‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 82 sur 166 · C.vjpioQe ^ 07 0 3^ 8 mV'O' H- 9 CO^^ -f- 7 IPO · texte numérisé non relu

C.vjpioQe ^ 07 0 3^ 8 mV'O' H- 9 CO^^ -f- 7 IPO

Ce serait une combustion incomplète à la fa^on de certaines fei'mentations. Les chimistes, en général, ne se sont pas montrés favorables à cette manière de voir qui a pour elle le témoignage de la physiologie générale.

Dans les graines oléagineuses, la germination fait disparaître la graisse, le germe et les cotylédons utilisent cette graisse qui disparaît. On peut, par un artifice, saisir le premier stade de la transformation. Quand on place à l'étuve sur une flanelle humide une graine de ricin et quand, la germination étant commencée, on enlève le germe, le travail ne cesse pas pour cela dans la graine. Les cellules de l'albumen montrent, à côté des gouttelettes huileuses qui diminuent, des grains d'amidon qui se multiplient. Il est probable que, dans les graines pourvues de leur germe, le même travail s'accomplissait, mais que les ferments du germe transformaient cet amidon en sucre qui était détruit pour fournir l'énergie nécessaire à la constitution de la matière du germe en attendant que le développement des parties vertes rendît possible l'utilisation de l'énergie solaire.

Le ver à soie, au moment où il passe à l'état de chrysalide, est l iclie en graisse, pauvre en glycogène. Peu à peu la chrysalide devient pauvre en graisse et riche en glycogène, sans avoir rien pu emprunter à l'extérieur sauf un peu d'oxygène. La marmotte pendant rhibernation perd sa graisse, mais son foie garde sa teneur en glycogène.

TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION

La plante comme Uanimal nous donnent, par ces exemples, lieu de croire que c'est bien d'une transformation de graisse en glycogène qu'il s'agit, le sucre arrivant comme produit d'une transformation ultérieure. J'ai fait des remarques et des expériences qui m'ont confirmé dans cette manière de voir.

Au cours d'( bservations faites sur les variations du poids du corps chez des personnes qui, pendant toute la durée de l'expérience, n'avaient reçu d'autres ingesta que les gaz atmosphériques et n'avaient rendu d'autres excréta que les matières de la perspiration cutanée et de l'exhalation pulmonaire, les autres excréta étant retenus dans la vessie et dans l'intestin, il m'est arrivé de constater des augmentations de poids. Les deux premières fois, je crus m'étre trompé; une troisième fois j'étais certain du résultat. Deux fois, depuis cette époque, j'ai retrouvé chez l'homme ces augmentations qui ont été de 10 grammes, de 20 grammes, de 40 grammes dans l'espace d'une heure. Je me hâte d'ajouter que je n'ai pas vu l'augmentation se continuer plus longtemps. Cependant, dans ces expériences, les personnes observées perdaient nécessairement de la vapeur d'eau et devaient perdre de l'acide carbonique. Elles avaient donc présenté une augmentation de poids qui avait compensé et au delà les pertes subies.

Quelle est la matière qui, puisée dans Tair et fixée dans le corps, peut produire un tel résultat?

Ce n'était pas la vapeur d'eau, car l'air entrait dans le corps à une température inférieure à celle du corps et non saturé de vapeur d'eau; il en ressortait à la tenq:)érature du corps et saturé. îl enlevait donc forcément de l'eau au corps et ne pouvait pas lui en livrer.

C'est à l'acide carbonique de l'air que les plantes doivent en grande partie leur auguientation. L'homme ferait-il comme la plante? C'est peu probable, car il rejette dans l'air 170 fois plus d'acide carbonique que l'air ne lui en apporte. Et pour expliquer une augmentation de 40 grammes en une heure, même en admettant que c'est l'acide carbonique luimême qui se fixe et non le carbone réduit, cela supposerait une ventilation de 60 mètres cul)es par heure, 180 fois plus que la normale.

Certains microbes fixent de l'azote puisé dans l'air. L'homme aurait-il une telle propriété? Pour qu'on put l'admettre, il faudrait que l'air expire contînt 11 pour 100 d'azote de moins que l'air inspiié. Or il y a, au point de vue de l'azote, égaUté entre les deux airs.

C'est donc l'oxygène seul qui en se fixant dans le corps peut expliquer cette augmentation de poids.

Ce n'est pas en se dissolvant dans les humeurs que l'oxygène augmente le poids du corps, car 0^'',1'2 d'oxygène suffiraient pour saturer le corps tout entier.

Ce n'est pas en se combinant avec l'hémoglobine, car-, si toute l'hémoglobine du corps était réduite, il suffirait de 2 grammes d'oxygène pour la faire passer à l'état d'oxyhémoglobine.

EFFETS DES ÉLABORATIONS DE LA GRAISSE

Il faut donc admettre qu'il s'agit de quelqu'une de ces oxydations incomplètes qui surviennent au cours de la destruction de l'albumine, ou des hydrates de carbone ou des graisses.

Quand j'ai communiqué ces faits et ces réflexions à l'Académie des sciences (5 octobre 1898), j'ai conclu en disant que, suivant toute probabilité, il s'agissait d'une oxydation incomplète de la graisse. Je refusais à l'albumine la possibilité de provoquer la fixation d'une si considérable masse d'oxygène et faisais remarquer que, dans la formule de la destruction de l'albumine par hydratation, il y a dégagement d'hydrogène qui, suivant toute vraisemblance, s'oxyde et fixe de l'oxygène dans le corps. J'ai signalé cette variation positive du poids, mais elle atteint à peine 0*'''",05 par gramme d'albumine détruite et il n'y a guère plus de 100 grammes d'albumine détruite en vingt-quatre heures. M. Berthelot a repris, à ce propos, l'hypothèse de la destruction de l'albumine par oxydations graduelles et exprimé l'opinion que, avant d'arriver à l'état d'urée qui serait le terme extrême où l'oxydation pourrait être poussée dans l'organisme, l'oxygène pourrait se fixer, avec ou sans hydratation, avant ou après dédoublement et que, dans le cas où il amènerait l'albumine à l'état d'acide peroxyprotéique, une augmentation de poids de 40 grammes pourrait être fournie par 500 grammes d'albumine. Ce serait en une seule heure une quantité d'albumine sinon détruite, au moins incapable de revenir ad integrum, trois ibis plus grande que celle qui se détruit totalement en vingt-quatre heures.

