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CHAPITRE II

LES DIVERSES MANIFESTATIONS DES RÉACTIONS NERVEUSES

Manifestations psychiques, sensitives, sensorielles, motrices, vaso-motrices, sécrétoires,

irophiques.

Les réactions nerveuses peuvent être considérées comme des actes réflexes aboutissant à des modifications dans le fonctionnement des diverses parties de l'organisme. Bien que leurs effets soient souvent complexes, on ])eut, pour la commodité de la description, envisager

[CH. BOUCHARD et G.-H. ROGER.}

LES RÉACTIONS NERVEUSES

siiccessivcinent les diverses modalités de ractivité nerveuse. Nous devrons donc étudier les elian<jements (|iii surviennent dans les manifestations psychiques, sensitivo-sensorielles, motrices, vaso-motrices, sécrétoires, tropliiqiics et nutritives.

Manifestations psychiques. — 11 n'est peut-être pas de sujet plus intéressant que Tétude des modilications réactionnelles qui se produisent dans la sphère psychique. 11 est hien évident, en effet, que toute idée n'est qu une réaction céréhrale, consécutive à une impression externe; toute connaissance a pour ])oint de départ une action exercée sur nous par le monde extérieur; mais, pour qu'un ohjet quelconque puisse ainsi im|)ressionner notre être, il est indispensahle qu'il se déplace ou se modifie par rap|)ort à nous : le niouvement ou du inoins le mouvement moléculaire est la conciition Fondamentale de la connaissance.

Supposons en effet un objet se trouvant toujours dans le même état par rapport à nous : nous le considérerons forcément counne faisant partie de nous-mêmes: ce n est (jue si son état change que nous cojiq^renons qu'il est en dehors de nous. Or, nous ne ])ercevons ces changeujents que par des modilications sensorielles ou sensitives : nous pouvons donc aujourd'hui encore accepter ce vieil adage, si souvent critiqué par les spiritualistes : niliil est in intcUcctu qiiod non prius fiierit in sensu. xVjoiilons seulement, pour être conq)let, que l'impression sensitivo-sensorielle peut être personnelle ou aiicestrale. On hérite, jusfpi'à un certain point, de l'expérience de ses ancêtres. Cette assertion, diflicile à vérilier chez rhomme, apparaît nettement chez les animaux; les petits naissent ayant un instinct (p.ii les porte à |)rendre certains objets, à fuii' certains autres, à craindre des êtres (pi'ils n'ont jamais vus et que l'hérédité leur fait redouter. Ainsi se transmet une série de réactions psychiques (pii expliquent en partie les différences réactionnelles des animaux sauvages et apprivoisés et rendent compte des lois et des résultats de la domestication et de la civilisation.

Dans le domaine paih(dogi(jue, nous voyons les lésions ou les troubles somatiques retentira chaque instant sm* le psychisme; les affections de l'estomac, du foie, des oi'ganes génitaux, ont une intluence bien connue; il y a des malades (pii prédisent leur colique hépaticpie à la tristesse nullement motivée ([u'ils éprouvent. Les excitations brusques et violentes ont des effets encore plus marqués : elles peuvent, chez certains sujets prédisposés, amener la catalepsie, l'extase, l'hypnose. Chez d'autres, elles provoquent des vésanies. On savait, depuis longtemps, que des chocs sur la tête peuvent devenir le point de départ de la folie. On a beaucoup insisté, dans ces derniers temps, sur la folie post-opératoire, survenant à la suite des opérations chirurgicales les plus diverses.

To-ute réaction psychique s'accompagne de modifications somatiques ; les [)lus fréquentes se passent dans la sphère motrice ; la re])résentatioii d'un mouvement s'accompagne d'une tendance à l'acte : (piand on penstî

LES DIVERSES MARIEE STATIO.NS DES RÉACTIONS NERVEUSES

à un elï'ort, on arrête sa respiration. Toute idée suscite des mouvements, imperceptibles à un examen superficiel, mais qu'on peut mettre en évidence par les appareils enregistreurs et qui sont bien connus de certains hommes, qui acquièrent ainsi le don de lire les pensées.

Cette tendance à l'acte s'observe également chez les animaux : le chat guettant la souris est agité de mouvements qui ne sont que l'ébauche de ceux qu'il fera tout à l'heure pour s'élancer sur sa proie. Une émotion se traduit par des modifications de la circulation et de la respiration, aussi bien chez les animaux que chez rhoiume. L'attente d'une violente impression sensorielle produit un arrêt respiratoire en inspiration : c'est ce qu'on observe facilement sur un champ de manœuvres d'artillerie ; au commandement de « feu ! » les chevaux et les hommes font une inspiration et restent immobiles jusqu'à ce que le coup ait été tiré. Si l'on tient, compte des modifications vaso-motrices qui surviennent, des changements sécrétoires, comme la salivation à l'idée d'un repas succulent ou d'une boisson acide, on com})rendra comment toute réaction psychique modifie |)lus ou moins profondément l'aspect extérieur du sujet. A peine avonsnous besoin de rappeler les cbangements qui se produisent, notamment au niveau de la face, suivant qu'on est triste ou gai, attentif ou distrait, préoccupé ou indifférent. Parfois les réactions psychiques s'accompagnent de mouvements machitiaux, tels ipie ceux de se frotter la tète, de se manger les ongles ou de se inordi'e les lèvres.

