VI. — TUBERCULES
Les tubercules (2) sont, en quelque sorte, de grosses papules. Ce sont des tubérosités ou des nodosités solides, dures et sèches, qui ont leur
(1) Hillairet et Gaucher, Traité des mal. de la peau, I" fasc, 1881. p. 105. [-) Dans son acception dermatologique, le mot tubercule n'a rien à voir avec la tuberculose, maladie générale ; il est simplement synonyme de tubérosité.
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siège anatoiiiique dans le derme et qui sont produites, le plus souvent, par une prolifération conjonctive localisée, que cette prolifération soit banale et de nature inflammatoire ou, au contraire, de nature spéciale. Tels sont les seuls caractères généraux communs qu'on puisse attribuer à tous les tubercules.
Ainsi compris, le tubercule présente, sous le rapport de son aspect, de son volume, de sa coloration, de ses symptômes subjectifs, de sa durée, de son évolution, de sa distribution et de son siège régional, des différences capitales suivant sa nature et suivant la maladie à laquelle il appartient.
La limite n'est pas exactement tranchée entre les tubercules et les tumeurs. D'une façon artificielle et arbitraire, on appelle tumeurs des tubérosités dont le volume dépasse celui d'une noisette f1).
Les principales affections tuberculeuses sont les suivantes : le lupus, le tubercule anatomique et la tuberculose verruqueuse; les gonmies tuberculeuses; les tubercules et les gommes syphilitiques; les nodosités cancéreuses du cancer cutané secondaire, l'épithélioma de la peau ou cancroïde; le bouton de Biskra et d'Alep; la lèpre ; le mycosis fongoïde; le xantelasma; l'acné varioliforme ou molluscum contagiosum; le fibrome molluscum; les dermato-myomes ; l'adénome sudoripare; le furoncle; les tubercules secondaires du sycosis parasitaire.
Le lupus tuberculeux est constitué par des nodules d'un jaune rouge, d'une coloration sucre d'orge, d'une consistance molle. Ces nodules, d'abord isolés, se réunissent en masses plus ou moins larges et plus ou moins saillantes. La plupart d'entre eux s'ulcèrent ; quelques-uns restent torpides en se couvrant d'une légère desquamation ; d'autres s'affaissent en donnant lieu à une cicatrice sans ulcération, par une sorte de résorption interstitielle. Le siège d'élection du lupus est à la face, particulièrement sur le nez et sur les joues.
Le tubercule anatomique résulte de l'inoculation du bacille tuberculeux dans la peau. C'est une nodosité dure, papillomateuse, fissuriquc, siégeant sur les doigts, souvent accompagnée d'engorgement ganglionnaire de l'aisselle.
La tuberculose verruqueuse est une lésion analogue, résultant également de l'inoculation directe de produits tuberculeux, (/est un véritable papillome, compliqué de fissures et de croûtes, entouré d une zone pustuleuse et érythëmateuse, qui était autrefois connu sous le nom de scrofulide verruqueuse (Hardy).
Les gommes tuberculeuses, qu'on appelait jadis les gommes sci-ofuleuses, sont des nodosités d'abord dures, arrondies, occupant le derme ou i hypodenne. La peau qui les recouvre est d'abord intacte, puis elle rougit, à mesure que la nodosité se ramollit; elle finit par s'ulcérer. La gomme suppurée et ulcérée a l'aspect d'une ulcération irrégulière, à
(*} E. Gaucher, Traité des mal. de la peau. I. I, \\. .'>(►.
bords décollés, sans aucune tendance \\ la cicatrisation. Ces ulcérations gommeuses constituent les écrouelles.
Le lupus, la tuberculose verruqueuse cl les gommes tuberculeuses représentent les anciennes scrofulides.
La syphilide tuberculeuse est caractérisée par des tubercules aplatis, d'une coloration cuivrée ou <l un rouge sombre, entourés <l un décollement épidermique en forme de collerette. Habituellement, ces tubercules ne s'ulcèrent pas cl tendon I vers I affaissement cl la résolution. Tantôt ils sont généralisés cl disséminés cl constituent une des modalités de l'éruption Spécifique de la période secondaire: tantôt ils sont localises, groupés en cercles (tu disposés en anneaux cl appartiennent à la période tertiaire. Sur les régions où la peau est habituellement humide, connue les parties génitales, le pourtour de l'anus, la face interne des cuisses, ces tubercules aplatis peuvent être légèrement exulcérés cl suintants; on leur donne quelquefois le nom impropre de tubercules muqueux ou de plaques muqueuses cutanées.
