PÉRIODE ANATOMIQUE
Ecole d'Alexandrie. — A l'époque hippocratique se rattache Yëcole d'Alexan 'rie, qui s'étend de 520 avant J.-C, époque de la fondation de la bibliothèque d'Alexandrie, jusqu'à Galion, c'est-à-dire 200 ans après J.-C. Elle n'enrichit la thérapeutique d'aucun axiome nouveau; elle puisa surtout ses principes dans les livres hippocratiques. Le traitement était hygiénique, pharmaceutique, chirurgical. Cependant les médecins de l'école d'Alexandrie traitaient avec plus de soin que les Asclépiades les maladies aiguës et avaient sur eux l'avantage de ne pas négliger la thérapeutique des maladies chroniques. Néanmoins cette école d'Alexandrie, qui se consacra surtout à l'étude de l'anatomie et de la physiologie, se préoccupait davantage de discussions scolastiques, de spéculations théoriques que de pratique; elle restait figée dans son stérile respect pour Hippocrate et ses dogmes sur lesquels était basé le rationalisme ou dogmatisme.
LA THÉRAPEUTIQUE A TRAVERS LES AGES
Fondée par Hérophile, trois siècles avant J.-C, cette doctrine dérivait de l'idée du « général », émanation de l'école de Cos. Elle considérait l'observation, la connaissance de la cause ou des causes du désordre comme le point de départ du traitement des maladies.
L'empirisme, la doctrine rivale, édifiée par Philinus de Cos, disciple d'Iïérophile, Sérapion cV Alexandrie, Héraclide de Tarente, s'appuyait sur l'idée du « particulier », importée par l'école de Guide. Ce système repose sur l'observation des faits qui sont, ensuite, comparés entre eux et interprétés par analogie. Les résultats de l'expérience guidaient seuls la thérapeutique.
Intermédiaire entre les deux doctrines précédentes, le méthodisme fut imaginé par Thémison. Cette doctrine solidistfè attribuait à tous les corps solides la propriété de se resserrer et de se relâcher. Le dérangement du strictum et du laxum entraînait les maladies, et la thérapeutique se bornait à donner des remèdes destinés à combattre le trouble que l'on supposait être en jeu. L'éclectisme, fatigué de l'incertitude des doctrines précédentes, choisit les idées qui lui semblent justes en prenant pour guide les données de l'expérience et de la raison ; il se dispense de tout principe fixe et ne se dirige que suivant l'opinion personnelle. C'est, comme on l'a dit, l'autocratisme individuel érigé en dogme. La thérapeutique subit les mêmes variations.
Erasistrate, grand anatomiste, fut le premier médecin soiidiste. îl n'admettait ni l'usage de la saignée, ni celui des purgatifs; il recommandait l'emploi d'un régime propre à relâcher le ventre et des clystères. A l'exemple de son maître Chrysippe, il remplaçait la saignée par la ligature des membres. Il détestait la polypharmacie, il s'élevait contre les médecins qui vont chercher des médicaments dans les trois règnes de la nature, il employait surtout la ptisane; il ouvrait l'abdomen, les abcès du foie et se servait du cathéter. Les lithotomistes de l'école d'Alexandrie n'incisaient la vessie que par le petit appareil. Hérophile fut partisan des vertus spéciales de chaque médicament et considérait presque toutes les plantes, même les plus vulgaires, comme pourvues de quelques vertus particulières. 11 écrivit un livre de diététique. Zenon de Laodicée découvrit de nombreux médicaments composés. Ctésias fit des travaux sur les plantes, les onguents, les aliments.
