‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 3)Chapitre 168 sur 185 · III . Le traitement thyroïdien a été encore donné · texte numérisé non relu

III . Le traitement thyroïdien a été encore donné

a. Dans les maladies du cœur, où son succès a été relatif;

b. Dans les maladies du système nerveux-,

c. Dans la tétanie;

d. Dans la sclérodermie ;

e. Dans Y atrophie musculaire myopathique ; /. Dans V hémophilie ;

g. Dans Yostéomalacie ;

(*) Guinard, Poirier, Rochard, etc., Mémoires de la Soc. de chir., t. XXV. — Pothérat, t. XXVI.

(2) Carrière et Vanverts, Comptes rendus de la Soc. de biol., Paris, 1900, LU, p. 535.

(3) Ferrarini, Psychose toxique par thyroïdine ingérée en excès. La Ri forma medica, vol. IV, n° 57, p. 675.

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//. Dans certaines affections calcinées, notamment le prurit des utériques', le prurigo de Hebra, l'urticaire (Gilbert et Herscher) ; i. Dans le psoriasis .

L'un de nous!1) a signalé des troubles psychiques marqués, du tremblement bascdowien à la suite de l'absorption prolongée d'une grande quantité de corps thyroïde frais de mouton. Ces phénomènes basedowiens, favorables ;i la théorie du goitre exophtalmique par hyperthyroïdation, se sont renouvelés à plusieurs reprises, lorsque ce malade, étudiant en pharmacie, reprenait trop de corps thyroïde à l'occasion de nouvelles poussées de psoriasis généralisé. Les améliorations que le traitement thyroïdien apporte à ces affections cutanées ne sont, en général, que passagères.

[V. L'opothérapie thyroïdienne a été employée : a. Dans les affections dites rhumatismales r), dans le rhumatisme chronique, dans le rhumatisme déformant ;

h. Dans la goutte ;

c. Dans V artériosclérose ;

<J. Dans V inflammation aiguë des amygdales ;

e. Dans certains cas de végétations adénoïdes du rhinopharynx ;

/. Dans le catarrhe chronique de V oreille chez les artério-scléreux;

g. Dans la chlorose thyroïdienne ;

h. Dans certains cas de démence;

i. Dans la maladie dWddison. Cet emploi pourrait peut-être s'expliquer par les suppléances fonctionnelles constatées par l'un de nous (loc. cit.) entre les capsules surrénales et le corps thyroïde.

j. Enfin on a administré la médication thyroïdienne dans le mal de Bright;

k. Dans la néphrite scarlatineuse ou diphtérique : elle agit en activant les échanges nutritifs, en favorisant la diurèse et l'élimination des déchets. /. Elle a été utilisée dans le traitement des ovarites; m. Contre le cancer de l [utérus *

Y. Nous l'appellerons qu'on s'est encore servi du sérum d'animaux ayant subi l'ablation du corps thyroïde pour traiter le goitre exophtalmique.

VI. On a donné aussi du lait de chèvre dont le corps thyroïde avait été enlevé. Au bout de quelques jours, une amélioration des symptômes basedowiens se manifesta. L'ingestion du corps thyroïde augmente la sécrétion lactée, et le lait de la nourrice ainsi traitée a une action favorable sur les affections justiciables de la médication thyroïdienne dont le nourrisson peut être atteint.

En résumé, l'opothérapie thyroïdienne est la médication de suppléance

(l) Boinet, in thèse Flaignard-Flaissières, Montpellier, 1898; Revue de me'd., déc. 1899; Revhe de neurologie, 1899.

(2'j Lancereaux, Traitement thyroïdien des affections rhumatismales. Académie de méd., 3 janvier 1899. — Viala, L'opothérapie thyroïdienne dans les affections rhumatismales. Thèse de Bordeaux 1899, n° 24. — Marfan, Journal de méd. interne, 1900, p. 657

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du corps thyroïde malade, insuffisant ou absent; elle est spécifique du myxœdème, donne des succès relatifs dans le traitement du goitre et du crétinisme, des arrêts de croissance, des fractures, des fibromes utérins, de l'obésité et du psoriasis.

