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V. — PAPULES

Les lésions précédentes, vésicules, bulles et pustules, étaient des effïorescences humides; les papules, les tubercules et les squames sont des efflorescences sèches.

La papule est une élevure cutanée, dure, solide, pleine et résistante, dont la forme est tantôt conique et acuminée, tantôt aplatie et lenticulaire. Son volume varie de la grosseurd'une tête d'épingle à celle d'une lentille; il n'y a que dans l'urticaire qu'on observe des papules beaucoup plus larges, constituant de véritables plaques.

La couleur des papules est le plus souvent rouge, parfois blanche. Leur siège habituel est dans les papilles cutanées, excepté dans l'acné miliaire, qui n'est autre chose qu'une accumulation de sébum dans les follicules sébacés, excepté encore dans d'autres affections, que j'indiquerai plus loin.

La papule typique résulte d'une néoformation embryonnaire, qui gonfle la papille cutanée et l'hypertrophie. Elle se termine par résolution et par desquamation, exceptionnellement par la production d'une cicatrice.

Le siège de la papule dans la papille cutanée explique pourquoi cette lésion est la plus prurigineuse de toutes les lésions élémentaires de la peau et pourquoi elle est si souvent excoriée par le grattage. Il n'y a qu'une sorte de papule qui fasse exception à cette règle, c'est la papule syphilitique. Celle-ci est indolente, comme toutes les manifestations tégumentaires de la vérole.

Les papules peuvent être de cause interne ou de cause externe.

Les principales papules de cause interne sont celles du lichen simplex, du lichen plan, de la kératose pilaire, du prurigo, du strophulus, de V urticaire, de la syphilicle papuleuse, de la tuberculose cutanée papuleuse, de Yacné miliaire.

Les papules du lichen simplex sont coniques ou arrondies, petites, agglomérées et pressées les unes contre les autres. Elles sont rouges, très prurigineuses, tantôt localisées à une région, tantôt étendues sur de larges surfaces et parfois presque généralisées.

Cette éruption peut être aiguë et de courte durée ou chronique et très tenace. Quand les démangeaisons qui l'accompagnent sont particulièrement intenses, on lui donne le nom de lichen agrius.

Le lichen plan est aussi une affection prurigineuse, mais ses papules sont bien différentes des précédentes. Elles sont aplaties, polygonales, brillantes, creusées sur leur face supérieure d'une dépression ombiliquée, qui correspond à l'orifice d'un follicule pileux, car le lichen plan est un

MODIFICATIONS DE COULKWi ET D'ASPECT DE LA SURFACE CUTANÉE. ICI

lichen pilaire. Ces détails sont surtout visibles à la loupe, en raison de la petite dimension des papules.

Celles-ci sont habituellement isolées, parfois continentes sous forme de plaques ou de stries linéaires; elles peuvent être généralisées. Mais il y a aussi des formes localisées de lichen plan, particulièrement des formes chroniques, exceptionnellement tenaces. Lapins importante de ces formes est le lichen plan corné, constitué par une ou plusieurs plaques saillantes, kératosiques, sur lesquelles on voit des orifices multiples, dont chacun représente le centre d'une des papules primitives. (Test en effet à une agglomération de papules juxtaposées que sont dues ces plaques cornées, qui siègent exclusivement sur les jambes.

Exceptionnellement, les papules du lichen plan laissent, en s'afïaissant, une dépression atrophique, cicatricielle, pigmentée. Cette particularité caractérise une forme spéciale, à laquelle j'ai donné le nom de lichen plan al ) 'oph iq ue pigmenté ( 1 ) .

L'affection qu'on appelle aujourd'hui la kératose pilaire était jadis considérée comme un lichen pilaire. C'est une difformité plutôt qu'une maladie, caractérisée par des plaques grenues, formées de minimes papules, légèrement squameuses, qu'on observe sur certaines régions du corps: les membres, du coté de l'extension, surtout la région deltoïdienne, où elle est extrêmement fréquente chez les jeunes filles; parfois les parties latérales de l'abdomen; la face, surtout les joues, le menton et la région des sourcils.

Sur les membres et le tronc, les papules sont blanches ou à peine rosées, isolées, distinctes et même assez espacées; sur la face elles sont rouges et beaucoup plus confluentes. Cette lésion, voisine de l'ichtyose, est très tenace; elle peut être améliorée, mais aucun traitement ne la guérit définitivement.

