II. — DU MÉCANISME DES RÉACTIONS CHIMIQUES DE LA YIE
Les opérations chimiques de la vie peuvent encore être envisagées à un autre point de vue qui est celui du mécanisme de ces réactions. La physiologie moderne a établi nettement que ce sont les tissus et leurs éléments cellulaires, et non point les humeurs, sang, lymphe, etc., qui sont le siège, en même temps que la cause première, des réactions chimiques intra-organiques. On peut dès lors se demander par quoi est conféré à ces éléments ccliuhiires le pouvoir de j)roduire des réactions, oxydations, hydratations, réductions, etc., qui ne s'accomplissent in vitro qu'en présence d'agents chimiques très énergiques ou à des températures très élevées, et souvent avec une lenteur qui sans doute ne serait pas compatible avec les nécessités de la vie.
Tout d'abord, lorsque ta théorie cellulaire eut ramené l'étude des êtres vivants à la connaissance de la cellule, on ht halte à ce point, et la cellule apparut comme l'unité physiologique. C'était beaucoup assurément d'avoir dissocié jusque-là le complexe des phénomènes vitaux: c'est la cellule qui choisit ses aliments, les incorpore à sa masse, les détruit, ou les transforme pour les mettre en réserve, c'est elle qui consomme l'oxygène et qui produit Tacide carbonique et les autres matériaux de déchets. Mais on voit aussitôt qu'avec cette conception, le travail chimique de la vie demeure quelque chose d'absolument irréductible et que l'expérimentation ne sait pas où aborder, puisqu'on ne saisit aucun intermédiaire entre la cellule et l'opération qu'elle accomplit, pas plus qu'on n'en peut voir entre l'acide sulfurique et la précipitation du sulfate de baryum. H faut prononcer alors le mot de « propriété » de la cellule ou de Tacide sulfurique, c'est-à-dire confesser que toute tentative d'explication est arrêtée là.
Aujourd'hui les agents essentiels du fonctionnement de nos tissus, c'est-à-dire les instruments dont se sert la cellule pour ses diverses opérations, dédoublements, oxydations, synthèses, etc., apparaissent un à un. Ces instruments, ce sont les diastases. A l'époque même où la théorie cellulaire commençait son invasion triomphante dans les sciences biologiques, Dubrunfaut (1825), puis Payen et Persoz (1855), découvraient et décrivaient la diastase de l'orge germée, c'est-à-dire le premier en date
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NOmNS GÉNÉRALES SUR LA NUTRITION A L'ÉTAT NORMAL.
de ces agents, dont Duclanx(/) dit si justement qu'ils ont aujourd'hui détrôné la cellule. La découverte de ces diastases est échelonnée tout le long de ces cinquante dernières années, mais les notions qui en sont résultées pour la })iologie des animaux supérieurs — comme aussi pour celle des végétaux — n'ont pris corps que tout près de nous, après que l'étude de la nutrition chez les cellules microhiennes eut 'montré toute la généralité et toute l'importance de ces phénomènes.
Montrons d'ahord sommairement, au point de vue spécial de cet exposé, l'analogie entre les cellules ferments et les cellules de nos tissus. Nous ferons voir ensuite que les diastases sont capahles d'effectuer toutes opérations chimiques que nous avons constatées chez les êtres vivants, et que si l'on rapproche ce fait de l'extrême diffusion de ces agents dans tout le règne animal et végétal, les diastases apparaissent comme les instruments universels de la nutrition cellulaire.