11. Orgajses génitaux. — Testicule. — L'opothérapie orchidienne était déjà préconisée par Dioscoride.

Les extraits testicuiaires ont été employés systématiquement par Brown-Séquard qui basait sa méthode sur la corrélation observée entre le développement des organes génitaux et celui de l'organisme entier, entre la castration et l'infantilisme, entre l'atrophie sénile du testicule et la dépression intellectuelle et physique des vieillards. D'après Éloy (1895), la médication orchidienne est utile dans Y épuisement nerveux, la neurasthénie, h. sénilité précoce, les névropathies chroniques, le diabète. Elle a été employée contre Y impuissance, la débilité, Y aliénation mentale, le cancer, la tuberculose, le tabès, etc. Dans les résultats annoncés, il faut tenir compte de la suggestion, de l'action excito-médullaire due à l'injection de glycérine et surtout de l'état psychique des malades et même de quelques observateurs qui n'ont pas suffisamment résisté à l'enthousiasme parfois irréfléchi que provoquent les méthodes nouvelles. Cependant l'extrait testiculairc a des effets dynamo géniques (Loth et Pregl) et contient une nucléo-albumine dont l'action sur la pression sanguine a été étudiée par Dixon.

Ovaires. — Cette opothérapic (') est réellement utile dans les troubles aigus consécutifs à la castration, chez la femme; elle agit moins bien sur les suites lointaines de cette opération telles que l'arrêt de développement, l'adipose, le changement de voix. La poudre d'ovaires desséchés, ou l'extrait glycériné de ces organes employés à la dose quotidienne de 2 décigrarnmes ont été utilisés avec quelques avantages ;

a. Contre les accidents aigus de la ménopause chirurgicale ;

b. Contre les troubles de la ménopause physiologique ;

c. Contre les troubles de V insuffisance génitale {arrêt de développement des organes génitaux; aménorrhée, dysménorrhée, etc.);

cl. Contre la chlorose qui est considérée par Spillmann, Etienne, comme une intoxication de provenance utérine et comme une maladie ovarienne par excellence ;

e. Contre V ostéomalacie ;

f. Contre les maladies nerveuses (hystérie, neurasthénie, vésanie, maladie de Basedow);

g. Contre les modifications de nutrition engendrées par la grossesse (Charrin et Guillemonet) (2). — 11 se produit sous l'influence de cette médication un retour d'activité dans la nutrition troublée, ralentie par la

(*) Jullien-, Valeur de l'opothérapie ovarienne. Thèse de Lille, 1899-1900, n° 137. — Gomès, Opothérapie ovarienne. Thèse de Paris, 1899. — Bestion, Organothérapîe ovarienne. Thèse de Bordeaux, 1898.

(2) Charrin et Guillemonet, Société de biologie, 1900, LU, p. 585-187.

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grossesse. Cette atonie des mutations nutritives tient en partie, d'après ces auteurs, à ce que, pendant la grossesse, ces ovaires « en tant que fonctions sont pour ainsi dire en sommeil ».

En résumé, comme le disaient, en 1898, Gilbert et Carnot (loc. cit.), l'opothérapie ovarienne est efficace contre les troubles de la castration chirurgicale. Les troubles consécutifs à la ménopause ont été souvent améliorés. Les troubles consécutifs aux affections génitales sont rarement supprimés. Le traitement de la chlorose et des affections nerveuses a besoin de faire ses preuves. Ces conclusions restent encore vraies.

Citons à titre de curiosité l'observation de transplantation d'un ovaire humain sain dans la région ovarienne d'une jeune malade qui avait subi, deux ans auparavant, une double oophorectomie et qui souffrait, depuis, de perte de l'instinct sexuel, de dépression mentale, de vertiges, etc. Six jours après cette greffe ovarienne, James Glass (1899) note de l'éréthisme sexuel, des rêves érotiques et, au bout de quinze jours, une menstruation qui dure deux jours, puis se rétablit plus tard régulièrement. Huit mois après l'opération la malade jouit d'une santé parfaite et a recouvré son équilibre normal.

Le placenta était employé par Hippocrate; en 1685, il était donné contre la stérilité (Constant de Rebecque), il effaçait les lentilles, guérissait l'épilepsie, bâtait l'accouchement, apaisait les tranchées d'après Leméry (1697). L'extrait placentaire posséderait une action excitante sur la glande mammaire et sur la sécrétion du lait.

A l'opothérapie génitale se rattachent encore les tentatives suivantes : a. Administration d'extraits de glandes mammaires contre les fibromes utérins; b. D'extraits de parotide contre lovante ; c. D'extraits de prostate contre l'hypertrophie de cet organe.

