PÉRIODE D'ÉMANCIPATION
Elle est caractérisée par une série de tentatives de réforme médicale. Secouant le joug de la tradition, les médecins basent tour à tour leurs doctrines sur la chimiatrie et V alchimie (Paracelse, van Helmont); sur Yialro-mécanisme pur (Sylvius, de la Boë, Willis) ou mélangé à d'autres systèmes (Boerhave, Hoffmann); sur Yanatomie (Vésale. Fallope); sur la physiologie (Servet, Harvey). Telle est la première phase, qui est encombrée par des théories plus ou moins imaginatives. C'est la phase qui pourrait être appelée par abréviation la phase spéculative. Enfin, Sydenham ramène la médecine à l'observation pure, aux bonnes traditions hippocratiques et à une thérapeutique rationnelle inspirée par de sages indications. C'est la seconde phase dite de médecine clinique rationnelle.
Phase spéculative. — Théories chimiatriques. — Paracelse (1498- 1546) fonda un système sur les débris de ceux de Galien et d'Avicenne. Ce Tut un empirique doublé d'un mystique dont la réputation a été fort surfaite ainsi que le prouve Daremberg (loc. cit.). Cependant il apprit aux médecins à faire des recherches par eux-mêmes; il montra l'importance des remèdes chimiques ou spagiriques, il prépara de meilleurs extraits de plantes que ses devanciers, des teintures martiales, des composés sulfurés; il faisait usage du précipité rouge, du nitrate de mercure, du sublimé, du mercure doux; il employait les sels de plomb contre les maladies de peau; il connaissait l'acide muriatique, l'eau-forte, la composition de l'alun, la solubilité des métaux dans l'eau régale et avait des notions assez étendues sur l'arsenic, le zinc. Il retarda les progrès de la médecine en l'associant à la cabale, à la magie, à l'astrologie, «à l'alchimie. Il accorda trop d'éloges aux nombreux remèdes dont il était l'inventeur et dont il encombra la pharmacie et il préconisa sans mesure l'usage « de la très noble, très précieuse et tant divine essence de la fleur d'antimoine qui guérit toutes les maladies ». Alors, l'antimoine prima tout et ses louanges sont célébrées dans le Char triomphal de V antimoine que l'on a attribué à Bazile Valentin et qui pourrait bien être, suivant Sprengel, une production de Paracelse ou de ses disciples. Quant à Bazile Valentin, il a été considéré comme le fondateur de la chimie pharmaceutique.
Le xvne siècle voit éclore d'autres doctrines chimiatriques qui se développent au milieu des discussions soit des spiritualistes et fanatiques, soit des conciliateurs et éclectiques.
Les idées générales et les opinions de Paracelse sur les semences morbides ont vraisemblablement inspiré Van Helmont, qui combattit le galénisme, fut l'un des médecins et des chimistes qui, au commencement du xvne siècle, fit le plus d'observations neuves, mais malheureuse-
LA THÉRAPEUTIQUE A TRAVERS LES AGES
ment mélangées à des erreurs et à des extravagances. II fut le grand représentant des animistes, il soutint une théorie spiritualiste basée en partie sur l'archée de Paraceîse et il admit autant d'archées qu'il existe d'organes particuliers. Il s'occupa avec prédilection de recherches alchimiques, il devint, dit-il, philosophas per ignem. Il se servait surtout du mercure, de l'antimoine, du soufre doré d'antimoine, de l'antimoine diaphorétique et d'autres substances minérales; il avait volontiers recours à l'opium; puis, dans son livre intitulé : Déception passive et ignorance des écoles humoristes, il combattait la saignée; enfin, il n'employait les purgatifs qu'avec modération. Ainsi que le montre le parallèle établi par Daremberg (loc. cit.), Van Hclmont est supérieur à Paraceîse.
Iatro-chïmie. — Sylvius delà Boé (1614-1672) est éclectique; il emprunte à Galien la classification des médicaments et la doctrine des indications thérapeutiques qu'il divise en trois catégories : indications I. Curatrices-, IL Préservatrices-, III. Urgentes. La partie iatro-chimique de sa doctrine se compose d'un mélange de chimisme et de mécanisme. 11 combat, par les purgatifs, les maladies qu'il rapporte à l'effervescence de la bile, et il en corrige l'âcreté au moyen de l'opium; il abuse des sels volatils et des diaphoniques pour réveiller la paresse des esprits vitaux et favoriser les sécrétions. Il est un des créateurs de l'enseignement clinique.
Thomas Willis (1624-1689) fait intervenir les ferments dans la production et la guérison des maladies ; cependant sa pharmacia rationalis renferme quelques bonnes notions.
