ROLE DU FOIE
rictèrc. Le même syndrome s'observe parfois dans lliypercliolie : tel est le cas de la cirrhose hypertrophiqne biliaire, qui représente, suivant l'expression de llanot, un vrai diabète biliaire. Or, de nombreuses recherches expérimentales démontrent (jue la bile est fort toxique : injectée dans les veines, après avoir été diluée, elle tue le lapin à dose de 4 à () ce. par kilo. Cette toxicité doit être attribuée aux sels biliaires et au pigment : le glycocholate amène la mort à la dose de 0,54 par kilo, le taurocliolate à la dose de 0,40, la bilirubine à la dose de 0,05 (Bouchard et Tapret).
Ces résultats expérimentaux sont fort importants, mais ne renseignent que sur l'intoxication aiguë. En clinique, nous observons des phénomènes à marche plus lente. Toute la bile ne reste pas dans l'économie. Une partie des principes nocifs s'élimine par l'urine et même par les glandes intestinales ; une partie se dépose dans les organes et les tissus et leur communique une coloration jaune bien connue; en s'arrêtant ainsi dans des tissus peu actifs, dans le tissu coiqonctif notamment, ces poisons se trouvent hors d'état de nuire. Peut-être même se produit-il à leur contact des antitoxines, comme on en voit se développer dans un grand nombre d'intoxications. En tout cas, il arrive un juoment où le plasma étant surchargé de bile, la production de ce liquide se modifie. Ce qui le prouve, c'est que, malgré la persistance de l'ictère, les sels biliaires, qui send)lent représenter la partie la plus dangereuse, ne tardent pas à dispai-aitre de l'urine. Ainsi, élimination par les sécrétions excrémentitielles, dépôt dans des tissus à vitalité obscure, modification de la sécrétion hépatique et, peut-être, production d'antitoxines : voilà les procédés de défense que l'organisme oppose à l'intoxication biliaire. On comprend, dès lors, qu'un ictère puisse se développer et persister pendant longtemps, plusieurs mois ou plusieurs années, sans susciter d'accidents bien graves.
Cependant, même dans les cas les plus légers, certains symptômes mettent en évidence l'action pathogène de la bile.
La clini(pie a établi que la circulation est troublée chez les ictéri(|ues. Le pouls est, comme on sait, notablement ralenti. Rohrig, Feltz et Uitter invoquent l'action des acides Inliaires qui, d'après Spollitta, agiraient sur les nerfs intra-cardiaques modérateurs. De Bruin a repris la question. Au moyen de circulations artificielles faites dans le cœur de la grenouille, il a reconnu que la bilirubine ralentit les battements cardiaques, puis les précipite et, en même temps, abaisse la pression sanguine. Le taurocliolate ralentit le pouls ; le glycocholate l'accélère et diminue la pression. Mais les sels biliaires, dont l'action porte sur tout l'appareil cardiaque, aussi bien sur le muscle que sur les divers ganglions sont moins actifs que la biliru!)ine. De Bruin fait remarquer encore que si le pouls est ample et fort chez les ictériques, c'est à cause des excitations que la bilirubine produit sur la dixième paire.
La bile, connue l'a montré Rywosch, agit encore sur d'autres tissus.
LES PROCESSUS PATlIOGÉiMQUES DE DEUXIÈME ORDRE.
Les sels Diliaires irritent les muscles, puis déterminent leur coagulation; ils paralysent les centres nerveux et diminuent la conductibilité des nerls. Enfin, on sait depuis longtemps que la bile altère un grand nombre d'éléments anatomiques : elle dissout les globules rouges et les leucocytes, désagrège les cellules musculaires et même les cellules bépatiques. Ces altérations des tissus ont pour conséquence la mise en liberté des matières (]ui les constituent et qui viennent enc(tmb[(M' Forganisme : il en résulte une auto-intoxication secondaire qui rend l)ien compte de certains phénomènes morbides, il est facile, en effet, de comprendre ainsi l'asthénie des ictériques, ramaigrissement, la fatigue, l'incapacité du travail physique et cérébral et, dans les cas plus graves, la production d'hémorragies multiples.
L'intoxication dont nous venons de montrer le mécanisme pourra aboutir à des manifestations fort sérieuses, liées en partie aux lésions secondaires survenues dans le rein. ^
Si, pendant un certain temps, le lein est capable d'assurer la dépuration de l'organisme, s'il peut éliminer au dehors et les poisons de la bile et ceux qui résultent de l'action de ce liquide sur les tissus, à la longue, il finit par être lésé à son tour.
Frerichs, puis Lebert, Budd, Yirchow, Môbius ont décrit l'infiltration pigmentaire et la dégénérescence graisseuse de l'épithéliun rénal. Celui-ci devient frcqueimnent granuleux ou vacuolaire ; ces altérations sont suivies, par place, de desquamation. L'expérimentation a permis de reproduire des lésions analogues : en praticpiant !a ligature du gholédoque, Couget a observé la congestion généralisée, les altérations épitliéliales prédominant sur les tubes contoui'ués et les branches ascendantes, et consistant en une désintégration et vm éclaircissement progressif du protoplasma cellulaire. Plus tard, le noyau dispai'ait, les cellules se fondent entre elles et s'émiettent dans la lumière des tubes.
Mais ces altérations l'ésultent-elles véritablciiient du passage de la bile? Ne doit-on pas les attribuer plutôt aux lésions et aux troubles dont l'ictère n'est (pie !;i consé([uence ? Four résoudre cette question, Gouget a étudié l'inlluence des injections de bile chez les animaux. Il a obtenu également des lésions cellulaires, une dégénérescence granuleuse des cellules, avec |)erte des contours et déformation des noyaux. Il a monti'é ensuite que ces lésions étaient dues à l'action des sels biliaires, la bilirubine étant à |)eu près inolfensive pour le rein. On conçoit ainsi comment des ictères par l'étention peuvent se prolonger pendant des mois et des aimées, puis(pie les sels biliaires diminuent très rapidement de l'urine, et, au bout de quelques jours, ne se rencontrent plus qu'à l'état de traces.
Nous pouvons donc conclure ([ue le passage de la bile dans le sang retentit sîu'tout Forganisme; mais s'il y a ictère simple, dont l'ictère par l'étention est le meilleur exeuqile, les troubles ne sont pas très inquiétants. Les sels biliaires qui exercent Faction nocive la plus mar([uée dis-