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Mode de répartition de la dépense

Les réserves d'hydrates de carbone (glycogène) que possède l'organisme sont relativement peu importantes. Elles cessent très rapidement d'entrer en ligne de compte, et c'est sur ses matériaux azotés et ses graisses que Téconomie doit prélever, à l'état de jeûne, ce qu'exigent ses dépenses d'entretien. Disons immédiatement que cette dépense d'albumine et de graisse se continue sans interruption jusqu'au moment de la mort.

La démonstration de ce double phénomène est très simple. Pour ce qui regarde d'une part l'albumine, le dosage de lazote total dans l'urine montre que la destruction des matériaux azotés se continue jusqu'au dernier moment. Si d'autre part on dose en même temps le carbone perdu par les urines et la respiration, on constate que l'animal a éliminé plus de carbone que n'en contenait l'albumine détruite, laquelle est connue par le dosage de l'azote perdu. Il suit de là qu'outre l'albumine, mi autre corps, non azoté, a été désassimilé, et comme ce phénomène se produit

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NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA NUTRITION A L'ÉTAT NORMAL

d'une façon continue jusqu'au moment de la mort et que les réserves d'hydrates de carbone ont en grande partie disparu dès les premiers jours, il faut bien admettre que ce surplus de carbone provient de la consommation des réserves graisseuses. Ainsi Pettenkoffer et Voit ont déterminé chez un chien au dixième jour de jeûne une dépense de 28 grammes d'albumine et de 85 grammes de graisse. Au cinquième jour de jeûne, Cetti prélevait sur ses tissus 69°%4 d'albumine et 541 grammes de graisse.

En ce qui concerne la consommation cValhnmine^ l'organisme traverse d'abord une période préliminaire, où l'élimination de l'azote est encore sous l'influence de l'alimentation des jours précédents. Pendant cette période, on voit l'organisme dépenser d'autant moins économiquement ses réserves d'albumine que les apports de matériaux azotés ont été plus abondants avant l'inanition. Puis il s'établit un régime de moindre dépense azotée, qui se maintient au même taux pendant un grand nombre de jours Ce n'est que dans les derniers jours, lorsque les réserves de graisses sont à peu près épuisées, que l'azote urinaire augmente brusquement. La déchéance organique est alors rapide et la mort ])rochaine.

La quantité d'albumine sacrifiée quotidiennement par l'organisme est variable avec les individus. C. von Noorden indique comme valeur moyenne, du premier au dixième jour de jeûne, une élimination de 10 à 11 grammes d'azote, soit environ 0^'.15 à 0^',25 d'azote (ou 0^'",95 à 1^'',45 d'albumine) par kilogramme de poids vif chez l'homme bien portant. Chez la femme, les valeurs observées sont plus faibles; il ne vient guère que 5 à 6 grammes d'azote en 24 heures. Quant aux oscillations qu'on constate d'un individu à l'autre, elles tiennent surtout à la grandeur variable des réserves en graisses, qui constituent d'ailleurs dans le poids total de l'anim.al un poids mort et auxquelles ne correspond aucune désassimilation azotée. Ainsi un jeune chien de 20 kilogrammes, observé par Falk, éliminait au premier jour de jeûne 21^', 4 d'urée, tandis qu'un animal du même poids, mais plus âgé et gras, n'en fournissait que 14^^9. En outre, on n'observe pas chez les animaux riches en graisse cette hausse brusque de l'azote urinaire, qui, dans le cas des animaux maigres, annonce la mort prochaine. Chez les premiers, l'excrétion d'azote diminue lentement jusqu'à la mort, qui arrive beaucoup plus tard, et à l'autopsie on constate que les réserves de graisses ne sont pas encore complètement consommées.

La quantité de graisse consommée en 24 heures pendant le jeûne est beaucoup plus variable. Elle dépend évidemment en première ligne de la demande totale de calories adressée par l'organisme à ses tissus, l'économie restreignant ses dépenses d'albumine à un minimum et complétant la somme totale de calories dont elle a besoin par la destruction d'une

(^) Cette continuelle élimination d'azote pendant le jeûne paraît avoir été observée d'abord par Lassaigne, qui dès 1825 avait signalé la présence de quantités relativement considérables d'urée dans l'urine d'un aliéné après dix-lmit jours de jeûne [Journal de chimie médicale^ 1825, p. 272).

L'INANITION TOTALE ET L'ALIMENTATION INSUFFISANTE

quantité convenable de graisse. On donnera plus loin ({uelques exemples indiquant la grandeur absolue de cette destruction.

Si l'on calcule maintenant, conmie le Mt Rubner, la part relative de l'albumine et de la graisse dans l'apport total de calories, voici les résultats que l'on obtient en utilisant quelques-unes des expériences faites sur l'homme.

Le sujet à réserves graisseuses abondantes, qui fait l'objet; de l'expérience de Ranke (p. 66). dépensait au deuxième jour de jeûne :

Grammes. Calories. Pour 100.

Albumine 50,15 domianl (i) : 240,7 ou 11. l

Graisse 206,0 — 1915,8 ou 88,0

Total 2156,5 100.0

Au contraire Getti, qui était maigre, consommait : Au premier jour de jeune :

Grammes. Calories. Pour 100.

Albumine 88 donnant 422,8 ou 22,1

Graisse 160 — 1488,0 ou 77,9

Total. 1910,8 100,0

Au dixième jour de jeune :

Grammes. Calories. Pour 100.

Albumine 01,4 donnant 294,7 ou 20,2

Graisse 125,0 — 1162,5 ou 79,8

Total 1457,2 100,0

On remarquera combien chez Cetti la dépense d'albumine a été plus considérable, puisqu'elle s'est élevée à près de la moitié de la quantité de graisse consommée.

Les réserves de graisses permettent donc à F organisme en étal d'inanition de diminuer les dépenses d'albumine. On va voir dans un instant que le même phénomène s'observe dans l'état d'alimentation.

o. — Conséquences au poïnt de vue de l'expérimentation physiologique.

Le taux constant auquel s'installe l'excrétion azotée après quelques jours de jeûne est un phénomène important au point de vue de Texpérimentation physiologique. 11 permet en effet d'étudier d'une manière très

(*) En employant ici pour l'albumine le coefficient 4,8 (voy. p. 29).

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précise, et en dehors des complications provenant de la digestion, de la résorption des aliments, etc., l'action des divers aliments, des médicaments, etc., sur la nutrition. On a déjà montré plus haut (p. 69) comment Rul)ner a mis à profit cette observation pour mesurer chez le chien, préalablement mis en état d'inanition, la valeur isodyname des graisses et des sucres vis-à-vis de Falbumine. De la même manière on peut étudier les effets des substances toxiques sur la désassimilation, car toute variation bmsque de V excrétion azotée peut dans ces conditions être mise avec sécurité sur le compte du toxique administré. C'est ainsi que, chez le chien à l'état d'inanition et arrivé au régime de l'excrétion azotée constante, on observe sous rinflucncc du phosphore une hausse subite et considérable de l'azote urinaire, signe extérieur de la fonte cellulaire rapide provoquée par ce poison du protoplasme.

C'est là une méthode d'observation précieuse et sûre, à la condition toutefois de suivre le conseil de Voit, qui recommande de choisir des animaux relativement gras, la longue durée du régime constant de l'excrétion azotée chez ces animaux offrant à l'expérience une sécurité beaucoup plus grande.

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