Iatro-mécanisme. — La thérapeutique n'a été nullement améliorée par Y iatro -mécanisme entrevu par Sanctorius, fondé par Borelli, soutenu par Bellini, Baglivi, Bamazzini, Lancisi, etc. V école anglaise, représentée par Archibald Pitcairn, W. Cote, Keill, Me ad Robert son. Ri die y, ne fait aucun progrès appréciable en thérapeutique. Puis l'iatro-mécanisme reprend un nouvel éclat avec Boerhave, en Hollande; Hoffmann, en Allemagne.
Boerhave (1668-1758), élève de Pitcairn, ne professa jamais un iatromécanisme absolu; il mêlait à ce système un peu d'hippocratisme et de chimiatrie ; il associait le mécanisme à l'humorisme; il alliait les doctrines anciennes aux idées mécanico-chimiques, issues des premières découvertes de la renaissance médicale. 11 avait recours à une polypharmacie se composant de désobstruants, fondants, discussifs, délayants, incisifs, incrassants, invisquants, etc. ; mais, d'une manière générale, Boerhave n'employait guère qu'un traitement conforme à la tradition. Sa thérapeutique des maladies infectieuses consistait à expulser le venin par la saignée, le relâchement de la peau et un régime léger (Ap. 1594). Si l'on en juge par ses deux ouvrages réputés classiques, les Institutions de médecine (1708) et les Aphorismes (1709), on ne peut s'empêcher de trouver que la renommée du médecin de Leyde est exagérée.
[GILBERT et BOINET.]
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
Hoffmann (1660-1742) adopte l'iatro-mécanisme mélangé au solidisme; il est surtout l'adversaire de Stahl, dont l'animisme semble être un écho éloigné de Farchéisme.
Hoffmann prescrivait surtout des médicaments fortifiants, calmants, évacuants el altérants. 11 défendit contre Stahl l'usage du quinquina dans les fièvres intermittentes; il n'usait de l'opium qu'avec circonspection; il donnait les boissons dans les cas de spasme, d'inflammation: il conseillait les ferrugineux dans les maladies chroniques, les fièvres intermittentes. Le premier, il administra l'hydrogène sulfuré à l'intérieur, surtout contre la goutte; le camphre était un de ses remèdes favoris; il considérait le nitre comme antispasmodique et rafraîchissant; il traitait la syphilis par le mercure doux donné jusqu'à salivation. Sa thérapeutique des maladies aiguës tenait le milieu entre les méthodes expectante et agissante; il insistait sur la diététique, prescrivait comme vomitifs l'ipécacuanha et l'émétique, repoussait les purgatifs drastiques. Il a écrit une série de travaux sur les purgatifs (1696), évacuants, altérants, sédatifs, hémostatiques, anthelminthiques , anti-odontalgiques (1698); il est grand partisan des cautères, qu'il préfère aux vésicatoires. Dans les affections fébriles aiguës, il repousse l'emploi des vésicatoires, qui agissent, dil-il, surtout par la stimulation qu'ils produisent. Puis, •Hoffmann établit quatorze lois pour venir au secours de la nature et la dirige!- dans ses opérations. Nous citerons les plus importantes ; « On doit observer avec toute l'exactitude et l'attention possibles, dans toutes les maladies, l'ordre et la succession, de tous les efforts et mouvements que produit la nature. Le médecin emploiera les fortifiants, à la fin de la maladie ou de l'accès, pour empêcher la rechute ou une maladie nouvel le. Préférer les remèdes simples à ceux qui sont composés. On se gardera des fréquents changements de remèdes et l'on persistera dans l'usage de ceux qui sont sûrs et éprouvés, bien qu'on n'en sente pas de soulagement sur-le-champ. » De plus, il a fourni une série d'indications, soit sur futilité, soit sur les dangers de la saignée, qui produirait néanmoins, dans certains cas, trois excellents effets : l'évacuation, la révulsion, la dérivation. Enfin il a recours à la saignée, à titre prophylactique, quand les mouvements du sang sont trop violents. On lui doit une liqueur anodine qui porte son nom et qui est souvent utilisée.