Je crois que la physiologie nous oblige à admettre la formule de l'hydratation plutôt que celle de l'oxydation pour expliquer la destruction, non de la totalité, mais de la plus grande partie de ralbumine. En effet si, dans l'urine, on ne trouve fixé à l'azote que le quart du carbone de l'albumine, les trois autres quarts n'ont subi que pour une part l'oxydation puisqu'on retrouve dans la bile le tiers du carbone de l'albumine détruite. Mais s'il est très probable que l'hydratation est le mode régulier de la destruction de l'albumine des tissus, de la désassimilation, il se peut, il est môme probable que, pour une part, l'albumine alimentaire, l'albumine circulante qui n'est pas destinée à l'assimilation, se détruise par oxydations graduelles, puisque l'urine renferme un de ces produits, l'acide oxyprotéique. Ce qui me fait formuler cette hypothèse, c'est que les pertes de poids du corps diminuent rapidement après les repas, alors ([ue ran)umine alimentaire est brusquement, en grande quantité, livrée à la circulation. Une portion peut alors s'oxyder. On comprend que, pendant l'heure qui suit le principal repas, 10 grammes au moins d'oxygène puissent se fixer sur l'albumine et diminuer d'autant la perte de poids que le corps subit par les voies pulmo-cutanées. Mais plus on s'éloigne du repas, moins cette oxydation doit intervenir. L'oxydation de l'albumine, à mon sens, peut donc expliquer des diminutions dans la perte de poids, elles n'expliquent pas les augmentations de poids.

J'ai pensé également que ces augmentations de poids ne pouvaient pas

TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION

être produites par des oxydations des hydrates de carbone. Bien qu'il n'incline pas à invoquer cette oxydation pour expliquer les faits que j'annonçais, M. Berthelot fait remarquer que le sucre ou le glycogène pourraient tixer de l'oxygène par degrés ménagés, jusqu'à formation de l'acide oxalique. Si ces oxydations s'effectuent réellement, 1 de glycose fixerait 0,8 d'oxygène pour faire 1,2 d'acide oxalique. Pour une augmentation de poids de 40 giammes il faudrait que 50 grammes de sucre pussent se transformer en 00 grammes d'acide oxalique. Un repas môme modeste fournirait facilement cette quantité de sucre, mais je me demande comment l'économie supporterait la présence de 60 grammes d'un composé aussi toxique que l'acide oxalique. En tout cas, en supposant que l'oxydation s'arrête avant ce dernier stade et ne donne qu'un composé moins toxique, ce ne seraient là que les augmentations de poids ou les diminutions de perte de poids des premières heures après le repas.

Quant aux autres élaborations mieux connues des hydrates de carbone, elles ne donnent que des pertes de poids. L'oxydation complète de 1 de glycose donne une perte de poids de 0,4, la transformation de glycose en graisse donne une perte de poids de 0,45!2; cette dernière transformation se fait d'ailleurs sans oxydation.

Ne pensant pas trouver dans les oxydations de l'albumine ou du sucre l'explication des faits que j'avais observés, j'ai cherché ce que donneraient les divers modes d'élaboration de la graisse.

J'ai établi, il y a un instant, que dans la coiid)ustion complète de la graisse l'oxygène qui se fixe à l'état d'eau l'enqjoj te en poids sur le carbone qui s'élimine à l'état d'acide carbonique, d'où résulte une variation positive du poids. Pour 1 de graisse brûlée, le poids du corps augmente de 0,0884. Une augmentation de 40 grammes en une heure supposerait que pendant ce temps il s'est brûlé 452 grammes de graisse, plus que le double de ce qui se brûle en vingt-quatre heures.

Je rappelle le fait observé par M. Berthelot de transformation en sucre d'un dixième du poids d'une graisse neutre par fermentation de la glycérine, sans participation des acides gras. Pour invoquer une telle transformation dans les cas qui nous occupent, il faudrait admettre la destruction partielle de 400 grammes de gi'aisse, en une heure, ce qui prête aux mêmes objections.

Quinze jours après ma communication à l'Académie des sciences, M. Ilanriot a communiqué à la même compagnie une note dans laquelle il dit avoir vu l'ozone se fixer sur la graisse in vitro sans production de sucre, ni de glycogène, ni de cellulose, ni d'acide oxalique, dans la proportion de 25 pour 100. C'est loin des 76 pour 100 d'augmentation qui accompagneraient la formation du glycogène, mais rien ne prouve que l'oxygène de l'air puisse faire dans l'économie ce que fait l'ozone dans la curieuse expérience de M. Hanriot.

L'oxydation incomplète de la graisse et sa transformation non en sucre, comme le veut M. Chauveau, mais en glycogène, m'a paru seule pouvoir

EFFETS DES ÉLABORATIU.NS DE LA GRAISSE

donner une explication acceptable de ces angmentations de poids. Je ne pouvais pas admettre qu'il s'agît de sucre formé, attendu que, ou bien ce sucre se brûlerait ou se transformerait, ce qui amènerait une diminution de poids; ou bien ce sucre s'accunuderait, ce qui produirait une glycosurie que j'ai cherchée et qui n'existait pas. J'admets que le produit de l'oxydation inconq)lète de la graisse est le glycogène, substance qui peut s'accumuler, qui peut se fixer dans beaucoup de tissus et de cellules, jusque dans les leucocytes; qui se trouve en notable proportion dans le tissu le plus abondant de l'économie, dans les muscles, qui peut se trouver en forte proportion dans l'organe le plus volumineux, dans le foie. On se rendra compte de ce que peut être la réaction par la formule suivante où j'introduis une légère modification à celle adoptée par M. Ghauveau :

c-'WO' H- 00 0 = 1 1> m) H- 7 co' -p 8

Graisse mixto, Glycogène.

ce qui en poids s'exprimerait ainsi :

<S()0 de graisse avec 160 d'oxygène donnent '216 d'eau, 508 d'acide carbonique et 1296 de glycogène. Le glycogène et l'eau restent, l'acide carbonique s'élimine. La variation du poids est positive, pour 1 de graisse oxydée, le poids du corps augmente de 0,758.

