ROLE DES RÉACTIONS NERVEUSES DANS LES INTOXICATIONS ET LES INFECTIONS
Los réactions norveuses dans les intoxications aiguës et chroniques et dans les infections. — Rôle du choc nerveux. — Résumé du rôle des réactions nerveuses en pathologie.
Nous serons brefs sur le rôle d(^s réactions nerveuses dans les intoxications et les infections : il nous suffira de réunir et de coordonner certains faits épars dans diverses parties de cet ouvrage.
Rôle des réactions nerveuses dans les intoxications aiguës. —
Envisageons d'abord les intoxications aiguës.
Le plus souvent le poison est introduit par les voies digestives; sa présence suscite aussitôt une série de réactions qui ont pour eflet de neutraliser ou du moins de diminuer son action.
[CH. BOUCHARD et G H ROGER.
LES RÉACTIONS NERVEUSES
S'il s'agit d'un corps sapide, ayant un goût désagréable, styptique, brûlant, l'individu recrachera la substance qu'il allait avaler. En même temps, la réaction nerveuse a pour résultat d'augmenter la sécrétion salivaire. Le liquide produit en excès lave la cavité buccale et dilue ce qui a été déjà dégluti.
Des phénomènes analogues se produisent dans l'estomac et même dans l'intestin. L'excitation des terminaisons nerveuses provoque le vomissement et la diarrhée, l'augmentation des sécrétions gastro-intestinales a aussi le double avantage de diluer les toxiques et d'établir un contrecourant (pu entrave l'absorption. Dans quelques cas, au contact des albuminoïdes que renferment les transsudations, des combinaisons se produisent, qui sont moins nocives que le corps ingéré.
Même quand il s'agit d'auto-intoxications par exagération des fermentations gastro-intestinales, des réactions identiques entrent en jeu. La salivation dilue les toxines ; les sécrétions du tube digestif, devenues plus abondantes, agissent de même; les vomissements, la diarrhée servent encore à expulser les substances nocives auxquelles les microbes ont donné naissance.
Dans l'appareil respiratoire, nous trouvons également des réactions protectrices contre les intoxications : c'est l'éternuement ou la toux qui avertit du danger et tend à rejeter les gaz délétères. Au niveau de la conjonctive, c'est le larmoiement réflexe. Au niveau de la peau, où l'absorption est plus difficile, les réactions sont moins nettes et consistent simplement en des lésions congestives, œdémateuses ou inflammatoires. L'intervention des réactions nerveuses est souvent bien marquée, quand un poison est dé])osé sous la peau ; il se produit un œdème local qui apparaît parfois avec une rapidité étonnante, en quelques minutes.
Ainsi, (piclle que soit la région par laquelle ils tentent de pénétrer, les poisons, ou du moins certains d'entre eux, provoquent des réactions essentiellement caractérisées par la congestion et l'exsudation liquide, ou plus exactement par une hypersécrétion ou un œdème, suivant qu'il s'agit d'un tissu pourvu ou non d'un système glandulaire. Voilà comment se produit la lésion locale, qui reconnaît pour mécanisme un réflexe en navette, dont les effets reviennent au point de départ. Il n'en est pas toujours ainsi : certaines substances pénètrent dans l'organisme sans réveiller sa susceptibilité, d'autres exercent des excitations plus fortes et, aux troubles réflexes locaux, s'ajouteront des manifestations générales qui se traduiront par des modifications de la respiration, de la circulation, de la chaleur animale. Enfin, si l'excitation est très violente, les réactions dépasseront le but; elles provoqueront des actes inhibitoires, pouvant entraîner rapidement la mort : c'est la syncope ou le choc nerveux.
11 est difficile, dans tous les cas, de déterminer exactement si les diflerents troubles que nous venons d'indiquer, aussi bien les troubles locaux que les troubles généraux, reconnaissent seulement pour cause une excitation locale et s'il n'est pas nécessaire, pour qu'ils se produisent, qu'il
JiOLE DES RÉACTIONS NERVEUSES DANS LES INTOXICATIONS.
existe des modifications des centres réactionnels. Il est bien évident qu'une partie du poison introduit est rapidement absorbée et va modifier le pouvoir réactionnel du système nerveux. C'est ce qui a lieu dans le cas de syncope par cbloroformisation : l'excitation, produite sur le larynx par les vapeurs de chloroforme, se transmet au centre qui, déjà imprégné par le poison, se trouve apte k réagir plus énergiquement qu'à l'état normal. Aussi arrive-t-on à diminuer les chances de syncope chloroformique en amoindrissant l'excitabilité des centres ou des expansions nerveuses. C'est ainsi qu'on a été conduit à proposer une injection sous-cutanée d'une solution d'atropine et de morphine ou un badigeonnagc du larynx avec la cocaïne. Dans les deux cas, on espère, par des moyens différents, supprimer le réflexe qui part de la muqueuse laryngée pour aboutir au cœur.