Les mêmes modifications soiiia tiques peuvent se produiie pendant le soujmeil et permettent à un observateur attentif de saisir la nature du l'êve. 11 en est ainsi aussi bien chez les animaux que chez l'homme : c'est sur le chien que cette^étude est relativement facile; pendant son sommeil, le chien est agité de mouvements, pousse de petits cris ou des jappements analogues à ceux qu'il fait quand il revoit son maître ou qu'il court après une ])roie.

Manifestations sensitivo-sensorielles. — Envisageons d'aJ)ord le cas h' plus simple : supposons une excitation cutanée, par exemple, au moyen d'un sinapisme ou d'un courant faradique. Suivant une foule de circonstances, notamment suivant l'intensité de l'excitation ou la sensibilité du sujet, on verra survenir des changements différents dans l'état de la ])artie excitée : tantôt il y aura exagération de la sensibilité, tantôt il y aura diminution ou même anesthésie. Mais l'elfet ne reste pas forcément localisé; des modifications, non moins variables, peuvent se produire dans les tissus sous-jacents ; c'est même sur ce fait que repose en partie la méthode révulsive : un individu souffre d'une douleur névralgi(]ue ou autre; on pratique une excitation cutanée et la douleur jjrofonde disparait momentanément; la réaction nerveuse, mise enjeu par l'excitation de la peau, a abouti à une inhibition des parties profondes.

En même temps, l'excitation superhcielle peut modifier la sensibilité dans des régions plus ou moins éloignées; elle agit à distance. Browii-

[Cff. BOUCHARD et G. -H. RCGER.];

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Séqiiard a cite un grand nonil)re de faits de ce genre; il a montré, par exemple, (ju\m jet d'acide carbonique lancé sur la muqueuse laryngée détermine une anesthésie générale. Nous ne pouvons rapporter ici les nombreuses expériences par lesquelles l'illustre physiologiste a établi que les sections des nerfs, des racines racliidiennes, de la moelle, de Tencéphale, entraînent des modifications, c'est-à-dire des augmentations ou des diminutions de la sensil)ilité dans des parties éloignées, nullement situées sur le trajet ou dans la distribution des portions lésées du système nerveux : ce sont des actions à distance ou plutôt des réactions nerveuses.

Les modifications sensitives les plus marquées sont celles qui caractérisent le syndrome qu'on désigne sous le nom d'hémianesthésie sensitivosensorielle. Tantôt ce sera un traumatisme, parfois violent, ou survenu dans des circonstances terrifiantes, par exemple, dans un accident de chemin de fer; tantôt ce sera une contusion légère, qui, chez certains sujets prédisposés, deviendra le point de départ de troubles nerveux. Aussitôt après le traumatisme, ou quelques jours plus tard, le malade aura perdu la sensibilité de la peau, des muqueuses, des organes sensoriels dans toute une moitié du corps; qu'il y ait ou non paralysie motrice conc:)mitante, il ne s'agit pas, dans les faits de ce genre, d'une lésion matéri(;lle des centres nerveux : c'est un simple trouble dynamique, pouvant (hsjiaraître aussi brusquement (pi'il est venu, parfois à la suite d'une violente impression nerveuse.

Réactions motrices. — Les réactions motrices peuvent se traduire par deux oi'(b es de phénomènes complètement opposés : tantôt l'excitation provo(pie des mouvements, tantôt elle les arrête. Dans le premier cas, les ellets pi'oduits varient, dans leur étendue et leur énergie, avec l'intensité de la cause. L'exemple le plus simple nous est fourni par le chatouillement de la plante du pied; il se produit d'abord un réilexe local qui a pour but de soustraire la partie excitée ; si le chatouillement continue, le réilexe ac(juiert [dus d'intensité et d'étendue et les mouvements deviennent bilatéraux; Texcitation persiste-t-elle encore, tout le corps est agité, enfin des c 0 n V u 1 s i 0 n s é c 1 a t e n t .

Comme toujours, l'intensité des mouvements provoqués varie suivant plusieurs circonstances : elle est en rapport avec la sensibilité de la partie excitée; par exemple, elle est surtout marquée si l'excitation porte sur la face; la névralgie de la 5*^ paire est, semble-t-il. la plus douloureuse de toutes, c'est celle ([ui est le plus souvent suivie de mouvements réllexes; tel est le tic douloureux. Parfois les modifications motrices succèdent «à des impressions sensorielles ou viscérales; dans ce dernier cas, les mouvements réllexes sont très fréquents, mais ils se localisent le plus souvent aux muscles du voisinage. De inèine que la névralgie de la S*' paire provoque des convulsions dans la l"" paire, c'est-à-dire dans le nerf moteur de la région douloureuse, de même les excitations des organes abdominaux déterminent des convulsions du diaphragme qui, sui-

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vaut les circonstances, se traduisent par des vomissements ou des lî0(|nels. Ces divers eiïets qui peuvent se produire, même quand les viscères sont sains, par exemple dans les cas de lithiase biliaire, sont encore plus marqués quand s'est développé un état inflammatoire qui augmente la sensibilité des parties excitées.

Le deuxième facteur qui modiiie l'intensité des réactions est représenté par l'état des centres réflexes : ainsi s'explique l'influence de l'âge. Les convulsions, comme on sait, sont surtout fréquentes chez l'enfant; chez cet être médullaire, elles remplacent le délire de l'adulte, être cérébral. Dans d'autres cas, les centres sont mis en hyperexcitabilité par des aft'ections antérieures ou par des intoxications. Sous l'influence de la strychnine, par exemple, les manifestations réactionnelles sont tellement modifiées qu'une cause peu importante provoquera des accidents intenses et durables; alors qu'elle n'aurait rien produit chez un être normal, elle suscitera des convulsions et môme des contractures.