Si un homme ne perdait que le poids de l'acide carbonique fourni par cette opération, il suffirait de l'oxydation incomplète de 52^', 76 de graisse pour que son poids augmente de 40 grammes. Cette fois, l'explication est admissible. J'ai voulu voir si l'expérience la vérifierait.

J'ai pensé que, si la théorie était exacte, je pourrais provoquer l'oxydation incomplète de la graisse et la formation abondante du glycogène en même temps que son accumulation, si, après avoir épuisé par un long jeûne les réserves de glycogène, je faisais ingérer de grandes quantités de graisse à l'exclusion d'autres aliments et si je plaçais ensuite l'animal au repos aussi absolu que possible dans un milieu à température peu inférieure h celle du corps et à un degré hygrométrique un peu élevé. De cette façon, je créais le besoin anatomique de glycogène, je ne créais pas le besoin fonctionnel de la destruction de ce glycogène, et je fournissais sui'abondanmient le seul aliment que la théorie indiquait comme capable de hmrnir ce glycogène. Je plaçais donc l'animal dans les meilleures conditions pour que l'oxygène se fixât dans son corps, dans les meilleures aussi pour que son corps n'eût à perdre que le moins possible de substance poiu' le travail musculaire ou l'entretien de la température. Je pensais })ouvoir arriver à constater chez l'animal cette augmentation de poids qui n'avait pas encore été signalée chez lui et qui est si rarement observée chez l'homme. J'ai échoué chez le lapin, j'ai réussi chez la souris et chez le chien. Au bout de 6, 7, 8, 11 heures après l'ingestion de la graisse, le poids de l'animal a cessé de diminuer, puis s'est mis à augmenter.

Dans les conditions habituelles, la perte de poids de la souris par

PATHOLOGIE GÉNKUVLI'. — Jll. J8

[CH. BOUCHARDri

TROUBLES PHIULABLES DE LA iMIRITiaN.

heure et eu rapportant cette perte à 1 kiloorainine de matière vivante est de o^' , 6 tandis qu'elle es! de 1,41 chez le lapin et de 0,72 chez Thomme. La pei'te de poids arrive à zéro, puis l'augmentation de poids peut atteindre O^'^^H^ tonjours par heure et par kilogramme. Chez le chien elle a varié de 0^'' ,08 à 0,276. Les augmentations de poids que j'avais constatées chez l'homme avaient varié de 0^',12 à 0,47.

La souris après ingestion de 0^'',476 de graisse a augmenté en 9 h. 40 de 0^'',045. Elle aurait dù pendant ce temps perdre 0^'",495. La graisse devrait donc avoir compensé cette perte et fourni les 0,045 d'augmentatation, en tout, 0^'",558.

Mais 0^'\476 de graisse ne peuvent donner qu'une variation positive de 0,561. Mais il faut supposer que les actes habituels de la destruction ont été notablement amoindris par le fait de l'énergie dégagée par l'oxydation incomplète de la^ graisse. Une perte de poids de 0,495 est produite sensiblement par la coml)ustion de 1^'' ,24 de suci:e qui dégagent 5 2. Les 0^',476 de graisse en se transformant en glycogène ont déjà fourni i''^',4, ce que fournissent 0^',55 de sucre qui ont dû être épargnés et ont diminué d'autant la perte de poids du corps. On voit que la transformation de la graisse en glycogène a été plus que suffisante pour combler les vides produits par d'autres transformations et pour amener en plus l'augmentation constatée. A plus forte raison chez le chien. Dans un cas, la perte (le poids à compenser était de 21 grammes. L'animal avait ingéré 205 grammes de graisse qui par oxydation incomplète auraient pu amener une augmentation de 152 grammes. Dans un autre cas, il y avait à compenser une perte de 155 grammes. L'animal avait ingéré 490 grammes de graisse qin auraient pu donner 572 grammes d'augmentation.

Ces expériences n'ont pas seulement cet intérêt qu'elles démontrent que la transformation par oxydation incomplète de la graisse en glycogène suftit pour expliquer les augmentations ; elles établissent qu'on a pu par l'ingestion de la graisse provoquer ces augmentations de poids dont on possède si peu d'exemples. Ce qui me semble démontré par ces expériences, c'est que de l'oxygène peut se fixer dans le corps de l animal vivant et compenser ses pertes et au delà, c'est que la giaisse est une substance qui i)eut provoquer par élaboration incomplète cette fixation de l'oxygène en quantité suffisante pour expliquer les augmentations constatées. Rien de plus. Je suppose que cette élaboration incomplète aboutit à la formation de glycogène et j'ai donné les raisons d'ordi'e physiologique ([ui rendent cette conception très vraisemblable. 11 serait préférable de Eîiontrer et de doser dans le foie ou dans les nuiscles ou dans l'ensemble (lu corps ces quantités de glycogène que nous supposons s'être substituées à la graisse. C'est ce que M. Berthelot conseillait dans sa note. C'est ce que j'avais compris et je formulais, dans ma réponse verbale, les grandes ignés des expériences projetées qui devaient nous renseigner sur cette question : Quand on crée le besoin anatomique de glycogène et quand on réduit au minimum le besoin de destruction de ce glycogène, quand enfin

EFFETS DES ÉLABORATIONS DE LA GRAISSE

on fournit au maximum la graisse alimentaire, se produit-il soit dans le foie, soit dans les muscles une augmentation de glycogène, et cette augmentation, si elle se réalise, est-elle capable d'expliquer les augmentations de poids du corps que j'ai observées?

