CONDITIONS DE DÉVELOPPEMENT DU RALENTISSEMENT DE LA NUTRITION
Mais ce père a son activité nutritive à lui qui est l'activité de toutes ses cellules, qui est l'activité de son spermatozoïde, qui sera sensiblement l'activité des deux cellules résultant de la fusion de ce spermatozoïde avec l'ovide, qui sera enfin l'activité de toutes les cellules qui dériveront de ces deux premières dans l'individu nouveau et dans la série des êtres qui viendront de lui, sauf les variantes que des ovules à activités différentes apporteront aux cellules issues de chaque génération. C'est donc à ce qui est à la fois le plus général et le plus simple dans la cellule, à l'activité nutritive, qu'il me paraît convenable d'attribuer la disposition morbide aux maladies qui dépendent d'un trouble préalable de la nutrition.
L'hérédité n'est pas tout dans le développement de cette disposition, dans la production de ce type spécial de l'activité nutritive. On peut acquérir la diatlièse.
Ces maladies, j'en excepte celles qui ont des procédés pathogéniques multiples, s'observent peu dans les classes populaires. Elles y pénètrent cependant; mais c'est peu à l'hôpital qu'on peut en prendre connaissance. Elles sont, comme on disait, les maladies des maîtres, tnorbus domini, des patrons, des bourgeois, des gens qui travaillent plus de leur téte que de leurs muscles, des hommes qui ont des responsabilités, des inquiétudes, des préoccupations, des secousses morales, des hommes aux entreprises audacieuses et périlleuses, des industriels, des financiers, des politiques, des hommes qui vivent surtout de la vie cérébrale, qui vivent dans une constante contention d'esprit, des savants, des professeurs. Tout ce qui amène la fatigue nerveuse, tout ce qui produit l'épuisement nerveux, tout ce qui provoque la succession des secousses nerveuses retentit d'une façon durable sur la nutrition et amène la déviation du type nutritif dans le sens du ralentissement. Les hommes s'habituent au travail intellectuel, ils s'accoutument aux responsabilités et se font une carrière de ce qui, pour d'autres, est une succession de catastrophes. Ils arrivent à prendre le dessus, comme on dit, et subissent moins les effets fâcheux de cette prédominance de la vie nerveuse. Ceux qui, sans préparation héréditaire à la tension de l'esprit et de la volonté et aux émotions répétées, passent de la vie régulière, tranquille, corporellement laborieuse de l'ouvrier, à la vie tourmentée, inquiète, du patron, sont souvent la proie et la proie rapide des maladies par ralentissement de la nutrition. Je l'ai dit déjà : il est aussi difficile à l'homme de s'acclimater à un milieu social nouveau que de s'adapter à un climat nouveau. On preud vite les maladies du milieu auquel on n'était pas habitué. Les passions et leur irrégulière ou excessive satisfaction comptent parmi les causes nerveuses du ralentissement de la nutrition. C'est que, en effet, le système nerveux régit la nutrition, soit en activant le fonctionnement des appareils qui sont mis au service de la nutrition, soit en exerçant sur les tissus, directement, une action trophique. Sauf chez les prédisposés ou chez les non acclimatés, ces influences nerveuses produisent rarement une déviation suffisante de la nutrition pour aboutir aux grandes maladies arthritiques, au diabète ou
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à la goutte. Mais dans les familles dont les habitudes se continuent de père en fils, l'hérédité de la déviation nutritive acquise par le père s'ajoute à celle que pourra acquérir le fils; ainsi s'établissent ces diathèses au développement desquelles le médecin de famille peut assister, quand il est attentif et judicieux et quand surtout il a l'avantage de succéder dans le même pays à la profession médicale que son père y exerçait. J'ai connu des médecins qui, depuis trois générations, accumulent les observations des familles auxquelles ils donnent leurs soins après leur père et leur aïeul.
Les excitations nerveuses provoquées par l'alcool interviennent peutêtre dans l'action réelle que les bières fortes, les vins capiteux, l'alcool ingéré de façon habituelle exercent sur le développement de quelques maladies au moins du groupe arthritique. Mais il est probable aussi que l'alcool intervient à titre de poison. L'alcool, en elfet, ralentit la rapidité avec laquelle la matière s'élabore et se détruit. Le plomb a pour effet physiologique de diminuer le chiffre de l'urée. 11 ralentit la nutrition et il est l'élément étiologique par excellence dans la production de la goutte acquise. Or, l'alcool, le plomb, produisent en même temps d'autres états morbides qui s'associent souvent aux maladies arthritiques, la néphrite, l'artério-sclérose. La pression artérielle augmente presque chez tous Chez les ouvriers qui ont subi l'intoxication plombique, j'ai constaté, à l'âge de 18 ans, des pressions de 19 à 20; à 25 ans, ils avaient de 22 à 25; à ÔO ans, j'ai trouvé 50 et au-dessus. Or, le développement de ces lésions artérielles qui augmentent la tension est la règle dans les états qui s'accompagnent de ralentissement de la nutrition, dans la vieillesse en particulier, dans la vieillesse qui est à elle seule cause de rhumatisme chroniipie et de lithiase biliaire. Il est des poisons morbides qui amènent un amoindrissement durable de l'activité nutritive. J'ai signalé autrefois l'influence de certaines maladies infectieuses sur le développement de l'obésité.
Les conditions physiologiques elles-mêmes interviennent. Je citais la vieillesse; la grossesse aussi amène le ralentissement de la nutrition et engendre la lithiase biliaire, toutes les circonstances de la vie génitale de la femme provoquent une sorte d'épargne de sa substance. La vie sédentaire, l'insuffisance de l'activité corporelle, l'abus des aliments, surtout de la viande, concourent au ralentissement de la nutrition.