La contracture survient aussi chez les individus prédisposés, chez les hystériques, à la moindre cause occasionnelle. D'autres fois, elle est provoquée et entretenue par un trouble durable, par une inflammation parfois fort légère. Ce sont surtout les lésions articulaires qui provoquent ainsi, par action réflexe, une contracture permanente des muscles qui entourent la jointure malade ; le torticolis, la coxalgie sont des exemples de ce genre; ils se produisent soit à la suite de causes occasionnelles passagères chez les sujets prédisposés, soit à la suite de causes d'excitation permanentes chez les sujets normaux.

Ce ne sont pas seulement les muscles des extrémités (pii peuvent être atteints; il en est de même des muscles de la vie organique : il nous suffit de citer les vomissements, les spasmes de l'intestin, de la vessie, de l'utérus, des canaux biliaires, survenant dans les mêmes conditions que celles (pie nous venons d(\jà d'énumérer.

Si les excitations nerveuses produisent des mouvements réflexes, des convulsions ou des contractures, elles peuvent aussi arrêter les manifestations motrices. Cette influence s'exerce quelquefois sur tous les muscles : sous l'empire d'une vive émotion, le sujet devient iuunobile, incapable, pendant quebjues secondes, de. tout mouvement volontaire. Yoilà pour l'état physiologique, où l'on doit faire intervenir une action extrêmement puissante. Mais à l'état patbologique, il suffit parfois d'une influence inmime pour créer une immobilité souvent durable : c'est ainsi que chez certains sujets la moindre cause occasionnelle provoque l'arrêt de tout mouvement, par exeuq^k' la catalepsie.

Dans d'autres cas, l'excitation aboutit à l'impuissance motrice, à la paralysie. A la suite d'un choc, souvent fort léger, on voit la paralysie frapper un meudjre, ou même aflecter une forme hémiplégique; ces paralysies siîie matériel, désignées sous le nom d'hystériques, surviennent souvent à la suite de causes minimes et, suivant la remarque de Charcot, s'installent progressivement, comme si le sujet avait besoin de méditer

[CH. BOUCHARD et G.-H. ROGER.}

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raccident et d'exalter ainsi le pouvoir réactionnel de ses centres malades.

Sans aller aussi loin, on voit souvent un traumatisme léger rendre impossible dans la suite l'exécution des mouvements. Nous avons observé récemment un cas de ce genre : un homme, en descendant de bicyclette, se cogne assez fortement la cheville ; à partir de ce moment, il peut continuer ce sport, mais il ne peut plus descendre de machine en passant la jambe droite par-dessus la selle; il cesse, au bout de quelque temps, de faire de la bicyclette et, six mois plus tard, il remonte de nouveau; Timpression produite par le traumatisme était complètement dissipée, et notre homme ])ut descendre de sa machine aussi facilement qu'avant Taccident.

Les faits de ce genre abondent ; ils méritent d'être rapprochés des crampes fonctionnelles qui parfois sont de nature paralytique et relèvent aussi d'une impression psychique empêchant Texécution d'un mouvement souvent fort sim|)le.

Nous avons étudié jusqu'ici des manifestations d'ordre paralytique : dans d'autres cas, Tarrèt des mouvements est un phénomène inhibitoire, c'est-à-dire actif; il résulte d'une excitation nerveuse et porte sur un mouvement habituel ; c'est ce qui se produit surtout poiw^ le cœur et les muscles respiratoires.

L'arrêt du cœur, la syncope est, nous le répétons, un phénomène actif; c'est ce (pi'on démontre nettement par l'excitation des pneumogastriques, et |)ar l'administration de l'atropine, qui paralyse les extrémités des vagues et empêche l'excitation directe ou réllexe de ces nerfs de produire le phénomène. Mais l'arrêt du cœur est passager : les appareils nerveux autochtones sufhseid pour l'aire réapparaître les mouvements; malgré la persistance de l'excitation, les battements reprennent. Seulement, il n'en (ist ainsi (|ue chez les sujets sains; comme l'a montré Cl. Bernard, chez ceux qui sont alîaiblis, débilités, ou chez ceux dont le muscle cardiaque est déjà altéré, l'arrêt peut être définitif.

Inutile d'insister sur les causes de la syncope ; ce sont celles que nous avons déjà indiquées à propos de toutes les réactions nei'veuses : causes psychiques, sensorielles, sensitives, viscérales dont l'action est proportionnelle à la sensibilité nerveuse du sujet.

L'arrêt de la respiration, la syncope respiratoire, comme on dit parfois, sui'vient dans les mêmes circonstances. On peut en étudier les symptômes sur soi-même; sous l'inihience d'une violente impression, la respiration s'arrête brusquement, puis, après une apnée passagère, les mouvements reprennent, rapides, superficiels, accompagnés de troubles cardiaques provoqués par l'apnée.

Il est facile de reproduire la syncope respiratoire chez les animaux : il suffit, par exemple, de plonger dans l'eau froide soit le corps tout entier, soit simplement le museau : la respiration s'arrête alors. Il ne s'agit pas d'un acte volontaire, car l'effet est exactement le même après extirpation du cerveau : il se produit aussi lorsqu'une canule, introduite au préalable dans la trachée, permet à la respiration de s'exercer librement.

