INFLUENCE DES CONDITIONS EXTÉRIEURES SUR LA TEMPÉRATURE NORMALE
que l'autre était convalescent. Au bout de quelques heures ils revenaient à eux, et tous deux avaient le soir une température de 41°, 8; le lendemain matin, la température était normale (57°, 4), et tous deux restaient guéris.
De même, dans une observation de M. Roger : un homme, après l'ingestion d'un verre de solution phéniquée, présente une température rectale de 55°, 8, puis, quelques heures après, celle-ci remonte à 59°, 5.
Ce sont là autant d'exemples d'oscillations compensatrices pour maintenir la moyenne normale. Nous retrouverons des faits analogues dans l'évolution terminale des fièvres, « car, dit M. Bouchard, Y oscillation est une loi générale dans le monde organique, comme dans le monde inorganique (pendule, ressort, corde tendue); la continuité d'action n'existe pas; l'oscillation est la série d'efforts inverses qui tendent à l'équilibre, mais qui dépassent quelquefois le but en pathologie ».
Cet effort naturel peut d'ailleurs être altéré ou masqué par le retour régulier d'une cause perturbatrice; par exemple, des bains froids quotidiens produisent un abaissement de la moyenne thermique des vingtquatre heures; mais, chaque jour, cet abaissement devient moindre, bien que rabaissement momentané puisse rester le même; enfin, il arrive un moment où la moyenne ne s'abaisse plus et peut même dépasser la normale.
Influence des conditions extérieures sur la température normale.
— Les modifications du milieu extérieur n'influencent généralement que d'une manière insignifiante fa température de l'homme sain ; encore cela n'est-il vrai que des températures périphériques (bouche, aisselle), la température rectale varie beaucoup moins (M. Raynaud, Eydoux et Souleyet). Toutefois, ces variations deviennent appréciables chez les nouveaunés et les enfants; les animaux présentent aussi quelques variations de leur température propre quand la température extérieure change beaucoup. Richet a reconnu chez le lapin une oscillation de 0,5 pour une. variation extérieure de 10 degrés.
Mais il s'agit Là d'animaux domestiqués et, de ce fait, impropres supporter les températures extrêmes; dans des conditions plus normales,, les grands froids des régions polaires n'abaissent pas sensiblement laj température des animaux qui les habitent ; Parry, Rack ont vu dans ces conditions une différence de 76 à 79 degrés entre la température extérieure et celle de certains animaux (41 degrés avec une température extérieure de — 55°, 6). Cela n'est vrai toutefois que pour les êtres en pleine activité, car chez les animaux hibernants, la température peut tomber à 6 degrés et même, si l'on en croit Horwatt, à 1°,S, sans que mort s'ensuive.
Nous verrons par contre que l'élévation considérable de la température extérieure, surtout quand elle est produite par la vapeur humide, peut élever la température de l'homme et produire une véritable hyperthermie.
[L. GUINON l
DE LA FIÈVRE
Influence de certaines fonctions sur la température normale. —
Chez l'homme sain, la mise en action de certaines fonctions modifie aussi en quelque façon la température, mais toujours dans de minimes proportions : nous y reviendrons en traitant des fièvres fonctionnelles.
Vintschgau et Diète ont étudié l'influence de la digestion ; l'élévation qui en résulte atteint à peine quelques dixièmes de degré. Nous verrons au contraire que la digestion active considérablement la calorification fFrédéricq). De même Y inanition (Chossat) n'abaisse la température que dans les deux ou trois premiers jours de l'expérience; puis, pendant douze i\ quatorze jours, celle-ci reste stationnaire ; enfin elle descend rapidement dans les dernières vingt-quatre heures; mais cette hypothermie paraît résulter surtout de l'affaiblissement du système nerveux qui ne peut plus entretenir la vie des tissus (Richet).
Le travail intellectuel agit dans le même sens que la digestion. Davy a vula température passer, après un effort intellectuel, de 56°, 62 à 56°, 67, -et, après un effort musculaire simultané, à 57°, 94. Speek, Gley ont observé des faits comparables ; Rumpf a vu, sous l'influence du travail intellectuel, la température atteindre 57°, 7 la nuit entre dix heures et minuit, ce qui est exceptionnel à cette heure (Richet).
Mais c'est certainement le travail musculaire qui est le plus actif à ce point de vue. Un des premiers, Davy a vu sa température passer de r>6°,6 à 57°,c25 après un effort; Jùrgensen a observé d'abord une élévation de 1°,2, puis un arrêt à ce niveau; Wunderlich a trouvé chez un coureur une température de 59°, 5. Mêmes observations par Obernier, Bouvier, Forel, Greswell. Richet, chez les chiens attachés et qui s'agitent, a vu la température monter rapidement de 59°, 2 à 40°, 5 et même 41 degrés. Les émotions, toutes les perturbations de l'organisme sain peuvent produire des effets analogues.
De tout cela il résulte que, même dans des conditions tout à fait exceptionnelles, quand V organisme ri est pas déjà malade en quelque façon, les oscillations de la température sont toujours très minimes.
Quand elles dépassent ces limites dans un sens ou dans l'autre, il y a maladie, et si le trouble thermique est trop considérable, la mort peut en résulter; pour l'homme, les températures extrêmes compatibles avec la survie sont 54 degrés et 42 degrés; encore faut-il, comme nous le verrons, qu'elles soient très éphémères.
On observe en clinique des températures qui s'éloignent beaucoup de ces limites. Lœwenhard a vu une température de 50 degrés chez un malade qui eut au moment de l'agonie 24 degrés dans le rectum.
Dans le sens contraire, Wunderlich a observé 44°, 75 chez un malade atteint de tétanos, et 45°, 4 après sa mort. Ch. Richet, Diez Obelar, Stanley, ont rapporté des observations de 45,5 à 46 degrés chez des malades atteints de paludisme ou de pneumonie et qui ont guéri.
Régulation thermique. — Les températures excessives sont dan-
RÉGULATION THERMIQUE.
gereuses: elles produisent, en effet, dans les éléments anatomiques des altérations irrémédiables : une température de 49 à 50 degrés coagule les fibres musculaires, les globules sanguins, les cellules glandulaires; le froid supprime l'excitabilité musculaire et l'irritabilité nerveuse. La vie chimique du muscle qui devient plus active à partir de 25 degrés et atteint son maximum à 55 degrés, diminue rapidement à partir de 42 degrés, comme le montre la quantité d'acide carbonique formé. De même pour le sang, la consommation d'oxygène atteint son maximum à 55 degrés; au-dessus de 42 degrés, les échanges tombent très bas. Ces faits expliquent l'importance de la fixité des températures moyennes.
Pour éviter les températures extrêmes, l'organisme est puissamment armé; il possède tout un mécanisme de régulation thermique qui lui permet de lutter contre l'influence défavorable du milieu extérieur.
Dans les conditions normales, l'homme peut résister à des températures très variables, dont les extrêmes sont — 50 degrés et -H 127 degrés.
Ce l'ait qui est maintenant banal, était ignoré des savants au commencement du xvme siècle, et Boerhaave, en 1 726, était convaincu qu'aucun animal ne peut vivre et respirer dans un milieu dont la température est supérieure à la sienne propre. C'est pour vérifier cette supposition que Farenheit et Provost soumirent des animaux à de hautes températures en les introduisant dans une étuve à 146 degrés Farenheit (65°, 6); ces animaux succombèrent, et Boerhaave considéra ce résultat comme confirmant son opinion. Malgré la protestation deHaller, il faut arriver jusqu'à Tillet (1764), puis à Fordycc et Blagden (1775) pour voir disparaître cette croyance ; il fut dès lors démontré que les animaux et l'homme luimême peuvent supporter de hautes températures pendant des périodes plus ou moins longues, s'ils sont protégés par un enveloppement quelconque contre un échauffement trop rapide.
Mais bien avant ces découvertes, les physiologistes avaient déjà cherché par quels procédés l'organisme résiste à l'élévation de la température extérieure.
Les vitalistes (Cullen, Hunter) pensaient que la vie qui produisait la chaleur, sans aucun moyen chimique ou mécanique, pouvait aussi la régulariser suivant les besoins de l'économie; chaque animal avait un principe vital différent, et Crawford admettait que les animaux ont le pouvoir de produire le froid, (Bonnal).
Les mécaniciens, qui expliquaient la chaleur animale par le frottement des globules dans les capillaires, acceptaient que les changements de calibre des vaisseaux règlent la température.
Les physiciens , moins vagues mais trop simplistes, rapportaient toute la régulation à deux mécanismes : le rafraîchissement du sang dans le poumon et la sudation.
A l'heure actuelle, ce mécanisme nous apparaît beaucoup plus complexe. Nous allons en étudier successivement les différents éléments. Ce
[L GUINON1
DE LA FIÈVRE
sont : le refroidissement pulmonaire (polypnée thermique), la sudation, le réflexe circulatoire de la peau et du poumon, les modifications réflexes dans la production de la chaleur, enfin les modifications de la nutrition.
Action de la respiration sur la température. — Avant Boerbave, c'était une croyance déjà ancienne que le sang se rafraîchit en traversant le poumon ; ce fut même pendant assez longtemps la base de la théorie de la chaleur animale; on a vu plus haut comment, partant de cette donnée, on avait admis l'impossibilité, pour l'animal, de vivre dans une température élevée, et quelle confirmation apparente lui avaient donnée les expériences de Provost et Farenheit. Quand Linning, Adamson, Ellis (1748-1758) eurent démontré, par des observations recueillies dans divers climats chauds, que la température extérieure peut dépasser notablement celle de l'homme sans produire de désordres, quand Tillet et Duhamel (1764), puis Fordyce et Blagden eurent montré que l'homme peut vivre longtemps dans une étuve chaude (100 a 126° G.), il .fallut bien considérer le refroidissement pulmonaire comme accessoire. Mais il n'en resta pas moins un élément important de régulation dans les conditions ordinaires de la vie.
Quelle est la valeur de cette action? Elle s'exerce par deux moyens différents : l'air qui pénètre dans les voies respiratoires y arrive avec une température généralement inférieure à celle du corps, et il en sort à une température à peu près égale à 57 degrés; il s'est donc échauffé; c'est une première cause de déperdition pour le sang du poumon. D'autre part il se fait à la surface des voies respiratoires une évaporation considérable, autre cause importante de réfrigération.
Yoici comment Gavarret apprécie ces deux valeurs. « Chez un homme normal, le volume d'une expiration est représenté par un demi-litre de gaz à la température de 58 degrés. A raison de 16 inspirations par minute, l'homme expire donc, par heure, 480 litres de gaz à la température de 58 degrés. L'air est inspiré dans nos climats à la température moyenne de 10°, 8; il emprunte donc à l'économie, et emporte au dehors la quantité de chaleur suffisante pour élever sa température de 2 7°, 2. En tenant compte du coefficient de dilatation et de la chaleur spécifique de l'air, il est facile de calculer que les gaz expulsés par l'expiration enlèvent ainsi au sang des capillaires pulmonaires 5,52 calories par heure (la calorie restant comme toujours la quantité de chaleur nécessaire et suffisante pour élever de 1 degré la température de 1 kilogramme d'eau distillée).
« Mais l'air introduit dans la cavité pulmonaire en une heure était de 10°, 8 et à moitié saturé de vapeur d'eau; il ne contenait donc, au moment de son introduction, que 2gI,562 de vapeur d'eau. Il est expiré à la température de 58 degrés et complètement saturé ; il emporte donc avec lui 21gI,985 de vapeur d'eau. Il en résulte que, chez cet homme, l'évapora-