On ne manque pas d'opposer ces causes qui provoquent le ralentissement acquis de la nutrition à l'hérédité dont le rôle est incomparablement plus important. Mais l'hérédité n'est pas autre chose que la continuation, à travers les générations, du trouble nutritif acquis par l'un des générateurs. C'est en réalité se payer de mots que de parler de l'hérédité. L'hérédité n'est pas une cause, c'est la continuation de l'effet d'une cause.
DE QUELQUES AUTRES TROUBLES DE LA NUTRITION
DE QUELQUES AUTRES TROUBLES DE LA NUTRITION
Le trouble préalable de la nutrition peut, à lui seul, suffire pour provoquer la maladie, mais non toute maladie. La nutrition retardante suffit pour faire la goutte, le diabète, l'obésité ; mais assurément elle ne refuse pas, elle utilise pour le plus grand mal de l'artbritique les causes adjuvantes, les causes occasionnelles, les causes provocatrices. Les goutteux savent ce que leur coûtent les excès et les secousses nerveuses. Les diabétiques apprennent quelle pernicieuse influence exerce sur eux une longue préoccupation ou un accès de colère. Il est des femmes obèses qui s'épaississent dans l'ennui et le désœuvrement, pour qui les vacances, en ramenant avec les enfants, la vie, l'agitation, la joie dans la maison, exercent une plus manifeste influence que les massages et la privation des féculents. Pour d'autres femmes la tristesse et l'amertume de l'isolement et de l'abandon sont des influences qui rendent stériles leurs efforts dans la lutte contre la lithiase biliaire. Si les causes banales, et j'ai choisi à dessein celles qui sont en quelque sorte le plus immatérielles, renforcent l'influence continue du trouble de la nutrition, de même les modifications préalables de la nutrition rendent efficaces les causes des maladies communes.
Il y a une maladie qui résulte assurément de l'action du froid, c'est l'engelure; mais quels sont les sujets qui en sont atteints? Les enfants d'abord dont les vaisseaux sont facilement dilatables, les adolescents et surtout les jeunes filles et, en particulier, ces jeunes filles atteintes de la chlorosis fortiorum dont les vaisseaux présentent d'une façon presque constante un état de dilatation exagérée. Mais il y a aussi, — et chez elles c'estla règle, — des jeunes filles dont les vaisseaux se laissent difficilement dilater, dont la peau est sèche; des jeunes filles qui présentent ce caractère commun qu'elles mangent peu soit parce qu'elles sont atteintes de ce trouble nerveux, l'anorexie, soit parce que, par un autre désordre nerveux véritablement vésanique, elles s'imposent l'abstinence volontaire, soit parce qu'elles sont atteintes d'une maladie de la nutrition, l'azoturie sans polyurie que j'ai décrite en 187*2, qui s'accompagne de troubles nerveux surtout hypochondriaques et de perte de l'appétit; et qui, pour deux motifs, en raison de la destruction plus rapide des tissus et en raison de l'entrave apportée à la récrémentition par l'insuffisance de l'aliuientation, tombent dans la consomption. Si chez les enfants en général, si chez les jeunes filles chlorotiques, on peut invoquer une moindre aptitude du système nerveux vasculaire à protéger les parties exposées contre l'action fâcheuse du froid, dans les derniers exemples il y a trouble manifeste de la nutrition et, s'il y a désordre nerveux, ce désordre est tout difl'érent de celui qui chez les chlorotiques favorise les eifets nuisibles du froid. 11 y a donc une maladie produite par un simple agent physique et qui, chez
PATHOLOGIE généhale. III. !24
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certains individus, est favorisée dans son développement par un trouble préalable de Ja nutrition.
Le coup de soleil aussi est une maladie produite par un agent physique, lequel peut agir à lui seul s'il est assez intense, mais qui, le plus souvent, ne réussit à produire l'érythème que si son action est favorisée par un troul)le préalable de la nutrition. Cette stimulation si utile que provoque, même chez Thomme, la radiation solaire, est offensante pour quelques individus, pathogène pour d'autres. Il y a des hommes héliophobes chez lesquels, non la chaleur du soleil mais ses rayons, ses flèches pour employer le langage mythologique, sont l'occasion d'un malaise général, d'une véritable soufïVance qui n'est pas localisée aux points de la peau directement frappés Ce qui est beaucoup plus fréquent, c'est que la peau devienne malade, entlammée, sur les points qui ont reçu l'insolation. A cette insolation, quand elle ne dépasse pas certaines limites, la peau humaine résiste parce qu'elle a ses agents de défense locale contre l'action irritante de la lumière. Mais un trouble de la nutrition peut réduire ces moyens de protection. J'en ai donné la démonstration il y a trente-huit ans, à une époque où je n'avais que des idées fort confuses sur la nutrition et sur son rôle pathogénique : c'est dans l'étude clinique et expérimentale que j'ai faite de l'érythème pcllagreux. Après les médecins des Asturies et de la Lombardie, je m'étais convaincu par l'étude des pcllagreux des Landes (') que l'érythème pellagreux n'est autre chose qu'un érythème solaire : car le pellagreux qui reste à l'ombre continue à être pellagreux mais n'a pas d'érythème; car celui qui revient de la lande avec un érythème sur le nez ne voit pas apparaître d'autres rougeurs s'il reste à la maison; car l'érythème ne siège que sur les parties découvertes, le dos du nez, le bas du front, la saillie des pommettes, la nuque, le dos des mains, le cou-de-pied ; car si le malade porte une casquette à visière ou un béret ral)attu, le front est épargné; s'il porte une capuche, la nuque est exeuqite; s'il se garantit avec des mitaines ou s'il porte des bas, l'éruption n'apparaît pas aux mains ou aux pieds; parce que si les mitaines sont trouées, il se produit à la main une rougeur qui occupe la |)artie non protégée; parce que la bride de Féchasse coupe l'érythème du cou-de-pied d'une bande transversale blanclie. La clinique, par des circonstances qui ne sont pas phis nett(^s dans une expérience, m'avait prouvé que l'éruption pellagreuse est un coup de soleil chez un pellagreux. J'ai poussé plus loin la démonstration. Par pure hypothèse, on avait assimilé le coup de soleil h l'érythème électrique. Après la constatation par le physicien Foucault d'érythèmes de la face chez les machinistes qui manœuvraient à l'Opéra la lumière électrique, Charcot avait établi les analogies de cette dermatite avec l'érythème solaire, conclu à l'identité et, comme ces machinistes n'étaient pas incommodés par la chaleur rayonnant de Farc, il avait admis que la lésion de la peau dans la radia-
(^) RechercJics nouvelles sur la pellagre, 1862.