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Pour obtenir ce résultat, il faut exciter une région riclieuient innervée ; la face se trouve dans ce cas et, de plus, elle reçoit son innervation du trijumeau, c'est-à-dire d'un nerf dont les origines sont assez proches de celles du pneumogastrique. Si on opère sur une autre région, par exemple si on plonge dans l'eau froide les membres postérieurs, l)ien que la surface cutanée soit plus étendue, la respiration ne sera presque pas modifiée.

Réactions vaso-motrices. — Les réflexes qui se produisent dans la sphère vaso-motrice sont ceux qui présentent peut-être le plus d'intérêt ; car en modifiant la circulation, ils font varier l'apport des matériaux nutritifs, augmentent ou diminuent le fonctionnement des organes, agissent sur les sécrétions glandulaires, sur la calorification, dirigent la diapédèse et, par conséquent, interviennent pour favoriser ou entraver la phagocytose.

L'excitation d'un nerf centripète, qu'il soit sensitif, sensoriel ou viscéral, provoque une série de modifications vasculaires. On peut observer quatre ordres de phénomènes différents, suivant qu'il y a excitation ou paralysie des vaso-constricteurs, excitation ou paralysie des vaso-dilatateurs. Les effets varient dans les divers territoires du système vaso-moteur; parfois même ils sont antagonistes. Il y a donc lieu d'envisager les modifications qui surviennent au point excité et celles qui se produisent dans les parties symétriques ; d'étudier le balancement entre les vaisseaux superficiels et profonds, enfin de rechercher les changements de la pression générale.

Si l'on considère la partie où l'excitation s'est produite, on observe une constriction fugace, presque aussitôt suivie d'une vaso-dilatation ; si l'excitation est forte, le premier effet passe inaperçu. Ces divers résultats sont facilement mis en évidence par le réflexe de Snellen-Schiff, c'est-àdire par les changements vaso-moteurs survenus dans l'oreille du lapin quand on excite le bout central du nerf auriculo-cervical.

On peut du reste étudier plus simplement le phénomène : avec une pointe mousse, on trace une ligne sur la peau d'un homme, au niveau de la joue par exemple; le sang étant chassé mécaniquement, on observe d'abord une anémie passagère; puis la peau reprend sa teinte normale; le sujet éprouve alors une sensation de constriction et, en effet, les vaisseaux de la région excitée s'effacent; une ligne blanche apparaît, qui, après quelques minutes, fait place à la teinte normale ou à une traînée rouge. Si l'excitation est plus forte, on voit apparaître d'emblée une ligne rouge, puis, de chaque côté, une traînée pâle plus large, qui disparait rapidement : la ligne rouge, qui est due à un relâchement des vaisseaux par excitation vaso-dilatatrice réflexe, peut persister pendant plus d'une heure.

Ces divers phénomènes cutanés ont été bien étudiés par Yulpian, à qui nous avons emprunté les éléments de la description précédente.

Des variations analogues peuvent s'observer lorsque, au lieu d'une simple friction, on pratique sur la peau une piqûre ou une petite inci-

[CH. BOUCHARD et O. H. flOGJSJÎ.]

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sion. Dons ce cas, riiémorragie n'est pas immédiate ; pendant un instant, les vaisseaux revenus sur eux-mêmes, en partie par suite d'une excitation directe, en partie par suite d'une action réflexe, ne laissent pas écouler de sang; puis, après un laps de temps qui varie suivant une foule de circonstances et notamment suivant la température ambiante, la dilatation vasculaire se produit et le sang apparaît. On se rend bien compte de ces phénomènes en pratiquant une piqûre sur l'oreille d'un lapin; on voit alors, au moins dans un grand nondjre de cas, les vaisseaux de tout le pavillon se resserrer pour se dilater plus tard. La constriction est beaucoup plus marquée et plus durable quand la température est basse ; il y a là un balancement assez curieux; quand il fait froid, le sang arrive en moindre (juantité, mais se coagule plus lentement; quand il fait cliaud, l'hémorragie est plus abondante, mais la coagulation est plus rapide.

11 va sans dire que ce qui se passe au niveau des téguments cutanés se passe également au niveau des muqueuses; il suffit, pour s'en convaincre, d'étudier les modifications provoquées par les corps sapides sur la vascularisation de la muqueuse bucco-pliarvngée.

Quel que soit leur point de dépait, les phénomènes vaso-moteurs ne restent pas localisés. Ils sont souvent symétriques : dans ce cas, ils sont seud^lal)les sur les deux régions envisagées, ou bien ils se font en sens inverse. Un des exemples les plus remarquables d'action vaso-motrice symétrique homologue est fourni par l'expérience bien connue qui consiste à plonger une main dans l'eau froide; la température de l autre main s'abaisse. AV. Edwards, qui le premier a étudié ce phénomène, l'attribua à un l'efroidissement du sang. Brown-Séquard et ïholozan reprirent la (juestion, ils n'eurent pas de peine à montrer qu'il s'agissait d'une action vaso-motrice bilatérale et symétrique. Cependant, le résultat n'est pas constant; dans quelques cas, Vulpian observa un phénomène inverse. D'après Teissier et Kaufmann, ces divergences s'expliquent si on tient compte des deux effets successifs et contraires qui se produisent : un resserrement vasculaire initial puis une dilatation, si on met le membre dans de l'eau froide; une dilatation primitive et une constriction secondaire, si on le place dans l'eau chaude; le premier effet est durable si l'animal est vigoureux ; il est passager et disparaît rapidement si l'animal est aft'aibli ou s'il a souffert.