Thymus. — Il existe des suppléances fonctionnelles entre le thymus et le corps thyroïde ; entre le thymus et les capsules surrénales (') ; entre le corps pituitaire (Mickulicz), les glandes parathyroïdes et le corps thyroïde (Gley). Elles ont été utilisées en opothérapie. On a donné avec succès du thymus frais dans le goitre, la chlorose, l'athrepsie, le goitre exophtalmique et même la coqueluche.

111. Système xerveux. — La cervelle de chameau était vantée par Sérapion dans l'épilepsie. Dioscoride appréciait les effets de la cervelle de lièvre contre le tremblement, Pline conseillait aussi de donner aux épileptiques de la cervelle de chameau ou d'homme. Albert-le-Grand recommande contre la même affection la cervelle de lion ou de lièvre; elle agirait aussi dans la folie. Albucasis et Mésué pensent que l'absorption de cervelles d'oiseaux excitait au coït.

a. Récemment, les extraits de substance cérébrale et médullaire ont été employés contre la rage, la neurasthénie, Vépilepsie, la mélancolie,

(*) Boixet, loc. cit.. et Congrès international de médecine. Paris, août 1900 (Scclion de pathologie).

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la manie (Babès). C. Paul améliora, dit-il, avec cette transfusion nerveuse des tabétîques, des neurasthéniques , des chlorotiques neurasthéniques. La cérébrine a été encore conseillée dans la chôrée, la débilité nerveuse, les névropathîes et même Yaliénation mentale. Cette thérapeutique a été rapidement délaissée et les recherches expérimentales de Wassermann et Ta kaki sur la neutralisation de la toxine tétanique par son mélange avec la substance nerveuse, de Widal et Nobécourt sur l'atténuation des effets de la strychnine, mise en contact avec du tissu nerveux, n'ont amené aucun résultat thérapeutique, parce que le contact immédiat €st nécessaire entre le poison et l'organe. Cette donnée a été utilisée par Roux et Borrel dans le traitement du tétanos par des injections intracérébrales de sérum antitétanique.

h. V extrait de ganglions semi-lunaires a été appliqué au traitement des altérations du grand sympathique.

c. On peut comprendre dans ce chapitre les tentatives de traitement du tabès par le liquide céphalo-rachidien;

d. De Y acromégalie par le corps pituitaire; elles n'ont été suivies d'aucune amélioration notable.

On a encore employé Y extrait de corps ciliaire dans l'irido-cyclite ; Y extrait aqueux de cornée dans les taies cornéennes; Y humeur vitrée dans le ramollissement de l'œil et le décollement de la rétine ; Y extrait de cartilages articulaires et de membranes synoviales dans l'arthrite sèche .

IV. Plasma musculaire. — L'extrait de muscles administré dans les myopathies primitives a donné quelques résultats. Nous rappellerons à ce propos qu'en 1471, Platearius conseillait la chair de lion « qui fait de la chaleur et fortifie les nerfs ». C'est le précurseur de la zomothérapie récemment préconisée par Richet et Iléricourt( '). En traitant, à volume égal, la viande crue hachée par de l'eau tiède h 40 degrés, on obtient une solution de plasma musculaire qui aurait une action immunisante contre l'infection tuberculeuse. La clinique n'a pas ratifié complètement ces données expérimentales, mais a montré les bons effets de cette méthode.

V. Sang. — L'un de nous a obtenu les mêmes résultats en faisant boire aux anémiques, aux chlorotiques, du sang de bœufs vigoureux tués par la section des carotides. Le sang, cette chair coulante, pour employer la pittoresque expression de Bordeu, a été administré comme médicament dès la plus haute antiquité. Au temps de Celse, les épileptiques buvaient le sang chaud des gladiateurs (2) qui venaient de tomber dans l'arène. Mithridate se servait du sang de canard pour augmenter les propriétés antitoxiques des antidotes. Xénocrate, qui vivait pendant le règne de Néron, appréciait les effets du sang de chauve-souris. Albucasis, Mésué

(*) Richet et Héricourt, Traitement de l'infection tuberculeuse par le plasma musculaire ou zomothérapie. Comptes rendus de VAcad. des sciences, 26 février 1900, t. CXXX, p. 605.

(2) Michaut , L'opo thérapie en Chine. Le sang et la chair humains employés comme remèdes. Chronique médicale. Paris, t. VII, p. 430.