Les expériences ont été faites. Le dosage du glycogène a été exécuté par M. Desgrez isolément dans le foie et dans les muscles. Dans une première série de neuf expériences on a déterminé, suivant la méthode de Fraenkel modifiée par Garnier, la teneur en glycogène du foie et des muscles chez le chien sain qu'on a soumis pendant trois jours à Fabstinence absolue avec conservation des boissons. La moyenne pour trois animaux était 0^'',o2 de glycogène pour 100 dans le foie, 0,19 pour 100 dans les muscles. Chez sept autres animaux, après ce jeûne de trois jours, on fit l'alimentation par la graisse pendant un temps qui varia de 7 heures à 48 heures. Chez deux des animaux, on trouva dans le foie et dans les muscles des quantités de glycogène moindres que chez les témoins : l'un de ces deux animaux avait été sacrifié 7 heures après l'ingestion et la presque totalité de la graisse ingérée était encore dans l'estoinac. Chez l'autre, elle avait été vomie. Chez cinq des chiens nourris à la graisse, après jeûne préalable, il y avait augmentation du glycogène dans les muscles. La moyenne était 0=',44 pour 100 de muscles. La teneur du foie en glycogène n'était pas changée, elle était 0^',51. Ces résultats me paraissaient être une trop brillante conhrmation de la théorie. Ils inspirèrent des doutes à M. Desgrez qui soumit à une critique expérimentale la méthode qu'il avait suivie.

M. Desgrez reconnut que le glycogène obtenu par le procédé Fraenkel- Garnier peut être impur, qu'il peut s'y trouver mélangée une trace de matière minérale provenant surtout des sul)stances à l'aide desquelles se fait la trituration en présence de l'acide trichloracétique, du sable siliceux, même du verre. Il préleva, dans la méthode qu'il suivit désormais, une partie du glycogène isolé, pesa après calcination le résidu minéral qui fut déduit du poids du glycogène. Il reconnut également que si le glycogène obtenu par la méthode Fraenkel-Garnier ne renferme pas d'azote ([uand il est extrait du foie, il en contient toujours quand il est extrait des muscles. En conséquence, il compléta sa méthode d'extraction par un dosage de l'azote, d'où il déduisit le poids de l'albumine correspondant à cet azote et déduisit ce poids du poids du glycogène musculaire impur. Les résultats moyens, obtenus à l'aide de la méthode ainsi tnodifiée, sont indiqués dans le tableau de la page suivante.

La moyenne du glycogène, par kilogramme de foie, chez sept chiens, après 2, 5 et 4 jours d'inanition, est '2^%57.

Chez deux chiens nourris avec de la viande et des pommes de terre, cette moyenne était 66^'", 30.

Sur dix chiens soumis d'abord à une inanition de 2,5 et 4 jours, puis nourl is exclusivement avec de la graisse en abondance pendant 20 à 7*2 heures, la moyenne du glycogène, par kilogramme de foie, est tombée à 1^''",90.

TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION

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EFFETS DES ÉLABORATIONS DE LA GRAISSE

Malgré la çjraisse ingérée, le foie a continué à perdre son ghjcogène comtne si T inaniiion avait été maintenue.

La moyenne du glycogène, par kilogramme de muscle, chez sept chiens, après 2, 5 et 4 jours d'inanition, est 1^''",75.

(]liez deux chiens nourris avec de la viande et des pommes de terre, cette moyenne était 4^'' , 20.

Sur dix chiens soumis d'abord à une inanition de 2, 5 et 4 jours, puis nourris exclusivement avec de la graisse en abondance pendant 20 à 72 heures, la moyenne du glycogène, par kilogramme de muscles, est montée à o^'",26.

Malgré la continuation de V abstinence des hydrates de carbone, la graisse a rendu aux muscles leur glycogène. Ce ne sont là que des moyennes.

Avec nne alimentation par la viande et les pommes de terre, le glycogène, par kilogramme de foie, peut atteindre 71^'",20(^).

Après 2, 5 et 4 jours d'abstinence, le glycogène hépatiqué tombe à 0'='^75 au minimum, 4^'',40 au maximum.

Si, après l'inanition, on administre la graisse en abondance comme unique aliment pendant 20 à 72 heures, le glycogène par kilogramme de foie est 0^',20 au minimum, 4^M5 au maximum.

Dans les muscles, après 2, o et 4 jours d'inanition, le minimum esî. 0"'",85, le maximum 2*='' , 56.

Si, après l'inanition, on administre, pendant 20 à 72 heures, la graisse en abondance comme unique aliment, le glycogène musculaire est au minimum P',o9, au maximum 7^', 50. Avec une alimentation riche en hydrates de carbone, le glycogène musculaire n'a pas dépassé 4^% 70.

Sur dix cas d'alimentation parla graisse après abstinence, le glycogène du foie a été 2 fois supérieur et 8 fois inférieur à la moyenne du glycogène hépatique de l'inanition absolue. Il a même été 2 fois inférieur au minimum de glycogène hépatique dans l'inanition absolue.

Dans ces dix cas d'alimentation par la graisse après abstinence, le glycogène des muscles a été 7 fois supérieur et 5 fois intérieur à la moyenne du glycogène musculaire dans l'inanition absolue. Il a été toujours très notablement supérieur au minimum du glycogène musculaire dans l'inanition absolue.

De ce qui précède on peut conclure :

Que dans l'alimentation mixte où interviennent largement les hydrates de carbone, le foie, si on le compare au foie de l'inanition, s'enrichit en glycogène dont la teneur passe en moyenne de 2^'", 57 à 66^% 50 par kilogramme de foie; et que, en même temps, les muscles s'enrichissent en glycogène dont la teneur passe de 1^',75 à 4^%20 par kilogramme de muscle. Mais pendant que l'enrichissement du foie est 29, la quantité

(1) Arthus a trouvé jusqu'à 120 grammes de glycogène pour 1 kilogramme de foie dans l'alimentation riche en hydrates de carbone, et Garnier a noté 902'',725 chez le lapin.

