‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 3)Chapitre 158 sur 185 · PÉRIODE GRECQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE GRECQUE

La médecine grecque peut être divisée en plusieurs phases.

i. Phase mythologique. — Dans les premiers temps, pendant les âges héroïques, on divinisa un certain nombre de guérisseurs et d'empiriques qui s'occupaient de l'art de guérir et on ne compte pas moins de 30 dieux, déesses, héros ou héroïnes qui se seraient distingués dans une des branches de la médecine. c200 ans avant le siège de Troie, Mélampe guérit lphiclus de son impuissance en lui donnant de la rouille de fer; il aurait traité avec succès les fdles de Prœtus atteintes de troubles nerveux. Chiron rendit la vue à Phénix et les Grecs le considéraient comme l'inventeur de l'art de guérir. Son disciple Esculape, dit Pindarc 7 à 800 ans plus tard, dans sa troisième ode pythique, guérissait les ulcères, les plaies, les fièvres, la douleur, au moyen de doux enchantements, de potions calmantes et de remèdes externes.

II. Phase sacerdotale. — 50 ans après sa mort, ses neveux construisirent en son honneur un temple, à Ëpidaure. D'autres temples furent fondés à Titane (50 ans après le siège de Troie), puis-à Pergame, Cos, Cyrène. Des prêtres appelés Asclépiades y exerçaient certaines pratiques médicales et puisaient leurs notions un peu élémentaires dans la tradition que l'on faisait remonter à la science sacerdotale de l'Egypte. Us

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interprétaient les songes que le dieu envoyait aux malades qui passaient une nuit dans le temple; ils donnaient surtout des conseils d'hygiène, utilisaient peut-être des eaux minérales (*), pratiquaient, dit-on, dans le point de côté, la saignée dont il était déjà fait mention quelque temps après le siège de Troie. (On raconte, en effet, qu'à cette époque Podalyre saigna aux deux bras lalilîe de Damètc, roi de Carie.) Enfin, ces prêtres asclépiades prescrivaient des jeûnes, des expiations, des lustrations au milieu de temples artistiquement placés dans des sites soigneusement choisis. Si l'on en juge par les inscriptions trouvées dans ces temples, ils n'avaient que des notions médicales fort rudimentaires ei, comme le montre Daremberg la médecine grecque n'est sortie ni des temples, ni des gymnases.

III. Les Périodeutes. — Bien différents sont les Asclépiades, médecins descendant d'Esculapc par ses deux fds, Machaon et Podalyre. Ils n'étaient pas prêtres; ils voyageaient de ville en ville. Cette coutume leur fit donner le nom de Périodeutes. Ce furent des précurseurs. Platon (5) vante leur esprit élégant et cultivé et il ajoute que, dans les explications données à leurs malades, ils allaient jusqu'à la philosophie. « La médecine, dit-il encore, recherche la nature du sujet qu'elle soigne, la cause de ce quelle fait, elle sait rendre compte de chacune de ces choses. » Les /Asclépiades prêtaient le serment que l'on a attribué à tort à ïïippocrate.

IV. Écoles médicales grecques. — Enfin, la médecine grecque se perfectionne et constitue un art. Elle a pour base la philosophie naturelle et elle est représentée par quatre célèbres écoles médicales (Croton, Cyrène, Cnide et Cos) ; elle est illustrée par les hippocratistes dont les dogmes passent plus tard de la Grèce à Alexandrie.

Deux grandes écoles dérivent des Asclépiades : la première est X école de Cnide dont Euryphon et Chrysippe publièrent les sentences qui ont en grande partie disparu et que l'on ne connaît guère que par les critiques d'Hippocrate; la seconde est Y école de Cos, personnihée par Hippocrate, dont les données traditionnelles ont servi de point de départ à la médecine. Elle opposait aux Cnédiennes les Coaqués auxquelles le grandpère d'Hippocrate avait collaboré et qui faisaient déjà mention des crises, du régime, du pronostic.

