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PÉRIODE GRÉCO-LATINE

Migration de la médecine grecque a Rome. — La médecine d'Alexandrie fut transportée à Rome par le médecin et l'ami de Cicéron, Asclépiade, de Rithynie, qui fut le promoteur du méthodisme; il préférait les moyens hygiéniques aux médicaments très actifs ; il accordait une grande importance au changement de régime; il fut, le premier, à conseiller les douches, il employait souvent les bains froids, il donnait rarement des purgatifs, il s'élevait contre l'abus qu'on en avait fait, il les remplaçait volontiers par les clystères; il conseillait les frictions, les exercices, le changement d'air, il insistait sur les avantages de la diététique, il prescrivait peu de vomitifs, il pratiquait la saignée dans les états inflammatoires, il fut le premier à préconiser la bronchotomie dans l'angine. 11 qualifiait la thérapeutique prudente et circonspecte d'IIippocrate de méditation sur la mort, il avait recours à des médications altérantes et perturbatrices, il voulait qu'on guérît sûrement, rapidement et agréablement. Parmi les représentants de cette école, nous citerons Musa qui sauva l'empereur Auguste par les bains froids et qui traitait avec succès les rhumes par la jusquiame, la ciguë, l'opium; Andromaqnc, médecin de Néron, qui composa le fameux électuaire, la thériaque; Dioscoride, qui vécut sous Néron, du temps de Pline, et fut le plus illustre des médecins grecs qui ait écrit sur la matière médicale; il eut le tort d'indiquer que tel remède est applicable à telle affection sans spécifier la nature de la maladie et sans déterminer les indications. 11 a écrit cinq livres de matière médicale et un traité sur les remèdes faciles à se procurer; le premier il a fait mention des plantes aromatiques. Arétée de Cappadoce, un autre médecin grec qui vivait vers la fin du premier siècle après Jésus-Christ, employait une thérapeutique généralement énergique; il avait recours à la saignée pratiquée sur les veines du bras, du pied, de

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la langue, du front, des narines; il utilisait aussi les ventouses scarifiées, les sangsues, l'artériotomie ; il usait volontiers de la méthode révulsive (sinapismes, vésication par la cantharide, ustion) ; il traitait les maladies aiguës par une diète sévère.

Celse était un de ces philiatres dont Galien fait mention, qui avait plus étudié la médecine dans les livres qu'auprès des malades (in Daremberg, loc. cit.), il excellait surtout dans les questions d'hygiène, mais il montre son inexpérience dans les chapitres consacrés à la chirurgie ou aux prohlèmes difficiles de la médecine. Il a surtout bénéficié de la perte des ouvrages dans lesquels il avait puisé. 11 a été pourtant surnommé Y Hippocrate latin, le Cicéron des médecins, à cause de l'élégance et de la pureté de son style ; il emprunta aux différentes écoles les données qui lui paraissaient suffisamment établies et donna un exposé net et complet de la médecine à son époque. On lui doit une série de préceptes fort judicieux et qui sont applicables même aujourd'hui. Nous citerons parmi les principaux :

JEstimatio causse sie/je morbum solvit.

Quem rnorborum origo et initia fefellerunt, is minus recte curant suscipit.

Abstinentia et quiète multi magni morbi curantur.

Optimum medicamentum est cibus opportune datus.

Ces dernières phrases montrent le rôle prépondérant qu'il accordait à l'hygiène et à la diététique. Il était partisan de Yempirisme. « Ce n'est qu'après avoir trouvé les remèdes que les hommes ont commencé à raisonner sur leur manière d'agir. »

Dans son premier livre, il examine successivement la manière de vivre qui convient aux personnes bien portantes; les précautions que doivent prendre les personnes délicates, les règles particulières suivant la différence des tempéraments, des sexes, des âges et des saisons de l'année; il énumère les moyens diététiques et le régime «à opposer aux troubles gastro-intestinaux, les précautions qu'il faut prendre contre les maladies contagieuses.

Son second livre est consacré à l'étude des moyens de traitement applicables aux maladies (saignée par la lancette ou par les ventouses, lavements, purgations, vomitifs, frictions, onctions, diète absolue et relative, sudation par la chaleur sèche avec sable chaud, étuves, fours, étuves naturelles et bains). 11 examine avec soin les propriétés de chaque catégorie d'aliments et les indications curatives qu'ils peuvent remplir.

Dans son troisième livre, il indique les moyens thérapeutiques, assez simples, utilisés par les anciens pour combattre les fièvres ordinaires, pestilentielles, quotidiennes, tierce, quarte, demi-tierce ou hémitritées, les lièvres lentes, et pour atténuer les symptômes concomitants tels que le frisson, le tremblement ; enfin il s'occupe avec minutie de la diététique. Quant à sa thérapeutique dans les phrénites, dans les diverses variétés de

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délire, dans la phtisie, la jaunisse, l'éléphantiasis, etc., elle est un peu rudimentaire.