Les papules du prurigo sont isolées, bien distinctes, séparées les unes des autres par une certaine distance, contrairement à celles du lichen, qui sont agglomérées et confluentes. Elles sont aussi plus larges, aplaties et non acuminées; elles sont d'une coloration pâle, à peine rosée. Elles donnent lieu à des démangeaisons très vives et à un grattage incessant; c'est pourquoi leur sommet est habituellement excorié et recouvert d'une croûtelle sanguinolente. C'est une maladie toujours chronique, qui peut s accompagner, par places, d'une éruption eczématiforme, déterminée par l'irritation permanente de la peau entretenue par le grattage.

Ce que certains auteurs ont appelé le prurigo aigu est un lichen simplex aigu.

Le strophulus, au point de vue de ses caractères éruptifs et de la morphologie de sa lésion élémentaire, est intermédiaire entre le prurigo et l'urticaire. 11 est d'ailleurs d ès voisin, par son étiologie, de ces deux affections.

l) Gaucher, Barde et Balli. Lichen plan atrophique pigmenté. Sue. de dermat. , avril 1805

[E. GAUCHER

SÉMIOLOGIE DE M PEAU.

C'est une éruption papuleuse qu'on observe dans l'enfance et qui est quelquefois en rapport avec le travail de la dentition, d'où le nom de feux de dents qu'on lui donne parfois.

Ses papules sont assez larges, aplaties, tantôt rouges, tantôt rosées, tantôt blanches avec une auréole rouge. Elles se montrent par poussées successives sur la face, les membres et le tronc et n'ont qu'une courte durée. Le strophulus est, en lui-même, une affection aiguë bénigne; mais il peut constituer la phase prodromique d'un véritable prurigo, qui se développe peu à peu avec sa chronicité habituelle et son incurabilité.

L'urticaire est également une affection papuleuse; mais ses papules sont de véritables plaques saillantes, aplaties, présentant quelquefois plusieurs centimètres de diamètre. Ces plaques sont quelquefois rouges, plus souvent blanches, d'un aspect de porcelaine, et entourées d'une aréole rouge. Cette coloration blanche est due à l'anémie centrale de la plaque ortiée, dont les vaisseaux sont comprimés par l'abondance de l'exsudation qui gonfle les papilles, tandis que la rougeur périphérique est le résultat de la fluxion collatérale.

Les papules ortiées sont individuellement très fugaces; mais elles se reproduisent tous les jours pendant un temps variable.

Quand l'urticaire siège à la face, elle produit un gonflement caractéristique.

L'éruption ortiée est très prurigineuse; elle est habituellement d'origine toxi- alimentaire.

Les papules syphilitiques ont pour caractère subjectif essentiel leur indolence; ce sont les seules qui ne soient pas prurigineuses. Cette particularité est due à ce que l'exsudat qui leur donne naissance est plutôt péripapillaire que papillaire; cet exsudât peut même atrophier la papille, en la comprimant de dehors en dedans, et laisser une cicatrice définitive quand il a trop tardé à se résorber.

Les papules de la syphilide papuleuse sont aplaties, lenticulaires, de coloration cuivrée plutôt que rouge; elles sont entourées d une couronne d'épiderme détaché qu'on appelle la collerette de Biett; elles laissent à leur suite une tache pigmentaire, qui s'efface peu à peu du centre à la circonférence.

Elles peuvent être généralisées et constituent alors une des modalités de l'exanthème syphilitique secondaire. Plus souvent, elles sont localisées et appartiennent à la période tertiaire; elles peuvent siéger sur toutes les régions du corps, mais elles ont une prédilection pour le front, où elles constituent la couronne de Vénus.

Parfois elles se groupent sous forme de stries linéaires le long des membres ou de demi-ceinture autour du tronc et ressemblent à une éruption de zona, dont elles diffèrent, d'ailleurs, essentiellement par leur chronicité. Ces syphilides papuleuses zoniformes ont donné lieu souvent à des erreurs de diagnostic (*).

(l) E. Gaucher et Barbe, Des syphilides zoniformes. Presse méd., aoûl 1897.