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tion électrique était attribuablc aux rayons chimiques si abondants dan& cette lumière.
Il en avait conclu que, dans le coup de soleil, ce qui intervient ce sont bien moins les rayons caloriques que les rayons à rapides vibrations, ceux, qui laissent leur empreinte sur la plaque photographique. En 1861 dans deux séries d'expériences dont je ne me dissimule pas aujourd'hui les imperfections, j'essayai l'action sur la peau de l'avant-ljras de ce que je croyais être les divers rayons du spectre mais qui était la portion de lumière solaire que laissent passer des verres diversement colorés. Pour produire un même effet d'irritation, à l'aide de ces rayons condensés par la lentille, il fallait plus de temps avec les rayons rouges qu'avec les rayons violets, et, si les deux ordres de rayons étaient appliqués pendant le même temps, l'inflammation cutanée pouvait être intense dans les parties impressionnées par les rayons violets et nulle sur celles qui avaient été éclairées par les rayons rouges. Je concluais, conformément à l'hypothèse de Charcot, que le coup de soleil est dû à l'action chimique des rayons à rapides vil3rations. En 1877, je rendais la démonstration moins contestable, en même temps que j'achevais de prouver l'identité de l'érythème solaire et de l'érythème pellagreux et que, par surcroît, je prouvais que l'état pellagreux rend la peau beaucoup plus vulnérable aux rayons chimiques. Un pellagreux que j'observais à Bicôtre ayant consenti à exposer son bras au soleil eut une rougeur sur la partie très circonscrite où une fenêtre pratiquée dans un emplâtre de diachylon laissait la peau à nu, et cela un jour où il ne fut question d'érythème solaire chez personne dans l'hospice ni même dans toute la ville. Mais la particularité de cette expérience c'est qu'une partie de la peau ensoleillée avait été touchée avec un pinceau trempé dans une solution de sulfate de quinine. L'érythème manquait sur les points où avait été appliqué le sel fluorescent. Le sulfate de quinine avait sup])léé à ce quelque chose qui protège la peau normale contre les rayons chimiques et que le trouble nutritif pellagreux fait disparaitre. Déjà, en 186*2, je sLq3posais que la pellagre fait perdre à la peau son pouvoir fluorescent, de même que, ainsi que Bence Jones l'avait annoncé, la fièvre fait perdre aux urines leur fluorescence. J'attribuais à la peau cette fluorescence que Regnault ne devait pas tarder à démontrer dans le cristallin et qu'on accorde à toutes les productions épidermiques. La peau nous préserve contre la chaleur intérieure par son pigment qui favorise la radiation, par la sécrétion sudorale qui fait disparaitre le calorique par l'évaporation. Elle se protège elle-même contre les rayons solaires par sa fluorescence. De même la rétine est protégée contre les rayons chimiques par le cristallin, contre les rayons caloriques par la solution saline qui constitue l'humeur aqueuse, contre ces rayons jaune orangé, dont Follin et Janssen ont constaté l'action fatigante, par la contraction irienne. Nous sommes protégés contre les agents physiques
(*) Mémoires de la Soc. unp. de inéd. de Li/on.
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par le système nerveux et aussi par la nutrition qui adapte à nos besoins les propriétés physiques de nos tissus et de nos humeurs. Que la nutrition vienne à être modifiée pathologiquement, elle influencera la constitution chimique et comme conséquence les propriétés physiques de ces tissus et de ces humeurs. La lutte contre les agents physiques où l'organisme normal était victorieux se fera à son préjudice. Le trouble de la nutrition aura rendu pathogène l'action des agents physiques.
Je crois que même les poisons sont parfois aidés dans leur action par les troubles de la nutrition. On savait, on sait peut-être encore que les arthritiques supportent mal les boissons spiritueuses. Je puis dire qu'ils supportent plus mal que les autres individus les poisons putrides. Nous avons vu que la migraine a une notable affinité avec les maladies qui relèvent du ralentissement de la nutrition. Nous avons vu aussi qu'elle reconnaît des conditions pathogéniques multiples, qu'elle est notamment souvent liée à la dyspepsie. La résorption des poisons putrides qui se produisent fréquemment dans l'intestin des individus qui digèrent mal est, j'en suis convaincu, la condition déterminante fréquente de la migraine des arthritiques. Ce qui est certain, c'est que souvent, chez eux, pendant l'accès de migraine, les gaz intestinaux sont fétides. Ce qui est non moins certain c'est qu'on arrête très fréquemment cet accès par l'antisepsie intestinale, à la condition de la bien faire.
