‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 86 sur 166 · PRODUCTION ET DESTRUCTION DU SUCRE · texte numérisé non relu

PRODUCTION ET DESTRUCTION DU SUCRE

Tout le sucre qui circule dans l'économie et qui se rend aux organes par les artères \ient du foie. Tout le sucre qui vient des organes par les veines ou par les lymphatiques vient également du foie, exception faite pour le sucre d'origine alimentaire qui, à certaines heures, peut se trouver dans les veines mésaraïques. Mais ce sucre alimentaire ne se répand pas dans le corps, il est arrêté dans le foie, à moins qu'il y ait imperméahilité des capillaires ou destruction des cellules hépatiques. Ce sucre alimentaire reste confiné entre les villosités intestinales et le foie où il se fixe sous une autre forme. Il n'est pas porté aux autres organes et n'en revient pas.

Les artères contiennent plus de sucre que les veines, exception faite pour la veine cave entre le foie et le cœur droit. Pour tous les organes, le sang qui sort est plus pauvre en sucre que le sang qui entre. Pour le foie seulement le sang qui sort est plus riche en sucre que le sang qui entre. Cela veut dire que tous les organes détruisent du sucre, que le foie seul en produit et qu'il en produit exactement autant que tous les autres organes en détruisent, puisque, normalement, il ne se fait pas d'accumulation.

Tout le sucre qui circule provient de l'hydratation du glycogène, car, sauf quelques cas pathologiques rares, le sucre alimentaire est arrêté par le foie et y est fixé à l'état de glycogène.

Le sucre qui circule provient exclusivement du glycogène du foie, car le glycogène des muscles ne se transforme pas en sucre chez l'homme vivant.

Le glycogène du foie, source de tout le sucre qui circule, provient des hydrates de carhone alimentaires, 1 de glycogène pour 1 d'hydrate de carhone alimentaire; de l'alhumine alimentaire ou corporelle, 0,5 de glycogène pour 1 d'alhumine ; de la graisse, peut-être, graisse corporelle ou graisse alimentaire, 1,5 de glycogène pour 1 de graisse. Si j'apporte quelques atténuations à mon affirmation en ce qui concerne la graisse, c'est parce que, s'il est certain que la graisse peut donner du glycogène par oxydation incomplète, c'est démontré seulement pour le glycogène musculaire, que, s'il send)le étonnant que cette transformation s'opère directement dans la fihre musculaire, on ne peut cependant pas affirmer ([ue le foie soit le médiateur, qu'il fasse avec la graisse corporelle ni surtout avec la graisse alimentaire ce glycogène qu'il transformerait ensuite en sucre, lequel sucre transporté par le sang irait se déshydrater dans le muscle pour s'y fixer en se reconstituant en glycogène. Ces procédés très compliqués et très détournés, s'ils ne sont pas prouvés, ne sont pourtant pas impossihles ; il semhle hien en tout cas que, par une semblahle médiation, le foie fournit aux muscles un glycogène dont l'origine est soit le sucre alimentaire soit l'albumine. Il est démontré aussi que le sucre du sang

TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION

fourni par le glycogène hépatique, (pielle qu'en soit Forij^ine, approvisionne les muscles en combustible cFoù se dégage du CO' au moment de la contraction. Il est fâcheux pour la simplification de la doctrine du diabète que la certitude ne remplace pas, sur ce point, la probabilité. En effet, si la graisse se transformait en glycogène dans le muscle et seulement dans le muscle, comme le glycogène musculaire ne se transforme pas en sucre, on n'aurait pas à faire intervenir le sucre dérivé de la graisse dans l'explication de la glycosurie diabétique.

Le glvcogène hépatique avec sa double ou sa triple origine se forme dans le foie et s'y lixe, et en même temps du glycogène s'y transforme en sucre qui quitte le foie. Les deux actions ne sont pas liées l'une à l'autre ou du moins ne marchent pas parallèlement. La formation et la fixation du glycogène dans le foie dépendent de l'apport, par les vaisseaux afférents, des produits de l'élaboration digestive des hydrates de carbone, ou des premiers produits de la désassimilation de l'albumine des tissus, peut-être aussi des produits de l'hydratation de la graisse du tissu cellulaire ou des granulations graisseuses versées dans le sang par la digestion. La formation du sucre dans le foie aux dépens du glycogène est constante mais n'est pas proportionnelle à la formation de ce glycogène; elle varie sans relations avec l'abondance des générateurs de glycogène. Les variations dans la rapidité avec laquelle le glycogène se transforme en sucre dans le foie dépendent du besoin que l'économie a de transformer du sucre, du besoin qu'elle a de fournir les muscles de glycogène, (bi besoin (prelle a de faire dans les organes une combustion du sucre, en d autres termes, du besoin d'énergie, soit pour le travail mécanique, soit pour l'entretien de la température. La preuve c'est que, pendant le travail nuisculaire très actif ([ui consomme beaucoup de sucre soit par combustion directe, soit par formation de glycogène musculaire, le sang devient plus riche en sucre et non plus pauvre, comme on pourrait le supposeï'. Le foie active la fabrication en même temps que les muscles activent la consommation.

L'indépendance des causes qui amènent la formation du glycogène et des causes qui amènent sa destruction dans le foie expliquent les variations de la teneur du foie en glycogène. L'abondante vascularisation du foie, l'activité de sa circulation et l'aptitude du sucre à dialyser expliquent (pie, même pendant les périodes de rapide formation du sucre, le lissu hépatique ne contient que des traces de glycose, tandis que, après la mort, la cellule hépatique ne participant que tardivement à la mort générale et continuant h former du sucre et le sang ne lavant plus le foie, on voit s'opérer parallèlement la disparition du glycogène et l'accumulation de la glycose dans le foie.

Ce sucre livré au sang par le foie est au maximum dans la veine cave inférieure; il se dilue dans le cœur droit par le mélange avec le sang de la veine cave supérieure ; il traverse les poumons sans subir de diminution et arrive de même aux capillaires périphériques. Il disparaît en partie

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