École de Cxide. — L'école de Cnide, illustrée par Ctésias, ne s'attachait qu'à la pratique : elle conseillait les purgatifs, le petit-lait, le lait, l'emploi de badigeonnages et de canules dans les angines, la trépanation d'une côte dans la thoracentèse afin d'empêcher la pénétration de l'air, l'incision des reins dans la pyélite purulente survenue à la suite de calculs, l'ablation ou la cautérisation des polypes; l'ouverture d'abcès de l'arrière-gorge,

(*) Dambergis, Des eaux minérales du temple d'Esculape à Epidaure. Grèce méd. Syra, 1900.

(2) Daremberg, (oc cit., p. 81.

(3) Platon, De rep. lib. , 1, t. V, p. 108; de leg. lib., IX, t. VI, p. 317, éd. Tauchu ; Gorg., I. III, p. 82, éd. Tauchu, in Litiré, Traduction des œuvres d'Hippocrate. Paris, 1839.

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la trépanation pour certaines affections du cerveau, l'insufflation d'air dans le gros intestin en cas d'iléus, l'introduction de substances irritantes sur la glotte pour provoquer la toux et la rupture « des vomiques », enfin la succussion par l'échelle (Euryphon) en cas de procidence de la matrice. Cette école ne s'occupait pas de philosophie thérapeutique, elle s'inquiétait à peine de la science des indications.

Hippocrate lui reprochait de donner trop peu de remèdes dans les maladies chroniques. Les malades étaient soumis parfois à une gymnastique exagérée et l'auteur hippocratique accuse Hérodicus d'avoir tué ainsi quelques-uns de ses malades surmenés.

L'école de Cnide étudiait avec soin la diversité des maladies et Hippocrate la blâme de s'attacher à décrire les détails des maladies sans s'occuper des choses important à l'interprétation des signes et de négliger l'application de ces données à la thérapeutique. Le but du médecin, dit Iïippocrate, c'est de consigner par écrit tout ce qui sert au traitement. Par contre, les Cnidicns reprochaient à l'école de Cos de n'observer qu'en vue d'établir des dogmes et de s'égarer dans des abstractions métaphysiques.

Ecole de Cos. — Iïippocrate, qui donna à Y école de Cos sa grande célébrité, fonda un système dont l'idée fondamentale provient d'Alcméon et dérive par conséquent d'une source pythagoricienne. C'est sans doute pour cela, dit Littré, que les nombres jouissaient d'une grande importance et que les jours critiques furent recherchés avec tant de soin. Iïippocrate ne constitua pas du reste la médecine de toute pièce; on compte parmi ses prédécesseurs 41 médecins célèbres et, au moment où il vivait, 12 de ses contemporains avaient une certaine notoriété médicale. Du temps de Solon, 608 ans avant Jésus-Christ, il existait des médecins à Athènes, disciples de Pythagore, désignés sous le nom de Périodeutes. Hippocrate lui-même voyagea en Thrace et en Thessalie. Suivant Pline et Strabon, Iïippocrate aurait puisé dans les registres publics une certaine partie de ses connaissances ; il n'ignorait pas la médecine des Egyptiens, puisque l'on retrouve la loi égyptienne, citée par Aristote, dans les Aphorismes hippocratiques auxquels collaborèrent Polybe son gendre, ses petits-fils et les descendants du père de la médecine. Du reste, Hippocrate dit luimême dans l'« Ancienne Médecine » : «La médecine est dès longtemps en possession d'un principe et d'une méthode qu'elle a trouvés; avec ces guides de nombreuses et excellentes découvertes ont été faites dans le long cours des siècles » .

Les prédécesseurs d'Hippocrate faisaient dériver toutes les maladies soit du chaud ou du froid, soit du sec ou de l'humide. Les hippocratistes combattent les doctrines des médecins qui n'invoquent qu'un élément unique tel que les pneumatiques (pnenma), les méthodiques (strictum, laxum), les iatro-chimistes (fermentation, alcalinité ou acidité). Hippocrate fonde la pathologie numérale, il considère les modifications des quatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire, pituite) comme des causes

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de maladies, il se préoccupe surtout de la prognose en attribuant une part prépondérante aux différentes faces de l'état général, il repousse l'hypothèse, il veut que la médecine s'appuie sur des observations, sur des faits, sur la réalité (to eov), il recommande de ne jamais oublier le précepte suivant : « Nihil temere affirmandum, nihil contemnendum », il croit que c'est la nature qui guérit, que les médicaments ne font que lui venir en aide (medicus naturœ minister). Le fond du système d'Hippoerate est, en somme, un empirisme primitif basé sur l'étude de la marche des maladies et sur l'action des agents susceptibles de les modifier.

