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CHAPITRE II

LES CONTIGUÏTÉS D'ORGAMES

Les lésions d'un organe peuvent retentir sur les organes voisins par deux procédés bien différents : tantôt il s'agit simplement d'une action mécanique ; un viscère hypertrophié comprime et refoule les parties contigues; tantôt l'affection a des caractères spécifiques, et suscite dans les parties adjacentes des troubles spéciaux ou des réactions particulières.

11 suffit de réfléchir un instant à la disposition anatomique des organes et à leurs rapports réciproques pour comprendre les effets produits par le développement insolite de l'un d'eux. Les exemples abondent; nous en rappellerons quelques-uns : l'épanchement de la plèvre gauche déviant le cœur et les vaisseaux de la base et pouvant entraîner des troubles souvent graves et même la mort subite ; les tumeurs de la glande thyroïde comprimant la trachée; les tumeurs de l'utérus, de l'ovaire refoulant les intestins, le diaphragme et- gênant le jeu des poumons. C'est, on le sait, à un mécanisme de ce genre que différents observateurs attribuent la coexistence si fréquente de la dilatation de l'estomac et de l'ectopie rénale; seulement les auteurs ne s'accordent pas sur le mécanisme; pour Bartels, l'ectopie rénale est primitive, et le rein, chassé de sa loge, vient appuyer sur le duodénum, le rétrécit et provoque ainsi la dilatation stomacale; pour M. Bouchard, au contraire, c'est Tectasie gastrique le phénomène initial et l'ectopie rénale est due à une compression exercée par le foie secondairement hypertrophié. D'après Glénard, la coexistence s'expliquerait simplement par une laxité spéciale des moyens de fixité des organes abdominaux .

Les phénomènes produits par la compression peuvent être graves : témoin la syncope dans la pleurésie gauche ; mais les troubles disparaissent souvent avec la cause pathogène ; qu'on ponctionne la pleurésie, et le cœur reprend sa situation; qu'on extirpe les tumeurs de la thyroïde, de l'utérus ou de l'ovaire, et l'on fera cesser les manifestations secondaires. Cependant il n'en est pas toujours ainsi : un simple trouble mécanique peut entraîner des effets irrémédiables. C'est ce qui a lieu surtout quand la compression porte sur les conduits excréteurs, les vaisseaux et les nerfs; il se produit alors une série de modifications fort importantes.

La compression du conduit excréteur d'une glande détermine la stase du liquide sécrété; quand elle est de courte durée, les troubles cessent dès que l'obstacle a été levé. Mais, pour peu qu'elle se prolonge, il se produira une série de modifications dans les épithéliuins, et consécuti-

LES CONTIGUÏTÉS DMIRGANES.

veinent dnns le tissu conjonctif. A nn moment, on pourra suppriuier l'obstacle, la lésion glandulaire persistera et évoluera pour son propre compte. Les exemples de ce processus sont extrêmement nombreux : c'est à peine si nous avons besoin de mentionner la cirrliose par compression des voies biliaires, l'bydronépbrose, la sclérose et l'atropbie du rein (piand l'uretère est oblitéré, par exemple dans le cancer de la vessie ou de l'utérus. On a cité des faits analogues pour les glandes salivaires, le pancréas. On peut en rapprocher ce qui survient à la suite des compressions ou des rétrécissements du larynx et de la trachée; il se fait au niveau du poumon un emphysème irrémédiable.

Que tous ces effets résultent directement de l'obstruction produite par r4^)bstacle et de la stase des liquides, que, dans quelques cas, il faille invoquer une infection secondaire, qu'il soit nécessaire, pour^ expliquer la ciri'hose, de faire intervenir l'action des microbes qui habitent normalement l'organisme ou de leurs toxines, peu importe. Le seul fait que nous voulons mettre en évidence, c'est que la compression des canaux excréteurs produit d'abord des troubles mécaniques, curables, puis des lésions anatomiques, qui persistent alors que la cause a cessé d'agir.

