IL — VÉSICULES
La vésicule est une élevurc à contenu liquide, tantôt globuleuse, tantôt
(*) E. Gaucher, Traite des mal. de la peau, t. II. p. 59.1
(2) Hillaihet et Gaucher, loc, cil., p. 67. — E. Gaucher, liai/, de la Soc. de dermatol., juillet 1895.
(3) E. Gaucher. Etiologie du vitiligo. Revue de méd., déc. 1900, et Congrès internat, de dermatol., aoûl 1900.
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acuminée, dont le Volume varie de la grosseur d'un grain de millet à celle d'un pois.
Le liquide qui la remplit est clair ou opalin, rarement sanguinolent. Il provient habituellement de l'exsudation des capillaires et présente une réaction alcaline. Parfois il est formé par la sécrétion sudoripare et possède alors la réaction acide de la sueur ; cette particularité est le caractère exclusif des éruptions sudorales.
Le processus histologique de la vésicule présente deux types : dans le premier, qui appartient à l'herpès, le soulèvement épidermique, qui forme la cavité vésiculaire, résulte d'un simple clivage de l'épidémie au niveau du stratum lucidum. C'est également de cette façon que s'opère le développement des bulles.
Dans le second type, qui est propre k l'eczéma, la cavité vésiculaire se forme en plein dans le corps muqueux de Malpighi, par disjonction des cellules dentelées, après altération et destruction partielle de ces cellules (').
Quel que soit le mode de formation de la vésicule, le contenu de celle-ci finit par se concréter pour former une croûte, qui tombe en laissant à sa place une macule rougcàtre et squameuse, d'une durée très courte.
Les vésicules peuvent être symptomatiques de maladies générales oii caractériser des dermatoses proprement dites. Celles de cette dernière catégorie sont tantôt de cause interne, tantôt de cause externe.
Les maladies générales à détermination cutanée vésiculeuse sont la varicelle et la suette miliaire.
La varicelle est une fièvre éruptive bénigne, caractérisée par des vésicules discrètes, bien isolées et espacées les unes des autres, qui se développent habituellement par poussées successives. Ces vésicules, assez volumineuses, sont remplies d'un liquide opalescent, qui se concrète en croûtes rougeàtres et sanguinolentes. La chute de ces croûtes laisse une cicatrice souvent indélébile.
La suette miliaire est également un exanthème fébrile, épidémique, observé, d'ailleurs, assez rarement. Elle est constituée par une éruption généralisée, assez confluente, de vésicules miliaires, tantôt entourées d'une auréole rouge, tantôt dépourvues de toute rougeur périphérique. Le premier type représente la miliaire rouge et le second la miliaire blanche. L'éruption occupe tout le corps, mais respecte la face. Elle est accompagnée d'une diaphorèse abondante, d'une fièvre plus ou moins vive et d'une sensation particulière de constriction à l'épigastre.
Les sueurs abondantes, tantôt dans les affections fébriles, comme le rhumatisme articulaire aigu, tantôt en dehors de tout état pathologique concomitant, provoquent une éruption vésiculeuse, miliaire, connue sous le nom de sudamina. Les vésicules qui constituent les sudamina sont
(') E. Gaucher, Anatomie pathologique de l'eczéma. Annales de dermqt., 1881.
très petites, acuminées, transparentes. Leur contenu est limpide, non albumineux, de réaction aeide. Leur siège de prédilection est le tronc, principalement la paroi abdominale. Les sudamina se rompent ou se flétrissent en donnant lien à une légère desquamation furfuracée. Ils laissent quelquefois à leur suite une légère pigmentation, qui disparaît rapidement (*).
Il y a encore une autre éruption vésiculeuse sudorale, connue sous le nom de dgshidrosis. La dysliidrose de Tilbury Fox (cheiro-pompholix d'Hutchinson) représente l'eczéma sudoral des anciens dcrinatologistes. C'est une affection dans la pathogénie de laquelle le système nerveux entre pour une large part (2). Cette éruption siège exclusivement aux mains et aux pieds, plus souvent aux mains; elle est bilatérale et symétrique. Elle est constituée par des vésicules de volume variable, rarement par des bulles (dyshidrose huileuse). Ces vésicules occupent principalement la face palmaire et plantaire et les espaces interdigitaux; elles sont assez profondément situées, s'affaissent sans se rompre et (Mi donnant lieu à une desquamation assez large. Elles ne deviennent croùteuses que dans le cas d'infection pyogénique secondaire (dyshidrose iinpétigineuse).
