CHAPITRE m
ROLE DES RÉACTIONS NERVEUSES DANS LA NUTRITION
liiIkicMCc (les ivaclions nci-veuses sur la eoiisoiuinatioii de la glycose et l'élaboiation des matières azotées. — Les glycosuries et les albuminuries d'origine nerveuse. — Rôle des réactions neiveuses dans la pathogénie des lithiases, du diabète, de la goutte. — Influence des réactions nerveuses sui' la clialeur animale. — Les lièvres nerveuses.
La princi])ale jM'opriété de la matière, la nutrition, est essentiellement caractérisée par deux actes consécutifs et connexes : l'un consibte dans la forujation d'une molécule complexe, par le groupement d'atomes plus simples qui, en se réunissant, fout passer une cei taine quantité de force à l'état latent; l'autre est représenté par une dislocation de la molécule (pii retomlje à un état plus simple et par conséquent plus stable et rend a|)parente la force accumidée. Ces deux actes fondamentaux sont régis par le système nerveux et peuvent par conséquent subir le contre-couj) de ses modilications et de ses troid)les fonctionnels; il en résulte une
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LES RÉACTIONS NERVEliSl^S.
série de variations dans le cliiniisme de l'organisme; les ])liis simples et par conséquent les plus faciles à étudier portent sur la glycose.
Influence des réactions nerveuses sur la consommation de la glycose. — Les impressions nerveuses les |)lus diverses augmentent la quantité de sucre contenue dans le sang et provoquent ainsi le passage de cette substance dans l'urine. Telle est, par exemple, la glycosurie émotive qui, généralement passagère, peut devenir jiermanente : elle constitue alors mie variété du diabète nerveux. On voit d'ailleurs, cbez les diabétiques, la (piantité de glycose, éliminée par l'urine, augmenter sous l'intluence (le la colère, du coït, d'un travail exagéré ou d'une contention d'esprit. Le Iraumatisme ])eiit produire le même eiïet et le choc traumatique engendi'c parfois la glycosurie transitoire ou le diaî)ète permanent.
Dans tous ces cas, la glycosurie est de nature réflexe; mais l'influence nerveuse, qui tient le phénomène sons sa dépendance, peut avoir une origine centrale : les hémorragies, les tumeurs ou les traumatismes cérébraux |)rovo(jnent parfois le passage du sucre dans l'urine. L'expérimentation, comj)lélant les doimées de la clinique, a établi que les lésions nerveuses les plus diverses peuvent modilier la glycosurie; mais, sauf (piand on prati(pie la picpïi'e du ([uatrième ventricule, les résultats sont inconstants et se tiaduisent tantôt par une augmentation, tantôt par une diminution de la cpiantilé de sucre contenue dans le sang.
Il faut donc pousseï' plus loin l'analyse des ])hénomènes et rechercher comment le système nerveux intervient pour inihiencer la glycogénèse.
On sait ([ue le foie i'ej)résente la gi'ande réserve des substances hydrocîubonées nécessaires à la nutrition; son glycogène doit se transformer en sucre au fur et à mesiu'e des besoins de l'organisme. Deux grandes conditions peuvent dès lors provoquer la glycosurie : une exagération de la l'onction glycogénicpie, une diminution dans la consommation delà glycose.
La picpire du (piatrième ventricule agit en augmentant la quantité de sucre (\nc le foi(> déverse. Les irritations transmises au centre bulbaire retentissent donc sur la fonction glycogénique du foie; or la voie centripète principale est représentée par les pneumogastriques, ou plus exactement par les rameaux pulmonaires de ces nerfs. On comprend ainsi que l'inhalation de vapeurs irritantes qui provoque le passage du sucre dans l'urine, reste sans etfet après la section des pneumogastriques au niveau du cou.
Les voies centrifuges sont plus dilTiciles à déterminer; si l'on peut, avec Vulpian, faire jouer un certain rôle aux filets nerveux sécrétoires, il semble que ce sont surtout les moditications vaso-motrices qui doivent «>xpli(pier les elfets observés. La glycosurie survient parce que le foie est plus abondamment irrigué, ce qui fait passer dans le sang une plus grande (piantité de sucre. On admet actuellement que les impressions venues du liulbe cheminent par la moelle qui renferme, dans la région cervicale, un centre favorisant l'accumulation du glycogène (Cl. Bernard);
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puis elles passent par les trois premières paires dorsales et, par les rcum cominunicantes, se rendent au sympathique.