Les gommes syphilitiques sont des tubérosités cutanées d'un aspect différent, (a1 sojit des nodosités plus ou moins profondes, d'abord dures, puis ramollies, qui s'ouvrent en donnant issue à un liquide filant. L'ulcération gommeuse est taillée à pic, peu suppurante cl se cieâtrise en laissant à sa place une surface pigmentée, lisse, régulière, légèrement déprimée.
Les nodosités cancéreuses de la peau accompagnent généralement un cancer glandulaire voisin, presque toujours un cancer du sein; elles représentent le cancer cutané secondaire. Ce sont des tubercules aplatis, douloureux, lancinants, qui s'ulcèrent connue la tumeur principale cl s'accompagnent d'engorgement ganglionnaire.
Uépithélioma cutané ou cancroïde est le véritable cancer primitif de la peau. Il esl caractérisé par des saillies d abord papuleuses et papillomateuses, qui se développent souvent au-dessous d une plaque croûteuse de séborrhée concrète, (les saillies papillomateuses, en se groupant par confluence, forment une tubérosité d'un volume variable, qui s'ulcère et devient saignante, en s 'accompagnant de douleurs assez vives. L'ulcération ainsi produite s'agrandit rapidement et irrégulièrement, en conservant toujours sa tendance facile à l'hémorragie; elle s'accompagne, au boni d un temps variable, d'envahissement des ganglions lymphatiques voisins (').
Le boulon de Biskra ou d Alep — car c'est la même maladie observée en Afrique ou en A.sie — siège sur les parties découvertes, particulièrement au visage, aux main-, aux avant-bras et aux jambes. Il est constitué par un tubercule d un rouge sombre, très prurigineux, qui - ulcère cl se recouvre dune croûte. La croûte, eu tombant, laisse au-dessous d'elle
1 E. Gauchek, Traitement de Vépithclioma culanc Omirn-s <lr ilrnn;it»ilofric <lr Loinhvs. 18'. H».
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une cicatrice brunâtre, dont la coloration s'efface peu à peu, mais qui reste indélébile^1). L'évolution de la lésion se fait en huit ou douze mois; c'est pourquoi les Arabes donnent au bouton de Biskra le nom de bouton d'un an.
Le tubercule est la lésion caractéristique de la lèpre dite tuberculeuse.
Les tubercules lépreux sont rouges ou bistrés, le plus souvent d'un jaune fauve; ils sont étalés, confluents, irréguliers et bosselés, déforment quelquefois, d'une façon hideuse, les parties sur lesquelles ils siègent, particulièrement la face, à laquelle ils donnent un aspect léonin tout à fait spécial. Ils ont pour caractère pathognom onique d'être absolument insensibles, comme toutes les manifestations lépreuses.
Dans le mycosis fongoïde, les tubercules peuvent être très volumineux et devenir de véritables tumeurs. Ils ne sont d'ailleurs pas durs; ils sont d'une consistance molle et d'une coloration rosée ou plus souvent rouge, qui les fait ressembler à des tomates. Quelques-uns de ces tubercules peuvent se résorber spontanément sans laisser de traces, en même temps que d'autres tubercules semblables apparaissent sur des régions voisines ou plus ou moins éloignées. La plupart d'entre eux s'ulcèrent.
Les nodosités mycosiques peuvent siéger sur toutes les régions du corps. Leur apparition est précédée d'éruptions érythémateuses, eczérnatiformes, lichénoïdes ou squameuses, dont le caractère commun est un prurit intense, qui est leur principal élément de diagnostic (2).