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recommandaient le sang de la tortue aquatique contre les morsures de serpents. Le sang de bouc, d'après Avicenne, dissolvait les calculs du rein et cette opinion était encore courante en 1755. On admettait encore, à ce moment, que le sang de chat-huant guérissait l'asthme; celui de chien, le mal caduc et la rage des individus mordus par un animal hydrophobe ; celui de la tortue, l'épilepsie. Au xvne siècle, Leméry donnait une série de conseils pour recueillir dans les meilleures conditions le sang de bouc qu'il considérait comme « sudorifique, apéritif, résolutif pour dissoudre le sang caillé, faire résorber la pleurésie, résoudre les enflures de la gorge, guérir les fièvres et résister aux venins ». Le codex de cette époque prescrivait de prendre « le sang frais déjeunes gens sains et dont les cheveux ne soient pas roux » .

VI. . L'opothérapie cardiaque date de loin. Aux ivc et ve siècles après J.-C, le cœur de lièvre et de renard était donné dans le traitement des fièvres quartes, de l'épilepsie, des douleurs et des hémorragies utérines. Au xvne siècle, Leméry préconisait encore le cœur de lion dans la fièvre quarte et l'os de cœur de cerf constituait la base de la médication cardiaque. Récemment on a traité, sans grand succès, la faiblesse du myocarde par l'extrait de cœur.

VII. Moelle osseuse. — Rate. — Ganglions lymphatiques. — Ces trois organes jouent un rôle considérable dans l'hématopoièse et dans la multiplication leucocytaire. Leurs extraits ont surtout été employés pour obvier aux altérations du sang.

Moelle osseuse. — Cette médication est plus active chez les enfants; elle a été assez utile dans la pseudo-leucémie et le rachitisme, mais l'administration des extraits de moelle n'a donné chez l'adulte que des résultats thérapeutiques assez médiocres soit dans Y anémie pernicieuse, soit dans la leucémie grave, soit dans la leucémie splénique, soit dans la leucocytémie. Ils ont été plus favorables dans l'anémie grave, la chloroanémie et dans la chlorose.

Rate(l). — Celse vantait les effets de la rate de bœuf dans les tumeurs, gonflement et inflammations de cet organe. Elle a été surtout utilisée dans le paludisme, mais, dans certains cas heureux qui ont été publiés, il importe de tenir compte du traitement concomitant par le fer, l'arsenic, le sulfate de quinine.

L'association de l'extrait de rate et de moelle de bœuf a permis d'obtenir un relèvement de l'état général et un renouvellement moins fréquent des accès. L'extrait de rate aurait encore réussi dans le goitre exophtalmique, dans la chlorose, Y anémie, la cachexie.

Ganglions lymphatiques. — Brown-Séquard conseillait d'employer leur extrait dans la leucocytémie.

VIIÏ. Poumons. — Cette organothérapie empirique date d'Hippocrate et de ses prédécesseurs qui employaient le poumon de veau marin; Diosco-

(l) Boi>'et, Congrès international de médecine. Paris, 1900 (Section de pathologie).

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ride, qui vivait 75 ans après J.-C, recommandait le poumon de renard aux gens à court d'haleine ; les auteurs latins des ive et ve siècles le préconisaient encore dans les affections des voies respiratoires, dans les douleurs de côté. En 1015, Mésué le jeune conseillait dans la phtisie le looch au poumon de renard dont il emprunta la composition à Avicenne. Leméry, au xvne siècle, donne une série de préceptes sur le choix du renard. En 1727, Helvétius vantait le bouillon de mou de veau et Alibert (1804), Bouchardat et Dorvault ont conservé les formules de ces préparations. Le peuple continue toujours à se servir de bouillon ou de sirop de mou de veau dans les affections pulmonaires et en particulier dans la phtisie. Grasset dit que l'opothérapie pulmonaire lui a donné quelques succès chez des malades atteints de tuberculose au 1er et au 2e degré, de trachéites de longue durée, de bronchites et broncho-pneumonies simples ou infectieuses, de grippe catarrhale, de coqueluche, de pleurésies sèches ou avec épanchement. Brunei, Cassact auraient employé avec succès du suc pulmonaire dans les bronchites chroniques et même dans la tuberculose. Arnozan vante les effets de cette médication dans les suppurations pleurales, dans les arthropathies (type Marie). Démons et Binaud ont injecté du suc pulmonaire dans des cas d'ostéo-arthrite consécutive à une pleurésie purulente. La mobilité articulaire se rétablit et la fistule pulmonaire se cicatrisa. « La pneumothérapie, disait Grasset, en 1898, est une méthode pleine d'avenir et qui donne des résultats notoires. » Elle n'a pas tenu ses promesses. Du reste, elle s'appuie plutôt sur des analogies que sur des expériences physiologiques directes.