Un exemple de réflexe symétrique dissemljlable nous est fourni par les modifications en sens inverse qui se produisent sur les reins : quand les vaisseaux d'une de ces glandes se dilatent, ceux de l'autre se rétrécissent. Le résultat peut être rapproché des elïets produits par l'arrachement du ganglion cervical supérieur; l'opération entraîne, comme on sait, la congestion auriculaire du côté opéré; du côté sain, on observe au contraire un rétrécissement des vaisseaux.

Les effets antagonistes sont encore plus nets quand on envisage les modifications des vaisseaux superficiels et des vaisseaux profonds. L'anémie cutanée, telle que la réalise, par exemple, l'impression du froid,

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peut déterniinor des congestions viscérales qui, chez certains sujets prédisposés, revêtent un caractère fort grave; il se produit des congestions rénales ou pulmonaires aboutissant parfois à Fliémorragie ; on a vu chez les alcooliques le refroidissement lirusque déterminer des congestions cérébrales rapidement mortelles. Cependant, à côté de cet effet fâcheux, on peut supposer que les congestions réflexes sont parfois favorables : en provoquant la dilatation vasculaire et la diapédèse, elles favorisent la phagocytose et peuvent, par conséquent, arrêter une infection qui débute. Nous avons montré, par exemple, ([ue si Ton inocule le streptocoque de l'érysipèle sous la peau de l'oreille d'un lapin et si l'on arrache ensuite le ganglion cervical supérieur du sym])athique, la lésion est plus intense, mais plus bénigne, en ce sens qu'elle guérit plus facilement ou, si le microbe est très virulent, que la généralisation ne peut se produire.

I n congestion de la peau amène l'anémie des parties profondes. C'est ce qu'on peut provoquer au moyen des applications chaudes. La chaleur a encore pour effet d'augmenter la température du sang et d'exciter ainsi la mésocéphale; il en résulte une vaso-dilatation cutanée et une vasoconstriction viscérale.

Ce balancement entre les circulations superhcielle et profonde a été mis à profit par la thérapeutique. La congestion, provoquée par des ventouses ap|)liquées sur la peau d'une région, a pour but et pour effet de décongestionner les viscères sous-jacents ; les bains de pieds chauds amènent la vaso-constriction réflexe des vaisseaux cérébraux et pulmonaires.

Réciproquement la congestion des viscères produit le resserrement des vaisseaux cutanés, et détermine une impression de froid : c'est ce qu'on éprouve h l'état physiologique pendant le travail de la digestion, à l'état pathologique dans les congestions viscérales, notamment dans la congestion pulmonaire, où le refroidissement peut être assez marqué pour provoquer un violent frisson. Mais ce n'est pas toujours de la vaso-constriction qui survient dans ces circonstances, c'est parfois de la vaso-dilatation ; telle est, dans les inflammations pulmonaires, la rougeur de la pommette. Dastre et Morat ont expliqué le phénomène en montrant que l'excitation du bout central du pneumogastrique amène une vaso-dilatation buccofaciale.

Les excitations viscérales ne retentissent pas seulement sur la peau, elles peuvent aussi se faire sentir sur un autre viscère, ainsi les affections du poumon provoquent des troubles vaso-moteurs de l'encéphale; les affections des organes abdominaux actionnent la circulation pulmonaire. Dans le cas de colique hépatique par exemple, il se fait un réllexe suivant le sympathique comme voie centripète et comme voie centrifuge et amenant dans la circulation pulmonaire une série de modifications bien étudiées par Potain et F. Franck. C'est aussi à des réllexes vaso-m({teurs que Potain et Franck attribuent plusieurs des phénomènes de l'insuffisance aortique, qu'on serait tout d'abord tenté de rattacher à des troubles mécaniques de la circulation.

[CH. BOUCHARD et G. H. ROGER.-\

LES RÉACTIONS NEUYEUSES.

Cependant les problèmes sont loin de présenter la simplicité qu'ils affectent dans les divers exemples que nous avons rapportés. La thérapeutique a démontré depuis longtemps- que le refroidissement local peut amener à la fois une décongestion de la peau et des parties sous-jacentes ; c'est sur ce fait qu'est établie la méthode réfrigérante, l'application permanente de glace au-dessus d'un organe enflammé. 11 s'agit, dans ce cas, d'un réflexe vaso-moteur et non, comme on aurait pu le croire, d'une soustraction de calorique. Fredericq a montré, en effet, que Tapplication de la glace provoque un resserrement des vaisseaux méningés presque instantanément et, en tout cas, longtemps avant qu'on puisse invoquer une perte de chaleur.

Outre les phénomènes déjà étudiés, les excitations locales peuvent produire encore d'autres modifications vaso-motrices. Toute impression sensitive provoque, en effet, une vaso-constriction générale qui tend à élever la pression moyenne; c'est ce qu'on peut mettre facilement en évidence au moyen du kymographe. Cl. Bernard a donné une démonstration semblal)le par un procédé fort simple; il provo(pie sur un lapin une petite hémorragie, par exemple, en faisant une incision à l'oreille; or, toute excitation douloureuse diminue ou arrête l'écoulement du sang. Mais, en même temps que ces modihcations vaso-motrices qui tendent à élever la pression, surviennent des modihcations cardiaques qui ont des effets inverses. Les réactions vasculaires sont donc toujours fort complexes : des influences antagonistes ou compensatrices se produisent constanmient, qui finissent par maintenir ou du moins par ramener la circulation à son état normal et la pression à son taux habituel.