Les vésicules de Y herpès présentent des caractères spéciaux; elles sont globuleuses, arrondies, hémisphériques, réunies les unes à côté des autres, sous forme de groupes distincts, reposant sur une base rouge; elles sont toujours limitées k une région et ne se généralisent jamais. Il y a d'ailleurs, au point de vue étiologique, plusieurs variétés d'herpès.
La plus banale est l'éruption qu'on observe dans le cours de certaines affections fébriles, telles que l'embarras gastrique et la pneumonie et à laquelle on donne vulgairement le nom de boutons de fièvre. Cet herpès fébrile est paramuqueux; il siège autour de la bouche ou des narines [herpès labialis et nasalis) ; ses vésicules, en se desséchant, donnent lieu à des croûtes jaunâtres ou brunâtres.
Dans certains cas, l'herpès fébrile constitue une maladie idiopathique, à laquelle il faut conserver le nom de fièvre herpétique. L'éruption est alors plus étendue; elle est toujours localisée, mais ne siège pas exclusivement autour de la bouche et du nez; elle peut occuper les régions cutanées voisines. Elle est souvent accompagnée de l'apparition de vésicules semblables sur le pharynx; celles-ci donnent lieu à la formation de lausses membranes, qui caractérisent Y angine herpétique ou angine couenneuse commune.
L'herpès fébrile peut aussi siéger sur les parties génitales; mais, dans ces régions, l'éruption a le plus souvent une cause externe; Y herpès préputial et Yherpès vulvaire sont contagieux. Les vésicules, en se rompant, donnent lieu à des ulcérations arrondies, polycycliques, dont le diagnostic,
(1) E. Gaucher, Traité des mal. de la peau, t. II, p. 411.
(2) E. Gauchlh, Traité des mal. de la peau. t. II, p. 415.
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d'ailleurs habituellement assez facile, est à faire avec le chancre mou et avec les diverses manifestations ulcéreuses de la syphilis.
Dans d'autres circonstances, l'éruption herpétique présente une disposition spéciale : elle suit le trajet des nerfs, soit en demi-ceinture, le long des nerfs intercostaux, soit le long des branches du plexus cervical ou du nerf trijumeau, soit longitudinalement le long des nerfs des membres. Elle est formée de groupes vésiculeux, séparés les uns des autres par des intervalles de peau saine. Cette forme d'herpès est connue sous le nom de zona ou herpès zoster.
Le zona peut être une maladie primitive, idiopathique, infectieuse, dans laquelle la détermination cutanée reconnaît une pathogénie nerveuse. Mais, parfois aussi, l'altération nerveuse est primitive et l'éruption est symptomatique d'une névrite ou d'une myélite du segment postérieur. Dans les deux cas, le zona est une éruption trophique (*).
Il y a une éruption vésiculeuse, qui peut être rattachée à l'érythèmc polymorphe ou qui, du moins, en est très voisine, c'est Yhydroa vésiculeux de Bazin, qui avait été décrit antérieurement par Bateman, sous le nom <X herpès iris ou en cocarde.
Cette éruption, qui siège de préférence aux mains et aux poignets, parfois aux pieds et aux chevilles, plus rarement à la face, est constituée par des vésicules groupées sur une tache rouge, de la façon suivante : une vésicule centrale, un anneau rouge qui l'entoure et qui est environné luimême d'une couronne de petites vésicules périphériques. La surface rouge déborde ces vésicules et il peut y avoir plusieurs couronnes vésiculaires excentriques. L'ensemble de ces anneaux, alternativement rouges et blancs, donne à l'éruption un aspect irisé.
De toutes les affections vésiculeuses, la plus fréquente et la plus importante est Yeczéma. Les vésicules de l'eczéma sont petites, acuminées, confluentes, reposent sur un fond rouge et recouvrent des surfaces plus ou moins étendues. Elles peuvent siéger sur toutes les régions du corps. Ces vésicules ont une durée éphémère (deux ou trois jours au plus); elles se rompent en donnant lieu à un suintement poisseux, abondant, empesant le linge, souvent très prolongé et remplacé enfin par des croûtes grisâtres, auxquelles succèdent des squames furfuracées. Cette dermatose est accompagnée de vives démangeaisons. La répétition des poussées vésiculeuses successives donne lieu à une inflammation chronique du derme qui s'épaissit, s'indure et devient scléreux.