Animisme. — Stahl, de Halle (1660-1754), eut des démêlés retentissants avec Leibnitz et son collègue Hoffmann. C'est le créateur de la doctrine de l'animisme, qui a été le point de départ des théories vitalistes de Bordeu, Haller, Brown, Cullen, Rasori. 11 rajeunit le naturisme, altération de la médecine hippocratique. Lavoisier considérait Stahl « comme étant un des patriarches de la chimie et ayant fait une sorte de révolution dans cette science ». Sa thérapeutique est assez insignifiante, car, disait-il, « la plupart du temps (deux fois sur trois) le médecin n'a rien à faire et ne fait réellement rien du tout », et il ne doit cherchera modifier les
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maladies que lorsqu'elles s'écartent de leur marche naturelle ou salutaire. Néanmoins il ne veut pas qu'il reste un simple contemplateur des scènes pathologiques; son rôle est moins de dominer la nature que de lui obéir, sans cesser pour cela d'être actif. Il traite les fièvres intermittentes par le quinquina; mais, assez inconsidérément, il reproche à ce médicament de produire des hydropisies; il est partisan de la saignée pour favoriser les crises; cependant, il préfère la remplacer par l'émétique, les purgatifs (aloès, jalap, ellébore, rhubarbe); il signale les inconvénients de l'opium; il emploie souvent le nitre dans les maladies aiguës; il conseille d'éviter tout ce qui pourrait supprimer les évacuations dans les fièvres ; il regarde la fièvre comme un dépuratif du corps et la considère « comme un acte vital, moteur, excréteur, sécréteur, une énergie appréciatrice des choses qui doivent accomplir le salut ».
Yitalisme. — Ecole de Montpellier . — Vers le xic siècle, à son début, l'école de Montpellier, rivale de celle de Salerne, ne se piqua guère de philosophie médicale; les malades affluaient auprès des médecins juifs ou arabes qui ne se préoccupaient que de pratique. Tous les efforts étaient dirigés vers l'observation des maladies. Plus tard, elle s'attarda aux discussions scholastiqucs des Arabes ; puis elle adhéra aux théories chimiques et mécaniques. Enfin, gardienne vigilante des doctrines de Cos, comme l'établit l'inscription bien connue (Olini Cos, nunc Montpelliensis Uippocrates), elle admit le naturisme, qui inspira l'animisme de Stahl.
Bordeu (1722-1766), disciple d'Hippocrate et de Stahl, fut mystique, naturiste, et fonda un système mixte qui établit le passage entre les théories métaphysiques et les théories dynamiques. Sa doctrine des propriétés vitales resserre la chaîne avec les traditions de Cos; il admet la nutrition et le sentiment comme propriétés inhérentes à la fibre animale dirigées et éclairées par l'âme immortelle. Confiant dans la tendance naturelle de l'organisme vers la guérison, il disait « que les médecins guérissent toutes les maladies excepté la dernière » .
Barthez inventa la théorie du double dynamisme. A côté de l'âme, principe pensant, il suppose l'existence d'un principe vital. C'était une âme de seconde majesté, pour employer le terme de son élève Lordet. Cette faculté vitale du corps humain est douée, dit Barthez, de forces motrices et sensitives. C'est la cause qui produit les phénomènes de la vie dans le corps humain.
Dans la pratique, Barthez se préoccupe peu de ses doctrines. 11 définit la médecine la science dogmatique des indications. Son but est la thérapeutique. Il entend par méthodes les plans divers du traitement que l'on peut opposer aux maladies. La science des méthodes est à la thérapeutique ce que la tactique est à l'art militaire, la législation à l'administration (Bérard). Dans Y esprit des lois que Barthez donne à la thérapeutique, il divise les méthodes de traitement en : 1° naturelles-, 2° analytiques, et 5° empiriques. Ces dernières peuvent être réparties dans les
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trois catégories suivantes : imitatrices; perturbatrices; spécifiques. Son traitement des affections nerveuses consiste en un mélange de remèdes sédatifs et excitants avec les toniques et les nervins. 11 combat à tort les accès pernicieux palustres au moyen de l'opium, qui affaiblit l'activité des forces sensitives. Le quinquina ne vient qu'au second rang. La méthode de traitement des fluxions aiguës ou chroniques se compose de cinq règles qui peuvent se résumer ainsi : 1° contre la fluxion au début, révulsion; 2° contre la congestion chronique ou la fluxion avancée, attraction, dérivation ; 5° contre les fluxions très rapides avec grande congestion, révulsion, dérivation, évacuations locales; 4° dans les fluxions chroniques à point de départ éloigné, attractions près du point dont part la fluxion ; 5° l'efficacité des révulsifs et des dérivatifs est d'autant plus grande que ces remèdes eont « appliqués sur les points du corps qui ont les sympathies les plus fortes et les plus constantes avec l'organe par rapport auquel on veut opérer une révulsion ou une dérivation ».
C'est ainsi que Bérard (1819) résume les doctrines médicales ce Montpellier : « Avec l'esprit philosophique qui l'anime, elle a su se préserver du brownisme; elle est la continuatrice progressive et l'exécution achevée de l'école de Cos, dont elle se considère comme l'héritière légitime. Ses idées se composent primitivement d'animisme puisé dans l'observation clinique, ainsi que dans les travaux analogues des anciens (-Stahl,van lîelmont), modifié par des notions plus saines et plus exactes (Sauvages), associé à l'admission des propriétés vitales inhérentes à la libre nerveuse (Bordeu), rendu peu à peu indépendant des volontés et des affections de l'àme pensante et soumis à des lois propres. » Le professeur de Montpellier ajoute ailleurs, page 198 : « Il faut bien en convenir, le dogmatisme n'a presque trouvé aucun remède. La méthode des premiers âges, malgré ses imperfections, est préférable à celle qu'on a adoptée dans la suite. Il y a toujours eu, à Montpellier, des praticiens qui ont oublié toute espèce de théorie, même celles de notre école. »
Ces quelques citations montrent bien que ces problèmes évanouis de philosophie médicale n'ont pas été d'un grand secours à la thérapeutique. Elle vient à l'aide de la force médicatrice, qui organise la défense de l'organisme.
Théories mixtes basées surtout sur l'irritabilité. — Les doctrines de Cullen et Brown dérivent de l'iatro-mécanisme transformé en solidisme et combiné au système de l'irritabilité.
La théorie du servosisme de Cullex (1712-1790) diffère de l'animisme de Stahl et s'inspire des idées d'Hoffmann et d'Hallcr. Son système est basé sur le rôle prépondérant du système nerveux, non seulement à l'état de santé, mais aussi dans la production des maladies. Toute sa pathologie dérive du spasme et de Yatonie. Il rejette les causes mécaniques et humorales et fonde une sorte de solidisme vital. Dans sa Matière médicale (1772), Cullen insiste sur la différence d'action que les médicaments ont sur le corps vivant ou sur la matière inanimée. C'est l'irritabilité
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nerveuse qui en détermine les effets. Sa classification des médicaments est défectueuse; elle est basée sur trop de points de vue différents. Cullen a une certaine répugnance pour les spécifiques ; il cherche à tirer les indications thérapeutiques de la connaissance des causes morbides, et, en cas d'insuccès, il s'adresse simplement à l'expérience. « // me semble, dit-il, que la confiance que ïon a eue dans les efforts de la nature a fréquemment donné lieu à une pratique paresseuse ei sans action. » Dans les fièvres palustres, il recommande de ne donner l'écorce du Pérou que pendant l'intcrmission ; mais il a le tort de faire prendre ce médicament au moment le plus rapproché de l'accès. 11 traite les fièvres continues : 1° en modérant la violence de la réaction; 2° en dissipant leurs causes; 5° en prévenant les effets de la faiblesse. « L'art d'éviter, autant que possible, ces causes d'irritation ou de modérer leur activité, constitue ce qu'on appelle proprement le régime antiphlogistique, que l'on doit employer dans toutes les fièvres continues. Saigner dans les fièvres ordinaires, car elles sont inflammatoires; ne pas saigner dans les épidémiques, car elles sont ordinairement adynamiques. » Enfin, Cullen a eu le mérite de simplifier la matière médicale. Il pense que les cl Vol s particuliers des médicaments « dépendent de la manière dont ils agissent sur les parties sentantes et irritables du corps humain » .
Broyvnisme. — Brown (1755-1788), surnommé VAsclépiade et le Paracelse du xvme siècle, basait sa théorie sur le principe suivant : « fa vie ne s'entretient que par incitation; elle est sous la dépendance des stimulants, elle n'est que le résultat de l'action des incitants sur Yincitabilité des organes. Les excitants trop énergiques déterminent une excitation trop vive ou les maladies sthéniques. L'excès opposé ou l'insuffisance des excitants a pour résultat la faiblesse directe. Les médicaments sont des incitants que I on gradue suivant la variété et le degré d'asthénie. » Brown prescrivait contre les maladies sthéniques, le repos, l'abstinence de la viande, l'air froid, l'eau en abondance et les purgatifs; quant aux maladies asthéniques, elles étaient justiciables de l'alimentation carnée, des excitants (thé, café, vin, esprit de vin, chaleur, lumière, exercice, quinquina, alcali volatil, éther). 11 considérait l'opium comme le plus énergique et le plus précieux de tous les stimulants. Du reste, pendant ses leçons, Brown s'excitait en prenant à quatre ou cinq reprises de 40 à 50 gouttes de laudanum dans un verre d'eaude-vie. En résumé, le traitement doit simplement augmenter ou diminuer l'incitation.
La commodité de l'application de ce système au lit du malade et sa simplicité furent ses principales conditions de succès. Le nrownisme se répandit surtout en Allemagne et en Italie.
Médecine clinique rationnelle. — Sydenham (1624-1 689), surnommé VHippocrate anglais, ramène enfin l'art médical dans le droit chemin. « Je reconnus bientôt, dit-il, que le meilleur moyen d'apprendre la médecine était l'exercice et l'usage, et que le médecin qui
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étudie par ses propres yeux les phénomènes naturels des maladies devait nécessairement exceller dans Fart de connaître les véritables indications curatives. Telle est la méthode à laquelle je me suis livré entièrement, bien persuadé que si je prenais la nature pour guide, je ne m'écarterais jamais du droit chemin, lors même que j'entrerais dans des voies inconnues jusqu'alors. Les règles du traitement, dit-il encore, sont fondées sur la marche que suit la nature dans la production et la guérison des maladies; il faut secourir la nature lorsqu'elle tombe, la retenir quand elle s'égare et la ramener dans le cercle qu'elle vient d'abandonner. »
Citons aussi une série de ses aphorismes d'une utilité pratique toujours incontestable. « 11 n'est aucun de mes malades que je n'aie traité comme je voudrais qu'on me traitât moi-même, si j'avais les mêmes maladies. — 11 m'est souvent venu en pensée que, dans le traitement des maladies, nous allons trop vite et qu'il faudrait laisser plus agir la nature. C'est une erreur grossière que de croire que la nature a toujours besoin des secours de l'art. J'ai toujours pensé que mon devoir était de marquer les véritables indications que Ton doit suivre dans le traitement des maladies et non pas de donner des recettes. — 11 n'y a pas la moindre proportion entre le grand nombre des maladies dont les hommes peuvent être atteints et les moyens qu'ils ont pour s'en délivrer. Si l'on m'objecte qu'il y a beaucoup de remèdes spécifiques, j'avoue sincèrement qu'ils me sont inconnus et je crains fort que ceux qui les vantent soient aussi ignorants que moi. Les remèdes qui ont une vertu spécifique sont d'autant plus efficaces qu'ils sont moins associés à d'autres. »
On ne saurait dire mieux, ni plus justement.
Sydenham redoutait les théories. « Quant au médecin, dit-il, toute sa philosophie consiste à connaître l'histoire des maladies et à savoir employer les remèdes que l'expérience a fait voir être les plus efficaces pour les guérir, et, en même temps, il doit suivre une méthode qui soit fondée non sur des spéculations chimériques, mais sur une manière de raisonner ordinaire et naturelle. »
Il a une préférence marquée pour les remèdes extraits du règne végétal ; il déteste la polypharmacie ; il reconnaît les avantages de la chimie, « pourvu qu'elle se contienne dans les bornes de la pharmacie ». Il emploie la saignée avec modération : « Je sais, dit-il, que les cordiaux ont réparé les forces de malades affaiblis par la saignée, mais mieux vaut ne pas faire le mal que d'avoir à le réparer. » Il traite les fièvres quartes par la poudre de quinquina à la dose d'une once par jour.
En résumé, Sydenham a le grand mérite d'avoir établi sur des indications rationnelles tirées de l'observation de bonnes méthodes de traitement; il a montré l'inanité des doctrines théoriques et il dit fort judicieusement: « Un médecin qui n'a pour se régler que son imagination ne peut guère que se tromper ; celui qui passe son temps à forger des systèmes sans consulter les faits perd sa peine, n'avance pas la pra-
LA THÉRAPEUTIQUE A TRAVERS LES AGES
tique et ne saurait manquer de s'égarer lui-même, tout en jetant les autres dans l'erreur. »
xvme siècle. — Ecole italienne. — Bagîivi (1668-1706), malgré ses théories iatro-mécaniciennes , est un traditionaliste éprouvé dans la thérapeutique des maladies; il suit dans la pratique les préceptes d?IIippocrate et de Sydenham. « Us se trompent étrangement, dit-il, ceux qui pensent réussir dans le traitement des malades, parce qu'ils ont une méthode merveilleuse pour la théorie. » 11 veut un empirisme raisonné, fécondé. « Les médicaments guérissent, dit-il, non les hypothèses. »
Selon Baglivi, les indications se tirent de la nature, de la cause, de la violence de la maladie et des symptômes dominants.
Torti (1658-1741) réforme la matière médicale, règle le traitement des fièvres intermittentes par l'écorce du Pérou, montre la nécessité de donner de fortes doses de quinquina dans les lièvres pernicieuses, enfin déduit ses indications thérapeutiques de la véritable observation clinique.
Borsieri (1725-1785) suit la même voie et ses méthodes de traitement sont basées sur un empirisme raisonné.
Ecole anglaise. — Euxham (1694-1 768) fut aussi un bon observateur; il donnait le quinquina a titre d'antiseptique dans la variole, il traita les inflammations par les évacuations sanguines et l'opium, à haute dose, et l'angine gangreneuse par le quinquina et l'acide sulfurique.