Le sympathique contient surtout des hlets vaso-constricteurs; aussi la paralysie de ce nerf, au-dessus des premières paires dorsales, produit-elle également la glycosurie, mais par un mécanisme tout différent. C'est de cette façon, croyons-nous, qu'il faut interpréter les expériences des physiologistes qui ont ohtenu la glycosurie en sectionnant le nerf vertéhral (F. Franck), en arrachant les ganglions cervicaux ou seulement le dernier ganglion cervical (Cyon et Aladoff), en extirpant le premier ganglion thoracique ( Eckhardj .
A partir de sa portion thoracique, le sympathique renfermant à la fois des fd)res vaso-constrictives et vaso-dilatatrices, on conçoit la variahilité des résultats ohtenus en sectionnant ou en électrisant soit ce nerf, soit le splanchnique. Enfin, les nerfs vaso-moteurs, c'est-à-dire les constricteurs et les dilatateurs, se rendent au plexus solaire, dont l'extirpation peut provoquer la glycosurie (Munk et Klehs).
Le sucre produit en excès dans le foie peut être détruit par les tissus. Les expériences de M. Bouchard démontrent que normalement l'organisme hunjain consoimue en '21 heures environ l(SoO grauunes de sucre, mais (ju'il est capahle d'en utiliser des (piantités hien ])lus considérahles. Seulement dans divers états ])athologi(pies, la transformation de la glycose devient moins active; c'est ce (|ui a lieu notamment sous l'inlkience de divers trouhles nerveux.
M. Bouchard, étudiant, à ce point de vue, l'effet des sections nerveuses, trouva que le sucre est plus abondant, six fois dans le sang veineux du meml)re énervé, trois fois dans cehii du meudjre intact : si les résultats sont variahles, c'est que l'expérience, en apparence très simple, est en réalité fort complexe. En sectionnant un nerf mixte, comme le sciatique, on coupe des lilets moteurs, sensitifs et vaso-moteurs dont les actions peuvent être opposées. Il faut encore tenir compte des modifications circulatoires, des changements dans la consonunation de l'oxygène et dans la formation de l'acide carhonique; on ne doit pas ouhlier enfin que les phénomènes varient avec le temps écoulé, car la section nerveuse provoque d'ahord une excitation, qui peut modifier l'expérience.
Si la section des nerfs mixtes augmente généralement la consommation du sucre, la section de la moelle la diminue toujours. Or, l'excitahilité est exagérée dans le segment isolé par la section : on serait donc porté à croire que l'action nerveuse modère la nutrition. Pour juger la question, M. Boucliard a fait les deux expériences suivantes : sur un chien, il faradise le hout périphérique du sciatique et recueille le sang par une veine sous-cutanée; pendant la faradisation, la quantité de sucre monte de 0,907 à 1,910 pour 1000 et retomhe, après la faradisation, à 1,021. Si on répète l'expérience, en opérant sur une veine musculaire, on voit, pendant la faradisation, la quantité de sucre tomher de 1,114 à 0,875, pour remonter ensuite à 1,545.
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Ces expériences, qui datent de 1881, démontrent que les excitations nerveuses empêchent la consommation du sucre ; mais, pour obtenir ce résultat, il faut opérer sur des éléments non contractiles, le fonctionnement des nuiscles provoquant des effets opposés qui troul)lent l'expérience.
En résumé, à coté des glycosuries par modification vaso-motrice du foie, il faut admettre une action directe du système nerveux sur la desti'uction des hydrates de carbone. Il y a dans la moelle, même dans sa partie inférieure, des centres dont l'excitation peut empêcher, dans des régions limitées du corps, l'utilisation du sucre.
Influence des réactions nerveuses sur la transformation de la matière azotée — Si nous avons étudié d'al)ord les modilications du sucre, c'est que ce principe immédiat est fort simple, et qu'il est facile d'en suivre les variations. Envisageons maintenant le principe le plus compliqué, l'albumine.