IX. Reixs. — Pline, les auteurs des ive et ve siècles après J.-C., pensaient que les rognons de lièvre soulageaient les douleurs de reins et facilitaient l'expulsion des calculs. L'opothérapie rénale n'a donné que des résultats incertains, car une partie du rôle physiologique interne du rein exige la vie même de l'organe et n'est pas transmissible à l'extrait qui agit non sur la lésion rénale mais plutôt sur la toxine qui circule dans l'organisme (*). L'amélioration a été transitoire dans un cas d'urémie avec anurie traité par Dieulafoy, dans les faits de Teissier, Picchini ; elle a été de plus longue durée chez les malades de Chiperowitsch. La diminution de l'albumine n'a pas persisté le plus souvent. L'un de nous a nettement vu l'urémie s'accentuer chez plusieurs malades après l'administration de l'extrait de reins.

Nous rappellerons que Schroder, en 1 698, conseillait auxmalades atteints d'incontinence d'urine d'absorber des parois vésicales; il recommandait encore de boire de Yurine dans le but de dissoudre les calculs du rein et de la vessie et de combattre l'hydropisie et les empoisonnements. Enfui Van Helmont préconisait l'urine puisée dans la vessie d'un embryon de taureau contre le catarrhe de la vessie avec hématurie.

(!) Tarruet.la, Sur l'opothérapie rénale. XIII* Cong. Int. de Méd. Secl. de Path. interne, 1500. Paris, 1900, C.-R. 499-502.

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X. Capsules surrénales. — a. L'opothérapie capsulaire a surtout été appliquée au traitement de la maladie d'Addison : tantôt elle a donné un résultat nocif, tantôt elle est restée sans action; tantôt un seul symptôme a été atténué : exceptionnellement la guérison complète a été obtenue (Béclère). Sauf dans ce dernier cas, on n'a guère constaté que des améliorations passagères portant sur l'asthénie addisonienne. Cependant l'un de nous a observé un cas analogue à celui de Béclère. Chez un malade présentant des signes nets de maladie d'Addison en J 897 , et sous l'influence d'injections d'extrait capsulaire, l'asthénie a presque disparu, puis la pigmentation des gencives, des lèvres et de la face interne des joues a considérablement diminué, les grains de pigment noir ont cessé d'exister dans les préparations de sang. A la suite d'un traitement trop intensif constitué par des injections trop répétées d'extrait glycériné et par l'absorption d'une trop grande quantité de capsules surrénales de veau, ce malade a eu un tremblement avec troubles nerveux comparable à celui que détermine l'hyperthyroïdation. Du reste, les suppléances fonctionnelles entre les capsules surrénales et le corps thyroïde sont prouvées par les très nombreuses expériences que l'un de nous (/oc. cit.) a pratiquées sur le rat d'égout qui supporte assez bien l'ablation de ses capsules et présente parfois les signes d'une maladie d'Addison expérimentale, la pigmentation comprise ('). L'opothérapie surrénale a été encore utile soit dans les formes frustes de maladie d'Addison avec asthénie, sans pigmentation, soit dans les cas où l'asthénie résulte plutôt d'une simple diminution de fonction, (rime insuffisance capsulaire.

b. Cette médication a été prescrite dans la neurasthénie, Yhystérie, le diabète, le goitre exophtalmique, le rachitisme.

c. Les effets vaso-constricteurs de l'extrait surrénal (sphygmogénine) ont été utilisés dans la faiblesse cardiaque, notamment chez les malades menacés de collapsus; dans l'asystolie (2), contre les hémorragies dans les opérations intra-nasales, intra-laryngées (Lermoyez), dans les épistaxis ;

d. Dans les hémorragies gastro-intestinales, les hémorroïdes, les Jiémoptysies(z) ;

e. Dans ['asthme avec congestion bronchique, dans un certain nombre d" affections des voies respiratoires (coryza aigu, trachéo-bronchite aiguë, bronchite chronique, bronchectasie, congestion et œdème du poumon, pneumonie), dans les pharyngites, dans les amygdalites.