Pringle (1707-1782) avec son ouvrage Sur les maladies des armées (1752), et Lind avec son traité du Scorbut (1755), son mémoire sur la Santé des marins (1757), son livre sur les Maladies des pays chauds (1768), ont illustré la médecine militaire, en Angleterre. Ployer (1697) écrit un traité sur l'usage des bains froids. Fonder (1756-1801) emploie dans les fièvres intermittentes et rémittentes la liqueur qui porte son nom. Les affusions froides sont utilisées en 1791, par Jackson contre les lièvres nerveuses et contagieuses, et en 1798, par Currie dans les cas de scarlatine. Jenner (1749-1825) appartient, par plusieurs de ses écrits, au xvin0 siècle, mais ses travaux remarquables sur le vaccin datent du début du siècle suivant.
École de Vienne. — Van Swieten (1700-1772), commentateur des Aphorismes de son maître Boerhave, fixe les doses de la solution de sublimé au millième à donner dans la syphilis, il n'emploie les vésicatoires que fort rarement, il saigne dans la première période de la variole; il recommande de tirer les indications des symptômes.
De Haen (1705-1776) établit des règles relatives aux émissions sanguines et insiste sur le traitement prophylactique de la peste, de la variole et sur les mesures contre les épidémies et les endémies.
Stoll (1752-1788) s'occupe surtout de pratique et déduit ses principales indications thérapeutiques des symptômes et de la marche des maladies. 11 a émis les quelques aphorismes suivants, qi isont empreints d'un grand sens clinique : « Celui-là traitera ses malades av.c succès, qui saura saisir l'occasion de placer un remède à propos et qui comptera plus sur une
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THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
indication bien précise que sur une certaine vertu spécifique des médicaments. — Sans la connaissance de l'à-propos, toute méthode de traitement est mauvaise, non par la faute des remèdes mais par l'ignorance du médecin. — Les préceptes de l'art, même les plus faciles et les plus susceptibles d'être présentés avec exactitude, exigent eux-mêmes que le médecin tire de son propre fonds les moyens de les adapter aux cas qui leur sont propres. — Ma matière médicale est fort succincte, non par pénurie, mais de dessein prémédité. »
Homéopathie. — Hahnemann (1796) émit une théorie absolument opposée à toutes les doctrines hippocratiques ou autres qui s'étaient succédé à travers les âges. Le principe de cette méthode est similia similibus; il n'est pas complètement étranger à nos conceptions modernes (vaccine, variole). Le caractère essentiel du médicament serait de posséder une propriété morbifique particulière capable de produire, chez riiomme en santé, des phénomènes du même ordre que les maladies naturelles. C'est par la substitution de la maladie artificielle à la maladie naturelle que la guérison se produit. Trousseau et Fonssagrivcs (*) ont énergiquement réfuté cette doctrine. L'homéopathie considérée comme un système n'est, d'après Trousseau, qu'une réaction extravagante contre rhumorisme et la polypharmacie.
PÉRIODE CONTEMPORAINE. — XIXe SIÈCLE
Phase théorique. — L'aurore de ce siècle voit éclore les théories du contro-stimulus de Rasori et de la doctrine physiologique de Broussais.
Rasorisme. — Le système de P.rown inspire le stimulus et le controstimulus de Rasori. Si l'auteur italien est brownien en théorie, il est humoriste dans la pratique ; il admet des fièvres simples, sthéniques, asthéniques, nerveuses. Sa thérapeutique consiste surtout en antiphlogistiques indirects ou contro-stimulants dont le type est le tartre stibié, au moyen duquel il prétend juguler les maladies, et en médicaments hyposthénisants tels que vomitifs, purgatifs, diurétiques, régime aqueux de Cirillo, diète, saignée. Il administrait surtout l'émétique à doses fractionnées, qu'il prescrivait parfois à la dose de 1, 2, 3 grains toutes les heures ou les deux heures jusqu'à ôter au malade l'envie de vomir. Ce contre-stimulant guérissait, disait-il, non par les évacuations, mais par une vertu directe et sédative comme l'opium. Un de ses partisans, Corda, donnait, en vingt-quatre heures, un gros grain de tartrite antimoniée de potasse (Gubler a vu prescrire à la Salpètrière 80 centigrammes et même 1 gramme de tartre stibié). La tolérance ainsi obtenue était le résultat de l'épuisement du malade. Depuis 1825, Rasori employa une thérapeutique moins perturbatrice, qui se composait surtout de médica-
(1J Fonssagkives, Principes de thérapeutique générale, p. 128 et 241.
LA THÉRAPEUTIQUE A TRAVERS LES AGES
inents hyper sthénisants ; il n'eut presque plus recours ni à l'émétique, ni aux drastiques. L'opium, le vin, l'alcool, furent ses stimulants de prédilection. C'est ainsi qu'il a fait absorber, dans une seule journée, 480 grains d'opium, o bouteilles de vin de Madère et une once de liqueur d'Hoffmann. Le sulfate de quinine était son contro-stimulant universel, et c'est avec ce médicament qu'il combattait toutes les inflammations.