Des phénomènes analogues se passent au niveau des vaisseaux ; ils sont même, en général, plus rapides et plus graves. S'il s'agit d'une artère, il se produit, dans le territoire irrigué, de l'ischémie, puis de la nécrose ou de la gangrène. Si c'est une veine, la stase sanguine engendre l'œdème et, plus tard, la sclérose. On conçoit donc que les troubles ne tardent pas à devenir irrémédiables: nous les étudierons du reste, dans le chapitre suivant.

Nous reviendrons plus loin aussi sur les effets consécutifs aux compressions nerveuses: au début, les manifestations sont passagères; il se fait des modihcations sensitives, des névralgies ou bien des spasmes, des paralysies; des troubles vaso-moteurs ou trophiques, parfois des infections rapidement mortelles, dont le plus beau type nous est représenté par la pneumonie du vague.

En résumé, les parties hypertrophiées ou déplacées agissant mécaniquement peuvent, à une première période, produire de simples déplacements qui disparaissent quand la cause est supprimée; plus tard surviennent des troubles permanents, survivant à la cause et pouvant évoluer pour leur ])ropre compte, comme des affections autonomes.

Quand l'organe compresseur est atteint d'une affection intlammatoire ou néoplasique, il peut, en même temps qu'il agit mécaniquement, exercer ime intluencc spécifique. Un tissu enflammé provoque souvent de la paralysie dans les parties sous-jacentes. Il y a longtemps que Stokes a établi le fait en ce qui concerne le diaphragme, dans les cas de pleurésie purulente; il en est exactement de même quand une angine phlegmoneuse détermine une paralysie du voile du palais; ailleurs, plus rarement il est vrai, c'est une péricardite aiguë qui amène la paralysie du myocai'de. Ce qui se ])roduit dans les nuiscles striés s'observe également dans

les muscles lisses; témoin la paralysie gastro-intestinale ilans les cas de péritonite.

Ces phénomènes ])aralytiqnes sont-ils dus à une influence spéciale du tissu enflammé, ou Lien résultent-ils d'une action des produits solubles que sécrètent les microbes pathogènes? 11 est actuellement impossible de répondre h ces questions qui devraient être reprises au point de vue expérimental.

Les foyers inflammatoires peuvent se ])ropager aux organes voisins : il y a parfois ouverture inopinée d'une collection purulente dans une cavité contiguè; le plus souvent Touverture est précédée d'un travail préliminaire, véritable inllaunnation propagée, amenant l'épaississement des tissus, puis l'ulcération et la perforation. Le pus se dirige ainsi vers l'extérieur, et le processus est souvent favorable, car il permet l'évacuation de la matière morbilique; mais il peut devenir la source de nouveaux dangers : témoin Tabcès du foie qui s'ouvre dans le poumon et qui provoque consécutivement une gangrène pulmonaire.

En dehors des lésions microbiennes, il n'y a que les affections cancéreuses ({ui puissent se propager par contiguïté ; le cancer de l'estomac peut donner des noyaux secondaires dans les parties adjacentes du foie ou du pancréas. Le cancer de la mamelle, des ganglions lymphatiques peut envahir la peau, etc. Mais, le plus souvent, la propagation des lésions cancéreuses ne se lait ])as de la sorte : les cellules néoplasiques, à l'image des microbes pathogènes, ont bien plus de tendance à emprunter la voie vasculaire, sanguine ou lyuq)hatique, et à susciter ainsi des foyers plus ou moins éloignés de la lésion prhnitive.

On pourrait croire, dans quelques cas, que des lésions scléreuses se sont propagées de la même façon; h la suite des périhépatites, des pleurésies, on a vu survenir des cirrhoses du foie ou du poumon. Mais le j)rocessus est beaucoup plus complexe ; les lésions viscérales relèvent, dans les cas de ce genre, soit de l'action directe de la cause morbifique qui agit à la fois sur la séreuse et l'organe sous-jacent, soit d'une compression des vaisseaux nourriciers se rendant au viscère ; l'anémie qui en résulte, en troublant la nutrition de l'élément noble, provoque le développement compensateur du tissu conjonctif.

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