DIAGNOSTIC DE LA TUBERCULOSE PAR LA TUBERCULLNE
La réaction ne doit être recherchée que pendant les périodes d'apyrexie de la tuberculose; le malade sera maintenu an lit pendant deux on trois jours avant l'opération et sa température notée soigneusement toutes les trois heures. L'injection de tuberculine est en général pratiquée sous la peau de la cuisse ou de la région interscapulaire.
S'il n'y a pas eu de réaction on peut pratiquer une seconde, puis une trosième injection plus forte que la première et arriver ainsi à inoculer des doses cinq à dix fois plus fortes.
Chez les enfants de deux à cinq ans Koch injecte 1 milligramme et s'ils sont très affaiblis un demi-milligramme, Hutinel^) et ses élèves, Bertherand(2), Mettetal(3) indiquent des doses beaucoup moins élevées, bien qu'ils considèrent que l'enfant et le nouveau-né surtout supportent bien mieux les injections que l'adulte; il faut commencer par des doses de 1/10 de milligramme, et augmenter progressivement jusqu'à 2/10 et à 3/10 si la première injection n'a pas été suivie de réaction.
Chez les nourrissons, d'après M. Mettetal, la réaction semble très précoce et a presque toujours commencé quatre heures après l'injection, elle se manifeste dans le courant de la journée. En général, la température monte progressivement en quatre heures environ à 59 degrés, quelquefois à 40 degrés; elle ne s'y maintient pas et redescend en mettant un tiers de plus de temps pour revenir à la normale qu'il n'en avait fallu à l'ascension, elle ne s'accompagne le plus souvent d'aucun symptôme, quelquefois d'une légère poussée congestive du côté du poumon.
Accidents causés par la tuberculine. — Les fortes doses de tuberculine préconisées par Koch peuvent déterminer des accidents, de l'hyperthermie à la suite de l'inoculation ou de la fièvre persistante chez un tuberculeux jusque-là apyrétique; dans certains cas on observe de véritables symptômes d'empoisonnement, langue sèche et saburralc, douleurs épigastriques, vomissements, diarrhée, ictère, exanthèmes; dans d'autres, comme l'a vu M. Cornil, on assiste au développement d'une néphrite suraiguë, céphalée, hématurie, albuminurie, délire, accès épileptiformes.
Si la tuberculine ne peut déterminer la tuberculose, comme on Ta prétendu, puisqu'elle n'est qu'un poison bactérien et non un virus, elle peut dans certains cas provoquer de l'œdème pulmonaire, ou de l'œdème de la glotte, des hémoptysies, comme l'a vu M. Landouzy. Les lésions tuberculeuses peuvent subir une exacerbation et aboutir rapidement à l'excavation; on peut assister enfin à une apparition de nouveaux tubercules, et même à une mobilisation de bacilles aboutissant à une tuberculose miliaire aiguë.
La plupart de ces accidents font d'ailleurs définit, si, à la manière des cliniciens français, on ne se sert de la tuberculine qu'à dose infinitésimale,
(*) Hutinel, Soc. méd. des hôp., 1895.
(-) Beriiierand, Thèse de Paris, 1895.
(3) Mettetal, Thèse de Paris, 1901.
PATHOLOGIE GÉNÉRALE. YI. 34
[F. WIDAL et F. BEZANÇON ]
DIAGNOSTIC DES MALADIES INFECTIEUSES
et si l'on a soin de se servir de tuberculine fraîche aseptique (Grasset et Wedel(l), Hutinel, Mettetal, Berthcrand). D'après Mettetal, l'inoculation de tuberculine est cependant contre-indiquée si le malade présente de la fièvre, même une lièvre légère, car, dans ce cas, elle peut déterminer une réaction fébrile violente, enfin si l'individu, quoique apyrétique, est déjà cachectique.
Valeur diagnostique. — La tuberculine fut employée pour la première fois comme moyen de diagnostic de la tuberculose par Bergnïann ; sa valeur diagnostique, reconnue par Koch, fut acceptée par la plupart des auteurs allemands.
En France Strauss, Grasset et Wedel, Hutinel et ses élèves, Gaffé (~), Berthcrand, Mettetal, Chauffard (3), reconnaissent la valeur diagnostique de la tuberculose, à condition d'employer des doses faibles. 11 ne faut jamais, dit M. Chauffard, dépasser 5 milligrammes, car au delà la réaction peut se produire, même en dehors de toute infection bacillaire. Cette dose serait encore trop forte, et nous avons vu que la plupart des médecins français se servent de doses infinitésimales ne dépassant pas 1 milligramme.
Employée à cette dose la tuberculine est-elle spécifique, et l'apparition de la réaction est-elle un indice certain que l'individu est porteur de lésions tuberculeuses?
Neumarck, Strauss et Teissier, ont obtenu plusieurs fois une réaction générale, et quelquefois même une réaction locale à la suite d'inoculation de tuberculine chez des syphilitiques, Erselsberg aurait observé la même réaction dans l'actinomycose de l'homme. La réaction pourrait apparaître aussi chez les cancéreux, d'après Trasbot, fait qui d'ailleurs n'a pas été confirmé par MM. Corail et Spillmann.
Un très grand nombre d'auteurs, Max Joseph, Kaposi, Arning, Goldschmidt, Babes et Kalindero, ont obtenu la réaction à la tuberculine après injection de 1 milligramme et plus ; chez des malades atteints de lèpre, la réaction serait plus rapide, la durée de la fièvre plus longue, accompagnée d'un état grave; le lépreux ne s'accoutumerait pas aux injections de tuberculine comme le tuberculeux.
Pour Papillon, la réaction à la tuberculine ne serait pas spéciale à la tuberculose, elle pourrait s'observer dans toutes infections et intoxications chroniques.
Il est certain que la tuberculine n'a pas sur les produits tuberculeux une. action spécifique, puisque d'autres substances, telles que le sérum artificiel, l'iodure de potassium (Landouzy), peuvent déterminer des réactions comparables. Il faut se rappeler d'autre part que d'autres produits extraits du corps des microbes ont déterminé des réactions voisines, cultures stérilisées du vibrion avieide (Metclmikoff), culture
(») Grasset et YVidel, Àc%d. de mid., 25 fév. 1895. Congiès de Lille, 1899.
(2) Gaffé, Thèse de Paris, 1895.
(3) Chauffard, Sem. médicale, 1896, p. 501.