Cependant le larynx n'est pas la seule partie des voies respiratoires qui puisse être le point de départ d'un réflexe mortel, il en est de même de la surface pulmonaire. Les vapeurs d'ammoniaque, de térébenthine, de chloroforme, même quand on les fait inhaler par une canule trachéale, excitent les terminaisons des pneumogastriques : par action réflexe, elles produisent des modifications du rythme respiratoire et, accessoirement, des mouvements du cœur ; la respiration devient faible, superficielle et peut s'arrêter. Ces modifications représentent, jusqu'à un certain point, une réaction protectrice, car en diminuant l'intensité de la respiration, elles s'opposent à l'absorption du poison ; seulement le but est dépassé et il en résulte de nouveaux dangers pour l'organisme.
En face des substances qui augmentent la sensibilité des expansions nerveuses, il faut placer celles qui la diminuent. En créant une anesthésie locale, elles ont évidemment pour eflet de modifier, en sens inverse des précédentes, les réactions; tous les anesthésiques locaux rentrent dans ce groupe.
L'absorption du poison et son arrivée dans l'économie vont susciter de nouveaux phénomènes, dont quelques-uns sont analogues à ceux qui se produisent au point d'introduction. En allant se localiser dans certains viscères, en s'éliminant par d'autres, les substances toxiques peuvent produire le même effet, soit qu'elles excitent directement les expansions des nerfs, soit qu'elles les excitent indirectement par suite des troubles ou des lésions qu'elles déterminent dans les cellules. Les altérations cellulaires représentent ainsi un stade intermédiaire entre l'action toxique et la réaction : les cellules altérées ou détruites constituent une épine inflammatoire dont l'organisme tend à se débarrasser. Dès lors les réactions nerveuses sont mises en jeu et se traduisent par une congestion suivie de diapédèse, d'exsudat séreux, parfois d'hémorragie. On comprend ainsi la production dans les viscères des lésions inflammatoires d'origine toxique. Ces phénomènes inflammatoires pourront être le point de départ de nouvelles réactions nerveuses qui expliqueront diflérents troubles présentés parle malade, rendront compte de certains phénomènes psychiques
[CH BOUCHARD et G H ROGER ]
LES RÉACTIONS NERVEUSES
comme la douleur; ils pourront même servir de point de départ à des manifestations délirantes. Dans les cas d'empoisonnement cantharidien par exemple, une première série de phénomènes réactionnels a abouti au développement d'mie cystite qui sera suivie de nouvelles réactions; ainsi se produisent Tintolérance vésicale, la dysurie, le ténesme et, dans certains cas, un délire à caractère érotique.
Si nous envisageons les autres lésions viscérales, nous pourrons citer des phénomènes analogues. iVinsi, quand un poison s'élimine par l'intestin, son passage détermine des phénomènes inllammatoires, une exagération ou une suppression des mouvements, ou des sécrétions. Quand il s'élimine par le poumon, il provoque la congestion, l'œdème, l'hypersécrétion bronchique et la toux. Enfin, de même qu'au niveau du tube digestif, il peut diminuer la résistance de l'appareil respiratoire aux germes microbiens : de là une nouvelle série de réactions nerveuses ayant pour effet de combattre l'infection secondaire.
On conçoit que toutes ces réactions puissent se produire par suite d'excitations portant sur les diverses expansions du système nerveux. Mais, dans la réalité, les poisons ])rovoquent en même temps des modifications dans les centres réactionnels, modifications qui pourront favoriser ou contrecarrer les effets des excitations périphériques.
Dans bien des cas, les modifications dynamiques des centres nerveux se traduisent par des changements dans l'intensité des réactions provo(pi('es par les causes banales. Ce ne sera plus, comme tout à l'heure, un troui)le suscité par le poison qui servira de point de départ à la réaction; ce sera une excitation quelconque qui, atteignant un centre modifié, déterminera des phénomènes morbides.
L'exemple le plus démonstratif nous est fourni par l'intoxication strychni(pie : sous l'influence de la strychnine, les centres médullaires sont dans un tel état que la moindre excitation provoque des réactions extrêmement intenses. Mais si on met l'animal empoisonné à l'abri des excitations externes, les manifestations morbides ne se produisent plus. Le tétanos wStrychnique rentre donc dans le groupe des phénomènes par réaction nerveuse et, s'il paraît dans quelques cas se développer spontanément, c'est que les excitations qui suffisent tà le provoquer sont si légères qu'elles passent facilement inaperçues.