/'. Son action décongestive a permis de guérir des kératites vascu-

l1) Boinet, Revue de méd., 1897. Société de biologie, 1895, p. 162. 273. 325. 498, 646; 1896, p. 164-564. Congrès de médecine interne de Lyon, 1894, p. 606. Congrès international de médecine. Paris, août 1900 (Section de pathologie interne).

(2) Fi.oersheim, Suprarenal capsule in organic heart disease. Med. News. N. V. 1901, LXXVI1I, 109. — Lugals, Notes on adrenolinard andrenalin Chlorid. J. Am. M. Ass. Chicago, 1901, XXXVI, 1155-1157.

(3) Gbumbaum, Suprarenal gland extiv.ct os a hemostatic. Brit. Med. Jour. London, 1900, II, 1507-1508 et les travaux de Maycr, Todd, Bâtes, Habgood, Thomas.

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laires, des épisclérites, de diminuer l'hyperémie dans le glaucome d'obtenir plus facilement Vanesthésie locale avec la cocaïne soit de l'œil, soit de la muqueuse laryngée (2). Dans ces cas, on se sert de Y adrénaline, principe actif des capsules surrénales.

XI. Pancréas. — L'opothérapie pancréatique a été étudiée dans ses effets chez les diabétiques par Gilbert, en collaboration avec Carnot d'abord, avec Lereboullet ensuite.

Avec Carnot, Gilbert avait constaté que l'extrait pancréatique agit dans certains cas, alors que dans d'autres il reste inefficace, s'il n'amène une augmentation de la glycosurie.

Plus tard, avec Lereboullet, il a reconnu qu'inefficace dans le diabète par anhépatie l'extrait pancréatique donne ordinairement des résultats heureux dans le diabète par hyperhépatie . Dans quelques cas même, la glycosurie, très élevée, peut céder complètement.

Gilbert et ses élèves donnent tantôt l'extrait pancréatique seul et tantôt associé à l'extrait intestinal.

XII. Tube digestif. — Estomac. — Dioscoride conseillait les parois de l'estomac du lièvre aux malades atteints d'affections d'estomac, de flux de ventre. Frémont, Le Gendre (5) ont préconisé la gastérine, c'est-à-dire le suc gastrique de chiens dont l'estomac est isolé expérimentalement. 11 augmente la capacité digestive; les sécrétions normales du tube digestif, l'acidité totale du suc gastrique. Linossier explique l'activité thérapeutique du suc gastrique de chien par sa richesse en acides et en ferments. Récemment Gilbert et Chassevant ont préconisé Vextrait gastrique. Il aurait une action plus intensive que la pepsine et plus large, en raison des divers ferments qu'il contient.

Intestin. — En 1698, Schroder recommandait de donner des parois intestinales contre les coliques. Actuellement encore, le peuple emploie le bouillon de boyau de poulet contre les diarrhées de longue durée que l'on observe dans la tuberculose et la fièvre typhoïde. Cliniquement, l'extrait intestinal détermine une légère diarrhée ; il a été employé dans diverses entérites (constipation, entérite tuberculeuse, muco-membraneuse, dysentériforme) (Gilbert). Peut-être serait-il utile dans les infections intestinales, telles que la fièvre typhoïde et le choléra. Vidal conseille l'opothérapie entérique dans l'occlusion intestinale (Revue de Chirurgie. Paris, 1900, XXII, 521-527).

XIII. Foie. — Le rôle des extraits du foie a été étudié, expérimentalement, in vitro, in vivo, pour chacune des fonctions hépatiques : a. fonction biliaire; b. fonction uropoié tique ; c. action coagulante et anticoagulante; d. action glycogénique ; e. action antitoxique. Cette dernière propriété était soupçonnée par les anciens qui faisaient entrer le

(4) Zimmebmann, Clin. ophtalmoL Paris, 1900, VI, 277-286. {-) Voir Bruxet, Thèse de doctorat. Paris, 1901, n° 504.

(5) Le Gendre, Opothérapie gastrique (g-astérine de Frémont). Bull, et mém. de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 1900, 5e s., XVII, p. 61; Discussion : Linossier. Idem, p. 68-70.

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foie et le cœur des vipères dans la préparation de l'orviétan afin de renforcer l'action d'une drogue analogue, la thériaque.