Parmi les conditions (pii modifient les réflexes vaso-moteurs, nous signalerons en jiremière ligne l'influence de la volonté qui peut agir sur les réflexes d'ordre psychitjue. La jiàleur de la colère ou de la peur, la rou<reur de la honte sont des troubles d'ordre seiisitivo-sensoriel ; si l'on rougit ou si l'on pâlit, c'est parce qu'on a éprouvé une sensation, vu un objet, entendu une parole qui sollicite certains actes psychiques. Or, sous l'influence de l'éducation et de la volonté, on arrive à inhiber ces réflexes vaso-moteurs. Voilà des résultats qui ne doivent pas nous surprendre, car la pathologie démontre que les lésions cérébrales influencent facilement la circulation sanguine; les alternatives de l'ougeur et de pâleur qu'on observe dans la méningite, la raie qu'on provoque en frottant la peau, en sont des preuves bien connues. L'expérimentation et la cliiii(jue sont d'ailleurs d'accord pour établir (jue les hémisphères cérébraux renferment des centres vaso-moteurs; les expériences de Eulenburg etLandois, celles de Hitzig montient que l'excitation de la zone motiice refroidit les membres du coté opposé et que l'extirpation des mêmes parties amène leur échauffement. iJe même, chez l'homme, les membres paralysés sont plus chauds et plus rouges ; parfois il existe, au début, une vaso-constriction avec abaissement thermique par suite d'une excitation passagère.

C'est aussi en actionnant les centres nerveux qu'agissent la plupart des

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iiialadies infectieuses ou toxiques, capables de modifier les réflexes vasomoteurs.

Sous rinfluence desdiverses causes que nous venons d'indiquer, se produisent des manifestations facilement appréciables quand elles portent sur les téguments, d'une interprétalion plus délicate quand elles atteignent les viscères.

Sur les téguments, ce sont les rougeurs et les pâleurs subites qui parfois alternent. A un degré de plus, les troubles se traduiront par des érythèmes, de l'urticaire, ou bien ce seront des syndromes spéciaux plus complexes, tels que l'érytbromélalgie ou la syncope des extrémités.

Les congestions réflexes qui surviennent dans les viscères sont jiarfois facilement appréciables, par exemple quand elles portent sur les poumons; mais, en deliors de ce cas particulier, l'interprétation restera hypothétique. C'est ce qui a lieu pour les angines de poitrine, pour la syncope, ])our l'asthme, ]X)ur les paralysies réflexes, les attaques d'épilepsie qu'on a parfois rattachés à l'ischémie vaso-motrice du myocarde, du poumon, de la moelle ou de l'encéphale.

Modifications des sécrétions glandulaires. — Dans les différents cas que nous venons d'étudier, tout pourra se borner à des modifications circulatoires généralement passagères ; ou bien les troubles vasculaires créeront des opportunités morbides, ou bien ils aboutiront à deux phénomènes qu'il nous faudra étudier : l'hémorragie et l'œdème. Nous devons envisager auparavant une autre série de réactions qui coexistent souvent avec les réactions vaso-motrices, ce sont les manifestations sécrétoires. Elles peuvent d'ailleurs se montrer isolément et l'expérimentation, d'accord avec la clinique, établit en effet que les excitations nerveuses sont capables de mettre en jeu l'activité glandulaire. Parfois même les deux phénomènes sont dissociés : dans les cas de sueurs froides, la circulation est diminuée et pourtant les glandes sudoripares fonctionnent énergiquement. Or l'expérience démontre que l'excitation des nerfs, du sciatique par exemple, amène une abondante transsudation au niveau des pattes, alors même que par des ligatures on y a supprimé toute circulation. L'expérimentation a également mis en évidence le rôle sécrétoire d'autres nerfs, tels que la corde du tympan, les nerfs intestinaux. A l'état physiologique ou pathologique, nous voyons, à chaque instant, des impressions nerveuses, sensitives, sensorielles ou psychiques, être suivies de manifestations sécrétoires, écoulement de larmes, flux de salive, sécrétion exagérée du suc gastrique ou du suc intestinal, polyurie, etc. Ces différentes sécrétions peuvent également être modifiées dans un grand nombre de maladies nerveuses organiques ou de névroses, telles que le tabès ou le goitre exophtalmique.

Les troubles sécrétoires du tabès ont été étudiés à maintes reprises : parmi eux quelques-uns sont fort intéressants ; telle est l'hyperchlorhydrie qui explique, d'après Sahli, le développement des crises gastriques. Or, dans diverses névroses, on observe des phénomènes analogues : la migraine

[CH. BOUCHARD et G. H. ROGER.

LES RÉACTIONS NERVEUSES

s'accompagne de troubles sécrétoires, de sialorrliée, d'hypersécrétion gastrique douloureuse. Réciproquement il existe un état gastrique, décrit par Rossbach sous le nom de gastroxynsis, où les troubles stomacaux semblent les premiers en date et déterminent une série de réflexes douloureux qui établissent une certaine analogie entre ce syndrome et la migraine. Dans les cas d hystérie, de neurasthénie, la sécrétion gastrique est également modifiée, parfois en plus, généralement en moins.