La syphilis peut exceptionnellement donner lieu à une éruption vésiculeuse discrète, généralisée ou disséminée, appartenant à la période secondaire, à laquelle on donne quelquefois le nom de varicelle syphilitique, mais qu'il vaut mieux appeler syphilide vésiculeuse. Les vésicules reposent ici sur un fond cuivré plutôt que rouge; elles sont remplacées
(lj E. Gaic:ilk et H. lkitNÀUD, Zona traumatique. Bull, de la Soc. méd. des hôp., fév. 1001.
par des croûtes brunâtres, qui laissent au-dessous d'elles une légère cicatrice. Cette éruption di d'ère de la varicelle par l'absence de cuisson et de démangeaison; clic en diffère aussi par la coloration cuivrée des taches sur lesquelles reposent les vésicules, par la collerette épidermique qui entoure quelquefois les croûtes (collerette de Biett). Elle peut être accompagnée de lièvre, quand elle coïncide avec la fièvre syphilitique secondaire.
Il y a aussi des éruptions vésiculeuses pathogénétiques, suivant la dénomination de Bazin, c'est-à-dire ducs à l'absorption de certains médicaments. La plus importante de ces éruptions pathpgénétiques est celle qui est duc à Yantipijrine. Ce médicament, en effet, ne se contente pas de donner lieu à des érythèmes (*), il peut produire des vésicules et de véritables huiles, qui sont, comme on le verra plus loin, de grosses vésicules. Celles-ci siègent particulièrement aux extrémités, à la face et autour des orifices naturels; on peut les observer aussi sur la muqueuse de la bouche et de la gorge. Les vésicules, en se rompant, donnent lieu à des exulcérations qui, sur la peau, sont remplacées par des croûtes et, sur les muqueuses, par un exsudât pseudo-membraneux.
Les vésicules de cause externe peuvent être produites tantôt par des agents animés ou des parasites, tantôt par des irritants quelconques.
Les principales éruptions vésiculeuses parasitaires sont celle de la gale et celle de la trichophytie.
La vésicule fait partie du cortège symptomatique de la gale; mais celle-ci n'est jamais exclusivement vésiculcuse. L'éruption scabieuse, due à la présence dans l'épidémie de Vacarus scabiei, est essentiellement polymorphe ; aux vésicules sont mêlées des pustules et surtout des papules. Ces diverses lésions sont accompagnées de l'existence de sillons caractéristiques, rectilignes ou incurvés, qui marquent le cheminement du parasite au-dessous des couches superficielles de l'épiderme. A l'une des extrémités de chaque sillon se trouve un point noir, qui indique la présence du parasite lui-même. C'est de ce point qu'il est possible d'extraire l'acare avec une aiguille. Cet acare ou sarcopte, visible à l'œil nu et plus facilement avec une loupe, est un arachnide, qui ressemble grossièrement à une minuscule tortue.
L'éruption de la gale peut être généralisée, mais elle a des sièges de prédilection qui sont des éléments importants du diagnostic : les espaces interdigitaux, la face antérieure des poignets et des avant-bras, la face antérieure des aisselles, les seins chez la femme, le prépuce et le gland chez l'homme. C'est une affection très prurigineuse et dont les démangeaisons sont surtout nocturnes.
Le trichophyton, qui peut donner lieu aussi à une éruption vésiculcuse, est un parasite végétal.
Sur la peau glabre, l'éruption vésiculcuse trichophytique est connue
(4) Yoy. ci-dessus, p. lk2.~.
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sous le nom à'herpès circiné. Cette lésion se reconnaît facilement à la disposition des vésicules, qui sont groupées en forme de cercle et présentent une évolution excentrique : le centre se guérit à mesure que le diamètre de la plaque s'accroît. Ces vésicules sont petites, prurigineuses, et ont une marche rapide; elles se terminent par desquamation. Les plaques d'herpès circiné siègent de préférence au visage, au cou, aux mains et aux avant-bras, c'est-à-dire sur les parties découvertes du corps, plus exposées à la contagion.
