‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 90 sur 221 · MÉCANISME DES ISCHÉMIES LOCALES · texte numérisé non relu

MÉCANISME DES ISCHÉMIES LOCALES

cause appréciable ou sont ramenés par les mêmes facteurs qui ont présidé au début. A la longue, il semble s'établir une sorte d'accoutumance; les poussées deviennent moins graves ; toutefois, les parties restent presque continuellement froides et engourdies.

L'affection n'aboutit pas toujours cà la gangrène; elle peut guérir sans avoir dépassé le stade d'asphyxie locale; les tissus reprennent alors leur aspect habituel. Dans quelques cas cependant la peau ne recouvre jamais sa coloration; elle peut même s'indurer, revêtir, aux doigts surtout, un aspect qu'on ne saurait distinguer de la sclérodactylie ; les téguments des mains épaissies demeurent lisses, sans pouvoir ni se plisser ni glisser sur les couches sous-jacentes ; les phalanges, le métacarpe demi-lléchis sont immobilisés dans cette position. Cette asphyxie locale est donc parfois un mode de début de la sclérodermie ; ces deux maladies ont, d'ailleurs, un si grand nombre de caractères communs que certains auteurs confondent en une seule affection cette gangrène symétrique et les formes circonscrites de cette sclérodermie.

Pour Raynaud, il s'agit d'une névrose caractérisée par une irritabilité extrême des centres vaso-moteurs de l'axe gris spinal. — A un resserrement peu prolongé des capillaires, des artérioles ou des veinules, correspond la syncope locale. — Si la constriction de ces artérioles persiste alors que celle de ces veinules moins riches en fibres musculaires disparaît, le sang noir reflue des gros troncs dans les canaux élargis : c'est l'asphyxie locale. — Si le spasme vasculaire atteint d'emblée une grande intensité ou une longue durée, la gangrène survient, tout en demeurant plus ou moins limitée, parce que ce spasme finit toujours par cesser. — Cette constriction vasculaire semble être d'origine réflexe; elle aurait pour point de départ une irritation périphérique soit externe, comme l'action de l'air froid, soit interne, comme la période menstruelle ; cette excitation serait réfléchie par le centre vaso-moteur médullaire, d'où la symétrie des phénomènes morbides.

Vulpian a indiqué qu'il n'était pas nécessaire de faire intervenir ces centres supérieurs ; il admet que ce resserrement peut être produit par les ganglions situés sur le trajet des fibres vaso-motrices, tout près des parois de ces canaux sanguins ; la prédisposition locale naît sous l'influence d'une modification générale de l'économie ; elle doit être à peu près égale dans les régions homologues des deux parties du corps. — La répartition du mal peut, d'ailleurs, n'être pas symétrique.

Pour certains auteurs, des troubles vaso-moteurs, de quelque durée qu'ils soient, ne sauraient suffire à produire la nécrose des tissus ischémiés; il faut qu'à ces troubles s'ajoute un affaiblissement sensible de l'influence trophique du système nerveux ; comme on a décelé des lésions dans les nerfs collatéraux des doigts, ils estiment que les accidents doivent être mis sur le compte d'une névrite périphérique.

Enfin, à l'hypothèse de l'origine exclusivement névropathique on a cherché récemment à substituer une autre théorie; on a soutenu que

[A- CHARRIN.]

Page 1