On peut observer, dans des conditions analogues, des flux intestinaux ou bilieux. Mais, de toutes ces manifestations, les plus importantes sont celles qui portent sur la sécrétion urinaire.

Les excitations douloureuses peuvent avoir deux effets opposés sur la diurèse; légères, elles Taugmentent; intenses, elles la diminuent. Piorry a observé de la polyurie à la suite de coups portés sur le tronc ou Tbypocoudre (h'oit. Le plus souvent, cependant, on note une diminution de la sécrétion, ou même de l'anurie. C'est ce qui a lieu par exemple après les traumatismes violents ou les opérations portant sur l'abdomen, particulièrement sur les organes génito-urinaires, ou l)ien dans les cas de douleurs viscérales, dans la colique hépatique ou la colique néphrétique. Rien d'instructif, à ce propos, comme l'histoire de la sciatique; au cours de cette névralgie, on a noté] tantôt l'augmentation, tantôt la diminution de la sécrétion urinaire; or le premier phénomène se produit, semblc-t-il, dans l(»s cas légers; le second dans les formes très douloureuses. L'expérimental ion conlii ine ce résultat : en électrisant le bout central du sciaiique sur des animaux, on obtient, suivant l'intensité du courant, l'un ou Lautre effet.

Enlin, sous l'iiifliu^nce des agents physiques ou chimiques, après action du froid ou des vapeurs irritantes, on voit survenir des hypercrinies qui peuvent constituer la première nianifestation d'une lésion infectieuse : c esf. le cas du coryza. Remarquons d'ailleurs que le développement des lésions infectieuses peut susciter des réactions sécrétoires comme il suscite des réactions vaso-motrices : il augmente ou diminue l'activité glandulaii-e.

Hémorragies par réactions nerveuses. — Une réaction nerveuse modérée sulht pour provoquer la congestion ou l'hypercrinie, par exemple la rougeur de la face ou la sécrétion de la salive. Mais les choses peuvent aller plus loin et les vaisseaux peuvent se rompre. De noml)reuses expél iences, celles de Rrown-Séquard notamment, ont établi que la piqûre des divers centres nerveux est suivie d'hémorragies viscérales; la piqûre de la moelle au niveau de la dixième dorsale amène une hémorragie des capsules surrénales, celle du bulbe provoque des foyers sous-péricardiques, celle du corps restiformc entraîne des épanchements sanguins dans l'oreille du méjue côté. Les résultats peuvent être analogues quand on opère sur le synq)athique. Pincus et Samuel ont observé après l'ablation du plexus solaire des épanchements sanguins, dans la cavité intestinale.

En clinique on voit survenir, à la suite d'un bain froid ou d'une douche.

LES DIVERSES MANIFESTATIONS DES RÉACTIONS NERVEUSES

des épistaxis, des héinoptysies ou même des hémorragies cérébrales. Il s'agit évidemment, dans ces cas, de phénomènes réflexes.

Des impressions morales peuvent agir de même : on a vu des accès de colère provoquer des épistaxis, de Tapoplexie pulmonaire, de l'hémorragie cérébrale, un flux: liémorroïdal. Enfin c'est encore à une réaction nerveuse qu'il faut attrd)uer certaines hémorragies cutanées, le purpura par exemple ou Thémathydrose.

OE dénies par inactions nerveuses. — Entre la congestion et Thypercrinie el à côté de l'hémorragie, il faut faire une place à l'exsudation séreuse, à l'œdème.

L'œdème est aussi soumis à rinlluence nerveuse; il exi>te, à côté de la coniîestion, dans l'urticaire, à côié de l'hémorragie, dans les hémorroïdes. La physiologie pathologique de l'œdème s'est renouvelée dans ces derniers temps; on sait aujourd'hui que la ligature d'une veine nesuflit pas à provoquer cette manifestation : les expériences de Ranvier, de Boddaert ont établi qu'il fallait y joindre une lésion nerveuse; mais devait-on invoquer une influence trophique, sensitive, ou vaso-motiicc? C'est ce que nous avons recherché; dans des expériences faites avec l'aide de M. Josué, l'un de nous a reconnu que la ligature des ti ois troncs veineux qui se trouvent à la base de l'oreille, chez le la|)in, ne provo(pu> pas l'œdème du pavillon; mais vient-on à arracher sinudtanément le ganglion cervical supérieur, l'exsudation séreuse se produit, pour dis[)aiaitre en trois ou quatre jours.

L'œdème peut survenir dans les mêmes conditions que les modilicalions vaso-motrices ou sécrétoires. Il seudjle cependant, d'après les expéiiences siu' les animaux, (pie les lésions nerveuses soient incapables, lorsque d'autres conditions morbides ne viennent pas favoriser leur action, de piovoquer ce trouble. Si on l'observe souvent à la suite de la section du sciatique chez le cobaye, c'est que cette opération permet la pullulation et la pénétration de divers agents iuicrobiens; l'inhltration sous-cutanée est, en réalité, de nature infectieuse. Cette explication doit s'apjiliquer peutêtre aux œdèmes qui surviennent peu de temps après la blessure d'un nerf; mais elle n'est plus de mise quand il s'agit d'œdèmes chroniques consécutifs à des névrites, traumatiques ou non, à la sciatique par exenrple. ou frappant des meml)res atteints d'hémiplégie ou de paraplégie; il s'agit alors, seud)le-t-il, d'un véritable trouble trophique, favorisé le plus souvent par diverses causes secondaires, telles que obstructions veineuses, artério-sclérose, afl'ections du cœur ou des reins, altération de la nutrition générale.