L'analyse des phénomènes est plus délicate dans les cas de poisons cérébraux. Le délire qu'ils provoquent relève parfois, d'une manière évidente, d'une excitation externe; c'est, par exemple, lorsqu'il est mis en jeu par une iiiqiression sensitive ou sensorielle : un mot prononcé devant le malade, un objet qui passe devant ses yeux, une sensation olfactive ou tactile peuvent diriger les manifestations psychiques dans un sens et leur servir de thème. Il n'en est pas toujours ainsi ; souvent les conceptions délirantes semblent naître spontanément. Cependant, envisageant les faits de plus près, nous reconnaîtrons que, même dans ce cas, il s'agit d'une exagération réactionnelle : le délire a pour point de départ des excitations
ROLE DES RÉACTIONS NERVEUSES DANS LES INTOXICATIONS
antérieures, emmagasinées depuis plus ou moins longtemps, et surtout des excitations qui sont gravées profondément, soit parce qu'elles ont été intenses, soit parce qu'elles ont été souvent répétées. On conçoit ainsi que les conceptions délirantes portent sur un événement grave ou sur les occupations habituelles du sujet et revêtent souvent un caractère professionnel.
A rencontre des substances qui augmentent le pouvoir réactionnel du système nerveux, il faut naturellement placer celles qui le diminuent. Tels sont les bromures, dont l'action peut être assez marquée pour ((ue la > strychnine reste sans effet; tels sont les hypnotiques qui suppriment la sensibilité aux impressions ambiantes.
C'est en modifiant l'état dynamique des divers centres échelonnés dans l'axe cérébro-médullaire que les poisons déterminent la plupart des phénomènes morbides qui caractérisent leur action. Sans revenir sur les faits déjà étudiés ailleurs (art. L^toxications, t. I), il suffit de rappeler les modifications qui se produisent dans les cellules présidant aux mouvements, aux sécrétions, aux actions vaso-motrices. Mais ce sont surtout les troubles des centres cardiaques et respiratoires qui présentent de l'importance, car la mort résulte le plus souvent d'une excitation trop intense, ou an contraire d'une paralysie d'un de ces deux centres, surtout de celui qui préside à la respiration. Aussi, par la respiration artihcielle, peut-on prolonger l'existence. C'est dans les mêmes cas que les excitations périphériques rendent des services : la flagellation, les frictions, la faradisation des vagues, les tractions rythmées de la langue réussissent souvent à réveiller les centres respiratoires et circulatoires dont la paralysie allait déterminer la mort.
Parmi les modihcations que les toxiques peuvent produire au point de terminaison des arcs réflexes, on a surtout étudié celles qui sont de nature paralytique. Le curare et les substances analogues rentrent dans ce groupe; elles empêchent l'excitation centrifuge de parvenir aux muscles auxquels elle est envoyée. On peut citer encore l'atropine qui suspend l'action inhibitoire des pneumogastriques sur le cœur : dès lors, les excitations qui peuvent arrêter cet organe restent sans effet; les réactions nerveuses ne se font plus, parce qu'elles sont arrêtées à leur point de terminaison.
Les quelques exemples que nous avons rapportés suffisent à établir le rôle et l'importance des réactions nerveuses dans les intoxications : c'est un processus qui intervient constamment et explique la plupart des I ) h é n 0 m è n e s m 0 r b i d e s .
Rôle des réactions nerveuses dans les intoxications chroniques. —
Nous avons envisagé jusqu'ici les phénomènes qui se produisent dans les intoxications aiguës. Dans les cas chroniques, les réactions nerveuses ne sont pas moins importantes, mais elles ne sont pas identiques; caries substances toxiques, arrivant à très petite dose, l'organisme s'y habitue
[CH BOUCHARD «t G H ROGER.}
LES RÉACTIONS NERVEUSES
peu à peu et ne réagit plus contre leur introduction ; il ne fait aucun effort pour s'opposer à leur passage et ne tente plus de se défendre par le développement d'une lésion locale.
Parmi les manifestations cpi'on peut observer, les unes portent sur le système nerveux. Dans la sphère psychique, elles se traduisent par une augmentation ou une diminution lente et progressive des sentiments affectifs, par des changements de l'intelligence, de la volonté, de la mémoire. Parfois on assiste au développement des névroses et notamment des accidents qu'on a décrits sous le nom d'hystérie toxique.
Les troubles plus spéciaux aux intoxications chroniques sont ceux qui portent sur les réactions nutritives. L'obésité des alcooliques, l'amaigrissement des morphinomanes représentent des exemples faciles à constater de ces changements de la nutrition. Mais l'exemple le meilleur nous est fourni par le saturnisme; l'artério-sclérose précoce, le développement de la goutte, l'apparition rapide des tophus, voilà autant de manifestations qui indiquent des changements de l'activité nutritive. Or, comme nous Lavons montré plus haut, les modifications de la nutrition sont sous la dépendance de modifications survenues dans les réactions nerveuses.
Puisque le système nerveux intervient constamment dans l'évolution des empoisonnements, il est facile de comprendre que, suivant son état antérieur, les manifestations morbides peuvent être graves ou bénignes et se présenter sous des aspects variés. Nous avons rapporté un grand nombre d'exemples (voy. Intoxications, t. I) qui prouvent qu'une même substance peut produire, suivant les sujets, des effets différents. La morphine, par exemple, calme certaines personnes et en excite d'autres.
On conçoit aussi que le système nerveux soit capable de précipiter ou de retarder l'apparition des différents troubles. Peu de recherches ont été entreprises sur cette question. Tout ce que nous savons actuellement se rapporte au choc nerveux.
Influence du choc nerveux sur révolution des intoxications. — Si
le choc nerveux est véritablement caractérisé par un affaiblissement des échanges nutritifs, on est conduit à supposer que les substances toxiques contenues dans le sang ne passent que difficilement dans les tissus. On s'explique ainsi cette assertion de Jordan : « Ce n'est que dans les cas heureux que le brandy grise et que l'opium fait dormir. »
Un procédé très simple permet de vérifier expérimentalement cette remarque clinique. Il suffit de plonger une grenouille dans le choc au moyen d'un coup porté sur la tête; on injecte ensuite de la strychnine et l'on constate que les manifestations toxiques n'apparaissent qu'au moment où l'animal commence à sortir de sa torpeur.
On obtient des résultats plus démonstratifs en employait la décharge d'une bouteille de Leyde; dans ces conditions, le tétanos strychnique peut n'apparaître qu'au bout de trente-huit minutes, alors qu'il débute chez le témoin au bout de quatre minutes. Dans quelques cas, l'étincelle ayant
HOLE DES RÉACTIONS NERVEUSES DANS LES INFECTIONS
éclaté sur le côté, le choc est unilatéral; dès lors on assiste à ce spectacle très curieux d'une grenouille atteinte de manifestations tétaniques du côté resté sain. Cette expérience démontre bien que la strychnine a été absorbée, qu'elle a circulé, qu'elle est venue en contact avec la moelle, mais n'a pu pénétrer ses cellules ; il ne s'agit pas d'un phénomène d'épuisement, car nous avons reconnu que le pouvoir réflexe n'est pas aboli, tout au plus est-il diminué pendant les quelques minutes qui suivent la décharge. L'épuisement justifierait peut-être un retard de cinq ou six minutes, mais non de vingt-cinq à trente, comme nous l'avons observé dans nos expériences.
D'ailleurs, en employant un poison qui agit non plus sur la moelle, mais sur les muscles, le sulfate de vératrine, nous avons obtenu des résultats identiques. On ne peut invoquer dans ce cas ni inhibition ni paralysie du système nerveux. On ne peut penser à un épuisement du muscle puisque, pendant le choc, la contractilité est augmentée.
Le poison, strychnine ou vératrine, est absorbé, il circule dans le sang> et cependant la moelle et les muscles n'en éprouvent pas l'influence. On est donc conduit à ce dilemme : ou bien les tissus sont inaptes à réagir, ce qui est peu probable, surtout pour les muscles, ou bien, par suite de l'arrêt de la nutrition, le poison ne passe pas des vaisseaux dans les tissus.
Nos résultats ont été vérifiés et complétés par les remarquables recherches de Galeazzi. Cet auteur opère sur des lapins et provoque le choc soit en pratiquant la laparotomie et refroidissant les intestins, soit en écrasant un membre, tout en prenant le soin d'éviter la lésion des téguments et l'hémorragie. Or, dans ces conditions, la strychnine agit avec moins d'intensité que chez l'animal sain : après quelques tâtonnements, l'auteur a trouvé des doses qui étaient mortelles pour les animaux témoins, alors que les opérés restaient vivants et ne présentaient encore aucune manifestation tétanique une heure plus tard.
Ces résultats, fournis par l'étude des intoxications, ont conduit Galeazzi à rechercher comment se comportent les agents infectieux chez les animaux en état de choc : il a constaté que la réceptivité est très diminuée pour le charbon et le colibacille ; le choc ralentit le développement et la généralisation de l'infection ; il met les éléments des tissus à l'abri de l'action des poisons élaborés par les bactéries pathogènes, poisons que nous savons capables de favoriser le développement de l'infection, en neutralisant les moyens de défense de l'organisme.
Les réactions nerveuses dans les infections. — Les faits que nous venons de rapporter rapprochent les infections des intoxications. Il e«t facile de se convaincre que les réactions nerveuses interviennent de la même façon dans les deux groupes morbides. On sait, en effet, que l'infection doit être envisagée comme une intoxication, mais son histoire est encore plus démonstrative en faveur du rôle dévolu au système nerveux dans la genèse et l'évolution des maladies.
[CH. BOUCHARD et G.-H. ROGER.}
LES RÉACTIONS NERYEUSES.