Doctrine physiologique. — Les idées de Broussais se rapprochent un peu de celles de Brown par la théorie abstraite de la stimulation, mais elles en diffèrent par leur point de départ et leurs applications thérapeutiques. Comme Rasori, Broussais admet des stimulants et des controstimulants. Élève de Bichat, adonné aux travaux d'anatomie pathologique et <1e physiologie, Broussais (1772-1858) pense que toutes les maladies proviennent d'une irritabilité des tissus ; il estime que les irritants sont les seules causes morbifîques et que le rôle du médecin est d'éteindre d'emblée cette irritation en employant la médication phlogistique qui consistait en des saignées répétées et en applications copieuses et renouvelées de sangsues. L'inflammation, disait-il, est le grand fait anormal, initial et caractéristique, qui domine la pathologie. Le plus grand nombre des maladies (fièvre inflammatoire, fièvres intermittentes simples ou pernicieuses, névroses actives) dépendent, ajoutait-il, de la gastro-entérite. [1 n'y a pas de maladies graves auxquelles le tube digestif ne prenne part. La lésion est le point de départ primordial; localisées dans leurs principes, ces maladies se généralisent par suite de réactions diverses; les symptômes sont le cri de l'organe souffrant; les diathèses ne sont pour Broussais que de ridicules ontologies ; les maladies et les médicaments spécifiques n'existent pas. 11 donne à son système le nom de médecine physiologique. Ce dogme nouveau et cette médication exclusive furent accueillis avec d'autant plus d'enthousiasme que la thérapeutique était plus simplifiée. « Il est dangereux, disait Broussais, de ne pas arrêter la marche d'une inflammation au début. » On obtient ce résultat par les débilitants, la saignée, l'abstinence, les boissons émollientes et acidulées, mais la saignée est le remède le plus efficace. 11 conseille de placer les sangsues le plus près qu'il soit possible du principal point d'irritation. En résumé, la thérapeutique se borne presque à l'emploi des antiphlogistiques et n'est plus guère qu'une section de l'hygiène ; elle ne vise que les propriétés morbides de l'organisme et elle se réduit aux trois groupes suivants : 1° débilitations ; 2° stimulation directe; 5° médications révulsives ou indirectes. En résumé, Broussais se servait peu de médicaments; il soustrayait presque toujours.
Mais la doctrine physiologique de Broussais ne tarda pas à être attaquée par Bayle et surtout par Laennec. Ces deux adversaires ajoutaient à leurs arguments des épithètes un peu vives : Laennec qualifiait Broussais de Paracelse moderne, et Broussais ne manquait jamais d'ajouter au nom de Laennec les épithètes de sophiste, devin, ouvreur de cadavres.
Phase anatomo-pathologique. — Ce fut précisément Y anatomie patho-
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THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
logique sur laquelle s'était appuyé Broussais qui ébranla et fit crouler sa doctrine. Laennec admet une sorte d'animisme pathologique, par opposition à l'animisme physiologique de Broussais. Pour Laennec, les altérations son! primitivenîenl et essentiellement spéciales. Les maladies essentielles revivent, placées sur cette base nouvelle, et les médications spécifiques rentrent à leur suite. La gloire de Laennec, dit Trousseau, est d'avoir rétabli la nosologie et la matière médicale par l'ânatomie pathologique. Il fut empirique par haine du physiologisme.
Andral s'attache ;iussi à réfuter la doctrine physiologique; il déclare la guerre à l'inflammation, « vieille monnaie sans empreinte qui doit être mise hors de cours ». restaure l'humorisme et emploie avec art l éclectisme médical comme une arme de combat contre le système de Broussais.
Phase clinique. — Enfin, une thérapeutique saine et rationnelle basée sur l'observation es! instituée par des cliniciens tels que Corvisart, Bouillaud, Ghomel, Cruveiihier, Bretonneau, Récamier, Trousseau, qui ont illustré YÉcole française.
Bretonneau (') (1778-1862) avait déjà entrevu, en 1815, la cause véritable de l'altération des plaies et le principe de leur traitement; il crée de toutes pièces la pathologie spécifique infectieuse dont Pasteur donnait, cinquante ans plus tard, la confirmation expérimentale. Les travaux de Bretonneau sur la dothiénentérite (ISIS) et sur la diphtérite (1821) font époque. Il démontre la spécificité des maladies, lui accorde un rôle prépondérant; il estime que l'inflammation est un élément commun à toutes les maladies spécifiques ; il admet qu'elles jettent des graines et que leur développement nécessite l'existence de germes évoluant sur un terrain favorable. Bretonneau, ce grand précurseur, proclame en outre la spécificité de l.i médication. (Test en se basant sur ces principes qu'il essaie de substituer par des cautérisations au nitrate d'argent ou par l'absorption (h4 calomel une inflammation de bonne nature, douée de tendances résolutives, à la maladie infectieuse que Ton combat.