De tous les œdèmes d'origine nerveuse, les |)lus intéressants sont ceux qui relèvent du rhumatisme : on en connaît des formes multiples, depuis l'urticaire, jusqu'au pseudo-lipome et aux nodosités sous-cutanées; ailleurs, l'œdème rhumatismal débute brusijuemcnt à la suite d'un coup de froid et se localise à la face, aux paupières, aux lèvres, au dos des mains. C'est le plus beau type (pi'on puisse citer d'une fluxion réflexe.

[CH. BOUCHARD et G. H. ROGER.I

m LES RÉACTIONS NERVEUSES.

Enfin, comme les autres manifestations étudiées jiisqirici, l'œdème joue un rôle très imj)ortant dans les maladies infectieuses ; tantôt, il reste simplement fluxiomiaire, comme dans la Ouxion dentaire, tantôt au contraire, il ne représente que le premier stade d'un processus plus complexe, c'est-à-dire un des éléments des manifestations inflammatoires.

Manifestations dystrophiques des réactions nerveuses. — Le système nerveux maintient la nutrition des diverses parties de T organisme. Ses troubles ou ses lésions sont suivis de dystropliies qu'on peut rattacher à deux processus : à une modification dans l'apport des matériaux nutritifs ; à une exaltation, une dimiiuition ou une suppression de Factivité fonctionnelle.

Il est bien établi aujourd'hui que les troubles trophiques ne relèvent pns simplement d'une absence de fonctionnement, par exemple de rimmobilité s'il s'agit d'un mend^re. Si on coupe le sciatique, l'atrophie envaln't les muscles qui cessent d'être innervés ; si on coupe la corde du tympan, les papilles du côté correspondant perdent rajudement leurs caractères spécifiques. Ces lésultats tiennent à une modification profonde dans la inilrition des parties; la section du nerf a pour effet de diminuer la consommation de l'oxygène et la formation de l'acide carbonique : l'analyse cbimique le démontre; l'examen des veines efféi'cntes permet de constater (juc le sang veineux est beaucoup plus rouge qu'à l'état normal. Ces cbangem(>nts débutent au bout de quelques jours, mais à mesure qu'ils s'accentuent et que les éléments différenciés perdent leurs caractères histologiques, un tissu de remplissage se développe et la graisse vient rem- |)lacer les parties atrophiées : l'adipose est quelquefois assez marquée pour réidiseï" une pseudo-liypertrophie.

hes troubles analogues peuvent être d'origine réactionnelle ; ce sont siirloiil les altérations articulaires (pii provoquent des atrophies musculaires, rapidement suivies d adipose. 11 suffit de trois ou quatre jours pour (pie les uuiscles aient diminué de volume à la suite d'une entorse ou aucoui s d une hydarthrose, d'une arthrite rhumatismale ou goutteuse. On a beaucou]) discuté sur le mécanisuic de ces atrophies et, depuis longtemps, la théorie qui tendait à prévaloir était de les rattacher à une action réllexe. Les expériences de MM. Raymond et Déroche ont donné une base solide à cette conception ; elles démontrent que la section des racines postérieures, en interrompant le réflexe, empêche l'atrophie musculaire consécutive aux traumatismes articulaires.

Le système tégumentaire, c'est-à-dire la peau, les ongles, les poils, présente souvent des troubles trophiques d'origine nerveuse. Ce sont des épaississements ou des atrophies cutanés, des modifications de la pigmentation, des taches, du vitiligo, de la nigritie ou de l'albinisme. Gubler a observé un malade chez qui, pendant les accès de névralgie faciale, les cheveux qui se développaient étaient sans pigment. Parfois les choses vont plus loin; telle est la canitie rapide à la suite des grandes émotions.

IlOLE DES RÉACTIONS NERVEUSES DANS LA NUTRITION.

Le systèine nerveux semble jouer encore un rôle impor'lant dans la régularisation des processus réparateurs, dans la formation des cals et la cicatrisation des plaies. Mais, dans les cals, on a beaucoup plus étudié son action directe que rintluence des réactions nerveuses.

Reste une dernière question. Le système nerveux peut-il produire des inflammations? Le plus souvent, il ne fait que favoriser le développement des germes pathogènes; les escarres d'origine nerveuse, le mal perforant doivent s'explicpier ainsi ; il en est probablement de même pour les ulcérations cornéennes consécutives à la section du trijumeau. Mais où son rôle devient plus complexe, c'est dans la production du zona. Quelle que soit la nature de la maladie, il est très difficile de dire actuellement j)ar quel mécanisme exact le système nerveux préside à la formation des vésicules et de la plaque inflammatoire qui les supporte.

L'emljarras n'est pas moins considérable quand il s'agit d'explicpier l'ophtalmie sympathique. On a dii abandonner l'idée, fort sinq^le, d'un cheminement de microbes pathogènes par le nerf optique et le chiasma. Il a fallu revenir à l'ancienne théorie de l'action léflexe ayant pour point de départ les procès ciliaires et admettre une vaso-constriction, probablement intermittente, des vaisseaux svmétriqnes de l'œil sain. Cette ischémie réflexe favoriserait la localisation ultérieure des germes morbides qu'une cause occasionnelle ferait pénétrer dans l'organisme. Qu'on adopte ou non cette conception, l'histoire de roplitalmie sympathique est le plus bel exemple qu'on puisse citer d'un trouble trophique par réaction nerveuse.

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