La thérapeutique est assez simple, sans être aussi pauvre qu'on Ta prétendu. « Quid ad cognoscendum sufficii, ad curandum etiam suffi vit », est un adage hippocratique bien connu. La doctrine thérapeutique a pour base l'axiome : « Contraria contrariis curantur ». D'après Hippoerate, l'application thérapeutique devait se diviser en deux branches; la première comprenait l'administration des médicaments proprement dits, dont l'étude faisait l'objet d'un livre hippocratique qui a disparu ; la seconde, au moins aussi importante à ses yeux, concernait la prescription du régime alimentaire. Avec les idées hippocratiques sur la vis medicalrix, le médecin devait, en effet, surveiller, ménager, conserver l'état des forces du malade ; les relever après des saignées trop copieuses ou des purgations trop abondantes ; les abandonner à ellesmêmes à l'époque des crises. Cette pensée est résumée dans cette phrase de Phrygius bien conforme à la doctrine hippocratique : « Dicta respicit virtutem, pharmacia morbum ».

A cette époque reculée, les principes d'une bonne hygiène étaient appliqués avec soin. On regardait vulgairement la phtisie comme contagieuse. (Isocrate, dans son /Eginétique, dit, en effet, que la plupart cle ceux qui soignent cette maladie en deviennent victimes. Aristote fait remarquer qu'on gagne la phtisie par le voisinage, et il attribue cette propagation à ce que la phtisie rend nuisible et mauvais l'air de la respiration.) Les livres hippocratiques donnent encore des conseils d'hygiène qu'on ne désavouerait pas aujourd'hui. Euripide disait aussi : « Celui qui veut exercer avec succès la médecine doit prendre en considération le régime des habitants d'une ville, le sol où elle est située, pour observer les maladies ». Hippoerate insiste aussi sur le « régime salutaire »; variable selon les saisons, la complexion, l'âge, le sexe, la profession (athlètes). Il prescrit contre l'obésité l'exercice, des plats gras qui rassasient, en mangeant le moins possible, des mets apprêtés avec du sésame, des douceurs et autres substances semblables. 11 recommande, parmi les exercices de gymnastique, la succussion, les mouvements des bras comme dans le pugilat, la lutte, les frictions, etc.

Avec un grand sens pratique, Hippoerate faisait remarquer qu'il n'y a guère, en médecine, de principes généraux. Il tenait grand compte de la crise qu'il définissait ainsi : « C'est ou une exacerbât ion, ou un affaiblis-

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sèment, ou une métaptose se transformant en une autre affection, ou la fin ». H considérait comme remède tout ce qui modifie l'état présent; or, dit-il, toutes les substances qui ont quelques forces sont modificatrices. 11 ne faut pas prescrire les remèdes naturellement forts dans les maladies faibles; en diminuant la dose, on diminuera la force. On peut modifier l'état présent par un remède si Ton veut, et, si Ton ne veut pas, par Yaliment.

Les œuvres hippocratiques renferment aussi une série d'excellents préceptes qui trouvent encore leur application. Nous rappellerons l'un des principaux. « Lorsque vous vous dirigez, dit-il, dans le traitement de la maladie d'après l'indication que vous jugez la plus convenable et que vous n'obtenez pas le succès que vous attendez, ne changez pas de méthode, si votre première indication subsiste. »

Mais l'école de Cos était surtout confiante dans la prévoyance et la sagesse de la nature médicatrice, déjà invoquée par Héraclite. C'est ainsi qullippocrate disait : « Ne purgez et ne remuez rien dans le commencement des maladies, à moins qu'il n'y ait turgescence. Quand la maladie est dans toute sa vigueur, le repos vaut mieux que l'action. Observez les mouvements de la nature et évacuez les humeurs par la voie qu'elle a choisie. Ne remuez que les humeurs cuites et non celles qui sont crues. » Un certain nombre de ces données se trouvent dans les prénotions de Cos qui, d'après Houdart (*), ont été une véritable mine d'où llippocratc a extrait d'abondants matériaux et ont servi de modèles à des maximes analogues contenues dans le traité du Pronostic attribué au Père de la médecine. Enfin, llippocratc dépeint, d'une façon incomparable, la grandeur de la médecine et le rôle du médecin, qui doit toujours méditer le fameux aphorisme : « La vie est courte, l'art est long, l'occasion fugitive, l'expérience trompeuse, le jugement difficile ».

