ASPHYXIE DES EXTRÉMITÉS
quemment, pendant quelque temps au moins, à se produire; la vie anaérobie se poursuit; une sorte d'asphyxie se réalise; les échanges sont profondément troublés, ainsi que l'ont clairement établi Nasse, Rogovitsch, Pflùger, Aubert, etc. Du reste, la répartition des globules rouges, celle des leucocytes subissent d'importantes modifications, en vertu des processus d'oedème et de diapédèse, en dépit des compensations indiquées par Cohnheim; parfois, sous l'action d'agents variés ces leucocytes sont en un instant ou plus rares ou plus abondants; il s'agit de phénomènes de distribution, de répartition, qui n'ont habituellement rien à voir avec la multiplication.
En général ces désordres font fléchir la résistance des tissus ; ils facilitent l'arrivée, la pullulation des germes, en particulier au niveau des surfaces, au niveau de la muqueuse digestive, de l'épidémie, même dans les couches profondes, etc. Sur ces surfaces, plus spécialement à la périphérie, dans le derme, les anémies locales donnent lieu à des accidents singuliers, variables dans leur aspect comme dans leurs conséquences : telle la syncope locale.
Dans cette syncope locale l'un des doigts de la main pâlit; il se refroidit subitement sans cause provocatrice ou bien à l'occasion d'un léger abaissement thermique, d'une simple émotion ; la peau prend une teinte d'un blanc mat ou jaunâtre; parfois, mais rarement, elle se couvre d'une sueur froide; la température locale fléchit; la sensibilité à la piqûre est anéantie; seule la perception à la chaleur peut être conservée, bien qu'émoussée; cette extrémité digitale reste immobile, en quelque sorte paralysée : c'est le phénomène du doigt mort. — Cet état dure pendant quelques instants, une heure, deux heures, même davantage; puis les parties retrouvent leur coloration, leur 'état habituels. L'accès n'est pas douloureux ; néanmoins il est quelquefois suivi d'une période de réaction accompagnée de sensations plus ou moins pénibles, rappelant celles de l'onglée.
Cet accès reste le plus souvent limité à une ou plusieurs extrémités digitales; chez un malade donné chaque poussée du mal débute ordinairement par une main déterminée ou simultanément par les deux; les autres sont atteintes immédiatement après, presque toujours dans un ordre invariable. — Quand les phénomènes se produisent sur une partie plus étendue du membre, les troubles circulatoires sont plus prononcés; le pouls devient presque imperceptible.
Dans l'asphyxie locale proprement dite, état un peu plus grave, ces extrémités présentent une teinte cyanique plus ou moins accentuée : tantôt la peau est bleuâtre; tantôt elle est violacée, noirâtre. — La pression détermine l'apparition d'une tache blanche qui met longtemps à se dissiper, en raison de la lenteur de la circulation capillaire ; l'œdème, s'il existe, est très léger. — La sensibilité tactile est abolie; la douleur est presque constante ; les malades accusent d'abord un engourdissement pénible, une vive sensation de brûlure, d'élancements; cette douleur peut même être le phénomène primitif, précédant l'apparition de la nuance
[A. CHARRIN.l