La lèpre peut aussi, exceptionnellement, se manifester par des papules miliaires, qui sont des sortes de petits tubercules lépreux en miniature. Ces papules présentent l'anesthésie habituelle des lésions lépreuses^1).

La tuberculose cutanée affecte parfois la forme papuleuse. Le lichen circumscriptus de Rayer, le lichen scrofulosorum de Hebra sont des maniféstations tuberculeuses, dont la véritable nature n'est reconnu»' que depuis peu de temps, (les lésions sont, d'ailleurs, le plus souvent tuberculeuses sans être bacillaires et on les attribue généralement à l'action de la toxine tuberculeuse.

Cette tuberculose cutanée papuleuse présente plusieurs modalités éruptives (2) ; ses papules sont de dimensions différentes; quelques-unes suppurent, d'autres s'ulcèrent; elles sont habituellement en connexion avec les follicules pileux. Le diagnostic étiologique de ces lésions se fait surtout par ln coexistence d'autres manifestations tuberculeuses cutanées, ganglionnaires ou viscérales.

Il va deux sortes de papules ou de saillies papuliformes dont le siège n'est pas dans les papilles cutanées, mais qui sont dues à l'accumulation du sébum dans les follicules sébacés : ce sont les papules de Vacnc miliaire et les saillies de Y acné cornée.

L'acné miliaire est constituée par de petits grains saillants, de la dimension d'un grain de millet, de coloration jaune ou blanchâtre, qu'on observe sur les joues, particulièrement au-dessous des paupières. Ces papules sont indolentes; elles sont dues à l'accumulation des cellules sébacées dans les culs-de-sac glandulaires, avec oblitération du conduit folliculaire. Ce; petites productions sont énucléables par une incision superficielle; elles sont, régulièrement arrondies et, à l'examen microscopique, elles se montrent formées par des cellules sébacées imbriquées les unes sur les autres, comme les écailles du bulbe de l'oignon.

Uacné cornée est constituée par des saillies cornées qui font issue hors de l'orifice des follicules sébacés. Ces saillies sont des cornes minuscules, composées de cellules sébacées kératinisées. Elles sont groupées les unes à côté des autres et forment des plaques grenues et râpeuses, qu'on observe surtout sur le front, sur les joues et sur les parties latérales du thorax (r>).

Il y a, enfin, d'autres saillies populeuses, dont le siège anatomique n'est pas non plus dans les papilles cutanées et dont le diagnostic est à faire avec les véritables papules. Ces lésions, très différentes les unes des autres, sont : l'adénome sébacé, l'épithélioma adénoïde, la dégénérescence colloïde du derme (*) et l'hidrocystome

(1) Gaucher et Bensaude, Sur an cas de lèpre arec granulomes miliaires qénéralisés. Soc. de dermat., fév. 1896.

(2) E. Gaucher, Leçon sur les tuberculides. Journal de méd. interne,1 1900.

(5) Gaucher, Acné cornée végétante. Bull, de la Soc. de dermat., novembre 1 8*. >!>

(4) E. Gaucher, Traité des mal. de la peau, t. II. |). "210 et suïv.

(5) E. Gaucher, Truite des mal. de la peau, t. II. p. iUU.

SÉMIOLOGIE DE LA PEAU

Les adénomes sébacés sont de minuscules tumeurs papuleuses, du volume d'une tête d'épingle ou d'un pois, qui sont dues à l'hypertrophie et à la dégénérescence kystique partielle des glandes sébacées. Ils se présentent sous l'aspect de papules blanches ou grisâtres, dures, indolentes, qui siègent symétriquement dans les sillons naso-géniens et sur la partie attenante des joues, à la hase du nez ou sur le front, plus rarement au menton et sur les autres parties de la face (1).

Les épithéliomas adénoïdes, dont le siège est probablement dans les glandes sucloripares, sont de petites saillies papuleuses, du volume d'un grain de millet ou d'une petite lentille, d'une coloration blanche ou à peine rosée, qui siègent principalement sur le devant de la poitrine, très rarement sur le reste du corps. Leur nombre est très considérable, il peut être de plusieurs centaines.