L'école empirique représentée par Philimis de Cos et Sérapion d'Alexandrie, Héraclide, de Tarente, envisageait la médecine comme un art d'application, lui donnait comme base l'expérience seule, repoussait les hypothèses, l'induction et le raisonnement. Les praticiens s'adonnaient à l'étude des drogues souvent actives que les incursions d'Alexandre avaient fait connaître et se préoccupaient peu d'expliquer leur mode d'action. Avec la matière médicale, ils cultivaient avec soin l'étude des symptômes caractéristiques des maladies. « C'est la pratique et non la théorie qui fait le laboureur et le pilote », disait une de leurs formules favorites. Quant à la partie scientifique de la médecine et à la thérapeutique
{GILBERT et BOINET
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
générale, elles n'existaient pas pour les empiriques (Dezéimeris) (*). Ils avaient essentiellement une science de détails. Leurs ouvrages sont à peu près perdus et ne sont plus représentés que par les fragments contenus dans Celse, Galien, Cœlius Aurelianus. Sérapion fit des recherches sur les médicaments; Héraclide apporta de nombreux perfectionnements à la matière médicale ; il employait l'opium avec prédilection, il donnait de Fass;i fœtida dans le tétanos. Mithridate, Zopyre utilisaient une multitude de remèdes; Nicandre écrivit un livre sur les poisons et les antidotes; il connaissait les propriétés de l'aconit, de la ciguë, du colchique, de la jusquiame. Théop/iraste décrivit les vertus médicinales de plus de 500 plantes. Plus tard, la polypharmacie fut poussée à l'extrême et les antidotes tels que la mithridate et la thériaque ne contenaient pas moins de 40 à 50 substances.
En résumé, la secte empirique n'avait d'autre but que de guérir les malades sans se préoccupe]' des questions théoriques. Sa thérapeutique était, du reste, fort analogue à celle des dogmatiques.
Le méthodisme, créé par Thémison, de Laodicée, Thessalus, de Tralles, et Soranus, dEphèsc, conseillait d'appliquer les moyens curatifs le plus près possible de l'endroit affecté. Le moyen le plus prompt de guérir l'inflammation, consiste à tirer du sang de l'organe enflammé. Thémison fut le premier à utiliser les sangsues; il ponctionnait les hydropisies.
Les purgatifs, disait Cœlius Aurelianus, bouleversent l'estomac, mais il faut faire à l'extérieur, principalement vers le creux épigastrique, des applications de sangsues, de ventouses scarifiées et, si la maladie est aiguë, ces moyens doivent être précédés de la saignée. Les sinapismes, les cautères, les vésicants doivent être appliqués avec prudence et ne pas être employés trop tôt sous peine d'augmenter le mal que Ton veut guérir. Ces médecins méthodistes avaient une aversion contre l'usage intérieur des excitants qu'ils considéraient comme incendiaires. Leurs indications thérapeutiques se réduisaient à resserrer au moyen des astringents, des bains froids et acidulés, de l'air froid, etc. ; ou à relâcher en employant les saignées, les ventouses, les émollients, les boissons tièdes et laxatives, les sudorifiques, l'exercice poussé jusqu'à la fatigue. Dans le traitement des maladies chroniques, ils prescrivaient un régime très sévère et même la diète pendant 8, 12 et 15 jours. Assez souvent, ils faisaient vomir les malades, leur donnaient de grandes quantités d'eau et les soumettaient à une forte transpiration. C'était au fond une méthode perturbatrice régularisée. Les méthodistes n'ignoraient pas les inconvénients de l'opium et des préparations narcotiques dans la plupart des inflammations et sur-
(*) Dezéimeris, Dictionnaire historique de la méd., ISIS. — Sprengel, Histoire de la médecine, traduction de Gourdon. Paris, 1815. — Daniel Le Clerc, Histoire de la médecine, 1723. — Rexouard, Histoire de la médecine. Paris, 1840. — Gh. Daremberg, Histoire des sciences médicales. Paris, 1870.
LA THÉRAPEUTIQUE A TRAVERS LES AGES
tout dans celles de l'encéphale. Ce fut Thémison qui employa surtout le diacode.
Les méthodistes tirent de la diathèse l'indication du remède le plus propice; ils font encore entrer en ligne de compte les forces du malade, son âge, son idiosyncrasie, ses habitudes, son genre de vie, la nature du pays, etc. Dans cette école dogmatique, la théorie de la matière médicale et de la thérapeutique était fondée sur les qualités élémentaires. Les médicaments devaient agir sur les humeurs cardinales. Les discussions portaient surtout sur la révulsion et la dérivation. Les uns étaient d'avis d'évacuer le superflu des humeurs par l'endroit le plus voisin du siège de la maladie; les autres, au contraire, par les parties les plus éloignées. Ces médecins avaient tellement simplifié la médecine que ïhcssale, de Tralles, se vantait de l'enseigner en six mois ; aussi Galien appelait-il ses élèves les ânes de T h essaie.