Du régime dans les maladies. — Antérieurement il était appliqué avec routine; Iïippocrate le réglemente avec grand soin et donne le précepte de tenir les malades atteints de fièvre à une diète rigoureuse, surtout pendant le temps où la maladie est encore pleine de force et d'activité. Les changements doivent être graduels et non subits. L'abstinence doit être observée à l'époque où le mal est à son summum, car l'alimentation, dit-il, accroît les forces du mal.

Si on doit donner des aliments, il faut que les malades les prennent avant les redoublements de la maladie. 11 faut en diminuer la quantité au moment des crises. Tout changement étant dommageable, on passera progressivement de l'abstinence à l'alimentation. Dans l'administration des aliments, on songera beaucoup moins à ajouter qu'à retrancher.

Dans le régime des maladies aiguës, Hippocrate donnait surtout des aliments de céréales (to amov). Dans la fièvre ardente, il faisait boire de l'eau, de l'hydromel cuit étendu d'eau autant que le malade en voulait; si

(*) Houdart, Éludes sur llippocratc. Paris, 1840.

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la bouche devenait arrière, il prescrivait des vomitifs, procurait, par dos lavements, quelques déjections alvines et purgeait avec du lait d'àncsse bouilli. Il donnait du lait aux phtisiques n'ayant pas une forte fièvre, aux malades atteints de fièvres lentes et de longue durée, quand la consomption est excessive. Il est plus facile, dit-il, de restaurer avec des boissons (nutritives) qu'avec des aliments (solides).

D'après Hippocrate, les trois termes de l'art médical sont la maladie, le malade, le médecin. Le malade doit combattre la maladie avec le médecin. Le devoir du médecin est d'être utile au malade et de ne pas lui nuire. Il faut non seulement faire par soi-même ce qui convient, mais encore obtenir que le malade, les assistants et les choses extérieures y concourent.

De la médication dans les maladies. — Pour les extrêmes maladies, dit Hippocrate, l'extrême exactitude est ce qu'il y a de plus puissant. L'aphorisme : « A juvantibus et lœdentibus fit indicatio » lui sert de règle. Les maladies aiguës et fébriles étant celles qui emportent le plus de monde, le médecin le plus digne d'éloges, ajoute-t-il, est celui qui sait le mieux les traiter. La médecine hippocratique avait à sa disposition une série de procédés thérapeutiques dont l'appendice au traité du régime des maladies aiguës peut donner une idée.

Dans les maladies aiguës, telles que l'angine, l'inflammation des hypocondres, les affections péripneumoniques et pleurétiques, le traitement capital, celui qui doit précéder les autres, est fa saignée, quand les autres conditions de la maladie le permettent, c'est-à-dire si l'affection parait intense, si les malades sont dans la vigueur de l'âge et s'ils conservent leurs forces. En parcourant les livres hippocratiques, on voit que, suivant les circonstances, les médecins incisaient les veines soit du pied, soit du jarret, soit du coude, soit de la tête, soit la veine perpendiculaire du front. Parfois même, ils n'arrêtaient le sang que lorsque la lipothymie survenait. La saignée devait précéder les évacuants qui, donnés d'emblée, ne faisaient qu'affaiblir le malade et n'ôtaient rien à l'inflammation. La saignée avec la purgation a besoin de précautions et de modération.

Dans les maladies aiguës, il ne faut user des évacuants que rarement et dans le début, et ne les prescrire qu'après un examen scrupuleux, ils étaient utilisés vers la fin des maladies, car, dit Hippocrate, ce qui reste dans les maladies après la crise produit ordinairement des récidives.

Les purgatifs étaient très employés. On se servait surtout de l'ellébore que l'on associait à des plantes aromatiques. L'euphorbe, la scammonée étaient aussi vantées. Hippocrate cite un cas de mort occasionnée par des purgatifs violents. Il faut, dit-il, purger les ventres, dans les maladies, quand les humeurs sont cuites ou au cinquième jour. La purgation, ajoute-t-il, doit être bien supportée, ne pas amener d'affaiblissement et provoquer des selles telles que des œufs.