Ces exemples montrent cette complexité des causes que nous trouvons à chaque pas dans la clinique et sans laquelle l'organisme serait suffisamment armé pour sa défense. Il faut l'intensité des causes pour suppléer à leur multiplicité. Une blessure, à moins qu'elle compromette un organe dont le fonctionnement régulier est indispensable à la vie, guérit par le seul jeu des réactions naturelles, par l'elfort de la nature médicatrice, à moins qu'elle se complique d'infection. Si un traumatisme ouvre la porte à Finfection, un bon système nerveux et une bonne nutrition suffisent souvent pour enrayer le développement de cette infection et pour en triompher. Au contraire les microbes pathogènes bénéficient de la détérioration que produit une mauvaise nutrition.
Je ne sais qui a dit qu'on meurt d'amour et d'une fluxion de poitrine, de même on meurt d'ennui et de phtisie pulmonaire. Les causes morales empruntent la collaboration des microbes, et, comme les microbes ne prennent pas directement connaissance des variations de nos états d'âme, on peut supposer que la perturbation nerveuse a pour effet jirimitif d'amoindrir la vigilance et l'énergie avec laquelle le système nerveux dirige la défense locale contre l'envahissement des microbes; on peut supposer également que cette perturbation modifie la composition chimique à laquelle les humeurs doivent d'avoir, à l'état normal, leur état relativement bactéricide. Cet état bactéricide pourra diminuer si, par une influence nerveuse, la nutrition, qui seule peut changer la composition des humeurs, vient à être modifiée.
Dans les grandes épidémies, tous ne meurent pas, mais même s'il s'agit
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d'épizooties, tous ne sont pas frappés. 11 y a des animaux, il y a surtout des hommes qui résistent aux atteintes des maladies infectieuses. Mais que ces hommes qui semhlent avoir une sorte d'immunité viennent par un motif quelconque à suhir une détérioration ou un affaihlissement, du môme coup leur résistance se suspend. Quand, au cours d'une épidémie cholérique, la maladie envahit une salle d'hôpital, elle frappe d'ahord les malades atteints de diarrhée, de fièvre typhoïde, de phtisie, les femmes affaihlies par une hémorragie puerpérale, les convalescents. Les jeunes gens qui de la campagne viennent habiter la ville payent un plus lourd tribut à la fièvre typhoïde. Parmi nos élèves qui, dans les hôpitaux d'enfants, résistent bien à la diphtérie, si l'un d'(uix est frappé, on arrive facilement à discerner une cause récente d'atîaiblissement, fatigue, privation, chagrin, maladie. Il paraîtra superflu que je parle de la mauvaise alimentation, du défaut d'air et de soleil, de l'allaitement, du diabète, des suppurations prolongées, du chagrin, de l'ennui dans l'étiologie de la phtisie pulmonaire, ce que nous avons entendu opposer avec légèreté à la doctrine de l'infection mais qui constitue cependant l'enscoible des circonstances favorisantes grâce auxquelles le bacille de Koch triomphe des résistances que lui oppose l'homme bien portant. Dans tout cela, le système nerveux peut intervenir et intervient souvent; mais les troubles de la nutrition interviennent aussi ; et, plus d'une fois, c'est en provoquant quelque modification dans l'élaboration de la matière que l'action nerveuse devient morbifique.
Où cette influence des troubles préalables de la nutrition éclate le mieux, c'est dans la genèse de ce que j'ai appelé les maladies infectieuses non spécifiques, celles qui sont déterminées par ces microbes que nous portons constamment sur nous et en nous, microbes seulement pathogènes comme les staphylocoque.^, le streptocoque, le pneumocoque et d'autres plus volontiers saprophytes qui vivent plus habituellement de matière morte que de matière vivante, comme le bacillus coli, le vibrion septique, le proteus vulgaris et autres agents vulgaires des putréfactions.
Chez les malades ou convalescents de fièvre typhoïde, ils font les furoncles, les abcès, les pustules, les ulcérations, les eschares; chez les diabétiques, ils font les furoncles, les phlegmons diffus, les gangrènes, les pneumonies; chez les dyspeptiques, ils font l'acné et les furoncles.
11 y a des enfants qui, avec une belle apparence, peuvent être mal portants ; ils se ressentent de la santé médiocre des parents, des souffrances de la mère pendant la grossesse, de l'irrégularité dans l'allaitement, d'un sevrage prématuré, d'une alimentation trop abondante ou trop grossière et des troubles digestifs fréquents qui en ont pu être la conséquence; ils ont souvent de ces éruptions suintantes qu'on disait être d'origine humorale, et on le disait avec raison. Mais ces éruptions ouvrent un accès facile aux pyogènes; alors ce n'est plus seulement l'eczéma, c'est l'eczéma impétigineux, c'est l'impétigo, c'est l'ccthyma, ce sont les abcès souscutanés, ce sont les suppurations folliculaires sébacées ou pileuses, les
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blépharites, les pustules de l'orifice des narines. Tous les enfants peuvent avoir cela, ceux qui sont en mauvaise disposition de santé plus que les autres, tous guérissent. Chez la plupart, la guérison est définitive et tout est dit. Chez quelques-uns, ces maladies suppuratives reviennent, elles se montrent de plus en plus fréquentes, la durée des guérisons devient de plus en plus courte, la durée des rechutes de plus en plus longue. 11 arrive un moment où la résolution ne se fait pas complètement, la lèvre reste épaissie, relevée, la narine est obstruée, le nez est élargi. Cette permanence d'un certain gonflement est facilitée par l'engorgement ganglionnaire dû aux matières phlogogènes absorbées, parfois à des microbes, lesquels peuvent provoquer des adénites aiguës qui se résolvent ou qui suppurent, mais qui même dans ce cas guérissent aisément. C'est l'histoire de bien des enfants qui, malgré la succession de ces petits accidents, malgré les complications qui surviennent du côté des yeux, du pharynx, des fosses nasales, ne souffrent en tout cas que des atteintes d'infections simples par les pyogènes. Cependant, il y a une cause permanente à la succession, à la répétition, à la dissémination de ces infections locales. Une excoriation cutanée n'explique pas tout, car les enfants bien portants ont eux aussi des excoriations par où pourrait pénétrer le microl)e toujours présent. Mais s'il pénètre, si même il pullule, il est bien vite déti'uit et le mal s'éteint sur place. Nous supposons que, chez ces enfants à suppurations cutanées et muqueuses fréquentes, il y a comme cause prédisposante un mauvais état de la matière vivante, conséquence d'une mauvaise nutrition. Et nous comparons ce trouble supposé de la nutrition à cet autre trouble qui engendre les maladies arthritiques. Nous disons qu'il prépare, provoque et enti'eticnt des infections à sièges divers, qu'il est une diathèse, la scrofule, pour reprendre le nom traditionnel, en face de l'arthritisme ; la scrofule, qui n'est pas une maladie, qui n'est pas une infection, mais qui prédispose à des infections et à des infections simples. Le trouble de la nutrition favorise le développement de ces maladies. Les maladies sont surtout les pyodermites et les inflammations catarrhales, puis suppuratives, puis épaississantes et exulcérantes des muqueuses.