TROUBLES PRÉALABLES DE LA iMlTRITlON.

dans rinanition étant 1, Fcnricliissement du muscle est seulement 2,4 ; que, dans l'alimentation exclusive par la graisse, le foie, même le foie de l'inanition, perd encore du glycogène dont la teneur passe de 2,57 à 1,90 ; mais que, en même temps, les muscles s'enrichissent en glycogène, leur teneur passant de 1,75 à 5,26. La teneur du foie dans l'inanition étant 1, celle de l'alimentation par la graisse est 0,8. La teneur des muscles dans l'inanition étant 1, celle de l'alimentation par la graisse est 1,9.

Une conclusion plus générale, c'est que les hydrates de carbone ingérés augmentant le glycogène du foie et, dans une moindre proportion, le glycogène des muscles, il est probable que le glycogène musculaire a, dans ce cas, pour origine le glycogène hépatique; mais que l'alimentation exclusive par la graisse laissant le foie s'appauvrir en glycogène et augmentant très notablement le glycogène des muscles, ce glycogène musculaire, dans cette circonstance, ne dérive pas, selon toute vraisemblance, du glycogène hépatique.

Il semble donc qu'on puisse concevoir de la façon suivante les origines du glycogène musculaire :

Quand, par une alimentation riche en hydrates de carbone, le foie accumule du glycogène, il en fournit aux muscles par la médiation du sucre sanguin ; quand le foie ne fabrique plus de glycogène que par la destruction de l'albumine, le foie et les muscles s'appauvrissent, mais les muscles 10 fois moins que le foie, ce qui fait supposer que les muscles peuvent avoir une autre source de glycogène. Cette autre source, c'est la graisse qui, ingérée en abondance, n'empêche pas le glycogène hépatique de diminuer, tandis qu'elle double et même quadruple le glycogène musculaire.

Les expériences que résume le tableau ne disent pas où s'opère la transformation de la graisse en glycogène, ni si la fibre musculaire accomplit elle-même cette élaboration, ni si le foie y participe. Elles semblent dire, au moins, que si le foie intervient, ce n'est pas en changeant la graisse en glycogène. Elles disent certainement que du glycogène, formé grâce à Fapport de la graisse, se fixe et s'accumule dans les muscles.

On peut déduire encore de ces expériences que, chez le chien en inanition, le foie pèse 25,8 pour 1000 du poids du corps, qu'il est 45,5 pour 1000 avec une alimentation mixte riche en féculents, qu'il est 26,5 pour 1000 avec ralimentation exclusive par la graisse. Chez l'homme soumis à l'alimentation mixte, le foie représente seulement 20 pour 1000 du corps. Ainsi que je l'ai dit précédemment, le glycogène est loin d'expliquer la remarquable prépondérance du foie de l'alimentation par les hydrates de carbone : 1 000 grammes de foie à l'état d'inanition deviennent 1 765 grammes par l'alimentation à l'aide des féculents. A raison de 66°', 50 de glycogène pour 1000 de foie, ces 1765 grammes en contiennent 1J6^'',89 qui ne sont qu'une part des 765 grammes d'augmentation que le foie a subi, moins du sixième. Le reste, 646^^11, se compose de graisse, mais surtout de sucs intra et extracellulaires, parmi lesquels le sang et la lymphe.

EFFETS DES ÉLABORVTIONS DE LA GRAISSE

Quand le foie de rinanition est soumis à ralimentation par la graisse, le kilogramme de foie devient 1027 grammes. Quand il pesait 1000, il contenait 2,57 de glycogène; quand il pèse 1057, il en contient 1,97 à raison de 1,90 pour 1000. poids du glycogène a donc diminué de 0,40, l'augmentation de poids du l'oie imputable à la graisse et aux sucs est de 27,4 pour 1000, soit environ 5 centigrammes par kilogramme corporel.

On voit que ce n'est pas par le développement du foie qu'on pourra expliquer les augmentations de poids qui peuvent résulter de Télaboration de la graisse. Voyons ce que pourra produire l'augmentation du glycogène musculaire. 1 kilogramme de muscle à l'état d'inanition renferme 1^'',75 de glycogène. Il en a en moyenne 5,26 et au maximum 7,50, dans l'alimentation par la graisse. La graisse ingérée augmente donc le glycogène qui est dans 1 kilogramme de muscle inanitié de 1^''',55 en moyenne, de 5^% 7 7 au maxinuun. Pour un homme dont l'ensemble des muscles pèserait 25 kilogrammes, l'augmentation totale du poids du corps, du fait de la formation de glycogène musculaire, serait de 58^',25 en moyenne, de 144^^25 au maximum.

J'avais constaté que, dans des circonstances rares, l'homme peut augmenter de poids, sans recevoir d'autres ingesta que l'air atmosphérique et que ces augmentations peuvent atteindre 40 grammes. J'avais établi que de telles augmentations ne peuvent être produites que par fixation, dans le corps, d'oxygène de l'air. J'avais fait valoir les raisons qui empêchent d'admettre que ces oxydations portent sur l'albumine ou sur le sucre et indiqué qu'une oxydation incomplète de la graisse donnant naissance à du glycogène pourrait expliquer ces augmentations de poids. J'avais en effet noté que 1 gramme de graisse en s'oxydant incomplètement pour faire 1^'',507 de glycogène peut produire une augmentation du poids du corps de 0,758. J'avais démontré expérimentalement qu'en soumettant des animaux inanitiés à une alimentation abondante par la graisse, on peut constater une augmentation du poids du corps à partir de la dixième ou onzième heure qui suit l'ingestion de la graisse. Les expériences dont je viens de donner la relation prouvent que l'ingestion de la graisse donne en effet naissance à du glycogène, que ce glycogène s'ac.cuuHde dans les muscles et que le glycogène musculaire peut, dans ces conditions, atteindre un poids capal)le de compenser les pertes que le sujet en expérience subit nécessairement et d'expliquer et au delà les augmentations de poids constatées. Chez le chien pesant 10''^%500 qui, après jeûne puis ingestion de graisse, avait 7 ^'',50 de glycogène par kilogramme de muscle, la totalité du glycogène formé, si l'on admet que ses muscles étaient le tiers de son corps, atteignait 25^'", 75, qui supposent une transformation de 17 grarïUTies de graisse par oxydation incomplète. Or cet animal avait ingéré 540 grammes de graisse en quarante-huit heures. Il lui en restait 525 à utiliser par combustion complète, de quoi fournir 5 fois plus de calories que n'en réclamait son besoin d'énergie. J'ajouterai, à l'adresse des chimistes qui se refusent à admettre la transformation de la graisse