Hippocrate se propose d'obtenir la purgation de la tête par les errions, substances caustiques ou irritantes introduites dans les narines.

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Les anciens Grecs provoquaient souvent le vomissement, même à l'état de santé; aussi la médication vomitive fut-elle fort en honneur dans le traitement des maladies aiguës. Hippocrate employait la dérivation, la révulsion; il amenait les contraires par gradation et, dans cette gradation, il imposait des intermissions; il recommandait de ne pas mettre en mouvement ce qui se juge ou ce qui est complètement jugé et de n'innover ni par les évacuants ni par d'autres excitations, mais de laisser les choses en l'état.

Le bain convient généralement mieux dans les péripneumonies que dans les fièvres ardentes ; en effet, il adoucit la douleur ressentie dans le côté, dans la poitrine, dans le dos; il mûrit et facilite l'expectoration; il dégage la respiration, il est diurétique. Vous ne commettrez, ajoute-t-il, aucune faute en donnant deux bains par jour. Son aphorisme (VII, 42) est relatif à l'administration des allusions froides dans une fièvre dont la bile n'est pas la cause. 11 employait encore contre la péripneumonie des éclegmes au galbanum et des expectorants composés d'aurone (artemisia abrotanum, Linné) et d'oxymel.

Hippocrate conseillait encore, surtout contre les douleurs de côté, les fomentations avec de l'eau chaude contenue dans des vases d'airain ou dans des éponges, les embrocations avec du sel ou du sorgho torréfié.

Une thérapeutique plus , active était couramment employée à cette époque et on pratiquait des opérations d'une certaine importance.

Les médecins hippocratiques ouvraient Vempyème par la cautérisation nu l'incision. Le sujet réchappe, dit Hippocrate, si le pus est pur, blanc et sans mauvaise odeur; mais il périt si le pus est sanguinolent et boueux. Hippocrate, dans son chapitre sur les plaies de tète (t. III, p. 241), recommande de trépaner de bonne heure et il défend de scier tout d'abord l'os jusqu'aux méninges; mais, si on trépane à une période avancée, il faut, dit-il, pénétrer jusque dans le crâne. Il traitait encore l'empyème par la scille, la dysenterie par la garance et les fèves d'Egypte (nympliœa nelûmbo, Linné).

Contre Yhydropisie, il donnait le corps pulvérisé de trois cantharides mélangé à trois verres d'eau. 11 évacuait aussi le liquide aseptique par une incision que l'on pratiquait soit à côté de l'ombilic, soit en arrière au flanc. Chez l'enfant, il faisait des mouchetures et il recommandait les bains de vapeur.

Dans les maladies du foie, Hippocrate prescrivait l'opopanax, et contre Y ictère il employait des bains chauds, des diurétiques, des purgatifs cholagogues. Quand on ouvre, dit-il, un abcès du foie par cautérisation ou incision, si le pus coule pur et blanc, les malades réchappent, mais, s'il est semblable à du marc d'huile, les malades succombent.

Hippocrate formulait encore une série de médicaments, aujourd'hui inusités, contre les hémorroïdes, X exophtalmie . Il faisait usage du froid dans les hémorragies actuelles ou imminentes, dans les inflammations phlogistiques, dans Yérysipèle non ulcéré.

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En résumé, Y hippocratisme se compose d'une méthode et d'une doctrine. La méthode soustrait la médecine à l'empire des systèmes philosophiques qui régnaient jusqu'alors et la place sur le terrain de l'observation et de l'expérience raisonnée : « nihil temere affirmandum, niltil conternnendum » .

La doctrine admet l'existence d'une force, d'une unité vitale, d'un principe simple et multiple dans ses effets, qui préside à toutes les fonctions, engage la lutte contre les agents morbifiques et tâche d'en débarrasser l'organisme en favorisant l'effort critique de la nature ; « il produit les contraires dans l'économie du corps et fait la vie de tout et des parties » (Hippocrate, de Y Aliment, g 7). Ce dogmatisme est, du reste, le fond du vitalisme et de l'hippocratisme moderne.