Il n'est pas bon que la peau, surtout vers les orifices naturels, soit trop souvent dénudée, exulcérée; d'autres infections se trouvent alors facilitées, d'autres maladies peuvent survenir, l'infection tuberculeuse en particulier, soit qu'elle se limite à la peau, soit que, beaucoup plus souvent, elle gagne directement les ganglions, se limitant à la première étape ou envahissant toute une chaîne ganglionnaire. Désormais les adénites n'ont plus le même caractère, une nouvelle maladie est survenue. La pyodermite en a été l'occasion, mais n'a avec elle aucune autre relation. L'enfant qu'on disait scrofuleux, cet enfant que son mauvais état de santé disposait aux inflammations suppuratives superficielles, est devenu tuberculeux. 11 n'y a pas là de tuberculose spéciale, encore moins de scrofulo-tuberculose. Il n'y a pas cette association hybride résultant de la
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comhinaison d'une maladie infectieuse spécifique et d'une disposition à des infections simples. Par le mot scrofule, si par respect pour le passé on persiste à l'employer, il faut comprendre non une maladie réelle, mais une aptitude à des maladies, un enchaînement entre ces maladies. L'idée de diathèse a été maintenue par les chefs de l'école française depuis Baumes. L'idée de Bazin de substituer à cette conception la notion de maladie à longue évolution, à manifestations successives, comme est la syphilis, d'admettre un vice scrofuleux qu'on a voulu fusionner j)lus tard avec le virus tuberculeux, n'a pas été un progrès. Mais ce serait marcher à l'encontre du progrès que de ne vouloir considérer que les éléments épars de toute la série morbide et de nier l'enchaînement. L'enchaînement est certain, et je ne le conçois pas autrement que comme un mauvais état de santé persistant dans l'intervalle des infections aiguës successives, comme un trouble habituel de la nutrition.
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Une modification de la nutrition dispose aux maladies infectieuses, une modification de la nutrition prémunit contre elles. Ce qui me reste à établir après l'action pathogène des troubles préalables de la nutrition, c'est le rôle protecteur que peuvent exercer d'autres troul)les préalables de la nutrition, au moins en ce qui concerne les maladies infectieuses. Je n'aurai pas à m'occuper de ce qui constitue l'immunité naturelle, mais de ce qui concourt à étal)lir l'immunité acquise, puisque ce que j'ai en vue ce n'est pas la nutrition normale, mais la modification, même favorable, apportée à la nutrition par la maladie. Au surplus, l'inmuuiité naturelle ne semble pas être sous la dépendance de conditions que la luitrition influence. Les humeurs normales, comme l'ont dit très justement Metchnikof et Hess, peuvent être favorables à la culture d'un microbe chez des espèces animales qui sont cependant naturellement réfractaires à ce microbe, et Lubarsch a vu que tels animaux, qui n'ont pas l'immunité naturelle pour un microbe, peuvent avoir des humeurs bactéricides ])our ce microbe. C'est donc bien ailleurs que dans les particularités de la nutrition qu'on cherchera le secret de l'immunité naturelle. Mais quand ime atteinte d'une maladie infectieuse laisse, après guérison, un état réfractaire, quand l'individu est vacciné, il se trouve que ses humeurs, que son sérum sanguin ont acquis des propriétés nouvelles. En général, ce sérum est devenu plus défavorable à la vie ou à la pullulation ou à l'activité sécrétoire du microbe qui a produit cette maladie: parfois aussi il se montre nuisible pour d'autres microbes. C'est l'état bactéricide qui, dans quelques cas, peut être assez intense pour tuer la bactérie, même pour la dissoudre.
Une autre modification du sérum des vaccinés, c'est la pro|)riété par
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laquelle il prémunit Torganisme contre les effets des poisons Ijactériens. C'est Tétat antitoxique qui ne paraît pas être aussi fréquent que l'état bactéricide, mais dont l'apparition semble dépasser de beaucoup les limites des maladies infectieuses, puisque les animaux qui guérissent après avoir été rendus malades par l'infection du venin et d'autres poisons organiques ont un sérum ([ui, transfusé à un autre animal, le prémunit contre les poisons qui ont agi sur le premier.
Ce qui donne au sang des vaccinés ces propriétés protectrices, ce n'est pas le reliquat de quelques sécrétions microbiennes, car, ainsi que je l'ai établi (^) pendant la courte épidémie cholérique de novembre 1884, les poisons des maladies infectieuses s'éliminent par les urines. J'ai d'ailleurs montré, en 1888, que les urines, au cours des maladies infectieuses, emportent non seulement les poisons bactériens, ce qui m'a permis de produire avec l'urine filtrée la paralysie pyocyaniquc, mais elles éliminent aussi les matières vaccinantes {^).