L'observation journalière montre que le système nerveux a une influence sur les métamorphoses des matières protéiques. Tout le monde connaît l'action de la bonne et de la mauvaise humeur sur l'appétit; c'est que la gaieté active les métamorphoses et que la tristesse les ralentit. A la suite d'une grande joie, Bôcker vit un homme perdre en vingt-quatre heures 1159 grammes; on trouva dans l'urine 87 grammes de matières solides, dont 40 grammes d'urée. Dans les mêmes conditions, Beneke rapporte que l'excrétion de l'urine monta en six heures de 550 à 900 centimètres cubes et la densité s'éleva à 1027 et 1041,5.
Les jouissances et les préoccupations intellectuelles et artistiques accélèrent les métamorphoses de la matière azotée; aussi le savant et l'artiste ont-ils besoin de la consommer en plus grande quantité.
Si la joie augmente la production de l'urée, les états d'abattement, de dépression morale diminuent le taux de cette sul)stance; le travail intellectuel (Bôcker, Ilammond, Byasson), les secousses psychiques, l'angoisse (Prout, Ilaughton) ont également pour résultat de modifier sa formation, tandis que le travail musculaire reste sans effet, car il s'accomplit aux dépens du sucre; c'est l'énergie nerveuse qui réclame la substance azotée.
Les excitations du système nerveux élèvent le taux de l'urée. L'air marin l'augmente de 5 grammes; le bain de mer de 1 gramme, le bain de mer chaud de '2 à 5 grammes. Les excitations cutanées, obtenues par les frictions, par lafaradisation, sontégalementcapablesd'activer la formation de ce corps.
Réciproquement dans l'insuffisance nerveuse, dans Thystérie, l'urée, qui est parfois en quantité normale, peut diminuer ou même manquer presque complètement; dans un cas, l'élimination tomba à 0^'',75 en vingt-quatre heures (Empereur).
De même que certains diabètes sucrés relèvent d'un trouble de la nutrition, il existe des diabètes azoturiques qui sont dus également à des modifications nutritives par influence nerveuse. Lancereaux a publié une statistique qui porte sur 72 cas de diabète azoturique; 21 fois les causes
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ne sont pas indiquées; pour les 51 autres malades, riniluence nerveuse s'est fait sentir 55 fois, comme le montrent les chiffres suivants.
Ti'iiumatismes de la tète 5
Choc traumaticjue 5
Lésions de l'encéphale 7
Hystérie et névropathie 7
Emotion vive 2
Abus de boissons 7
Refroidissement suljit 5
Insolation 1
On peut ajouter à ces faits, une observation de M. Bouchard concernant un homme tombé du quatrième étage.
Les influences nerveuses n'ont pas toujours pour effet d'activer l'élaboration delà matière azotée; elles peuvent parfois l'entraver et la ralentir. Dès lors, les produits du dédoublement des substances protéiques arrivent aux émonctoires à un moindre degré d'oxydatioi^; Furine devient plus acide; elle renferme, en excès, l'acide urique, l'acide oxalique, les acides volatils, les phosphates terreux, l'oxalate de chaux. En même temps, des acides volatils s'échappent par d'autres voies, parla peau, par le poumon ettraduisent leur présence par une fétidité spéciale de la sueur et de l'haleine.
Ainsi se constitue cet état morbide qui est désigné sous le nom de ralentissement de la nutrition ou bradytrophie et qui relève de causes très diverses : la débilité nerveuse, congénitale ou acquise, la fatigue cérébrale, la contention d'esprit, les préoccupations habituellestristes, l'hypochondrie, l'aliénation mentale, au moins dans ses formes dépressives. Ces diverses manifestations ne constituent pas des maladies ; ce sont des groupes symptomatiques, résultant de maladies ou de perturbations fonctionnelles.
Si le système nerveux influence l'excrétion des substances dérivant des matières protéiques, il peut, dans quelques cas, faire apparaître aux émonctoires de vraies all)uminoïdes.
