‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 51 sur 166 · LE SEGMENT MOYEN · texte numérisé non relu

LE SEGMENT MOYEN

Quand on commence l'étude pratique de ces questions anthropométriques et qu'on choisit, pour se faire une idée du segment normal, des hommes dont l'âge est celui de la maturité, de 50 à 45 ans, et dont la taille est celle des personnes que nous rencontrons habituellement, oscillant autour de la moyenne sans s'en écarter énormément soit au-dessus,

TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION

soit aii-dcssoiis de 1"\52 à l'",80; quand on a soin d'écarter les sujets manifestement obèses ou ceux qui seml)lent marastiques ; quand on a ainsi des liommes qui sont tous normaux en apparence tout en répondant à des types divers de stature ; quand on a mesuré chez chacun d'eux la taille et le poids et qu'on divise pour chacun le nombre de kilogrammes du poids par le nombre de décimètres de la taille, on arrive à un quotient |j qui est 4 ou voisin de 4, oscillant entre 5,7 et 4,5. Alors on se laisse volontiers aller à cette conclusion que je m'accuse d'avoir formulée : le segment anthropométrique normal pèse environ 4 kilogrannnes. S'il en était ainsi, les hommes normaux ne diiïéreraient guère que par le nombre des segments, par la taille.

Mais il n'y a pas un segment normal unique. Chez les individus normaux, les différences du poids du corps ne dépendent pas seulement de la superposition d'un nombre de segments plus ou moins grand. Les hommes normaux grands ont un |)oids plus élevé parce que le nombre de leurs segments est plus grand et aussi parce que chacun de leurs segments pèse davantage, hiversement, les hommes normaux petits pèsent moins parce qu'ils ont moins de segments et parce que leurs segments sont moins lourds. Si les variations du poids chez les individus normaux étaient simplement proportionnelles à la taille, comme un nouveau-né qui a 5 décimètres de long pèse 5 kilogrammes, ce qui lui donne pour poids du segment 0,6, un colosse de 2 mètres devrait peser kilogrammes. D'une façon générale l'adulte pèse 7 fois plus qu'il ne pèserait si depuis sa naissance il n'avait augmenté de poids que proportionnellement à sa taille, un peu moins pour les hommes grands, un peu plus pour les hommes petits. Cela indique manifestement que, à l'état normal, le rapport entre le poids et la taille, jj^ ne peut pas être un nombre constant. A mesure que la taille augmente, les os, en même temps qu'ils deviennent plus longs, deviennent aussi plus larges et })Ius épais ; les muscles s'allongent et deviennent plus gros. C'est dire qu'on ne devra comparer le segment d'un individu sain ou malade qu'avec le segment d'un homme normal ayant la même taille que lui. C'est dire encore qu'il y a \mir l'appréciation de la com|)osition du corps autant d'étalons qu'il y a de tailles différentes. 11 convenait donc de dresser par avance le tableau des segments des hommes normaux de chaque taille.

Pour arriver à attribuer à chaque taille d'adulte le poids qui lui appartient normalement, j'ai procédé comme je disais plus haut, multipliant les mensuration^ chez des hommes qui me donnaient l'impression d'avoir, avec des tailles différentes, la stature et la corpulence normale pour chaque taille. Divisant le poids par la taille, j'obtenais le nombre indicateur du segment. Puis, sur une ligne horizontale divisée en centimètres depuis 140 jusqu'à 200 et figurant, centimètre par centimètre, les diverses tailles dont je voulais avoir les segments, j'élevai — sur cette ligne des abscisses — une perpendiculaire au niveau de chaque division et, sur la

COMPLEXrON.