Ces matières cessent de s'éliminer au bout de quatorze jours J'ai supposé que c'était parce qu'il n'en restait plus dans le corps de l'animal qui ne cessait pas pour cela d'être vacciné. Ma supposition est devenue une démonstration le jour où j'ai fait voir('^) que la résistance contre la maladie pyocyanique conférée par la transfusion du sérum d'un vacciné n'existe plus au l)out d'un temps qui est compris entre treize et vingtdeux jours. La matière protectrice qui est dans le sang des vaccinés est donc une matière qui se détruit incessamment dans l'organisme vivant. Comme elle est toujours présente dans le sang des vaccinés, il laut de toute nécessité qu'elle se reproduise incessamment. Elle n'est donc pas le reliquat d'une sécrétion bactérienne laissée dans l'organisme à l'époque de la maladie infectieuse. Elle ne peut être (pi'un produit de l'élaboiation des cellides animales modifiées d'une façon durable à la suite de leur imprégnation passagère par les substances bactériennes. Ce qui est vrai pour les substances bactéricides du sérmn des vaccinés est vrai à plus forte raison pour les substances antitoxiques.
Les cellules ont réagi une fois contre le poison microbien et fourni soit l'antidote, soit la matière bactéricide; elles gardent leur activité nutritive ainsi modifiée. C'est un fait général et qui n'est pas spécial aux maladies infectieuses. Les cellules fournissent l'antitoxine même quand c'est l'organisme qui fournit le poison. J'ai montré dans les urines la présence de matières convulsivantes et de matières narcotiques, et de matières provocatrices de certaines sécrétions. Ces propriétés peuvent être masquées par leur mélange avec les autres. L'économie sécrète donc des poisons qui
(') Ch. Bouchard, Observations cliniques et recherches expérimentales sur le choléra. Assoc. franc, pow Vavanc. des se. Grenoble, 1885.
(^) Élimination par les urines, clans les maladies infectieuses, de matières solubles morbifiques et vaccinantes. Comptes rendus de l'Acad. des se., 4 juin 1848.
(^) Charrin et RiiFFER, Comptes rendus de l'Acad. des se., 14 oct. 1888.
(*) Expériences du 26 janvier 1891 dans : Les prétendues vaccinations par le sang-, Virchow's Festschrift, Bd III, 1891.
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peuvent se neutraliser. Les urines du sommeil sont surtout convulsivantes, les mines de la veille sont surtout narcotiques, le mélange des deux urines est moins toxique que chacune d'elles. Les matières minérales des urines prises isolément peuvent être aussi toxiques, plus toxiques parfois que la totalité de l'urine, et cependant les matières organiques de l'urine prises isolément représentent environ la moitié de la toxicité urinaire. Il y a donc dans l'urine, il se fabrique donc dans l'économie des poisons organiques qui neutralisent Faction des poisons minéraux, de la potasse surtout, fournis au sang soit par la destruction des aliments, soit par la désassimilation. La formation de poisons contraires est un des actes de la nutrition au service de la réaction vitale. La destruction des poisons par le foie ou leur élimination par les reins ou l'intestin viennent plus tard.
Dans la décomposition de la sid)stance de l'organisme on des aliments, ce qui domine c'est le dédoublement soit quand l'albumine fournit les peptones, soit quand la saccharose ou la lactose fournissent les sucres dérivés, soit quand la glycose donne l'acide lactique. Les deux moitiés des molécules peuvent être semblables comme composition chimique, elles diffèrent comme structure et comme propriétés. 11 y a des liémi et des anti. 11 n'y a pas seulement des dilïérences dans l'action des produits qui se forment simultanément ou successivement dans une même cellule, il y a parfois des antagonismes. La cellule pancréatique par sa sécrétion externe fait du sucre, par sa sécrétion interne, elle détruit du sucre. Les leucocytes, par un ferment qui se répand hors de la cellule, empêchent la coagulation; mais ils ont à l'intérieur un ferment coagulant qui peut être mis en liberté par la mort ou par le mauvais état de la cellule. Ce n'est pas toujours la cellule impressionnée par un poison qui fournit le contrepoison. Les poisons de la désassimilation qui viennent de toutes les cellules trouvent dans le foie un ferment qui leur fait perdre en bloc la moitié de leur toxicité. D'autres organes, le corps thyroïde, les capsules surrénales dont les sécrétions internes stimulent normalement le fonctionnement de certains appareils, donnent dans les maladies infectieuses, par leurs changements anatomiques, la preuve qu'ils ont réagi vivement sous rinlluence des poisons morbides. Que la réaction sécrétoire destinée à conjurer les effets toxiques s'accomplisse dans toutes les cellules ou seulement dans certains organes, toujours est-il que les anti se forment dans l'économie iuq)ressionnée par un poison et que leur production se continue pendant longtemps. Ce que Behring et Kitasato ont vu pour les poisons bactériens, Phisalix l'a vu pour les venins, d'autres l'ont vu pour les poisons fournis par de grands végétaux, pour l'abrine, etc. Mais tout cela avait des analogies avec les toxines microbiennes.