Sur le cuir chevelu, le trichophyton peut produire de petites vésicules semblables, groupées de la même façon mais plus éphémères, qui caractérisent Yhérpës tonsurant. C'est le nom que les anciens auteurs donnaient à la teigne tondante. Les altérations des cheveux, qui sont cassés ou qui se cassent facilement quand on cherche à les arracher; l'examen microscopique de ces cheveux qui fait découvrir, à leur surface ou dans leur intérieur, les spores ou le mycélium du trichophyton, — sont des éléments de diagnostic suffisants, pour permettre de reconnaître, sans crainte d'erreur, les plaques arrondies, vésico-squameuses, de la teigne tondante.
En dehors des parasites, un grand nombre de substances irritantes appliquées à la surface de la peau peuvent provoquer une inflammation cutanée à forme vésiculeuse. En l'absence de commémoratifs, ces éruptions vésiculeuses artificielles peuvent facilement donner lieu à des erreurs de diagnostic.
D'une manière générale, ces éruptions ressemblent à l'eczéma aigu. Elles sont habituellement limitées au siège de l'irritation cutanée; mais, chez les individus prédisposés et diathésiques, elles peuvent s'étendre au delà des régions irritées et devenir de véritables eczémas, provoqués par l'application irritante qui a été leur cause occasionnelle. Ordinairement, cependant, ces éruptions sont de courte durée et cèdent facilement, quand on supprime la cause qui leur a donné naissance.
Parmi les principales d'entre elles, je citerai celle qui est due à Y abus des bains sulfureux, qui peut être généralisée, mais discrète, et qui disparaît rapidement et facilement.
L'application de Y huile de croton, les emplâtres de thapsia, les emplâtres et les sparadraps de toutes sortes déterminent des éruptions vésiculeuses. Le suc de certaines plantes, comme Y euphorbe, produit un effet analogue.
Les frictions mercurielles provoquent une éruption de vésicules eczématiformes, très cuisantes, reposant sur un fond rouge, connue sous le nom àliydrargyrie ou eczéma mercuriel.
Il y a aussi des éruptions vésiculeuses professionnelles . La plus fréquente et la plus connue est la dermite eczérnatiforme banale, qu'on observe aux mains et aux avant-bras, chez les blanchisseuses, les maçons, les ébénistes, les épiciers et chez tous les ouvriers qui manient des substances irritantes. Dans certains cas, par la permanence de la cause
qui lui donne naissance, cette dermite peut devenir un véritable eczéma chronique.
Mais, à côté de cette dermite vésiculeuse banale, il y a des éruptions professionnelles, en quelque sorte spécifiques, parce qu'elles n'appartiennent qu'à certaines professions, avec des caractères spéciaux.
Les ouvriers employés à la fabrication du sulfate de quinine présentent sur les mains, le visage, les bourses, la face interne des cuisses, des vésicules éphémères qui ressemblent à celles de l'eczéma aigu. Cet eczéma quinique a été décrit par Bergeron et par M. Proust.
Les ouvriers qui fabriquent les verts arsenicaux (vert de Scheele et vert de Schweinfurt), utilisés dans l'industrie des papiers peints, sont atteints d'une éruption vésiculeuse à évolution particulière, bien étudiée par Delpech et Hillairet. Ces vésicules deviennent facilement pustuleuses et se terminent par des ulcérations, qui ressemblent à des plaques muqueuses. L'éruption occupe le visage, particulièrement l'angle des lèvres et l'orifice des narines, les mains et les bourses. Sur la cloison des fosses nasales, les ulcérations sont assez profondes et déterminent habituellement la nécrose et la perforation. La plupart des ouvriers et même les chevaux des usines de vert arsenical ont la cloison nasale perforée. Si l'on rapproche ces lésions ulcéreuses de la kératose palmaire et plantaire que présentent souvent ces mêmes ouvriers, on arrive à cette conclusion que tous ces accidents sont des troubles trophiques d'origine nerveuse, produits par l'intoxication arsenicale (').
Enfin, les ouvriers qui, dans le Midi, travaillent à déliter les cocons, sont atteints d'une affection vésiculeuse connue sous le nom de mal de vers ou mal de bassine. Cette affection, décrite par le Dr Poton, est caractérisée par des vésicules éphémères siégeant dans le premier espace interdigital, entre le pouce et l'index. Au bout d'un certain temps, les ongles se déchaussent et tombent.