PÉRIODE DU MOYEN AGE
Médecin 15 des Arabes. — Elle conserve les notions de la médecine grecque et gréco-latine. Vers la fin du vne siècle, deux médecins grecs, Théodocus et Théodumus, s'établirent dans l'Inrak et enseignèrent la médecine grecque à un grand nombre de disciples arabes. Les livres grecs furent traduits en syriaque, après la conquête de l'Egypte par les Arabes, et la médecine grecque fut ainsi naturalisée chez eux. Les Arabes rassemblaient pour chaque cas de nombreux médicaments et ne s'occupaient guère que de médecine pratique. Ils se servaient surtout de purgatifs végétaux doux tels que la casse, les tamarins, les myrobolans, la manne, le séné; ils répandirent l'usage du sucre, des sirops, des juleps des électuaires, des aromates. Ils employèrent également le musc, le nitre, l'alcool, le sublimé. Leur médecine émanait donc des Grecs ainsi que de Galien et se basait aussi sur de sages préceptes parmi lesquels nous indiquerons le suivant : « Quicumque experitur auget scientiam ; qui vero crédit auget errorem » .
Parmi les médecins arabes les plus célèbres, nous citerons Rhazès, qui naquit en 860, décrivit la variole et fit surtout œuvre de compilation dans son grand ouvrage, le Continent. Ali-Abbas, qui vécut 50 ans plus tard, indiqua un nombre infini de remèdes, écrivit un excellent traité de diététique pour cette époque et dix livres pratiques. Pour la pratique, il était considéré par les Arabes comme supérieur à Avicenne. Ce dernier passait chez les Arabes pour un second Galien et reçut même le surnom de prince des médecins. Le Canon d'Avicenne, qui mourut en 1056 après Jésus-Christ, fut l'ouvrage classique par excellence, pendant six siècles. Il était composé de cinq livres; le troisième et le quatrième renfermaient la description et le traitement des maladies ; le cinquième était consacré à la composition et à la préparation des remèdes. Avenzohar, qui vivait au xne siècle, avait fait le serment de ne jamais employer de poisons; il osa, malgré les préjugés de son époque, unira l'étude de la
LA THÉRAPEUTIQUE A TRAVERS LES AGES
médecine celle de la pharmacie et de la chirurgie. 11 fit saigner son enfant âgé de trois ans seulement. Averrhoès, le commentateur cl'Aristote, conseillait au médecin de se guider d'après l'expérience et le jugement, car les règles thérapeutiques ont besoin d'être modifiées suivant le climat, la constitution, de sorte que, ajoute-t-il, la médecine pratique ne consiste qu'à appliquer les vérités générales à chaque cas particulier. Il se livra peu à la pratique delà médecine. « Un honnête homme, disaitil, peut se plaire à la théorie de cet art, mais la pratique doit le faire trembler. » Àlbucasis s'occupa surtout de chirurgie; il connaissait même la ligature des artères avec un fil.
Ecole de Salerne. — Elle avait déjà une certaine réputation vers la fin du vme siècle et elle atteint son apogée entre le xe et le xine siècle, s'occupe surtout de régime, de diététique; elle traite de préférence par les substances végétales non toxiques. Gariopontus, médecin de Salerne au xie siècle, composa un traité intitulé De Dynamidiis, dans lequel il prétend deviner les vertus des simples d'après leur figure et leur couleur. D'après le système de Porta, développé dans sa Phytognomonica, l'action des médicaments pourrait se déduire de leurs formes.
Pendant longtemps, la thérapeutique fut associée à des pratiques superstitieuses et religieuses. Au xme siècle, on consultait les astres avant de soigner ou de purger. Le pape Innocent III défendit, sous peine d'excommunication, d'entreprendre un traitement avant d'avoir fait appeler un ecclésiastique.
Vers le commencement du xve siècle apparaissent des maladies nouvelles : 1° la coqueluche en 1414; 2° la suette anglaise, qui fit des ravages en 1486, 1514, 1528, 1551. On traitait cette dernière maladie en favorisant la transpiration, en relevant les forces, et Ton estimait que les évacuants étaient nuisibles. Signalons encore les grandes épidémies de scorbut, qui ont fait des ravages en 1250 dans l'armée de saint Louis et dont les équipages de Vasco de Gama furent atteints en 1498. Puis la syphilis fait son apparition. Jean, de Vigo, conseillait le précipité rouge mercuriel à l'intérieur, des fumigations de cinabre et de storax, et l'application à l'extérieur de l'emplâtre mercuriel qui porte encore son nom. Béranger, de Carpi, au commencement du xvie siècle, reconnut le premier les bons effets des frictions mercurielles. Matthiole vanta l'emploi du mercure à l'intérieur. Fernel, surnommé le Galien moderne, composa sept livres de thérapeutique; il se guida sur la loi des contraires, s'attacha à détruire la cause ou les causes d'une maladie avant d'attaquer la maladie elle-même ; il recommandait les trois modes suivants de médication : 1° évacuer l'excédent des humeurs; 2° purger, c'est-à-dire purifier les humeurs; 5° altérer, c'est-à-dire ramener à l'état normal les parties qui ont été viciées dans leur tempérament et leur composition.'
[GILBERT et BOINET ]
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE