‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 70 sur 221 · CERVEAU ; MOELLE; NERFS. — POISONS ; TOXINES · texte numérisé non relu

CERVEAU ; MOELLE; NERFS. — POISONS ; TOXINES

De tous les territoires de ce névraxe ceux qui se trouvent au niveau du bulbe sont peut-être les zones dont les modifications vasculaires intéressent au plus haut point les manifestations vitales. D'autre part, les agents propres à créer la fluxion du cerveau sont aussi capables de faire apparaître des hyperémies médullaires généralisées ou localisées, intéressant de préférence telle ou telle substance, tel ou tel cordon, tel ou tel centre en rapport avec l'intestin, avec les organes génitaux.

On réalise expérimentalement ces hyperémies aussi bien que des anémies ; Stenon, Stannius, Longet, Panum, Coze, Feltz, en se servant des embolies, ont, en effet, établi cette donnée, également mise en évidence par Duchek, Barié, etc., en rétrécissant l'aorte. Tous ces changements se traduisent par des douleurs, des névralgies lombaires, des désordres sphinetériens, des accidents paraplégiques, etc. ; ces perturbations sont le plus souvent passagères, quand l'inflammation, l'hématomyélie, etc., ne font pas suite à ces vaso-dilatations.

Ajoutons que de nombreux troubles se rapportant à l'accès d'épilepsie, à la migraine, à certaines paralysies, aux névroses, à l'hystérie ou à des phénomènes physiologiques, comme le travail intellectuel, le sommeil, etc., ont été rattachés par quelques auteurs, à l'exemple de Kusmaul, de Tenner, de Dubois-Reymond, etc., à des spasmes vasculaires; d'autres chercheurs, parmi eux Brown-Sequard, invoquent, pour expliquer ces troubles, des congestions nerveuses centrales.

Les nerfs périphériques jouent un rôle dans ces processus; leur congés tion se traduit, pour son propre compte, par des symptômes moteurs, sensitifs, trophiques, etc.

Les éruptions hyperéniiques, les érythèmes cutanés sont fréquemment l'œuvre des processus toxiques; la quinine, l'acide salicylique, l'antipyrine, la belladone, le mercure, les iodures, etc., peuvent les faire apparaître, tout aussi bien que des corps introduits par des aliments avariés ou issus des fermentations digestives devenues excessives.

Les sécrétions bactériennes, en raison de leurs attributs vaso-moteurs, agissent de leur côté, comme aussi les éléments diathésiques, goutteux, arthritiques; ces principes font naître des zones congestives variables au point de vue de l'étendue, delà distribution, du nombre, de la coloration. Ces zones contiennent de temps à autre des microbes divers qui, dans certains cas, concourent à provoquer ces afflux sanguins; dans d'autres circonstances, apportés par la circulation ou prééxistant à la surface épidermique, ces parasites se sont développés sur ces territoires compromis dans leur vitalité parla stase, par la lenteur de l'apport ou de l'épuration : les fièvres éruptives offrent le type de ces hyperémies de l'infection, hyperémies du reste communes au cours des différentes pyrexies.

Les expériences de Nothnagel sur les troncs périphériques ont bien mis en lumière les actions nerveuses, directes ou réflexes, dans la genèse de ces congestions. — Coupez un filet sympathique, et bientôt la rougeur qui survient met en évidence ces mécanismes directs ; d'autre part, déter-

CARACTÈRES DE L'ÉRYTHROMÉLALGIE.

minez la vaso-dilatation de l'oreille ou de la patte gauche, en irritant, à l'exemple de Lowe, de Vulpian, l'oreille ou la patte droite, et promptement vous saisirez la réalité de ces phénomènes réflexes.

Les lésions aussi bien centrales que périphériques sont donc capables de faire naître ces zones congestives ; de simples névralgies, des émotions, des agents psychiques, etc., sont au nombre des générateurs propres à engendrer de telles perturbations; c'est, de préférence, aux extrémités que s'accentuent ces troubles vasculaires, qui persistent ou se montrent par accès : l'érythromélalgie en offre un remarquable exemple.

Cette maladie a pour siège de prédilection les membres inférieurs ; on s'observe cependant aux bras, beaucoup plus rarement aux pavillons auriculaire ou aux pommettes. — La douleur est le premier phénomène éprouvé; elle est ressentie soit dans les deux pieds, soit dans un seul; c'est une sensation de fourmillement, de brûlure, de déchirement, qui arrache des cris au malade: elle est exagérée par la pression, par l'action des hautes températures, par l'attitude verticale; elle diminue soit dans la position horizontale, soit par l'application du froid, etc. — Sur toute la sphère douloureuse, la surface est rosée, violacée ou d'un pourpre foncé; ce n'est pas l'aspect livide, cyanosé de la gangrène, c'est plutôt une teinte phlegmoneuse. Les téguments paraissent tuméfiés ; les veines se gonflent ; les artères battent violemment, au moins au début ; il semble qu'on ait placé une ligature autour du membre. La peau est chaude ; le thermomètre marque deux ou trois degrés de plus que dans la région correspondante du côté sain. On peut observer simultanément, mais d'une façon très inconstante, de la rougeur du fond de l'œil, des troubles de l'ouïe, de la céphalalgie, du vertige, des poussées fluxionnaires de la face. — Après une durée qui varie de quelques minutes à plusieurs heures, ces douleurs s'atténuent; cette rougeur disparait; l'accès prend fin.

Dans l'intervalle de ces accès, les extrémités atteintes sont souvent froides, pâles; pourtant habituellement les téguments ne présentent pas de troubles trophiques. — La sensibilité au contact, à la température est ordinairement normale ; la pression ramène les paroxysmes ; aussi la marche est-elle difficile; le malade, n'osant appuyer le pied à terre, se meut à l'aide de béquilles, se traîne sur les genoux. — Les réflexes sont intacts ou un peu augmentés; en général, les muscles réagissent bien à l'électricité; on a parfois noté un certain degré d'atrophie accompagné de douleurs en ceinture, indice probable d'une lésion spinale.

L'évolution est progressive. — Au début, la souffrance peut être le seul phénomène observé; tôt ou tard il s'y joint des troubles vaso-moteurs. D'abord limités à une portion du pied, ces accidents douloureux, congestifs, s'étendent bientôt à la jambe, à la cuisse; le membre opposé est pris en même temps ou consécutivement; toutefois, les symptômes sont toujours plus marqués d'un côté. — A la longue, les accès se rapprochent ou sont suscités par des influences de plus en plus légères, telles que la

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