Tous les jours les hommes sont exposés à la contagion, tous les jours ils sont attaqués par les microbes pathogènes. Sans compter les noml)reuses bactéries qu'ils hébergent à l'état physiologique, ils ont à lutter contre des agents plus nettement spécifiques, contre le bacille de la diphtérie, de la tuberculose, les germes des fièvres éruptives. 11 est même fréquent de voir certains de ces microbes pénétrer dans l'organisme et y séjourner sans produire de troubles; le bacille de la tuberculose, notamment, se rencontre souvent dans les ganglions bronchicpies d'individus sains. C'est là évidemment une première défaite pour l'organisme, mais défaite légère, puisqu'elle n'a aucune conséquence iïîcheuse; la résistance du sujet a été assez grande pour empêcher la puUulation des microbes, l'imprégnation de l'économie et le développement de la maladie.
Sans doute il existe certains microbes contre lesquels nous sommes presque complètement désarmés. Ce sont surtout ceux qui pénètrent par les solutions de continuité, par les plaies accidentelles : tels sont les agents du charbon, de la syphilis, de la rage; encore est-il que, dans quelques cas, on peut opposera leur action une résistnnce parfaite; mais c'est l'exception. Contre ces agents, nos moyens de défense sont trop faibles; contre la plupart des autres, ils sont plus que suffisants.
D'une façon générale, l'honnne sain est invulnérable; pour que la inaladie se développe, il faut la connivence de l'organisme. Les plus anciens observateurs avaient compris l'importance des causes prédisposantes ; en tête de chaque maladie, ils avaient dressé une longue liste étiologique : le froid, la fatigue, le surmenage, les infractions à l'hygiène, les influences déprimantes du système nerveux, l'action des intoxications et des infections antérieures ou actuelles, le rôle de l'hérédité, de l'innéité étaient invoqués pour expliquer le développement des maladies les plus disparates. C'est qu'on n'avait pas encore compris qu'à une maladie déterminée il faut une cause spécifi(pie. Les découvertes de ces dernières années nous ont fait connaître la nature de cette cause efficiente, mais elles ont fait oublier tout d'abord le rôle des causes adjuvantes. On revient actuellement à une conception plus équitable. Si l'agent spécifique est indispensable, il n'est pas suffisant; son développement n'est possible que par l'intervention des diverses conditions que nous venons d'énumérer.
Or les causes qui préparent l'infection, malgré leur multiplicité apparente, peuvent se ramener à deux groupes : les unes agissent directement sur les cellules, les autres sur le système nerveux.
Dans le premier cas, il y a traumatisme ou dystrophie cellulaire; les éléments sont atteints dans leur vitalité; ils sont tués ou rendus peu résistants, ou bien leur nutrition est modifiée et il en résulte secondairement des changements dans la constitution chimique des humeurs et notamment du sano.
Si l'action porte sur le système nerveux, il se produit des modifications de l'activité réactionnelle dont l'interprétation n'est pas facile. Supposons par exemple un individu soumis à l'action brusque du
ROLE DES RÉACTIONS NERVEUSES DANS LES INFECTIONS
froid; on voit consécutivement survenir une [)neiunonie. Si Ton ne peut, avec les anciens auteurs, admettre que le froid a donné naissance à l'inflammation pulmonaire, il faut reconnaître qu'il a joué un rôle important dans la genèse des accidents; il a permis le développement du pneumocoque qui, jusque-là, était resté à l'état d'hôte inoffensif dans les voies aériennes supéiieures ; si ce microl)e s'est subitement exalté, s'il a envahi les parties sous-jacentes, ce n'est pas évidennnent parce que le froid a augmenté sa virulence, c'est parce qu'il a diminué la résistance de l'organisme.
On répète souvent que le froid agit en provoquant une congestion réflexe du côté du poumon; cette congestion active créerait, dit-on, l'opportunité morbide. C'est là une hypothèse qui ne repose sur aucun fait. On n'a pas encore démontré expérimentalement que le froid provoquât une congestion active du poumon. L'inverse semble plus proba])le; sous l'influence du froid, une vaso-constriction primitive se produit, et la congestion, dont la clinique révèle l'existence, nous appnrait comme un phénomène secondaire. En faveur de la conception que nous émettons, nous pouvons rappeler les expériences que nous avons déjà citées de Frédéricq ; ce physiologiste a démontré qu'une application glacée sur le crâne détermine à la fois la vaso-constriction des artères de la peau et des méninges. Pourquoi n'en serait-il pas de même dans les poumons? On a une trop grande tendance aujourd'hui à admettre qu'il se produit toujours des modilications vaso-motrices en sens inverse dans les parties superficielles et profondes. Les expériences de Frédéricq prouvent qu'il n'en est pas toujours ainsi. La question mériterait donc d'être reprise et étudiée expérimentalement ; il faudrait rechercher ce que devient la circulation pulmonaire dans le coup de froid, et savoir si le sang, chassé de la peau et du poumon, n'est pas simplement refoulé dans le système veineux abdominal. Notre conception nous semble, mieux que l'hypothèse classique, cadrer avec les faits connus; car ce n'est pas la congestion active, c'est l'anémie qui prédispose à l'infection; la congestion est déjà une réaction de l'organisme, seulement le stade initial passe facilement inaperçu et la congestion réactionnelle est le premier phénomène que la clinique révèle.