Cette étude expérimentale, dont on trouvera les détails dans la monographie de Gilbert et Carnot, permet de tirer les conclusions suivantes :

a. Fonction biliaire. — Elle est accélérée par l'injection d'extraits hépatiques chez les animaux, par les lavements d'extraits de foie, dans l'espèce humaine. Cet effet est surtout dû à la présence de la bile et des sels biliaires qui sont d'excellents cholagogues déjà en honneur dans la vieille pharmacopée. La bile de bœuf était administrée dans la jaunisse et la « poudre de pierres de fiel » était donnée, jadis, contre les calculs des voies biliaires et urinaires.

b. Fonction uropoiétique. — Elle est accrue par l'ingestion ou l'injection d'extraits hépatiques. L'augmentation de l'urée est temporaire et ne dure que pendant la période du traitement. L'élimination de l'acide urique est accrue; cette donnée explique l'utilité de l'opothérapie hépatique dans la goutte.

c. Action coagulante des extraits du foie. — Elle est bien établie in vivo et in vitro et peut être utilisée contre les hémorragies répétées et multiples si souvent observées au cours des maladies du foie.

d. Action glycogénique du foie. — L'extrait hépatique augmente la quantité de glycogène accumulée dans le foie; il agit probablement sur la cellule hépatique et peut-être aussi sur les autres cellules de l'économie pour en surexciter les fonctions normales. Cette propriété peut être utilisée dans le traitement du diabète.

e. Action antitoxique du foie. — Elle ne se produit que si l'extrait hépatique est on contact direct avec le poison. Jusqu'à présent du moins cette propriété n'a pu être mise à profit.

Vojiothérapie hépatique convient aux maladies propres du foie dans lesquelles il n'existe ni déchéances suraiguës, ni lésions anciennes et avancées. La glande ne doit pas être trop altérée pour pouvoir réagir à l'excitant spécifique que constitue l'extrait à son égard. C'est le médicament des petites insuffisances hépatiques, des troubles fonctionnels, plutôt que des lésions anatoiniqucs. L'extrait agit surtout par l'intermédiaire des cellules encore valides.

Galien, Dioscoride, Pline l'ancien mentionnent l'usage du foie dans les maladies où cet organe est intéressé et on trouve dans la thèse de Lamoureux (1) une série de citations montrant la faveur dont cette médication a joui à travers les âges et chez les différents peuples. L'opothérapie hépatique a produit une amélioration marquée dans Y insuffisance hépatique, dans les dégénérescences cellulaires du foie, dans la cirrhose avec iroubles cérébraux, dans Yictère grave au cours d'une cirrhose alcoolique, dans la cirrhose atrophique avec ascite, dans les cirrhoses alcooliques, syphilitiques, dans la cirrhose hypertrophique, dans la

(*) Lamoureux, De l 'opothérapie hépatique dans le diabète sucré. Thèse de Paris, 1898.

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cirrhose alcoolique avec ictère et hémorragies. Elle a une action utile sur les hémorragies des hépatiques et même des tuberculeux (Gilbert et Berthe (*) son élève). Guerder a préconisé les injections d'extrait glycérine de foie frais de morue contre les tuberculoses locales; il admet que cet extrait semble exercer une certaine action neutralisante directe sur la toxine tuberculeuse.

L opothérapie hépatique est encore indiquée dans le groupe des maladies dites arthritiques ou par ralentissement de la nutrition qui semblent avoir rapport avec des troubles hépatiques. L'accès de goutte s'est amélioré très rapidement sous l'influence de l'extrait hépatique qui favorise l'élimination de l'urée et de l'acide inique. Un eczéma, d'origine arthritique, a été promptement guéri; un vitiliqo, chez un tuberculeux à gros foie, disparut presque complètement.

Le traitement opothérapique a été surtout employé dans le diabète sucré par Gilbert (loc. cil.) et par ses élèves, Garnot, Weil et Lereboullet. Primitivement, Gilbert administrait des doses élevées d'extrait hépatique, 12 grammes en moyenne par jour; il a reconnu que l'on peut se contenter de doses plus faibles et souvent il n'administre pas plus de 2 à 3 grammes d'extrait par jour, en sphérulines de 0gY25 ou en suppositoires.

L'extrait hépatique donne des résultats remarquables dans le diabète par anhépatie : le sucre diminue ou disparaît, l'urée se relève, l'indicanurie revient au taux normal, l'état général s'améliore notablement (Gilbert et Weil).

Dans le diabète par hyperhépatie, la glycosurie n'est pas modifiée ou augmente, si bien que l'extrait hépatique peut servir de pierre de touche dans le diabète pour la fixation du diagnostic et qu'ainsi, à côté de l'opothérapie, il y aurait lieu de faire une place pour Yopodiagnostic (Gilbert et Garnot).