TROUBLES PRÉALABLES DE LA MJTRlTlON.

neutre en glycogène, mais admettraient la formation de ce corps à l'aide de la glycérine, auquel cas il faudrait environ 10 de graisse dédoubléiî pour donner 1 de glycogène, que ce procédé n'est pas en contradiction avec les données de l'expérience et que, tà consacrer à la formation du glycogène musculaire 10 fois plus de graisse qu'on n'a dosé de glycogène, il resterait encore *280 grammes de graisse qui, au cours des quaranteluiit heures, ont pu être utilisés par cette même oxydation incomplète ou par oxydation totale ou déposés partiellement dans le tissu cellulaire.

Si ces expériences corroborant les raisons d'observation et d'expérimentation qui rendaient déjà très vraiscînblable la théorie de la transformation de la graisse en glycogène apportent à mon hypothèse un appui considérable, on remarquera que cette propriété qu'a l'organisme d'oxyder incouq^lètement la graisse j^our en faire du glycogène n'intéresse que très indirectement la glycogénie, c'est-à-dire la formation du sucre. Car tout le sucre vient du foie et il ne paraît pas que la graisse fournisse du glycogène au foie. Elle dispenserait seulement les muscles de lui en emprunter. Elle fournirait directement aux muscles la substance spéciale où ils puisent leur énergie et les muscles seraient incapables de restituer cette substance sous forme de sucre.

Cette transformation de la graisse en glycogène n'expliquerait donc pas la production du sucre diabétique; tout au ])lus expliquerait-elle que le sucre formé par les auties |)iocédés lut moins utilisé par les muscles. Là où la doctrine trouve son application dans la question du diabète, c'est (piand il s'agit d'interpréter le nMe et de déterminer le choix des aliuu^nts. Si l'on veut remplacer les calories perdues que représente le sucre éliminé, il est inutile de s'adresser aux hydi'ates de carbone qui seraient emportés par la glycosurie ; l'albumine ne fournira par son hydratation une quantité suffisante d'énergie qu'à la condition d'augmenter encore la glycosurie. La graisse pourra servir à enti'etenir la tenqiérature par sa combustion complète et à fournir le travail musculaire par sa transformation en glycogène qui livrera tout ou partie de son énergie, soit qu'il se brûle couq)lètement, soit qu'il se transforme en acide lactique, sans consommation d'oxygène, sans dégagement d'acide carbonique. En tout cas, dans aucun des modes de son utilisation, il ne fournira directement de sucre à la glycosurie. En attendant l'explication que nous donne l'expérimentation, le fait avait été discnié et utilisé par la clinique.

Si la transformation du sucre en graisse, sans oxydation, avec production d'acide carbonique et dégagement d'énergie était le plus saisissant exeuq:)le d'un acte nutritif où l'intensité de la métamorphose se trouve pour ainsi dire réduite au minimum et représentait le type de la nutrition ralentie, il est impossible de méconnaître que la transformation de la graisse en glycogène avec dégagement d'énergie et production d'acide carbonique, mais cette fois avec consommation d'oxygène, est, elle aussi, un cas de nutrition ralentie si on la met en parallèle avec l'oxydation directe et complète de la graisse. Dans la transformation en glycogène

EFFETS DES ÉLABORATJi»\S DE LA GRAISSE.

roinparée à la combustion, il y a pour la môme quantité de graisse claborco moins de moitié d'oxygène consommé, sept fois moins de CQ- produit, trois fois moins d'énergie livrée, mais c'est pourtant la vie, c'est mémo la vie normale dans certains états, c'est la vie quand l'activité est au minimum, quand le besoin d "énergie est aussi limité que possible, c'est la vie du sommeil, c'est la vie de l'hibernation chez la marmotte, c'est aussi, chez nos animaux, l'acte qui a été le plus manifeste pendant la période nocturne. Les augmentations de poids peuvent se produire en plein jour, mais c'est pendant la nuit que, chez la souris et chez le chien, elles se sont inscrites de la façon la plus nette. C'était le temps sans doute où la lente digestion de masses énormes de graisse avait pu mettre plus complètement à la disposition de l'organisme la matière à transformer, mais c'était l'heure aussi où le mouvement et l'agitation cessent, où le repos complet amène la diminution consouunation de l'oxygène. Je ne puis pas dire que ce mode d'élaboration augmente pendant le sommeil, mais il persiste alors ([ue les autres modes de la destruction s'amoindrissent, ce qui le rend plus manifeste.

Quand, chez les obèses, dans la cure de réduction, on a recoiu's aux grands exercices musculaires en privant partiellement les malades de sucre et de graisse, le grand besoin d'énergie qu'on provoque fait appel à ce mode de destruction de la graisse plutôt qu'à la combustion directe, ot cette exception ne vient pas contredire ma conception touchant le caractère de nutrition ralentie qui appartient à la transformation de la graisse en glycogène. Il est vrai qu'il y a un degré de ralentissement plus grand encore, c'est quand la graisse ne se détruit pas du tout. Dans l'exemple que je choisis, la nature fait ce qu'il lui est possible de faire pour fournir l'énergie requise, sous la forme où elle est réclamée. Quand le foie, après épuisement du glycogène musculaire, a transformé son glycogène en sucre pour l'envoyer aux uuiscles qui vont le reconstituer puis l'utiliser, quand le foie lui-même a ainsi épuisé les ressources en générateurs de glycogène qui lui avaient été parcimonieusement fournies {)ar l'alimentation ou qui lui venaient de la destruction normale des tissus azotés, — et cette destruction reste normale si la cure est bien conduite, — alors le foie fait appel à la graisse. Et la graisse ne se brûle pas, ce qui pourtant fournirait beaucoup plus d'énergie, mais ce serait de la chaleur dégagée et ce n'est pas avec de la chaleur que les muscles font du mouvement. Les muscles travaillent en dégageant l'énergie du glycogène pour l'appliquer immédiatement au travail mécanique. Ce n'est pas de la graisse qu'ils dégagent cette énergie et surtout ils n'utilisent pas la chaleur formée en dehors d'eux par la combustion de cette graisse.