On connaît les albuminuries, les hémoglobinuries et les hématuries a frigore ; on connaît le rôle du système nerveux dans la production des hémathydroses, des épistaxis ; on a établi expérimentalement la possibilité d'une albuminurie par énervation des reins ou section des splanchniipies. Dans tous ces cas, la matière protéique éliminée est une substance normale, c'est-à-dire telle (pi'elle se trouve dans Téconomie. Mais lorsque Talbumine présente des modifications pathologiipies, elle constitue un élément étranger, inutile sinon nuisible. Or, suivant une loi bien connue, l'organisme tend toujours à éliminer les substances anomales ; Talbumine pathologique sera donc chassée par les émonctoires et notamment par le rein.
11 est facile d'établir cliniquement une distinction entre ces deux grandes variétés d'albuminurie : l'albumine normale, la sérine, est rétractile; quand on l'a précipitée au moyen du réactif de Tanret, on la voit, sous l'influence de l'ébullition, se rassembler au fond du tube ; en même temps le liquide s'éclaircit complètement. Cette albumine rétractile s'observe quand du sang,
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du pus, du s(''ruiii sont mélangés à l'urine, dans Torganisino ou en dehors de lui; c'est dire qu'elle se rencontre dans les néphrites, l(>s pyélites, les cystites, dans les trouides rénaux d'origine cardiaipie ou vasculaire. Au contraire, l'alhuuiine non rétractile ne forme pas de grumeaux sous l'intluence de la chaleur; malgré une éhullition prolongée, le liquide reste trouhle et o])alescent. Cette variété d'alhuminui'ie, liée à la présence d'une glohuline, s'ohserve dans les infections, dans les cas d'hyperthermie, dans certaines intoxications, dans les dyscrasies ; elle dépend d'un trouhle jirofond de la nutrition. On peut donc conclure que h présence de l'alhumine non rétractile, c'est-à-dire de la glohuline, est l'indice d'une perturhation nutritive des éléments organiques.
Or le système nerveux provoque ces deux variétés d'alhuminurie, car il peut mettre en jeu des mécanismes assez complexes. On sait, depuis les expériences de Cl. Bernard, qu'il existe dans le hulhe un foyer assez étendu, dont l'excitation, directe ou réllexe, est suivie du passage de l'alhumine dans les urines ; la voie centrihige est représentée par les splanchniqiies et les nerfs des reins; ceux-ci semblent agir tantôt en provoquant des uioditications vaso-motrices, tantôt en trouhlant le fonctionnement et la nutrition des cellules épithéliales ; cette pathogénie complexe explique la variabilité des résultats et la possibilité, quand le troid)le circulatoire est li es marqué, d'une hématurie concomitante. Ce qui démontre la réalité de ces conceptions, c'est que la piqûre du quatrième ventricule amène le plus souvent l'albuminurie non rétractile, mais ])arfois cependant elle détermine le passage de la sérine.
C'est probablement en retentissant sui- le hulhe que les lésions des diverses parties des centres nerveux provoquent l'albuminurie; le mécanisme est le même que pour la glycosurie; les deux phénomènes s'observent du reste dans des circonstances analogues : c'est-à-dire à la suite de traumatismes cérél)raux, dans la commotion et surtout dans l'hémorragie cérébrale, dans les lésions de l'isthme et de la protuhérance, enfin dans les cas d'excitation de la moelle, notauuuent à la suite de piqûres ou de sections.
Toutes les excitations centri|)ètes sont capahles de provoquer le passage de l'albumine dans l'urine. Si on sectionne un nerf sensitif, le sciatique par exemple, l'albuminurie peut apparaître; mais elle est transitoire et inconstante, car l'excitation est trop légère. Si on électrise le hout central du sciatique, l'albuminurie se produit et persiste pendant plusieurs heures.
Dans la réalité, c'est sur les terminaisons nerveuses qu'agissent les excitations. Or l'albuminurie peut être provoquée par des excitations sensorielles ou sensitives. C'est ce qu'on ohserve sur les animaux dont on excite la rétine au moyen d'une violente lumière; l'inhalation de Fammoniaque produit le même elTet, mais, dans ce dernier cas, le phénomène est complexe, car il relève peut-être d'une impression douloureuse. L'influence sensorielle ressort nettement d'une expérience de Capitan qui ohtient l'alhuminurie, parfois même l'hématurie, en tirant un coup de pistolet à côté d'un lapin.