Des remarques analogues peuvent être faites aussi sur le traitement des affections des diverses régions et des différents organes. Une série de substances végétales assez anodines sont conseillées ; et une large part est faite au régime et à la diététique. Tel est le contenu du quatrième livre. Dans le cinquième, il étudie les qualités particulières de chaque espèce de médicaments qu'il divise en hémostatiques, cicatrisants, détersifs, corrosifs, consomptifs, caustiques, escarrotiques, résolutifs, attractifs et digestifs, sarcotiques, émollients. Puis, il éeumère les médicaments composés les plus en vogue ; il décrit le mode de préparation et la composition des onguents, emplâtres, trochisques, pessaires; il termine par des considérations sur les médicaments employés sous forme sèche et pulvérulente, sur les antidotes de Zopyrus, de Mithridate, sur les acopes, les euchrist.es, sur diverses variétés de pilules. Il donne d'assez bons conseils sur Le traitement local des morsures des chiens enragés, des serpents. Dans le sixième livre, il indique une série de recettes assez anodines contre les affections locales du cuir chevelu, etc.

En résumé, on trouve, dans l'œuvre de Celse, plutôt le résumé des substances employées dans les divers groupes de maladies que l'explication des principes d'une thérapeutique générale. De plus, il rejette les jours critiques auxquels Hippocrate faisait jouer un si grand rôle; il se montre partisan des purgatifs ; il recommande surtout les bains, les exercices, le régime et les lavements analeptiques.

Galémsme. — Galien, de Pergame, naquit pendant le règne de l'empereur Adrien, l'an 131 de l'ère chrétienne; il vécut à Rome sous le règne de Marc-Aurèlc, d'Antonin, de Septime Sévère, a qui il administra la thériaque. Il écrivit plus de 500 livres et son système fut aveuglément adopté par les médecins grecs qui vécurent après lui, les arabistes et les restaurateurs de la littérature médicale en Europe. Galien parcourut diverses contrées de l'Europe et de l'Asie pour étudier les médicaments sur leur sol natal. Il alla à Rome à l'âge de trente-trois ans; il guérit Eudemus, célèbre philosophe, péripatéticien, d'une fièvre triple quarte (qu'il attribuait à l'usage immodéré de la thériaque) par l'emploi du remède qui aurait provoqué le mal. Il faut, dit Galien, donner les semblables dans l'état de santé et le premier principe du traitement des maladies est de seconder la nature et de les combattre par leurs contraires. On doit chasser les maladies par les contraires et conserver les forces par les moyens qui aident la nature. Galien fonda l'humorisme et un système allopathique; il eut une prédilection en faveur des doctrines hippocratiques; il amplifia le dogmatisme de Cos, dont il professait les théories sur la coction, les crises et les jours critiques. Les quatre humeurs cardinales étaient le sang, la pituite, l'atrabile (fournie par les capsules surrénales) et la bile jaune ou vitalline (provenant du foie). Leur mélange c'està-dire (la crase) dans des proportions convenables ou non formait le bon

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ou le mauvais tempérament, la santé ou la maladie; sa matière médicale était une polypharmacie théorisée. Le principe de ce système est contraria contrariis. On influence un organe malade au moyen de médicaments qui agissent dans un sens opposé à celui de la cause morbifique. C'est du reste le principe de la médecine dite physiologique. Ainsi le collapsus, les paralysies sont traités par des excitants, les états spasmodiques par des moyens déterminant la paralysie, etc.

Galien remplit les indications par le régime qu'il emprunte à llippocrate et à Asclépiade, par les aliments et les remèdes qui possèdent une des qualités suivantes : le chaud, le froid, le sec, l'humide et qui sont destinés à guérir les maladies dépendant d'un principe contraire. Les qualités des médicaments furent réparties en quatre classes, suivant le degré de leur énergie. Ainsi, par exemple, le poivre était chaud au quatrième degré, la cannelle au troisième, le lin au premier. Les altérants servaient à changer les qualités des corps, à tempérer ou à activer leur action, selon les cas. Les purgatifs avaient la propriété d'évacuer chacun une humeur particulière. Dans son Traité des lieux affectés, Galien montra combien il importe au thérapeute de connaître exactement le siège du mal, c'est-à-dire d'être fixé sur le diagnostic local.

