GANGRÈNE DES EXTRÉMITÉS
déchirer ou à se dessécher. — Si elles se rompent, elles laissent échapper un liquide séro-purulent : le derme mis à nu présente une excoriation. Si elles ne s'ouvrent pas, le liquide se résorbe; elles se déshydratent, brunissent, se détachent par plaques, mettant à découvert des ulcérations superficielles à fond lisse, rouge ou d'un violet pâle. Dans les deux cas, les érosions se ferment en peu de jours; à leur place se produit d'abord une légère saillie, qui s'affaisse bientôt pour laisser voir une petite cicatrice blanche, déprimée. Pendant que s'opère ce travail de réparation, les parties se réchauffent; leur teinte asphyxique s'atténue, finit par s'effacer; les téguments reprennent leur couleur normale, mais pour un temps habituellement limité. — Cette série de phénomènes ne tarde pas, en effet, à se reproduire sur les différents doigts, qui à la longue présentent un aspect flétri, chagriné.
Cet état parcheminé peut survenir d'emblée, sans avoir été précédé de la formation de phlyetènes ; l'extrémité digitale, qui était violacée, offre une teinte fauve ou jaune; la peau se ratatine, se racornit : c'est une sorte de momification. Au bout de quelques journées, des pellicules épaisses se détachent par lambeaux du doigt malade.
Quand le processus gangreneux prend d'emblée toute son intensité, l'ongle, les téguments de la phalangette présentent une teinte d'un noir foncé; il se produit une véritable mortification, qui demeure toujours moins profonde qu'on n'est porté à le croire. Un travail d'élimination ne tarde pas à s'établir; un cercle inflammatoire, puis un sillon apparaissent autour des parties mortifiées ; du pus se fait jour dans ce sillon, sous le bord unguéal; enfin une escarre de 1 à 2 millimètres d'épaisseur se détache, laissant à nu les papilles du derme. — La cicatrisation commence aussitôt; elle est ordinairement rapide; parfois cependant elle est retardée par l'apparition réitérée, au niveau de la cicatrice en voie de formation, de croûtes dures qui en tombant mettent à découvert une nouvelle ulcération.
Lorsque les accidents se sont renouvelés plusieurs fois, les doigts s'amincissent, s'effilent, s'indurent; leurs extrémités apparaissent couvertes de petites cicatrices blanches, déprimées. — Les ongles sont déformés; leur chute au cours des paroxysmes n'est pas très rare; toutefois, qu'ils tombent ou non, leur croissance est toujours troublée; elle s'arrête pendant le temps que durent les grandes douleurs des sphacèles; quand ils recommencent à pousser, ils offrent à leur surface une dépression transversale. — Rarement ces extrémités digitales sont le siège d'une mutilation étendue, résultant d'une propagation du processus gangreneux à la phalangette ; lorsque pourtant cette phalangette est profondément atteinte, son extrémité se nécrose, disparait; le tissu unguéal qui n'est plus soutenu se recourbe, conservant définitivement sa déformation.
Toutes ces variétés d'évolution, production de phlyetènes, parcheminement, nécrobiose proprement dite, peuvent se combiner entre elles, se présenter simultanément ou successivement chez le même individu, quel que soit le siège de la lésion. — Ces descriptions ne s'appliquent pas, en
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[A. CHARRIN .}