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Les excitations cutanées ont, sur la production de Talbuminurie, une influence démontrée par Tobservation et l'expérience. Lassar, Unna ont reconnu que, chez un grand nombre de sujets, la frotte, administrée dans le traitement de la gale, donne une albuminurie passagère. Les recherches de Kemhadjian, de Capitan, de La Celle de Chàteaubourg ont confirmé ce résultat, et ont établi qu'il en est de même à la suite des frictions au gant de crin, des douches, de la faradisation. Peut-être fïiut-il aussi attribuer un certain rôle à l'excitation réflexe quand il s'agit d'albuminurie consécutive au froid, au vernissage, aux badigeonnages d'iode, aux injections sous-cutanées de chloroforme. Mais, dans tous ces cas, le processus est trop complexe; on doit tenir compte, en effet, des troubles vaso-moteurs, des congestions rénales réllexes, de l'intoxication, etc.
Quand l'excitation porte sur les nerfs viscéraux, le résultat est analogue; seulement l'interprétation est encore moins aisée. 11 semble bien cependant que ce soit une albuminurie réflexe, celle qui survient à la suite des irritations péritonéales, de la laparotomie par exemple; mais, dans les cas de colique hépatique ou néphrétique, dans les cas de diarrhée, on peut invoquer un tout autre processus. Nous n'insisterons pas sur ces faits; il nous suffit d'avoir établi la possibilité d'une albuminurie ou plutôt de plusieurs variétés d'albuminurie par réaction nerveuse.
On a moins étudié les changeuients que peuvent présenter les autres matières albuminoïdes. Cependant quelques expériences de M. Bouchard semblent établir que la section des nerfs ou de la moelle, c'est-à-dire la suppression de l'action nerveuse, a pour eft'et d'augmenter la teneur en llbrine du sang veineux sortant de la partie énervée. L'excitation directe ou réflexe a un effet inverse; elle diminue le taux de la fd^rine.
Enfin les viciations nutritives peuvent se traduire par la formation de substances toxiques. Dans un grand nombre d'affections nerveuses on a observé une augmentation de la toxicité du sang ou de l'urine; sous l'influence de violentes émotions, le lait de la nourrice devient toxique pour le nourrisson. Il est inutile d'insister sur ces faits qui ont déjà été étudiés, dans le premier volume de cet ouvrage, à propos des auto-intoxications.
Rôle des réactions nerveuses dans le développement des diverses manifestations arthritiques. — L'influence des troubles nerveux sur la luitrition ressort nettement de l'étude des diverses manifestations bradytrophiques. Nous avons déjà parlé du diabète qui peut naître à la suite d'excitations nerveuses et, en tout cas, en est toujours fortement influencé. Une remarcpie analogue s'applique à la lithiase biliaire; en admettant même son origine microbienne, il faut reconnaître que la formation des calculs est notablement favorisée par les causes déprimantes de l'activité nerveuse; c'est la maladie qui s'observe après les grands chagrins.
Mais où l'influence nerveuse apparaît le plus nettement, c'est dans la pathogénie de la goutte : elle est également imjmrtante dans la ])i'oduction de la diatlièse et dans l'éclosion d(^s accès. Les fatigues de toutes sortes,
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qui augmentent la formation de l'acide urique, les soucis, les responsabilités, raud)ition, les excès de travail, l'abus des plaisirs vénériens, les secousses morales, les émotions du jeu, voilà autant de causes qui hâtent l'apparition de la maladie : or, la plupart d'entrés elles ne s'observent pas chez les peuples sauvages ; aussi l'histoire établit-elle que la goutte s'est promenée sur le monde comme la civilisation.
La connaissance des causes de la goutte nous donne le moyen de l'éviter. On devra remplacer les excitations mauvaises par des excitations salutaires; il faudra conseiller, aux sujets prédisposés, la vie au grand air, les voyages, les distractions, leur dire d'éviter les fatigues et les excès; leur prescrire des excitations cutanées, telles que lotions, frictions, bains, etc.