Les principes d'hygiène qu'il préconise dans son traité : L' « Art de conserver la santé », sont assez complets et s'adressent : 1° aux enfants; 2° aux vieillards ; 5° aux divers tempéraments ; 4° et à ceux qui ne sont pas maîtres de leur temps. 11 pratiqua des opérations assez hardies, comme la trépanation du sternum, l'ouverture du péricarde et insista beaucoup sur les bandages et appareils. Dans son chapitre intitulé : Généralités sur les sectes, il envisage l'indication, l'observation, l'analogisme, le passage du semblable au semblable et la considération des symptômes, comme moyens de trouver le traitement convenable. Ce sont les causes et non les affections, ajoute-t-il, qui indiquent les moyens de traitement et ces moyens même le prouvent. Galien insiste sur les théories des dogmatiques et des empiriques; mais ces considérations n'ont qu'une médiocre importance parce que, dit-il, les moyens thérapeutiques employés par les uns et les autres sont les mêmes. Voici la méthode qu'il suivait : « Je recherche toujours, ajoute-t-il, quel lieu affecté primitivement ou sympathiquement a produit la lésion de la fonction, et je recherche la diathèse de la partie atteinte; puis, de ces deux notions, je tire Vindication de tout le genre de traitement à adopter, relativement à la découverte des substances convenables, à la quantité et à la qualité des remèdes, considérant en même temps Vâge et la nature des malades, la saison et le pays et toutes les particularités rapportées dans V explication des livres d' llippocrate ».

La connaissance de la nature commune et de la nature particulière de chaque individu est, dit-il, le fondement de la thérapeutique. Ce qui constitue la méthode thérapeutique, écrit Galien à Glaucon, c'est la qualité des médicaments et leur quantité, leur mode d'administration et

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l'opportunité de leur administration, car l'occasion est fugitive; il faut encore déterminer exactement la quantité du médicament, eu égard aux forces du malade. Le succès du traitement dépend doue, en grande partie, du moment où l'on administre les remèdes et de leur quantité. Il faut traiter, dit-il, les fébricitants par des bains. Pour le traitement des fièvres, il convient d'en régler le régime, dès le début, en considérant la durée de la maladie. Il combat la fièvre tierce légitime par les elystères émollients, les boissons d'ache, d'aneth, l'absinthe macérée dans l'eau miellée, les bains chauds, qui sont préférables aux bains de mer, aux bains salés et aux bains sulfureux. Dans les lièvres tierces non légitimes, Galien ne prescrit les bains que lorsque les signes de coction apparaissent et il ne donne des aliments qu'un jour sur deux. Il emploie la saignée, la ptisane additionnée de poivre et, après le septième jour, l'absinthe d'une façon continue.

Les fièvres quartes sont traitées par les saignées, elystères, frictions, diurétiques, vomitifs (ellébore blanc d'abord, puis ellébore pur), thériaque, suc de sylphium.

Le traitement des hydropisies se ramène à trois buts : guérir le squirrhe du viscère affecté, employer des épithèmes qui dissipent l'humeur, faire boire des diurétiques.

Comme le dit Sprengel (loc. cit.), Galien fut un dieu pendant quatorze siècles; son culte fut renversé au xvne siècle, et depuis il n'a plus passé que pour une fausse idole. Entre la mort de Galien et la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie que le calife Omar fit brûler, 640 ans après Jésus-Christ, la médecine et la thérapeutique ne présentent aucune originalité : on ne peut qu'enregistrer les travaux de quelques commentateurs célèbres.

La médecine gaîénique eut pour principaux défenseurs :

Orihase, qui, comme Galien, naquit àPergame. Il vivait au ive siècle; il écrivit une Collection médicale en 70 livres et un abrégé de celle-ci sous le nom de Synopsis. C'est le résumé clair, concis et méthodique de l'œuvre médicale de Galien qu'il copie si minutieusement, qif il a été dénommé trop irrévérencieusement le singe de Galien.

JEt'ms, médecin célèbre des ve etvic siècles, qui lit une énorme compilation de tous les remèdes, onguents et emplâtres préconisés avant lui et à son époque. Il rangea les remèdes suivant le règne auquel ils appartiennent et par ordre alphabétique; mais il montra une trop grande crédulité; il écrivit sur la diététique, la pharmacie et la chirurgie, conformément à la doctrine de Galien.

Paul, d'Egine, qui vivait probablement vers la fin du vie siècle, donne un abrégé des écrits de ses prédécesseurs; il en recueille la fleur, pour se servir de ses expressions. C'est pourtant un auteur assez original qui choisit volontiers sa propre expérience pour guide; il est surtout célèbre par la partie chirurgicale de ses travaux, il paraît avoir pratiqué le premier la bronchotomie, d'après une méthode empruntée à Antyllus.

PATHOLOGIE GENERALE. — VI. h\

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Alexandre, de Tralles, écrivit 12 livres sous Justinien, à une époque où la médecine était partagée entre les méthodistes, les empiriques et les dogmatiques, qui avaient oublié la science des indications de Galien. Comme les autres, il multiplia les recettes à l'infini et accorda ses éloges à des préparations anodines, bizarres et parfois ridicules. Cependant, se basant sur sa pratique, il a le courage de faire preuve d'indépendance vis-à-vis de certaines idées de Galien pour lequel il avait cependant une grande vénération. Alexandre, de Tralles, insistait sur la boulimie due aux vers intestinaux; il préférait la saignée des veines du pied parce que, dit-il, elle exerce une révulsion plus puissante. 11 faisait vomir avant l'accès des fièvres tierce et quarte. C'est, du reste, une pratique qui est encore utilisée avantageusement aujourd'hui.

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