U: BESOIN D'ÉNERGIE NE WVAWT PAS SEUL LA DESTRUCTION
((j'ovocateiirs de la destruction de la iiiatièi'C, pr()[)(»rti()nnollemeid aux iK'Sdius do réconouiie; mais ce l)es()iu d'énergie, pour peu ([ue Faliiiientatiou soit suffisante, ne trouve pas satisfaetiou dans la destruction de 1 alhuuiine. C'est au sucre ou à la graisse qu'il deurande les calories nécessaires : au sucre et à la graisse si le besoin est intense, au(piel cas les oxydations sont actives; au sucre seul si le besoin est moins pressant; même si ce besoin est modéré, l'oxydation ne porte que sur une |)ortion du sucre, l'autre se transformant en graisse par dissociation de la molécule; enfin, en cas d'action organi(p!e languissante, on coiiq)i'end que la force soit fournie, sans oxydation, pai' la sim[)le transformation du sucre en graisse. A cette énergie s'ajoutera toujours celle qui résulte de l'inévital)le (!édoid)lement d'une partie de l'albumine des tissus, par le fait de l'incessante destruction qui va avec l'incessante restauration, ce qui constitue essentiellement la nutrition ou la l'énovation.
Avec Liebig, on a pensé que la nutrition c'était l'assimilation des aliments devenant tissus en quantité correspondant à la desti uction ou désassimilation des tissus qui devenaient matières excrémentitielles. Avec Kiibner, on pense que la nutrition c'est la destruction des aliments et, au besoiti, des tissus, pour dégager l'énergie de la matière organique en pi'oportion et au fur et à mesure des l)esoins de l'organisme. On admel bien que ces tissus se sont formés graduellement par fixation des aliments; on ne prétend pas qu'ils ne sont pas soumis à quelque rénovation, mais généralement on n'en tient pas compte et, le plus souvent, par prétérition, on raisonne couune s'ils étaient iuumiables et on n'envisage dans ce qui pénètre dans le corps que matière à dégagement de calories. A la théorie plastique de la nutrition s'est substituée la théorie dynamique.
Il est certain qu'il y a vérité des deux cotés et il semble que toute la vérité réside dans la combinaison des deux doctrines.
Le côté plastique de la nutrition se réduit h ceci : une fraction de l'albumine du corps, ttItt peut-être chez les vieillards, —j peut-être chez les jeunes gens, se détruit chaque jour et chaque jour est remplacée par une égale (juantité d'albumine alimentaire. Cette destruction dans les tissus est incomplète, mais dégage cependant et forcément une paî t de l'énergie accuumlée dans l'albumine. Les produits de cette preiuièrc phase de la destruction sont mis à la disposition des humcui's. La quantité de l'albumine vivante qui se détruit et se renouvelle varie suivant les individus, elle varie surtout avec l'âge; elle diminue à mesure que l'hounne s'éloigne de la jeunesse; elle diminue dans certains états diathésiques, elle augmente dans beaucoup de maladies et dans presque toutes les fièvres. Elle n'est pas influencée par le travail nuisculaire ni par le froid, pourvu que les aliments fournissent, indépendamment del'albuuune fixe à remplacer, assez de matière organique pour en dégager les calories qu'exigent le travail musculaire et la lutte contre la réfrigération. Elle n'est pas influencée non plus par les variations de l'apport de l'oxygène ou des aliments même azotés, pourvu (|ue ces aliments ne soient pas en quantité
TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION
insuffisante. Le côté dynaiiii(]ue de la nutrition consiste en ceci : les humeurs reçoivent du tulje digestif le sucre, la graisse et l'albumine, indépendamment de celle (|ui doit se fixer. Ces matériaux, d'origine alimentaire, sont utilisés peut-être immédiatement, certainement après avoir été gardés en réserve dans certains organes qui les restituent aux humeurs au furet à mesure des besoins. Les humeurs reçoivent, déplus, la portion désassimilée, mais non encore détruite, de l'albumine des tissus. Toutes ces matières, cpii n'ont pas vécu ou qui ne vivent plus, sont distribuées aux tissus par les humeurs et, suivant les besoins d'énergie, leur destiuction est poussée plus avant au proche voisinage ou peut-être dans l'intérieur des cellules, et dans ces dernières transformations, qui s'accompagnent généralement d'oxydation et qui les rendent excrémentitielles, elles perdent la plus grande partie de ce qu'elles rccélaient d'énergie.
Ce qui est un argument contre la théorie exclusive de Liebig, c'est que, (fuand on supprime brusquement l'albumine alimentaire, le corps ne perd pas une ([nantité d'albumine égale à celle dont on a empêché l'introduction, ce qui devrait être si l'albumine ingérée ne faisait que combler les vides produits par la désassimilation.