Les causes qui provoquent l'apparition de l'accès ne représentent parfois que l'exagération d'une des conditions précédentes; le plus souvent ce sera une excitation de même nature, mais plus brusque, réalisant un véritable choc. On voit l'accès éclater après un coup sur une jointure; dans d'autres cas, ce sera un choc moral, ou bien un choc génital, ou bien enlin un choc thérapeutique, l'administration intempestive d'un vomitif, d'un purgatif ou d'une douche.
C'est donc par l'usage bien ou mal entendu des réactions nerveuses que l'individu qui a une tare originelle peut échapper à ses destinées pathologi(pies ou hâter leur réalisation.
Influence des réactions nerveuses sur la chaleur animale. — En modifiant la circulation, les sécrétions, en réglant l'intensité des mouvements respiratoires en agissant sur la nutrition et sur la contractilité umsculaii e, le système nerveux joue le rôle capital dans la répartition de la chaleur animale, c'est-à-dire dans la })roduction du calorique, sa distribution et son rayonnement. Bien que le mécanisme des fièvres nerveuses soit fort compbwe, on doit, seinble-t-il, attribuer une grande importance aux contractions musculaires dans la produclion exagérée du calorique. Pliilip[)en a montré, etl'et, que chez les animaux curaris('s l'excitation des nerfs sensitifsne produit plus, comme chez l'animal sain, des changements dans le métabolisme de la matière et n'est plus suivie d'une élévation thermique.
Nous n'insisterons pas longuement sur cette question, qui sera traitée avec tous les détails nécessaires dans les deux chapitres consacrés à la lièvre et à l'hypothermie. C'est qu'en effet il fout envisager successivement les cas où les réactions nerveuses aboutissent à l'élévation de la température et ceux, au contraire, où elles j)rovoquent un abaissement.
11 existe toute une catégorie de lièvres nerveuses, qu'on observe surtout quand les réactions sont faciles à mettre en jeu, c'est-à-dire chez les enfants, les hystériques, les malades et les convalescents. 11 suffit ahjrs d'un travail musculaire ou intellectuel extrêmement léger, d'une émotion, d'une colère pour (pie la température monte de plusieui's degrés; parfois
LE CHOC NERVKUX. iol
c'est une émotion agréable, comme la visite des parents le jeiuli et le dimanche à l'hôpital .
D'autres fois, la température s'élève parce qu'on veut imposer au sujet une obligation qui lui déplaît. M. Le Noir a observé un enfant qui se débattait parce qu'on voulait prendre sa température : on le maintint de force et on trouva 59°; quelques heures après, l'enfant étant calmé, se laissait faire de bonne grâce : la température était tombée à 57°. Une influence analogue agit pour contrecarrer l'action réfrigérente des bains froids ; si le malade se refuse à la balnéation, s'il résiste, sa température organique, malgré l'action de l'eau froide, monte de plusieurs dixièmes de degré.
Chez les convalescents, on observe à chaque instant des élévations analogues qui sont dues sinq^lement à un travail peu fatigant; il suffit que le sujet prenne quelques soins de toilette, qu'il se peigne, ou bien qu'il fasse une lecture un peu longue, pour que la température remonte ; il en est de même quand on le laisse se lever pour la première fois ou qu'on commence à l'alimenter. Ces faits éclairent le mécanisme de ce qu'on appelle la fièvre hijstériquex ils montrent que, si un système nerveux robuste sait garantir l'économie ^contre les variations thermiques, la faiblesse nerveuse rend sa protection moins vigilante et moins efficace ; elle en fait un réactif particulièrement sensible pour les agents provocateurs de la fièvre.
Nous savons, par un grand nombre d'exemples, que les mêmes causes peuvent, suivant leur intensité, produire des eflets diamétralement opposés. Cette loi s'applique à la chaleur animale ; les divers agents provocateurs des fièvres nerveuses peuvent amener l'hypothermie. Ce sont surtout les grandes émotions, les impressions très vives, les excitations violentes qui abaissent la température; mais on observe alors toute une série de phénomènes graves dont l'ensemble constitue un syndrome important, le choc nerveux.