CONDITIONS DE DÉVELOPPEMENT DU RALENTISSEMENT DE LA NUTRITION
Il est un fait commun à toutes les maladies arthritiques, c'est qu'elles sont héréditaires. Une mère obèse a des enfants obèses, une mère affectée de lithiase biliaire voit souvent ses fdles atteintes de coliques hépatiques. Un père qui a la pierre engendre des enfants graveleux. Un père goutteux a des fils goutteux. Le diabète frappe la descendance des diabétiques. Cette hérédité directe est de 46 pour 100 dans l'obésité, de 44 pour 100 dans la goutte, de 25 pour 100 dans le diabète, de 5 pour 100 seulement dans la lithiase biliaire. Elle se prolonge pendant de très nombreuses générations en dépit des croisements. J'ai suivi la goutte dans toute la série ascendante màle d'un goutteux pendant trois cents ans, et la gravelle chez les ascendants mâles d'un malade atteint de calculs du rein pendant une période de six cents ans. C'est là une hérédité étroite. Le tableau s'élargit singulièrement quand on recherche les maladies diverses qui se rencontrent dans la famille des malades atteints de l'une ou l'autre des maladies arthritiques. De même que la morbidité de chaque individu est complexe, que la maladie, comme j'ai dit, est souvent accompagnée, de même l'hérédité est compliquée. xMais si les maladies fréquentes s'observent chez les ascendants des goutteux, des diabétiques, des obèses, c'est avec la fréquence, m'a-t-il semblé, où ces maladies peuvent s'observer chez l'ensemble de tous les individus malades de façon chronique. Ce qui m'a frappé, dans l'étude statistique que j'ai faite il y a vingt ans et que confirment les observations que j'ai recueillies depuis, c'est que, indifféremment ou à peu près, chez l'obèse, ou le diabétique, ou le goutteux, ou
[CH. BOUCHARDri
TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION
chez les malades atteints de ces maladies que nous groupons sous le nom d'arthritiques, ce sont précisément toutes ces maladies rares ou quelquesunes d'entre elles qu'on trouve avec une étonnante fréquence chez les ascendants, les descendants ou les collatéraux des malades atteints de l'une de ces maladies. Ces faits, plus que les coïncidences morbides, sont d'un haut intérêt pour l'intelligence de la nature des relations qui existent entre ces maladies.
Quel est l'intermédiaire par lequel les maladies des parents peuvent se transmettre aux enfants? Cet intermédiaire, c'est une cellule : l'ovule ou le spermatozoïde. Dans cette substance se résument les activités normales et déviées du générateur et elles imposent à l'engendré l'obligation de développer les aptitudes reçues et de les pousser jusqu'à la réalisation du type morbide ancestral. Or, très souvent, le plus souvent, ce n'est pas la maladie du père qui apparaît chez l'enfant, ce n'est pas une seule maladie, c'est plusieurs. Ce qui existait, ce qui a été transmis, ce qui s'est perpétué, c'est une activité particulière, activité qui s'éloignait de la normale, qui se maintenait dans la longue durée de la vie des parents et des enfants, en puissance, in fieri, tant qu'une maladie n'était pas réalisée : in actu, quand une maladie apparaissait; et cette activité déviée, qui n'était pas incompatible avec la santé pendant de très longues périodes, était capable d'aboutir à des maladies diverses dont on peut dire avec certitude que, malgré leur diversité, elles dérivent d'une seule et même déviation de l'activité vitale. Cette activité déviée capable d'aboutir à diverses maladies, elle se transmet à l'enfant alors qu'elle n'est encore chez le père qu'une disposition morbide. Cette disposition morbide se condense dansie spermatozoïde, dans cette petite pièce de sa substance, comme dit Montaigne, par laquelle son père lui a imposé l'obligation de souffrir de la gravelle pendant la seconde moitié de sa vie, alors que ce père n'a connu la même maladie que de nombreuses années après la naissance de ce fils. Au moment où il engendrait, la substance du père avait une disposition morbide, et une petite pièce de cette substance, en formant le fils et en foisonnant en lui, perpétuait dans ce fils la même disposition morbide qui longtemps après aboutissait chez le père et chez le fils tà la réalisation d'un même type morbide. Les types morbides auraient pu être différents, il n'y aurait eu quand même qu'une disposition morbide commune. Qu'y a-t-il dans un spermatozoïde qui soit commun à la fois avec toutes les cellules du père et avec toutes les cellules qui constitueront un jour le corps de l'enfant? Ce qu'il y a de commun, ce n'est ni la forme, ni la structure, ni la composition chimique. Ce qu'il y a de commun, c'est le nombre et la disposition des granulations chromatiques du filament nucléaire, c'est aussi l'intensité du renouvellement de la matière, l'activité vitale dans les granulations nucléaires, dans la sphère directrice, dans le protoplasme. Le nombre, la forme, la disposition des granulations chromatiques sont les mêmes chez le père en état de disposition morbide et chez tous les individus de la même espèce zoologique sains ou malades.