Le xantelasma ou xanthome est constitué tantôt par des taches, tantôt par des tubérosités. A part la saillie, les unes et les autres présentent les mêmes caractères objectifs. Ce sont des productions d'un beau jaune franc, d'un jaune chamois, qui peuvent siéger partout, mais occupent, de préférence, les paupières et leur pourtour, les mains et les organes génitaux. Le xantelasma est souvent accompagné d'ictère chronique et d'hypertrophie du foie, sur la nature de laquelle je ne puis m'étendre dans ce travail (3). Les tubercules du xanthome sont formés par l'accumulation de cellules graisseuses, plongées dans une gangue conjonctive. Ces cellules ont un aspect mûriforme, dû à ce que les granulations graisseuses y sont isolées, au lieu de former une goutte unique.
L'acné, maladie des glandes sébacées, peut se présenter sous forme de tubercules, qui constituent Y acné variolî forme ou le molluscum contagiosum. Ces tubercules, qui sont, en effet, contagieux et inoculables, bien que leur agent de contagion ne soit pas connu, sont saillants, durs, arrondis, blanchâtres et ombiliqués à leur partie centrale comme une
(*) E. Gaucher, Traité des mal. de la peau, t. II, p. 435. — Ulcère gabonais et clou de I Biskra. Bull, de la Soc. de dermat., novembre 1898.
(2) E. Gaucher, Anatomie -pathologique et nature du mycosis fongoïde. Congrès international de dermatologie. Paris, 4900. — Gaucher et Lacapère, Mycosis fongoïde à forme cyanotique. Soc. de dermat., juin 1901.
(3) E. Gaucher, Traité des mal. de la peau, t. II, p. 251. — Semaine médicale, octobre 4894. — Gaucher et Herscher, Soc. de dermat., novembre 4899.
pustule de variole. Cette ombilication représente l'orifice de la glande sébacée, par lequel on peut faire sourdre quelquefois, au moyen d'une pression exercée à la base du tubercule, un peu de sébum concret.
L'acné varioliforme a son siège clans les glandes sébacées et résulte d'une altération spéciale des cellules glandulaires, dont le contenu subit la transformation cornée, au lieu de suivre révolution graisseuse normale f1).
Le molluscum fibreux ou fibrome molluscum est le seul véritable molluscum. C'est une production fibreuse dermique localisée, qui forme des tubérosités de volume variable, les unes sessiles, à base large, les autres pédiculées, constituant le molluscum pendulum. Ces tubérosités sont de consistance molle, sans altération de couleur delà peau; elles peuvent être très nombreuses et représentent alors la fibromatose cutanée généralisée. Leur volume est quelquefois tel, qu'on doit les ranger parmi les tumeurs.
11 y a d'autres tubercules cutanés qui sont constitués non plus par du tissu fibreux, mais par du tissu musculaire : ce sont les dermatomyomes. On donne ce nom à des productions musculaires lisses localisées, qui se présentent tantôt sous la forme de taches lenticulaires, à peine saillantes, tantôt sous la forme de petites tumeurs, pouvant atteindre le volume d'une amande.
Ces tubercules sont arrondis, lisses, réguliers, d'une coloration rosée ou rouge. Leur évolution est très lente; ils persistent indéfiniment mais ne s'ulcèrent jamais.
L'adénome sudoripare, décrit par Yerneuil, est une hypertrophie des glandes sudoripares, qui se présente sous la forme d'une nodosité mobile avec la peau; celle-ci est d'abord intacte à la surface de la production pathologique. Peu à peu, cette nodosité s'étale en devenant lobulée; elle peut ainsi acquérir les dimensions d'une véritable tumeur. Au bout d'un temps variable, elle s'ulcère en donnant une sécrétion ichoreuse et ressemble beaucoup à un épithélioma.
Le furoncle, que je range parmi les tubercules, parce qu'il débute par une nodosité dure et qu'il laisse souvent à sa suite une induration persistante, est une lésion suppurative inflammatoire, dont l'ouverture est suivie de l'expulsion d'un bourbillon caractéristique, formé de tissu cellulaire nécrosé.
Enfin le sycosis parasitaire présente des tubercules secondaires, consécutifs à l'évacuation des pustules. Ces tubercules ne sont, en réalité, que des indurations inflammatoires (?).
(*) E. Gaucher et E. Sergent, Anatomie pathologique cl pathogénie de l'acné varioliforme. Arch, d'anal, pathol. cl de pathol. expér., sept. 1898. (2) Voy. ci-dessus, p. 158.
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