La dégénérescence colloïde du derme, affection extrêmement rare, ressemble objectivement à l'acné miliaire, mais elle n'a aucune connexion avec les glandes sébacées; elle siège dans le tissu conjonctif fibrillaire du derme. Elle est constituée par de petites élevurcs papuleuses, dures, solides, du volume d'une tête d'épingle, d'une coloration citrine pâle, d'un aspect brillant, tantôt isolées, tantôt agglomérées et confluentes. Ces petites productions sont facilement énucléables, comme des grains de miliiim. Ou les observe à la face, sur les joues, le front, le nez, beaucoup plus rarement sur la face dorsale des mains.

Vkidrocystome est constitué par de petites saillies kystiques, dures, claires, arrondies, du volume d'une tête d'épingle ou d'un pois, qui siègent exclusivement à la face, principalement autour des yeux. Ces petites tumeurs, profondément enchâssées dans le derme, sont des kystes par rétention sudorale. Quand on les perce, on en fait sortir un liquide incolore et limpide comme le contenu des sudamina.

Les papules de cause externe sont dues à des piqûres de parasites ou à l'irritation produite par des agents physiques ou chimiques.

Les poux du corps, dont les lésions constituent la phtiriase, provoquent une éruption de papules aplaties ou acuminées, discrètes ou confluentes, mais toujours bien isolées. Chacune de ces papules est recouverte d'une croûtelle sanguinolente, produite par le grattage; celui-ci détermine également des écorchures linéaires. Ce prurigo pédiculaire, comme on l'appelle également, donne lieu, en effet, à des démangeaisons très vives.

Les papules de la phtiriase occupent avec prédilection la partie supérieure du dos; mais elles peuvent, dans les cas invétérés, siéger sur tout le corps, à l'exception de la face. Elles laissent, à leur suite, une pigmentation longtemps persistante.

Leur siège habituel est déjà un élément important du diagnostic; mais

[l] E. Gaucher et Lacapère, Adénomes sébacés de la région temporale. Bull, de la Soc. de dermat., juillet 1891.

celui-ci peut se faire irréfutablement par la constatation des parasites, qu'il ne faut pas chercher sur le corps, mais dans la chemise du malade. Le poux du corps est, en effet, surtout le poux des vêtements; c'est là qu'il habite et il ne vient sur la peau que pour se nourrir.

D'autres insectes, comme les cousins et les moustiques, produisent, par leurs piqûres, de larges papules prurigineuses qui ressemblent à celles de l'urticaire et laissent souvent une induration persistante.

La piqûre d'un arachnide nommé thrombidion (') donne lieu également à des papules larges et cuisantes, qu'on observe, pendant l'été, chez les personnes qui s'assoient sur l'herbe ou séjournent au bord de l'eau.

La papule est la lésion la plus constante de l'éruption de la gale. J'ai déjà insisté, à propos des vésicules et des pustules, sur le polymorphisme de l'éruption scabieuse, sur ses sièges de prédilection et sur les démangeaisons qui l'accompagnent; j'ajoute que ces démangeaisons sont surtout nocturnes.

Dans toutes les formes de gale, gale vésieuleuse ou gale pustuleuse, il y a toujours des papules, tandis que la gale peut rester exclusivement papuleuse. Ces papules siègent à l'une des extrémités du sillon scabieux; chaque papule est la petite éminence dans laquelle le sarcopte s'est arrêté dans sa marche.

Parmi les végétaux qui donnent lieu à des éruptions papuleuses, il faut citer surtout V ortie, dont les piqûres produisent des plaques papuliformes semblables à celles de l'urticaire.

V action des rayons solaires, dans les pays chauds, produit une sorte d'éruption miliaire, favorisée également par la sudation abondante. Cette miliaire papuleuse est connue sous le nom de lichen tropicus ou de gale bédouine. Ses papules sont petites, acuminées et ressemblent à celles du lichen simplex aigu.

Toutes les irritations cutanées peuvent provoquer des éruptions papuleuses, particulièrement les frictions avec les pommades mercurielles, surtout avec l'onguent napolitain.

Enfin il y a une dermatose papuleuse professionnelle qu'on observe chez les ouvriers cannissiers et qui a une cause mécanique ; elle est due à l'irritation produite sur la peau par les poussières piquantes. Cette éruption est constituée par des papules coniques, miliaires, reposant sur une base congestive et siégeant sur les parties découvertes du corps.

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