La question nous est apparue sous un jour tout nouveau quand M. Phisalix a montré que des poisons animaux incomparablement moins toxiques que les venins, les sels biliaires par exemple, vaccinent contre eux-mêmes et, chose bien plus précieuse, vaccinent contre les venins, vaccinent même contre certaines toxines microbiennes ; quand surtout il a établi que des
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€orps organiques que Fou croyait presque inertes, la cholestérine entre autres, confèrent de semblables iuinnniités. De même, M. Dastre a trouvé que l'injection de peptone qui rend pour un temps le sang incoagulable n'a plus cette action lors d'une injection ultérieure chez le même animal. Ce qui prouve surabondamment que la réaction vitale en jirésence des poisons est, pour une part, un changement de la nutrition, c'est que chez ces animaux vaccinés contre les sels biliaires par exemple, M. Phisalix a trouvé le sérum sanguin doué de la propriété de rendre réfractaires à la même intoxication les animaux neufs auxquels on l'injecte.
Un pas de plus vient d'être franchi. Ce ne sont plus seulement les microbes, les toxines, les toxalbumines végétales, les venins, les substances organiques, ce sont les solutions salines minérales, même neutres, même à dose non toxique, qui confèrent l'immunité. C'est ce que viennent de voir MxM. Cliarrin, Guillemonat et Levaditi(*). Ils injectent pendant cinq à six semaines, tous les deux ou trois jours, sous la peau de lapins une solution de sulfate de soude, de phosphate de soude, de phosphate de potasse, de chlorure de sodium, puis ils injectent la culture vivante dul)acille pyocyanique aux animaux ainsi préparés et à des témoins. Les témoins meurent au bout de un à trois jours, les auimaux minéralisés meurent plus tard, quelquefois au bout de trois semaines. On rend donc ces animaux plus résistants à la maladie : en même tenq^s on a modifié leur nutrition. Leur poil est plus brillant, leur urine plus abondante, l'ui'ée par kilograunne d'animal augmente, le rapport de l'azote de l'urée à l'azote lotal s'élève, les cellules de la moelle osseuse prolifèrent, le pouvoir Ijactéricide du sérimi sanguin augmente. Ce dernier caractère montre que c'est parce (pi'il y a modilication de la nutrition que la résistance à la maladie est augmentée.
Ainsi des substances très toxiques ou des substances inoffensives, et qui passent pour être inertes, peuvent modifier l'activité nutritive et la modifier de façon plus ou moins durable. On pourrait se demander si pour les substances qui sont considérées comme substances inertes, c'est bien la nature chimique de ces substances qui intervient, si ce n'est pas plutôt leur propriété physique, la modilication qu'ils apportent à la tension osmotique dans les Imuieurs. La solution dont ont fait usage les derniers expérimentateurs que je viens de citer devait, à mon estimation, iivoir — '2,52 comme point de congélation. Si, au lieu d'être versés dans 1(* tissu sous-cutané, 5 centimètres cubes seulement avaient été directement iidi'oduits dans les veines d'un la[)in de 2 kilogrammes, le degré €ryoscopique du sérum de ce lapin aurait passé de — 0,56 tà — 0,65. Les globules du sang et sans doute aussi beaucoup d'autres cellules auraient dû réagir contre cette condition anomale; pour maintenir leur intégrité, elles auraient dû mettre leur milieu [intérieur en équilibre de tension osmotique, multiplier leurs molécules, utiliser pour cela leurs
(•) Comptes rendus de VAcad. des se, 51 juillet 1899.
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ferments et procéder à des dédoublements. Par leurs propriétés chimiques ou physiques, les substances anomales introduites dans le corps peuvent donc provoquer des réactions d'ordre nutritif et les cellules impressionnées peuvent conserver l'habitude d'élaborer la matière autrement qu'elles ne le faisaient jusqu'alors. Ces faits tendent à faire sortir la notion de l'immunité du domaine de la spécificité. Ils ajoutent un argument puissant aux raisons que je faisais valoir à l'appui de cette manière de voir, dans mon enseignement de ces dernières années.
Je formulais ainsi ma conception : Tout ce qui impressionne, surtout d'une façon durable, l'activité nutritive des cellules peut modilter la composition chimique des tissus et des humeurs. L'état antitoxique et, surtout, l'état bactéricide des humeurs étant liés à leur composition chimique, le changement de l'activité nutritive des cellules pourra exercer une influence sur la réceptivité ou la résistance aux maladies infectieuses comme aussi sur la gravité ou la durée de ces maladies.
Le changement humoral que produisent les modificateurs de la nutrition peut : 1° favoriser l'animal dans sa résistance à la maladie, fa; 2^ lui être nuisible, na; 5° lui être indifférent, ia. Ce même changement humoral, envisagé dans son action sur le microbe, peut : 1" favoriser l'activité morbilique du microbe, fm; '2" nuire au microbe, uni; 5° lui être indifférent, im.
Cette double action des humeurs sur l'homme et sur le microbe })rête aux combinaisons suivantes :
fa-]-fm, favorable à l'animal et favorable au microbe, action incert(iinc\ utile, nuisible ou nulle.
fa-hnnij favorable à l'animal et nuisible au microbe, action atténuante sur la maladie.
fa-\-im, favorable à l'animal et indifférente au microbe, action atténuante légère.
na-hfm, nuisible à l'animal et favorable au microbe, action aggravante sur la maladie.
7ia H- nni, nuisible à l'animal et nuisible au microbe, action incertaine.
na H- ini, nuisible h l'animal et indifterente au microbe, action aggravante légère.
ia -h fnij indifférente à l'animal et favorable au microbe, action aggravante légère.
ia-^nnij indiflerente à l'animal et nuisible au microbe, action atténuante légère.
ia H- iin, indiflerente à l'animal et indiflerente au microbe, action nulle. De ces neuf combinaisons, seules possibles, il y en a :
1 dont Faction est nulle ;
2 dont l'action est indifférente; 5 dont l'action est aggravante ; .1 dont l'action est atténuante.
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Il ne serait pas difficile de trouver dans la clinique ou dans T expérimentation des exemples de ces quatre catégories.