La ])lupart des autres causes adjuvantes, dont l'observation a démontré le rôle, sont également fort complexes. Le surmenage, pai' exenr[)le, agit en moditiant la constitution chimique des humeurs, par suite des modilications fonctionnelles des cellules, mais en même temps il diminue le pouvoir réactionnel des centres nerveux. Les infections, les intoxications, qui préj)arent la voie au développement de nouveaux microbes, troublent aussi le fonctionnement de certaines cellules et entravent les réactions nei veuses. Mais, dans tons les cas, les modilications (jui favorisent l'infection eu agissant sui' le système nerveux, sont celles qui diminuent le pouvoir léactionnel et, par conséquent, rendent moins rapides et moins intenses les congestions réflexes.
[CH. BOUCHARD et G. H. ROGER.]
LES RÉACTIONS NERVEUSES
Cette influence apparaît encore plus nettement quand on étudie le développement d'un microbe qui a pénétré par effraction dans un point quelconque de l'organisme.
Supposons une bactérie phlogogène déposée sous la peau, le streptocoque par exemple. Si le microbe est très virulent, une septicémie générale se développe d'emblée. S'il possède une activité moyenne, une lésion locale, c'est-à-dire une dermite érysipélateuse, se produit, qui aura pour effet de s'opposer à l'envahissement de l'économie. Cette lésion locale s'explique par le mécanisme suivant : le streptocoque sécrète des substances qui s'attaquent aux cellules de l'organisme et tendent à provoquer leur mort. Ces éléments altérés stimulent les terminaisons nerveuses sensitives; il en résulte un réllcxe vaso-dilatateur, c'est-à-dire une congestion qui représente le premier stade de l'inflammation. Le développement de cette lésion locale est donc un phénomène réflexe et son étude nous conduit à envisager successivement le rôle des nerfs centripètes, des nerfs centrifuges et des centres.
Les nerfs centripètes, ce sont les nerfs sensitifs de la région envahie.
Supposons par exemple le streptocoque inoculé sous la peau des deux oreilles chez un lapin; une des oreilles est laissée intacte, sur l'autre on coupe les nerfs sensitifs, c'est-à-dire les auriculo-cervicaux (pri commandent, comme on sait, au réflexe vaso-dilatateur (réflexe de Sncllen- Schiff"). Malgré la section nerveuse, la lésion locale peut se produire, mais l'érysipèle est plus grave et plus durable que du côté sain, et il aboutit fréquemment à la gangrène et à la perte d'une partie du pavillon. [Nous pouvons donc conclure que la section nerveuse n'empêche pas le développement de la lésion locale, mais entrave la guérison.
Envisageons maintenant le nerf centrifuge; supposons qu'après avoir inoculé le streptocoque, on arrache le ganglion cervical supérieur du sympathique. On détermine une congestion précoce et intense; la lésion locale se développe plus tôt que du côté intact, elle est plus violente, mais elle disparaît plus rapidement et plus complètement ; la réparation se fait plus vite et mieux. La section du sympathique a donc pour effet d'avancer le début de l'inflaunnation et d'en hâter la résolution. Il faut remarquer d'ailleurs que cette influence favorable de la congestion vasculaire ne s'observe pas seulement dans les cas de lésion microbienne; il en est exactement de même, comme l'a montré Samuel, quand on provoque l'inflammation auriculaire au moyen de l'eau bouillante ou de l'huile de croton.
On peut aussi, après avoir pratiqué l'inoculation du streptocoque, maintenir l'oreille à une tenq^érature élevée ; on favorise ainsi le début de l'inflammation et on voit la guérison survenir rapidement (Filhene).
Enfin on peut activer la réaction vaso-motrice en donnant à l'animal des substances qui agissent sur les centres vaso-dilatateurs. Dans ce cas, on exerce encore une influence favorable à l'organisme (Carnot).
Toutes ces expériences sont concordantes. Elles mettent bien en
ROLE DES RÉACTIOA'S NERVEUSES DANS LES INFECTIONS
évidence le rôle des réactions vaso-motrices dans la défense de l'organisme. On peut y ajouter les expériences de M. Frenkel, qui a établi que la paralysie vaso-motrice retarde la dissémination des bactéridies charbomieuses, injectées sur la peau, tandis que la section des nerfs sensitifs accélère l'évolution du processus infectieux.
