‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 89 sur 221 · ÉVOLUTION, FORMES DE LA MALADIE DE RAYNAUD · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION, FORMES DE LA MALADIE DE RAYNAUD

effet, exclusivement aux cas où la maladie de Raynaud se localise aux doigts ou aux orteils ; c'est là sans doute son siège habituel, soit qu'elle occupe les quatre extrémités à la fois, soit qu'elle se limite aux mains ou aux pieds; mais elle peut siéger simultanément au nez, au pavillon de l'oreille, aux pommettes, etc. ; on a même signalé des taches de gangrène aux talons, aux malléoles externes, à la pointe du coccyx. Cependant, il est rare que, dans ces régions, cette maladie dépasse le degré de l'asphyxie locale; de plus, il est exceptionnel qu'elle s'y cantonne en respectant les segments terminaux.

La symétrie est un des caractères de ce mal; elle n'est cependant pas constante, car on a vu l'anémie, la nécrose se limiter à un ou plusieurs orteils d'un seul pied; nous savons, d'ailleurs, que l'affection peut atteindre d'autres régions que les extrémités; une observation de Raynaud lui-même le prouve, puisque cet auteur a, en effet, constaté, au moment des paroxysmes, des troubles de la circulation oculaire consistant en un resserrement des vaisseaux rétiniens.

L'état général est ordinairement satisfaisant; il n'y a pas de fièvre; l'appétit est conservé ; à l'heure des accès le contenu vésical présente parfois les caractères des urines nerveuses. — Le pouls, constamment perceptible dans les artères des membres atteints, reste normal; il peut cependant perdre de son ampleur, devenir intermittent ou irrégulier, plus habituellement un peu fréquent; de temps en temps on note un retard dans la pulsation ; par exception l'examen du cœur révèle des palpitations, des irrégularités, un léger bruit de souffle : tous ces troubles sont fugaces.

L'évolution de la maladie est toujours assez lente ; il faut pourtant distinguer, en dehors des observations à marche relativement rapide qui constituent la forme aiguë de l'affection, des cas à évolution paresseuse entrecoupée de périodes de rémission : c'est le type chronique. — Cette forme aiguë répond aux faits graves, caractérisés par une gangrène précoce,' profonde : Raynaud divise leur durée en trois périodes. La première, période d'invasion, presque toujours insidieuse, persistant durant quelques jours ou un mois, comporte des phénomènes d'asphyxie locale; à la période d'état qui se poursuit pendant une ou deux semaines appartiennent les crises douloureuses, la formation des escarres; la période d'élimination, de cicatrisation, de beaucoup plus importante, peut cependant être achevée en quelques septénaires, bien qu'on l'ait vue n'être complète qu'au bout d'un an et davantage.

A la forme chronique appartiennent les cas le plus ordinairement bénins, qui se perpétuent durant un temps considérable avec des phases d'intermission. — Le premier accès débute brusquement, à la suite d'une émotion, d'une suppression de règles; il dure plusieurs journées, plusieurs semaines; rarement continu, plus souvent rémittent ou intermittent, il affecte dans ce dernier cas le type quotidien. Les autres accès se produisent à des intervalles de semaines ou de mois ; ils surviennent sans

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