11 ne faudrait pas croire que l'effet nuisible des substances bactériennes est uniquement de produire un empoisonnement qui provoque actuellement chez l'infecté des désordres nerveux fonctionnels ou des lésions cellulaires plus ou moins graves dans le foie, dans les reins, dans les muscles, dans les cellules nerveuses elles-mêmes, effets défavorables à l'individu auxquels s'ajouterait cette autre action que j'ai établie en 1890 (*), qui le met dans l'impossibilité de faire sortir les leucocytes des vaisseaux, nouvel effet défavorable à l'homme et par conséquent flivorable au microbe. Les effets tardifs de l'imprégnation par les produits bactériens ne sont pas tous favorables; le trouble de la nutrition qui va créer l'état bactéricide et l'état antitoxique ne sont pas les seuls qui dépendent du trouble nutritif durable provoqué par la présence passagère des toxines. La vie des cellules modihée par la maladie peut aboutir après des mois à des altérations anatomiques des reins, du cœur, des vaisseaux. Ce vice, qui frappe toutes les cellules, celles qui existent au moment de la maladie et celles qui en dériveront, fait que l'ovule ou le spermatozoïde formés après l'élimination totale du poison bactérien donneront des produits h nutrition également viciée, des êtres souffreteux qui deviendront la proie facile des maladies, des êtres dont la puissance formative s'arrêtera en route et n'arrivera pas au degré de développement qui est dans les destinées de l'espèce. L'arrêt se fera plus ou moins longtemps après la naissance et produira le nanisme; il s'accomplira sur certaines parties du corps pendant la vie intra-utérine et donnera les malformations. L'histoire de la fièvre typhoïde nous l'avait appris, Charrin nous en a donné les reproductions expérimentales.
A côté de l'hérédité il y a l'innéité qui, pour les conséquences des maladies infectieuses, emprunte un autre mécanisme. Un homme procrée dans la période initiale de la fièvre typhoïde. Neuf mois après un enfant vient au monde avec des malformations. Une femme grosse est atteinte de fièvre typhoïde; l'enfant nait, mais se développe mal, augmente peu de poids, n'atteint pas sa taille normale. Ses urines sont beaucoup plus toxiques que celles du nouveau-né normal, le rapport de l'azote de l'urée à l'azote total tombe de 0,95 à 0,70; autant de preuves d'un trouble de nutrition que Charrin nous a fait connaitre et qui ont eu pour origine l'imprégnation pendant la vie utéi'ine par les produits microbiens filtrés à travers le placenta.
A ne considérer que l'action que les produits microbiens exercent sur la nutrition, et en laissant de côté les influences tout aussi clairement démontrées que ces poisons exercent sur le système nerveux et, par son intermédiaire, sur les circulations locales et sur les migrations cellulaires, en négligeant ces autres influences non moins certaines que, par
(^) Action des matières sécrétées par les microbes pathogènes.
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des procédés encore obscurs, ils mettent en jeu dans certains organes pour activer la prolifération des cellules migratrices, on peut dire que, pour une part, l'immunité peut résulter des changements chimiques survenus dans les humeurs, changements produits par une modification de l'activité cellulaire ; car, comme je m'ohstine à le répéter, les humeurs ne sont que ce que les cellules les font et les cellules peuvent les faire bactéricides ou antitoxiques. Les faits que je viens d'exposer rendent cette conception plus vraisemblable; ils semblent indiquer que la doctrine de l'immunité pourrait bien (juekpie jour sortir de la spécificité et du mystère.
En quoi consiste la modification que la nutrition modifiée fait subir aux humeurs dans ces cas où chez le vacciné le changement humoral préalable empêche le développement d'une maladie ou diminue sa gravité? 11 se pourrait que ce changement fut de l'ordre de ceux que produisent les ferments solubles, quelcs diastases intra-cellulaires, en hydratant et dédoublant plus ou moins que dans les conditions habituelles, fissent apparaître des corps qui, tout en ayant la même composition chimique, n'aient ni la même structure moléculaire, ni la môme activité physiologique. Quand, dans la mémorable expérience de Pasteur, le pénicillium dédouble l'acide tartrique racémique, en acide tartrique droit et acide tartrique gauche, ces deux produits de dédoublement peuvent être chimiquement identiques ; ils diiYèrent optiquement ; ils sont dissemblables au point de vue de leur structure, ils ont un état stéréo-isomérique différent, et cela suffît pour qu'ils agissent différemment sur la cellule vivante. La cellule du pénicillium n'y est pas indifférente; elle détruit l'acide droit et respecte l'acide gauche ou du moins ne l'attaque que quand elle n'a plus d'acide droit à détruire. La différence est également ressentie par les cellules animales. C'est ce qu'a constaté M. Ghabrié qui, injectant dans les veines du lapin les divers acides tartriques, après neutralisation, a trouvé que leurs toxicités sont dans les proportions suivantes : l'acide gauche 51, l'acide droit 14, le racémique 8, l'inactif non dédoublable 6.
Si ces vues étaient applicables k la pathologie, si les fermentations morbides avaient pour contre-partie des fermentations défensives, les toxines comme les antitoxines pourraient n'être que des paroles, n'être que l'expression de constitutions diverses de mêmes substances chimiques. La différence pourrait être non chimique mais optique. M. Chabrié . a tenté de vérifier cette hypothèse. Ses essais n'ont porté que sur l'homme malade. Le tableau suivant indique pour cinq malades différents la déviation que fait subir au plan de la lumière polarisée une couche de sérum sanguin de 1 centimètre d'épaisseur; il donne la quantité d'albumine trouvée dans 1 centimètre cube de ce sérum; il fait savoir ce que serait la déviation si la quantité d'albumine était 1 gramme pour chacun de ces sérums.
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