Ainsi lorsqu'un microbe a été inoculé, plus la réaction congestive est précoce, plus l'évolution est favorable. C'est qu'alors l'exsudation séreuse bactéricide et la diapédèse phagocytaire peuvent se f^iire plus énergiquement. Si, opérant sur un lapin, on met sous la peau de chaque oreille une cellule de Hess contenant quelques gouttes d'une culture de streptocoque, et si l'on arrache le ganglion cervical supérieur d'un côté, on trouve, au bout de quatre ou cinq heures, qu'il y a 40 à 50 fois plus de cellules rondes du côté opéré que du côté intact.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que de ce qui se passe au niveau de la peau; c'est que les phénomènes y sont plus simples et plus faciles à suivre. Si le microbe attaque une muqueuse, l'évolution est analogue, seulement on observe, en plus, des modifications dans les glandes qui s'y trouvent; il se produit une sécrétion abondante qui a évidemment pour effet de l)alayer les germes microbiens. La salivation dans les cas d'angine, l'écoulement nasal dans les cas de coryza, en sont des exemples bien connus.
Des modifications analogues se produisent dans les parties profondes. Le catarrhe des voies biliaires ou de l'intestin, qui survient à l'occasion des envahissements microbiens, représente également un processus de défense. Il y a plus : les lésions inflammatoires peuvent provoquer, par action réflexe, des mouvements spasmodiques (jui poui'ront parfois aider à l'évacuation des substances nocives, ou déterminer simplement des cou tractions douloureuses sans profit apparent pour l'organisme.
Ces différents phénomènes sont tout à fiiit analogues à ceux que nous avons étudiés à propos des intoxications : dans les deux cas, les réactions locales représentent une tendance à la lutte, bien qu'elles puissent provoquer à leur tour de nouveaux accidents : les congestions trop énergiques, les œdèmes, les inflammations, les exsudais peuvent apporter un trouble sérieux à l'accomplissement des fonctions et même, par leur intensité, compromettre la vie.
Il serait évidemment très intéressant de faire pour les organes ce qu'on a fait pour la peau et d'étudier l'action exercée sur les inflammations viscérales par les réactions nerveuses. Peu de recherches ont été poursuivies dans ce sens. Les expériences anciennes de Cl. Bernard et de Brown-Séquard n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt historique, car ces physiologistes n'ont pu tenir conq^te, à l'époque où ils ont opéré, de l'intervention accidentelle des microbes. Dans les recherches de Cl. Bernard notamment, on voit rénervation provoquer l'inflammation du rein, l'arrachement du ganglion cervical inférieur du sympathique déterminer des pleurésies ; dans tous les cas, il s'est agi d'infections opératoires. Le seul fait véritablement acquis, c'est que la vagotomie permet le développement d'une inflammation
[CH. BOUCHARD et G. H ROGER.}
LES RÉACTIONS PsERVEUSES.
microbienne dans le poumon. C'est un résultat tout à fait comparable à celui que nous avons fait connaître à propos des inflammations de la peau par le streptocoque : la section des nerfs centripètes favorise l'infection; elle paralyse ou du moins diujinue les moyens de défense dont dispose organisme.
La lésion locale ne suffit pas évidemment à entraver toujours le processus ; le microbe peut franchir la barrière, traverser les exsudais, échapper aux pba'^ocyles; ou bien, dès son arrivée dans l'organisme, il sécrète des substances qui exercent une action chimiotactique négative, c'est-à-dire qui empêchent l'arrivée des leucocytes et repoussent les cellules migratrices. Dans d'autres cas, le microbe produit des substances qui, absorbées, vont agir sur les centr(\s vaso-dilatatsurs, provoquer leur paralysie et empêcher ainsi la dilatation active qui précède la diapédèse. Sans doute, Ui paralysie n'est pas absolue et les centres vaso-moteurs agissent encore chez les animaux infectés; mais il sufht que l'activité de ces centres soit diminuée pour (pfil se })roduise une aggravation des accidents infectieux.