C'est cette force vitale (epuo-tç) qui empêche les causes nocives de devenir nuisibles en mettant en jeu les forces expuîsives des organes sécréteurs et un processus de coction (-i-^u). Il consiste en une élaboration que subissent les humeurs viciées. L'organisme les élimine pendant la crise. Si les causes nocives ne disparaissent pas par le processus de coction, les humeurs, suivant la doctrine hippocratique, se gâtent ; une dyscrasie s'établit et la force vitale n'arrive alors à s'en débarrasser que par le fonctionnement exagéré du cœur, des poumons et d'autres organes, par la fièvre, par l'élimination rénale, intestinale ou cutanée de la matière peccante. Aussi Hippocrate considérait-il la fièvre, l'accélération du pouls, de la respiration, la diarrhée, la transpiration comme les manifestations de la force vitale qui devenait une « vis medicatrix naturœ ». Natura sanat, medicus curât est la formule qui résume le mieux ce point de la doctrine hippocratique. « La nature, dit-il, est le médecin des maladies, la nature même, sans instruction et sans savoir, fait ce qu'il faut. » (6e livre des Epidémies, 5e section, t. V, p. 515, traduction de Littré.) La thérapeutique doit donc associer l'art aux efforts de la nature sans jamais la contrarier. Quo natura vergit, eo ducendum. D'après Hippocrate, le médecin « interpres et minister naturœ » doit pratiquer l'expectation tant que la force vitale conduit -normalement et à bon terme le processus morbide, il la seconde par les soins proprement dits, l'hygiène diététique, la balnéo- et l'hydrothérapie; il vient en aide à la force vitale de l'organisme au moven des divers traitements méclicamenteux.

Au début de la maladie, le médecin doit se garder d'intervenir à tort (nil nocere) et cle troubler la force naturelle. Parfois il est nécessaire d'en diminuer l'intensité. Le principal rôle du médecin consiste, dans les cas où la crise ne se fait pas, à retirer des organes importants les humeurs nocives afin de les diriger en dehors ou vers des organes de moindre importance : pour remplir ce double but, la thérapeutique avait à sa disposition la saignée, les vomitifs, les purgatifs, la révulsion, les dérivatifs, les exutoires, etc. On n'obtient la guéri son des maladies qu'en ajoutant (des propriétés médicamenteuses) ou en soustrayant (des propriétés morbides)

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« a juvantibus et lœdentibus fit indicatio ». Le médicament n'était pas, pour Hippocrate, le point principal du traitement ; c'étaient le choix judicieux du moment, l'opportunité des circonstances dans lesquelles il fallait intervenir qui lui importaient le plus. Occasio prœceps, disait-il fort judicieusement. Dans les cas graves, il conseillait une intervention très énergique, « ad extremos morbos, extrema remédia ex- (j m si te optima ».

Plus prudent que ses successeurs, il négligea les classifications sous prétexte que, « ne connaissant pas les parties, nous ne pouvons connaître le tout ». Tel est le résumé succinct des règles thérapeutiques de la doctrine hippocratique, dont un certain nombre méritent encore d'être suivies.

Après Hippocrate, l'école de Cos fut représentée par Dracon, Tressale, Polype son gendre, auquel on attribue quelques écrits de la collection hippocratique, Dioclès de Caryste, surnommé le jeune Hippocrate, et Paxagore, de Cos, le dernier des Asclépiades. Jusqu'à l écolc d'Alexandrie, on enseigna à peu près exclusivement l'ancien dogmatisme, qui admettait que la santé dérivait de la proportion exacte des quatre humeurs cardinales (sang, bile, pituite, atrabile) et que la maladie provenait d'un des quatre éléments suivants : chaud, froid, sec, humide. La littérature médicale se résumait à la collection hippocratique, dont le deuxième livre est le plus important. 294 ans avant J.-C, les Asclépiades d'Epidauré étaient si réputés qu'ils furent priés d'envoyer une mission à Rome, qui ('•lait alors ravagée par la peste, et un temple fut fondé dans une île du Tibre, à l'endroit où se blottit un serpent, consacré à Esculape, qui s'était échappé du navire dans lequel ces prêtres médecins avaient été transportés.

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