Dans ses recherches sur la dothiénentérite, il admet l'unité et la spécificité des lièvres continues, leur contagion, leur localisation intestinale; il repousse, en pareil cas, la saignée, conseille les purgatifs salins, le quinquina, une alimentation prudente et modérée et contribue, plus lard, à jeter le discrédit sur les mercuriaux.
Il considère aussi la diphtérite comme une maladie spécifique dans laquelle les phénomènes généraux sont subordonnés aux accidents locaux; il proscrit les vésicatoires, la saignée; il emploie une médication locale composée d'astringents, de cathérétiques et de caustiques; il pratique cinq fois, sans succès, la trachéotomie, et n'obtient sa première guérison qu'à la sixième intervention.
Ajoutons qu'il prescrivait le quinquina le plus loin possible de l'accès paludéen futur, quand il est simple, et qu'il donnait ce médicament au
(l) Paul Tkiaire, Bretonneau et ses correspondants, Paris, 1892.
LA THÉRAPEUTIQUE A TRAVERS LES AGES
milieu du paroxysme clans l'accès pernicieux. Dans les cas de scarlatine avec hyperthermie, il avait, recours aux affusions froides; il traitait la constipation par la belladone et certaines hémorragies par l'eau chaude.
Récamier (1774-1852) fit faire de grands progrès à la thérapeutique. Dans les fièvres continues, il donnait des bains froids et il avait recours à des affusions froides pour modérer Fhyperthermie et régulariser Faction du système nerveux. Lui-même, atteint de fièvre continue, en 1811, se fit plonger pendant douze minutes dans un bain à 13 degrés; son pouls tomba de 120 à 72 et, se rappelant qu'il avait oublié de se faire répandre de l'eau sur le crâne au moment où il était dans son bain, il ordonne de mettre de la glace sur le sommet de sa tète pendant cinq heures consécutives. Récamier fait prendre 91 bains froids à une malade, trace les règles de la méthode réfrigérante; il a encore le mérite de restaurer la matière médicale, de donner du quinquina, de l'arsenic, des antimoniaux, du fer, des antispasmodiques qui avaient presque disparu de la thérapeutique. Il traitait les fièvres par le quinquina; la pneumonie, par les antimoniaux; les phlegmasies des voies digestives, par les purgatifs; les troubles nerveux graves, par les antispasmodiques et le musc; la sciatique, par la térébenthine. La thérapeutique de Récamier, spiritualiste de l'Ecole hippocratique, admettant l'influence de la force médicatrice ci des crises, était pathogénique ; elle s'adressait surtout à l'entité pathologique, à la maladie elle-même. Récamier pratiqua le cathétérisme utérin, le curettage de cet organe avec un instrument spécial, l'abrasion et l'ablation du col utérin, la colpo-hystérectomie, proposa l'ablation des kystes de l'ovaire deux ans avant que Clay ne l'exécutât, préconisa l'ouverture des kystes hydatiques et des abcès du foie au moyen de caustiques qui créent des adhérences, évitant ainsi la contamination du péritoine par le pus ou les liquides pathologiques. En 1850, il faisait méthodiquement des injections intra-utérines pour combattre la fièvre puerpérale; il incisait le cul-de-sac postérieur dans les cas de tumeurs pelviennes fluctuantes; il traitait les métrites par les soins hygiéniques, les cathérétiques, les caustiques, parmi lesquels il préférait le nitrate acide de mercure ; enfin l'opération de l'empyème sous l'eau pour éviter l'entrée de l'air, l'invention de son pharyngotome et de son cathéter vésical complètent les découvertes de Récamier. Sa chaire au Collège de France fut occupée plus tard par deux physiologistes éminents, Magendie et CL Bernard qui fonda le déterminisme dont s'empara l'Ecole positiviste et qui incline vers le vitalisme en considérant la nutrition comme une force génératrice continue.
Trousseau (1810-1867) emprunte à son maître Bretonneau la doctrine de la spécificité qu'il vulgarise et, pour montrer l'importance de l'infection spécifique, il substitue les mots de diphtérie et de dothiénentérie à la diphtérite et à la dothiénentérite de Bretonneau; il réconcilie la matière médicale avec la médecine ; il recommande l'usage des martiaux, en réprime l'abus, remet en honneur l'administration du quinquina par le procédé de Sydenham, fait connaître les bons effets du sulfate de
[GILBERT et BOINET ]