En dehors de tout artihce thérapeutique, l'excès du travail musculaire joint cà l'abstinence produit ce sentiment d'extrême fatigue que la langue (jualihe si justement du nom d'épuisement. Ce n'est pas l'accumulation de déchets produits par un travail trop rapide ou trop intense et maintenus dans les muscles ou transportés dans les centres nerveux, c'est réellement

TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION

répiiisement du glycogène qui est ressenti sous forme d'un malaise qui est ici la fatigue, comme un autre malaise est la faim quand manquent les aliments, comme un autre malaise est la soif d'air quand l'oxygène est épuisé. Et si le repos, même sans aliments, répare cette fatigue, c'est parce que pendant le repos ne se consommera pas le glycogène qui arrivera au foie ou aux muscles venant des tissus azotés et de la graisse et qui formera une nouvelle réserve.

Si la graisse se détruit réellement dans l'organisme par combustion directe et complète, ce qui ne peut avoir pour fonction que de maintenir l'équilibre de la température en remplaçant les calories perdues par le contact, le rayonnement ou l'évaporation, cette oxydation est assurément le mode le plus actif de la nutrition appliqué à la graisse. La combustion incomplète avec formation de glycogène est un mode de nutrition moins intense qui peut-être ne se réalise pas constamment, qui du moins ne devient manifeste que dans les périodes de grand besoin, qui sommeille cliez l'obèse et qu'il n'est pas toujours avantageux de réveiller chez le diabétique.

On a pu remarquer que les élaborations de la graisse, les deux au moins sur lesquelles j'ai insisté, amènent une variation positive du poids du corps, même la combustion complète. Il en serait de même pour les oxydations incomplètes sur lesquelles M. Hanriot a appelé Tattention. Les élaborations du sucre, même sa transformation en graisse, donnent au contraire des variations négatives du poids du corps. 11 est bien entendu que ces augmentations de poids sont le plus souvent masquées par la perte d'eau que subit l'organisme du fait des évaporations cutanée ou pulmonaire, et qu'on ne peut les mesurer avec quelque rigueur que si cette eau d'évaporation a été pesée puis restituée au corps, au moins par le calcul. Ces augmentations ne sont d'ailleurs que passagères. Par aucun procédé la destruction de 1 gramme de graisse ne peut augmenter d'une façon durable le poids du corps. Si de l'eau s'est formée pendant cette combustion, compensant et au delà la perte du carbone, elle s'éliminera avec toute l'eau qui s'échappe constamment du corps. Si cette graisse a donné 50 centigrammes de glycogène et 25 centigrammes d'eau, la balance accusera d'abord cette augmentation de poids, puis l'eau s'éliminera et le i>lycogène sera employé à ses usages habituels et quittera à son tour l'économie.

Les études expérimentales où l'on recherche les variations du poids du corps en vue d'éclairer les phénomènes chimiques de la nutrition doivent donc être limitées à un temps relativement court. Si au contraire l'expérience était de longue durée, le régime étant réglé de manière à obtenir le maintien invariable du poids du corps, toutes les nuances disparaîtraient, tous les actes chimiques intermédiaires se seraient complétés, ce que le corps aurait perdu comme albumine, glycogène et graisse, lui aurait été restitué par les aliments. Les pertes alors ne viseraient plus que les aliments, albumine, hydrates de carbone et graisse, et l'étude des

ESSAI DE DÉTERMINATION DES DIVERS ACTES CHIMKIUES DE LA NUTRITION. t>85

déchets indiquerait la réalisation de la destruction totale, ralbuiuine serait totalement élaborée, le sucre totalement brûlé, la graisse totalement brûlée. En eflet, si, dans une période d'une heure, on peut admettre que l'albumine détruite reste à l'état de dédoublement sans que les produits de ce dédoublement accomplissent encore leur oxydation ; si on peut admettre que du sucre ait fait de la graisse ou que de la graisse ait fait du glycogène, on doit admettre aussi que l'organisme, si on lui accorde le temps suffisant, brûlera le glycogène venu de l'albumine, brûlera la graisse venue du sucre et brûlera le glycogène venu de la graisse. L'étude des urines, des matières fécales et des gaz de la respiration, au lieu de nous renseigner sur les élaborations complètes ou incomplètes des trois matières, ne pourra nous dire que la destruction totale de ralbumine, la combustion complète du sucre et de la graisse, albumine, sucre et graisse alimentaires qu'il est tout à fait inutile de poursuivre dans leurs débris et qu'il eût été plus simple de doser avant l'ingestion.

Je vais dire comment j'ai procédé et, bien que cette étude longtemps poursuivie m'ait amené à la conclusion que mes résultats ne sont pas sûrs, je les indiquerai, ne fût-ce que pour montrer à quel point sont vaines les affirmations antérieures touchant la quantité de chaque matière détruite et pour faire voir ce qui manque k l'instrumentation pour que la méthode aboutisse enfin au résultat espéré.

L'homme en expérience vide sa vessie à une heure qui marque, pour un certain objet, le début de l'expérience. 11 se place alors sur un lit qu'on recouvre d'un couvercle très léger, transparent, imperméable comme le lit lui-même, et dont le rebord plonge dans une rainure circulaire du lit où une certaine quantité de mercure assure, la fermeture hydraulique. Les parois de ce couvercle sont faites de lames très minces de celluloïd, ce qui permet au sujet de voir, d'entendre, de se faire entendre, ce qui, avec l'impression que d'un coup de pied il peut soulever ce couvercle, lui enlève toute crainte et permet d'éliminer les influences qu'un certain état d'anxiété pourrait amener dans les actes de la nutrition.

Ce lit repose sur le plateau d'une bascule qui est immédiatement équilibrée. J'emploie actuellement une bascule enregistrante. Par deux orifices percés dans le lit, de l'air entre dans l'appareil et de l'air sort. L'air sortant est emporté par un tuyau en caoutchouc muni d'un robinet à trois voies vers un compteur aspirateur. Quand on estime que tout l'air primitivement contenu dans l'appareil a été enlevé et remplacé par un air contaminé par les exhalations humaines, on tourne le robinet à trois voies et on note l'instant de cette troisième phase de l'expérience. L'air sortant, grâce à la position donnée au robinet, se rend dans une longue éprouvette

TROLBLES PRÉALABLES DE LA NETRITION.

où coule constamment d'un réservoir supérieur de Tacide sulfurique concentré qui, après s'être répandu sur des fragments de ponce représentant une très grande surface, tombe dans un réservoir inférieur. La capacité des réservoirs et la vitesse d'écoulement sont réglés de façon que l'écoulement puisse se continuer régulièrement et sans interruption pendant une heure. L'éprouvette est placée sur une balance enregistrante, équilibrée avant l'arrivée de l'air.

De l'éprouvette à acide sulfurique l'air passe dans une autre éprouvette où, par une disposition semblable à la précédente, il est mis pendant son trajet au contact d'une très grande surface parcourue par un courant continu de solution concentrée de potasse. Cette éprouvette a été pesée avant l'arrivée de l'air. Je la place actuellement sur une balance particulière enregistrante comme celle qui porte l'éprouvette à acide sulfurique.

Suivant les époques, je faisais entrer l'air de la pièce dont la température et l'état hygrométrique étaient pris au commencement, au milieu et vers la fin de l'expérience. Ces données, jointes à la connaissance du volume de l'air débité par le compteur à partir du moment où on avait tourné le robinet à trois voies jusqu'à celui, marquant la fin de l'expérience, où on restituait à ce robinet sa position première, permettaient de savoir pour combien l'eau de l'air extérieur devait compter dans l'augmentation de poids de l'éprouvette à acide sulfurique. On ne tenait pas compte de l'acide carbonique de l'air extérieur, on se contentait de défalquer de l'augmentation du poids de l'éprouvette à potasse 6 centigrammes pour 100 litres d'air ayant traversé l'appareil pendant la durée de la communication avec les éprouvettes. Actuellement, le dispositif est modifié, c'est une pompe à mercure qui fait circuler l'air et qui, après dessiccation et absorption de l'acide carbonique, le pousse de nouveau dans l'appareil. C'est une circulation d'une même masse très limitée d'air qui se charge et se purge d'eau et d'acide carbonique. La diminution de pression résultant de l'absorption de l'oxygène fait entrer, comme dans l'appareil de Regnault et Reiset, des quantités correspondantes d'oxygène qui maintiennent constante la composition de cette atmosphère limitée. Il n'est plus besoin de l'obinet à trois voies, l'air traverse constamment les éprouvettes. Un signal électrique marque simultanément sur chaque cylindre enregistreur le moment où l'on juge convenable que l'expérience commence et l'instant où elle finit.

Au moment où on interrompait la communication de l'air avec les éprouvettes, on notait la variation de poids de l'appareil dans lequel l'homme est placé. On soulevait alors et on soulève encore le couvercle, l'homme sort et vide -sa vessie. La totalité de cette urine est recueillie, on y dose l'azote total. On détermine la quantité de cet azote qui ^correspond à la durée du passage de l'air à travers les éprouvettes dans la période comprise entre le commencement et la fin de l'expérience. A 1 gramme d'azote de cette urine correspondent 6^S756 d'albumine détruite qui pour l'oxydation de l'hydrogène dégagé par l'hydratation ont

KSSAI DE DÉTERMINATION^ DES DIVERS ACTES CHIMfQlES DE LA NUTRITION. 285

(Miiplové O^'^^OOT iroxygènc, lesquels se fixent clans Torganisnie à l'état (Teau et ont concouru pour le même chiffre positif à la variation de poids du corps.

En uudtipliant par 0/2 le poids de l'azote urinaire calculé comme sécrété pendant la période de passage de l'air à travers les éprouvettes, — nous disons plus simplement : pendant le passage, — on a un nomljre qu'il i'aut retrancher de la variation de poids du corps. Si cette variation est positive, l'augmentation de poids du corps sera diminuée d'autant; si la variation est négative, la diminution de poids du corps sera moins considérable d'autant. Soit A le poids de l'azote urinaire total, P la variation de poids du corps telle que l'indique la bascule, H le poids de l'eau fixée sur l'acide sulfnrique, C le poids de l'acide carbonique fixé sur la potasse, P-|-I1 + C = () poids de l'oxygène consommé.

Pour avoir la variation de poids du corps telle qu'elle serait s'il n'avait pas perdu d'eau, il faut restituer au corps le poids de l'eau fixée sur l'acide sulfurique. Et si l'on veut considérer seulement dans cette expérience ce qui est attribuable aux inétamorplioses des matières non azotées, on retranchera le poids de roxygène qui a oxydé l'hydrogène dégagé par l'hydratation de l'albumine.

Dès lors la variation du poids du corps P' = P-|-1I — Ax0,2 et le poids de l'oxygène consommé par le sucre et la graisse devient

0' = P + 1I-1-C — Ax0,2. Ou encore 0' = P-f-C.

Ce premier résuhat nous permet de connaître le quotient respiratoire, le rapport de l'acide carl)oni([ue émis à l'oxygène consommé. Ce rapport en poids QRl^ est Je l'exprime en poids parce que toutes mes mesures sont pondérales. Les physiologistes ont coutume d'exprimer ce rapport en volume. Si on veut traduire le quotient respiratoire poids en quotient respiratoire volume, il siiflit de le multiplier par 0,751 (M.

Nous allons trouver dans le tableau suivant des éléments qui nous permettront peut-être d'utiliser ces données.

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