‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 22 sur 166 · La dépense totale de calories · texte numérisé non relu

La dépense totale de calories

Si l'on réfléchit à ce fait que l'inanition est un état physiologique que de tout temps la lutte pour la vie a imposé aux êtres vivants, à intervalles plus ou moins rapprochés, on peut prévoir a priori l'existence de mécanismes compensateurs permettant aux organismes de s'adapter à cette situation. Zuntz et Lehmann (^) font remarquer à ce propos que cette adaptation s'opère dans deux directions principales. Quelques espèces réduisent leurs échanges nutritifs à un minimum et renoncent à maintenir leur température propre et leur activité musculaire au niveau habi tuel. Ce sont les animaux hibernants. D'autres au contraire maintiennent intégralement leurs dépenses d'énergie. Tel est le cas des carnivores, par exemple, que l'inanition pousse à la poursuite de leur proie avec un redoublement d'activité. Il existe donc nécessairement un mécanisme compensateur qui conserve à ces organismes la pleine disposition de l'énergie dont ils ont besoin. On sait déjà que ce mécanisme consiste dans des prélèvements opérés par l'animal sur ses propres tissus, et l'on a montré plus haut (p. 65) que l'organisme se procure de la sorte, toutes choses égales d'ailleurs, un nombre de calories égal à celui que lui apportait, dans l'état d'alimentation, sa ration d'entretien.

Ces résultats ont été confirmés par les observations méthodiques faites en 1887 sur le jeûneur Cetti à Berlin, par une commission de physiologistes et de chimistes (^), observations dont l'intérêt considérable fait

(1) Berl Min. Woch., 1887, 16 et 24. Maly's Jahresh., t. XVII, p. 364 et 415.

(2) Le compte rendu complet, signé par G. Lehmann, F. Millier, I. Munit, H. Senator et N. Zuntz, se trouve dans Virchow's Archivât. CXXXl, Supplementliefl, 1895.

L'INANITION TOTALE ET L'ALIMENTATION INSUFFISANTE

passer au second plan toutes les expériences — toujours Fort courtes — cpii avaient été faites jusqu'alors sur riiomme à l'état d'inanition.

Chez Cetti, la dépense totale de calories, calculée d'après ses excréta, fut la suivante pour vingt-cpiatre heures :

Dépense Dépense totale pour 1 kilogramme (calories). (calories).

Au premier jour de jeûne 1850 'ô1,i

Au cinquième jour de jeûne 1600 50,0

On voit donc que, rapportée au kilogramme de poids vif, ce qui est particulièrement indispensable ici à cause de l'amaigrissement notable des sujets, la différence, qui est de 7 pour JOO seulement, rentre presque dans les limites d'erreur de l'observation.

L'étude des échanges respiratoires faite sur Cetti par Zuntz et Lehmann confirme d'ailleurs pleinement ces résultats. En période d'alimentation, mais pris à jeun, c'est-à-dire loin du dernier repas, Cetti consommait de 4^%50 à 4^% 79 d'oxygène par kilogramme et par minute. Pendant le jeûne, il en absorbait :

Centimètres cubes.

Du troisième au sixième jour 4,65

Du neuvième au onzième jour 4,75

Les combustions respiratoires conservent donc pendant le jeûne leur pleine intensité.

Toutes choses égales d'ailleurs, T organisme pris à Vétat de jeûne se procure donc, par la destruction de ses tissus, une quantité d'énergie égale à celle que lui fournissait la désagrégation de ses aliments.

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