perpendiculaire correspondant à chaque taille pour laquelle j'avais mesuré le segment, j'inscrivais un point dont la distance à la ligne horizontale était proportionnelle au nombre de ce segment. Je réunissais tous ces points, comme autant d'ordonnées, par une ligne courbe continue. Les points où cette courbe coupait les verticales me donnaient, déterminée géométriquement par leur éloignement de la ligne horizontale, la valeur des segments interposés aux segments mesurés. De Ti segments mesurés, j'ai déduit ainsi 54 segments calculés, en tout 61 segmenls correspondant à des tailles comptées par centimètres depuis jusqu'à 2 mètres. J'ai établi ainsi le tableau, pour chaque taille, du poids moyen normal et du segment normal ou mieux du segment moyen. Je n'ai pas fait intervenir dans cette détermination géométrique les femmes ni les enfants. Mon tableau ne concerne que Thomme adulte et vise tous les adultes. Les adultes dont la taille dépasse 2 mètres ne nous intéressent pas. Ceux dont la taille est inférieure à l'",40 n'appartiennent plus à l'état normal, ils relèvent de la monstruosité ou de la maladie, du nanisme ou du rachitisme.

En face de la taille, du poids du corps et du poids du segment, j'ai inscrit la part pondérale qui, dans le poids du segment, appartient aux principaux éléments constituants : eau, matière minérale, graisse, albumine fixe. Nous pouvons donc comparer le segment d'un sujet quelconque au segment d'un homme normal qui aurait sa taille. Pas encore. En effet, si j'ai dit qu'il y a un segment normal pour chaque taille, je dois dire qu'il n'y a pas pour chaque taille un unique segment normal. Des hommes normaux, d'une môme taille, peuvent avoir des poids ditTérents, une corpulence différente, sans cesser pour cela d'être des hommes normaux. Cela dépend de deux conditions : la Coinplexion et la Musculature.

COMPLEXIO?^

La complexion, c'est ce qui concerne l'ampleur et la solidité de la charpente. Il y a, parmi les hommes normaux d'une même taille, l'homme moyen qui a la complexion moyenne, il y a l'homme aux larges épaules, au thorax développé, aux os épais. Cet homme a une complexion large ou forte et il y a des degrés dans cette complexion supéi'icure à la moyenne. Chez ces hommes à large complexion, les muscles, reliant des apophyses plus longues, sont généralement plus volumineux. Mais enlevez à Hercule sa puissante musculature, il garde sa large complexion. La complexion ne s'en va pas avec l'amaigrissement; la graisse et les muscles disparaissent, les os par leur épaisseur, par la largeur des attaches, par le périmètre du thorax disent toujours ce qu'a été, ce qu'est encore la complexion. D'autres hommes ont les attaches plus fines, les os plus minces, le périmètre thoracique moins ample. Leur complexion est plus grêle; tels qu'ils sont, ils n'en sont pas moins des hommes normaux.

TROUBLES PRÉALABLtS DE LA NUTRITION.

Ils s'éloignent plus ou moins de la moyenne, tout en restant dans l'état normal. Pour une même taille, un homme à complexion large qui, en maigrissant, descend au poids de l'homme moyen, cesse d'être normal, comme aussi l'homme à complexion grêle qui, en engraissant, atteint le poids de cet homme moyen. Il y a pour chaque taille un poids normal en rapport avec le degré de la complexion. Quelques cas particuliers où j'ai pu comparer le poids réel d'hommes de complexion soit large, soit grêle, au poids de l'homme de même taille et de complexion moyenne, m'ont permis de dresser un tahleau des degrés de complexion et, en désignant par 1 le coefficient de complexion moyenne, d'inscrire en regard du degré de la complexion le nombre par lequel il suffira de multiplier le poids du segment moyen pour avoir le poids de cet autre segment normal correspondant à ce degré de complexion.

Cum})lexion très forte 1,12

— forte 1,08

— • un peu forte 1,04

— moyenne 1,00

— un peu grêle 0,90

— grêle 0,95

— très grêle 0,90

Ces coefficients ne servent pas seulement à déterminer ce que serait le segment normal chez un homme d'une taille et d'une complexion déterminées ; ils sont également applicables au calcul du poids des principes immédiats constitutifs du segment.

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