Les microbes ou les toxines, une fois introduits dans l'organisme, agissent exactement comme les poisons proprement dits. Suivant leurs aptitudes particulières ou suivant l'état antérieur des diverses parties, ils vont se localiser d'une faç^'on élective dans certains organes ou certains tissus; ils y déterminent des lésions celhdaires, qui, à leur tour, provoquent des l'éactions inllauuuatoires ; le mécanisme est absolument le même (|ue celui (jue nous avons vu présider au développement de la lésion locale. En même teuq)s les toxines troublent, couune les autres poisons, le jeu d(^s divers appareils; elles agissent directeuieiU, sur les cellules ou indiiecleuient par l'intermédiaire du systèuie nerveux. A une première |)éi io(le, nous avons vu survenir des phénomènes réactionnels intenses se haduisaiit ])ar de la congestion aiguë et par une exagération des sécrétions; à une période plus avancée, on observera des manifestations inv(M ses. Les sécrétions seront tliminuées, c'est notamment ce qui a lieu ])om' le l'cin : les iid'ections, pour peu ((u elh^s soient graves, entravent considérablement le fonctionnement de cet organe. L'urine, produite vu moindre (|uantité, renferme fort peu de substances toxiques : puis, au moment où la guérison s'établit, la diurèse reprend et dépasse son taux normal; il se fait une décharge urinaire et un rejet consitlérable des substances nocives qui s'étaient accumulées pendant la jualadie. Celte ci ise, (|ui est si nette dans la pneumonie franche, est le résultat et non la cause de la guérison ; elle doit s\\xpli(pier, seud)le-t-il, par une moditi- <'ation nerveuse : pendant la période d'état, la fonction l'énale était entravée, })eut-être par suile d'une action directe des toxines sur l'épithélium glandulaire, mais sm tout par suite d'un trouble dans le système jierveux. Au moment de la crise, les poisons morbides sont annihilés et le système nerveux )écu|)èi'e S()n activité; on comprend, de cette façon, l'é ohition brusque des phénomènes ci'itiques. Ce que nous disons de l'urine est égalem(;ni ^ rai pour les autres sécj'étions : suivant la période.
ROLE DES RÉACTIONS NERVEUSES DANS LES INFECTIONS
la nature ou la gravité de rinfectioi], elles sont exagérées ou diminuées. La sécheresse de la bouclie que la clini(|ue nous a fait connaître, la diminution de la bile, détiioiitrée expérimentalement, sont des exemples classiques. Ce qui porte à penseï' qu'il s'agit bien d'un trouble sécrétoire d'origine nerveuse, c'est que les recherches que nous avons poursuivies avec la malléine établissent nettement que cette substance provoque la sudation, non en agissant directement sur les glandes, mais par l'intermédiaire du système nerveux.
Nous n'insisterons pas plus longtemps sur ces faits, car nous serions conduits à répéter ce qui a déjà été exposé dans divers chapitres de cet ouvrage. Il nous a suffi de rappeler, en quelques mots, rinq:)ortance des réactions nerveuses : elles dirigent un i>rand noudjre de manifestations morbides, elles interviennent dans le développement des lésions locales et des troubles viscéraux, elles expliquent divers synqjtôiiies généraux y conqiris la fièvre et rendent compte de la marche et de la terminaison des infections.
Conclusions. — L'influence des réactions nerveuses, qui apparaît si nettement quand on envisage les infections, se retrouve dans les auti es classes de maladies. Mais leur importance est moins grande. Dans la plupart des cas. le système nerveux est incapable de détoîu'nei' les traumntismes et d'empêcher l'absorption des poisons. Il intervient seulement pour modifier les effets défavorables des causes pathogènes ; s'il ne peut arrêter l'action, il peut diriger les réactions. En cas de traumatisme, il travaille à la réparation de la plaie et tend à empêcher son envahissement par les microbes. En cas d'intoxication ou d'infection, ses réactions expliquent la plupart des symptômes.
Ainsi, qu'il s'agisse de dystrophie primitive autonome, d'intoxication, d'infection, le système nerveux intervient pour entraver ou préparer la maladie, l'abréger ou la prolonger, rendre son évolution plus bénigne ou plus grave.
Pour résumer, en quelques mots, son influence, nous dirons que ses troubles ne créent pas la maladie, mais l'expliquent; ses aptitudes réactionnelles rendent compte des synqitômes et de l'évolution. Si des causes identiques produisent des effets dilférents, c'est qu'elles agissent sur des organismes dont le système nerveux n'est pas sendjlable : le particularisme individuel y trouve son explication. Une excitation violente, frappant un système nerveux normal, déterminera une syncope. Une excitation légère, atteignant un système nerveux malade, suffira à produire le même effet, ou pourra provoquer des phénomènes plus graves, convulsions, paralysies, contractures. Cet exemple, si simple, éclaire les cas plus complexes et peut servir à les expliquer. La pneumonie se présente avec des caractères tout à fait dissemblables chez le vieillard, l'adulte, l'enfant, l'alcoolique; cependant le microbe est le même dans tous les cas; les différences dépendent du système nerveux. Nous pouvons donc répéter encore
PAÏHOLOfaE GÉNËHAI.E. — III. 51
[CH. BOUCHARD et G.-H. ROGER.}
LES RÉACTIONS NERVEUSES
une fois qu'en médecine le terrain sur lequel évoluent les maladies est bien plus important que la cause qui leur donne naissance, nous pouvons ajouter seulement que le particularisme individuel trouve son explication dans le particularisme du système nerveux.
Par H. ROGER
Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. Médecin de l'Hôpital de la Porte d'Aubervilliers.