CICATRICES
Les cicatrices sont formées par un tissu conjonctif nouveau, destiné à réparer les pertes de substance du derme, produites par les ulcérations.
Elles succèdent surtout aux pustules, aux tubercules ulcérés et aux plaies traumatiques.
Leur forme, leur saillie et leur coloration sont variables suivant les cas; mais, d'une manière générale, elles peuvent suivre trois évolutions différentes.
Le plus souvent, elles s'atrophient avec le temps, en s'affaissant peu à peu et en diminuant de volume; elles peuvent même, finalement, devenir à peine perceptibles.
Dans d'autres cas, la lésion cicatricielle persiste indéfiniment: elle s'iridure; le tissu fibreux qui la constitue se rétracte. Ces cicatrices fibreuses, rétractées, irrégulières, indurées, couvertes de brides, sont observées à la suite de certaines plaies confuses et surtout à la suite des brûlures; elles ont reçu le nom de cicatrices hypertrophiques .
Dans d'autres cas, enfin, la cicatrice s'hypertrophie et devient kéloïdienne.
La kéloïde est constituée par une tumeur dermique, cylindrique ou allongée irrégulièrement avec des prolongements latéraux; elle est d'une coloration rougeàtre ou rosée, quelquefois couverte de télangiectasies. C'est d'ailleurs une production indolente, qui persiste indéfiniment, sans jamais s'ulcérer. La kéloïde est, en réalité, une néoplasie surajoutée à
[E. GAUCHER
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la cicatrice, et une néoplasie d'une nature particulière, qui récidive après ablation.
La cicatrice hypertrophique ou vicieuse diffère objectivement de la kéloïde par son étendue moindre, par sa plus grande irrégularité. Elle en diffère aussi en ce qu'elle ne récidive pas après ablation.
La kéloïde n'est pas toujours cicatricielle; on a décrit une Léloïde spontanée, qui est une sorte de cicatrice primitive ; car, si elle succède à une solution de continuité de la peau, celle-ci a été si minime qu'elle a passé inaperçue. Les caractères de la kéloïde spontanée sont, d'ailleurs, exactement les mêmes que ceux de la kéloïde cicatricielle.
Les cicatrices, suivant leurs causes, présentent peu de caractères propres. Cependant, il y en a quelques-unes dont l'aspect est caractéristique et, en quelque sorte, pathognomonique.
Ainsi, les cicatrices de la variole sont petites, déprimées, irrégulières, quelquefois confondues les unes avec les autres sous forme de plaques couturées difformes. Elles donnent à la face un aspect tout à fait spécial.
Les cicatrices des ulcérations de la lèpre sont déprimées, irrégulières, parfois couvertes de brides et absolument insensibles.
Les cicatrices des lésions tuberculeuses cutanées ou des lésions de ['ancienne scrofule sont épaisses, gaufrées, irrégulières, avec des brides périphériques ; elles sont parfois douloureuses et leur coloration est livide ou violacée.
Au contraire, les cicatrices de la syphilis sont régulières, déprimées, minces, lisses, parcheminées, d'une coloration brunâtre, cuivrée, qui s'efface peu à peu, avec le temps, du centre à la circonférence.
Les ulcères variqueux laissent des cicatrices irrégulières, également pigmentées, comme celles de la syphilis. Il est, d'ailleurs, à remarquer qu'aux membres inférieurs, la pigmentation des cicatrices n'a aucune valeur pathognomonique, car on l'observe à la suite de toutes les lésions ulcéreuses, de quelque nature qu'elles soient, même à la suite des plaies traumatiques.