‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 148 sur 166 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le fonctionnement d'un organisme vivant est coordonné avec une harmonie tellement parfaite que tout changement survenu dans l'une de ses parties entraîne fatalement des modifications dans les autres.

Cette proposition n'est qu'une application particulière d'une loi générale, qui s'adresse à toute unité composée, c'est-à-dire à tout agrégat, à toute association, et se trouve également vraie en mécanique, en hiologie et en sociologie. Quelques exemples feront mieux saisir son importance et sa généralité.

Supposons un atelier où divers appareils sont rattachés à un arbre unique : la force et la vitesse resteront constantes tant que le travail restera constant; mais si l'on remplace un des appareils par un autre mieux compris, dans lequel la perte résultant des frottements est moins considérable, les autres appareils auront plus de force à leur disposition et accompliront plus de travail, ou, si le travail reste le même, on pourra modérer la marche du moteur et par conséquent réaliser une économie.

Les choses ne se passent pas autrement, connue Ta bien montré H. Spencer, dans le domaine de la sociologie. Dans un pays où une industrie, la métallurgie du fer par exemple, prend une extension inusitée, ce ne sont pas seulement les individus attachés à ce genre de travail qui ressentent les bienfaits de cette production surabondante, ce sont également ceux qui sont employés aux industries connexes, comme l'extraction de la houille; ce sont ceux qui transportent les matières premières ou les produits de fabrication; de là, toute une série de changements heureux faciles à prévoir et résultant simplement d'une modification locale.

Arrivons maintenant à un être vivant : supposons qu'un appareil, un organe, un tissu acquière un développement inusité; pour prendre un

exemple très simple, admettons qu'un homme exerce certains muscles en vue d'un travail déterminé, ces muscles devront consommer une plus grande quantité de matériaux capables de leur céder de la force vive; de là des modifications circulatoires, une contraction plus énergique du cœur, l'apport d'une plus grande quantité de sang, la transformation d'une plus grande quantité de matières, une nutrition plus active, l'augjnentation des excréta urinaires, de Tacide carbonique exhalé, etc. ; le travail d'un groupe musculaire aura donc pour conséquence une activité l)lus grande des échanges nutritifs, c'est-à-dire une augmentation de la puissance vitale.

Nous avons supposé, dans ces divers exemples, qu'il se produisait une modilîcation favorable; dans le cas contraire, il est facile de comprendre qu'il surviendra une série de changements diamétralement opposés. Dans l'exemple emprunté à la mécanique, un appareil fonctionnant moins bien, les autres auront à leur disposition moins de force, et l'on devra leur demander moins de travail ou user plus de condjustible. Dans le domaine de la sociologie, une industrie qui périclite compromet la richesse d'un grand nombre d'industries connexes et, jusqu'à un certain point, la richesse générale. En biologie, un organe dont les fonctions s'affaiblissent entraîne un abaissement dans le taux des échanges nutritifs de l'organisme entier.

Si nous passons maintenant à l'étude des faits pathologiques, nous concevons facilement qu'il n'existe pas d'affection frappant exclusivement un organe. Les troubles peuvent être localisés au début; ils pourront ])araître, à un examen superficiel, siéger dans une partie limitée de l'organisme. En réalité, il se produit nécessairement un grand nombre de modihcations dans féconomie entière. Les réactions sont plus ou moins marquées, parfois même imperceptibles; elles n'en existent pas moins, il n'y a pas de maladie qui reste locale.

Nous sommes donc conduit à rechercher par quel mécanisme les lésions d'un organe retentissent sur le reste de l'économie; nous avons déjà étudié comment une cause morbifique peut atteindre une partie de l'organisme; ce sont les processus pathogéniques primaires; les processus pathogéniques de deuxième ordre doivent nous faire saisir comment la [)artie malade devient à son tour une nouvelle cause de désordres morbides.

Pour peu qu'on rélléchisse aux connexions qui existent entre les diverses parties de l'organisme, on comprend facilement que les processus pathogéniques de deuxième ordre peuvent se ramener à quatre principaux :

Les synergies fonctionnelles ;

Les contiguïtés d'organes;

Les connexions vasculaires ;

Les connexions nerveuses.

L ES SYNERGIES FONCTIONNELLES.

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