation et le reste, par parties égales à peu près, à celle des mouvements et de la lumière. Mais il faut tenir compte, chez l'homme, dit M. Richet, de l'activité psychique, et aussi de l'activité musculaire qui a certainement une grosse importance, comme le prouvent les observations de Debczynski. Si véritablement l'alimentation peut influencer beaucoup la température, on peut expliquer la contradiction que présentent le repas du matin suivi d'ascension, et celui du soir suivi d'abaissement, par ce fait que la digestion du premier repas coïncide avec la mise en action de toutes les fonctions organiques; au contraire, après le repas du soir, la cessation de l'activité musculaire et nerveuse annihile l'influence thermogène de la digestion.
L'élévation de la température vespérale résulte donc de l'activité organique générale ou mieux de l'activité du système nerveux qui commande Ses actions chimiques de l'organisme; il y a là comme un cycle dans l'activité de la vie organique qui a, elle aussi, sa période de sommeil; en un mot, ce rythme journalier dépend, non de la production plus ou moins forte de chaleur, mais de la régulation de cette chaleur (Richet).
Mais cette régulation elle-même, par quel mécanisme s'est-elle ainsi
[L. GVINON.]
DE LA FIÈVRE
établie? Admettons, avec M. Bouchard, que le travail, le repos, le sommeil, les aliments, le chaud et le froid, par une action combinée que nous ne saurions analyser, ont amené ces variations; celles-ci, par l'accoutumance et l'hérédité, ont acquis la rigueur que présentent certains actes dévolutions périodiques, comme l'intervalle qui sépare les règles ou la durée de la grossesse.
Oscillations accidentelles de la température. — Les oscillations de la température normale se produisent toujours à la même heure et donnent pour une période de vingt-quatre heures la même moyenne pour chaque individu (Jiirgensen).
Mais qu'arrive-t-il quand la température est troublée momentanément par une cause extérieure? Alors les oscillations augmentent et tendent à rétablir la moyenne normale, mais elles n'arrivent pas immédiatement à ce résultat quand la perturbation a été forte; dans ce cas, la période de compensation porte non seulement sur la journée qui suit la perturbation, mais sur les jours suivants.
C'est ce qu'ont établi les expériences de Jùrgenscn. Un bain froid de 10 à 11 degrés, prolongé de vingt-cinq à quatre-vingts minutes, produit un abaissement de température de 5°, 6 (*). Au bout de quatre à sept heures, le sujet a regagné sa température normale ; mais elle continue à monter encore pendant sept à onze heures, plus haut et plus longtemps que la température normale, en sorte que, au bout de vingt-quatre heures, malgré rabaissement primitif, la moyenne est seulement de 0°,46 inférieure à la normale. Le lendemain, la moyenne est plus élevée que la normale, et, comme résultat final, la moyenne des deux ou trois jours employés à la compensation reste 5 7°, çl.
De même, après un bain de vapeur qui a élevé la température jusqu'tà 40 degrés, on voit dans les heures suivantes un abaissement prolongé ; la moyenne du premier jour est supérieure à la normale, puis la moyenne redevient régulière les jours suivants.
Il existe donc une tendance à la compensation; V effort compensateur, comme ï amplitude des oscillations sont proportionnés à V étendue de la déviation première. Telle est la loi des compensations qu'a établie Jiirgensen. M. Bouchard a vérifié l'existence de ces oscillations à propos de deux malades intoxiqués par l'acide phénique, dont il a rapporté l'histoire dans ses leçons sur les auto-intoxications. Il s'agit de deux hommes adultes atteints de fièvre typhoïde, auxquels on donna par erreur, à deux minutes d'intervalle, un lavement d'un litre contenant 48 grammes d'acide phénique; au bout de quelques minutes, malgré une irrigation intestinale de 15 litres d'eau, ils étaient dans le coma, avec une température de 54°, 8 : notons que l'un avait 40 degrés avant l'accident, et
(4) Cet abaissement peut être beaucoup moins fort; chez un sujet habitué à l'action de l'eau froide, un bain de trois heures à la température de 15 degrés, n'abaisse la température que de 1 degré. (Lefèyre. Soc. de biol., 16 mars 1897.)