Les premiers résultats obtenus par Gilbert et ses élèves chez les diabétiques ont été consignés dans la thèse de Lamourcux son élève (2). Ils ont été vérifiés par divers observateurs et notamment par Roques (°).

Gilbert et Lereboullet ont fait connaître les nouveaux résultats obtenus et ils se proposent de revenir nécessairement encore sur cette question en publiant les résultats très nombreux des faits qu'ils ont traités.

Cytotoxines. — La découverte des poisons cellulaires ou cytotoxines a ouvert à la médecine une voie nouvelle (4), susceptible d'applications thérapeutiques. Ils ont été signalés, en 1898, par Belfanti et Garbone,

(*) Berthe, Traitement des hémoptysies tuberculeuses par lopothérapie hépatique. Thèse de Paris, 1898.

(2) Gilbert et Weil, Semaine médicale, 15 nov. 1899.

(3) Roques, Contribution à l'étude clinique des effets de lopothérapie hépatique dans le diabète sucré. Thèse de Bordeaux, 1899.

(*) Rénon, Journal des Praticiens, 22 nov. 1900, p. 753.

[GILBERT et BOINET ]

Bordet. On connaît actuellement le poison de la cellule hépatique, Ytiépatotoxine (Delezcnne), la nëphrotoxine (Lindemann), le poison des cellules à cils vibratiles, la tricliotoxine (Dungerh), le poison cellulaire des hématies, Y hémotoxine (Bordet), le poison cellulaire des globules blancs, la leucotoxine (Metchnikoff), le poison cellulaire des spermatozoïdes, la spermotoxine (Landsteiner et Metchnikoff), la névrotoxine (Metchnikoff). Ces cytotoxines n'agissent que sur les éléments qui leur ont donné naissance. Deux méthodes thérapeutiques principales découlent de la découverte de ces poisons cellulaires. La première consiste dans l'utilisation de Fantispermotoxine et de Fantihépatotoxine (Metchnikoff, Delezenne). La seconde, qui parait plus féconde en résultats, est basée sur L'action stimulante que de faibles doses de cytotoxine produisent sur les éléments Figurés correspondants. Ce fait a été démontré dans le laboratoire de Metchnikoff pour Fhémotoxine et la leucotoxine. Cantacuzène prépare, avec du sang défibriné de lapin, un cobaye dont le sérum devient toxique pour les hématies du lapin s'il est inoculé à forte dose. Mais, dès qu'on l'injecte à très petites doses, on voit, au bout de trois jours, le nombre des hématies augmenter de 5 millions et l'hémoglobine passer de 86 à 105. Cette élévation persiste pendant deux à trois semaines. Besredka constate une hypoleucocytose très marquée à la suite de l'injection, à très petites doses, de sérum de cobaye ayant reçu une émulsion de ganglions mésentériques de lapin. Le sérum leucotoxique de Metchnikoff, préparé avec des ganglions lymphatiques ne contenant que des mononucléaires, s'est montré toxique pour les polynucléaires comme pour les mononucléaires ; aussi ne peut-on l'opposer, comme ce savant en avait eu l'idée, à l'envahissement des leucocytes mononucléaires, ces macrophages ennemis des éléments nobles qui se transformeraient plus tard en tissu conjonctif créant l'atrophie sénile et les maladies atrophiques des organes les plus importants (centres nerveux, foie, rein).

Metchnikoff, se basant sur les recherches de Cantacuzène et de Besredka, emploie sur l'homme de faibles doses d'hémotoxine contenue dans le sérum d'une chèvre à qui il avait préalablement injecté du sang défibriné humain. Les inoculations de ce sérum de chèvre à des lépreux ont amené d'abord une diminution des globules rouges et de l'hémoglobine, puis une augmentation de ces éléments avec une modification heureuse, mais légère, des lésions lépreuses. Il est possible que cette donnée explique en partie les résultats obtenus par Carrosquilla qui traite la lèpre par des injections de sérum de cheval inoculé préalablement avec du sang de lépreux. Enfin Metchnikoff a observé une amélioration notable chez les anémiques à qui il injecte des petites doses de son sérum hémotoxique. Ces notions de spécificité cellulaire conduiront fort probablement à d'heureuses applications thérapeutiques.

LES TRAITEMENTS SPÉCIFIQUES ET LES MÉDICATIONS

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