Ce ({ui est également un argument contre la tbéoric* exclusive de Rùbner, c'est que si I on peut, pendant quelque temps, reuqjlacer dans l'alimentation le sucre par la graisse ou par l'albumine, la graisse par le sucre ou par l'albumine, si l'on peut même diminuer la ration d'albumine en substituant des quantités isodynames de sucre ou de graisse, il y a une limite au delà de laquelle la restriction de l'alimentation azotée ne peut pas être poussée, malgi'é toutes les compensations en sucre ou en graisse, sans que l'équilibre soit r()uq)u, sans que la consomption survienne. H y a un minimum d'albumine alimentaire réclamé pour la réparation des tissus.
L'ACTIVITÉ HISTOLYTIQUE
Nous avons désormais la possibilité de savoir quelle quantité d'albumine, tant fixe que circulante, est élaborée dans l'unité de temps que nous avons choisie par l'unité de poids de l'albumine des tissus, dans les conditions qui nous paraissent préférables pour cette étude et en admettant que cette unité de matière agissante est incitée à la destruction par les déperditions de calorique auxquelles donne lieu une surface d'émission normale. Il reste à savoir ce que perd, dans les mêmes conditions, un homme de même âge. Car l'âge est le dernier terme de comparaison.
J'ai dosé l'albumine détruite par kilogramme d'albumine fixe et par heure chez des sujets sains dont l'âge était compris entre quatorze et soixante-dix ans; j'ai rempli les lacunes par le calcul et dressé un tableau qu'on trouvera plus lôin, où est indiqué en regard de l'âge le nombre de milligrammes d'albumine détruits en une heure par kilogramme
L'ACTIVITÉ IIISTOLYTIQUE.
(l'albiiiiiino lixe, puis, clans une seconde colonne, la fraction de Falbumine totale, fixe et circulante, qui est détruite en vingt-quatre heures.
Connaissant le nombre de milligrammes d albumine réellement détruits, chez un sujet, en une heure, par le kilogramme d'albumine fixe, si je divise ce noml)re par le coefficient d'excitation catalytique, j'ai le nombre de milligrammes qui seraient vraisemblablement détruits si la surface d'émission était moyenne. J'aurai le chiffre de \ activité histolytique en divisant ce dernier nombre par le chiffre de milligrammes d'albumine que le kilogi amine d'albumine fixe élabore en une heure chez un homme sain de même âge que le sujet étudié, ce chiffre étant fourni par le tableau de f activité histolytique suivant les âges.
Pour l'étude pathologique vers laquelle tendent toutes ces études préalables, soit anatomiques, soit physiologiques, la notion de Vactivité histolytique est la plus importante. C'est la question fondamentale. C'est celle dont on ne peut pas aborder la solution si les premières ne sont pas résolues; mais c'est celle qui, une fois tranchée, donne la clef du problème physiologique et surtout pathologique. On savait que, dans les différents âges, l'intensité de la destruction de l'albumine n'est pas la même ; on savait que, dans certains états morbides, la métamorphose de la substance essentielle des tissus est plus rapide ou plus lente qu'à l'état normal. Peut-on bien dire que cela fut connu de science certaine? Entrevoir n'est pas savoir. Quand on n'avait pas le moyen de déterminer ce que chaque corps contient d'albumine, quand on n'était pas en situation de mesurer les variations de l'incitation à la destruction que créent chez les divers individus les différences de la surfîice émissive allouée à l'unité de poids de la matière agissante, on ne pouvait que se faire une idée par à peu près des variations de l'intensité vitale, de la rénovation moléculaire dont l'un des termes est l'histolyse. En tout cas, que cela fut ou non connu, entrevu ou soupçonné, on peut aujourd'hui le prouver parce qu'on peut le mesurer. Nous pouvons, grâce aux mesures successives, compare}^ : comparer l'intensité vitale dans les diverses phases évolutives de la vie normale, comparer l'état morbide à l'état normal, comparer les divers stades d'un état morbide; mais surtout nous pouvons établir qu'il y a des hommes qui, avec l'apparence normale, ont habituellement une rénovation de leurs tissus moins rapide que d'autres hommes observés dans les mêmes conditions.
La nutrition est plus ou moins active suivant qu'est plus ou moins grande la quantité d'albumine totale élaborée pendant l'unité de temps par l'unité de poids d'albumine fixe. Il serait plus exact de dire, mais nous n'arrivons pas encore à réaliser rigoureusement cette détermination, que la nutrition est plus ou moins active suivant qu'est plus ou moins forte la fraction d'albumine fixe qui se détruit dans l'unité de temps. C'est là un des caractères de l'accélération ou du ralentissement de la nutrition. Ce n'est pas le seul caractère de ces états morbides, ce n'est môme pas un caractère constant.
PATHOLOGIE GÉNÉRALL. — III. 15
TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION