‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 88 sur 166 · QUANTITÉ DU SUCRE NORMALEMENT PRODUIT ET DÉTRUIT · texte numérisé non relu

QUANTITÉ DU SUCRE NORMALEMENT PRODUIT ET DÉTRUIT

Rien ne permet d'admettre que les hydrates de carbone alimentaires élaborés dans le tube digestif, absorbés à sa surface, fixés dans le foie à l'état de glycogène, passent ensuite du foie dans le sang autrement qu'à l'état de glycose, le sang recevant prochainement ou tardivement, pour 1 d'hydrate de carbone alimentaire, environ 1 de glycose.

Rien ne permet d'admettre que l'élaboration intra-organique de l'albumine soit des aliments soit des tissus ne donne pas du glycogène, qui d'abord déposé dans le foie en sort à l'état de glycose, le sang recevant prochainement ou tardivement pour 1 d'albumine élaborée 0,558 de glycose. On ignore si la graisse se transforme régulièrement en glycogène, si le glycogène, quand il est ainsi formé, se dépose dans le foie. On ignore donc si la transformation certaine de la graisse en glycogène peut avoir pour conséquence une formation de sucre et, au cas où elle s'effectuerait réellement, dans quelles circonstances elle se réaliserait. On est en droit de supposer que si du sucre arrivait au sang ayant une telle origine, pour 1 de graisse incomplètement oxydée le sang recevrait 1,814 de glycose. On peut dire inversement que 1 de glycose du sang a pour origine soit 1 d'hydrate de carbone alimentaire, soit j,79 d'albumine, soit peut-être 0,07 de graisse, et que ce sucre ne peut pas avoir d'autres orif^ines.

TROUBLES PRÉALABLES DE LA NLTOTION

Si un homme, je ne dis pas ingère, mais digère et absorbe, par exemple, 100 grammes d'albumine, 500 grammes d'hydrates de earbone et 100 grammes de graisse chaque jour, pendant un certain noml)re de jours, il arrivera que son sang recevra, en moyenne, par vingt-quatre heures, 58^^8 de glycose de Talbumine, 500 grammes de glycose des hydrates de carbone, soit certainement 558^', 8 de glycose et peut-être 181*''%4 de glycose de la graisse, 558 grammes au moins, 540 grammes au plus.

Je me suis contenté de mesurer la quantité minima qui seule importe pour les démonstrations qui vont suivre, c'est-à-dire le sucre dérivé de l'albumine et des hydrates de carbone alimentaires. Et comme il est toujours difficile de doser l'albumine, la graisse et les divers hydrates de carbone, comme on peut sans difticnlté, pourvu que l'expérience ne dure que quelques jours, supprimer totalement l'amidon et les divers aliments sacrés ou farineux en les remplaçant par une quantité pesée d'un seul sucre, connne on peut facilement recueillir la totalité des urines pendant tout le temps de l'expérience et y doser l'azote total, j'ai institué ainsi mon expérience : Les sujets qui se prêtent à l'expérience sont nourris suivant leur appétit et leur fantaisie avec les viandes, le poisson, le blanc d'o'uf, les graisses, les portions non féculentes et non sucrées des végétaux, avec le vin, le café noir ou toute autre infusion aromatique. Rien de tout cela n'est pesé. On ne pèse qu'un seul aliment, le sucre, et on n'introduit pas d'autres hydrates de carbone. Le sucre a l'avantage de ne pas échapper en pai'tie, comme l'amidon, à la digestion et à l'absorption. En pi'euant du sucre de canne dont 54'2 giauuues dimnent dans les premières portions du tube digestif 180 grammes de glycose et 180 grammes de lévulose qui, tous deux, se transforment en glycogène dans le foie, on fait liualement entrei' dans le sang 5t)0 granunes de glycose : théoriquement, pour 1 de sucre de canne, 1,05 de glycose dans le sang, ou mieux en tenant compte des fermentations intestinales, pour 1 de sacchar'ose ingérée, 1 de glycose dans le sang. Ouant au dosage de l'azote total, il nous renseigne sur la quantité de l'albumine élal)orée, les 19/20 de l'azote de cette albumine s'éliminant par l'urine, J /^O seulement })ar les matières fécales. Nous ne dosons pas Lazote de ces matières où l'azote sécrété se trouve mêlé à des quantités variables de matières azotées ingérées, non digérées ou non al)sorbées. A 1 graimne d'azote urinaire total correspondent 6^', 750 d'albumine élaborée, et 5^', 759 de sucre sanguin dérivé de cette albumine. Le régime ayant été laissé connue quantité à la discrétion des personnes en expérience et ayant duré plusieurs jours, rap[)étit, la satiété, l'instinct l'ont, je suppose, réglé proportionnellement aux besoins. Le tableau suivant donne pour cinq sujets d'âges différents les quantités de sucre qui, au miniuunu, c'est-à-dire en ne tenant pas compte de ce qui pourrait provenir de la graisse, ont pénétré dans le sang en vingt-quatre heures par kilograuune corporel d'une part (^t par kilogramme d'albumine tixe d'autre part.

QUAiNïïTÉ DU SUCRE NORMALEMENT PRODUIT ET DÉTRUIT.

Glycose introduite dans le sang en vingt-qiialre heures.

Age.

Poids.

Par kilogramme Par kilogramme

corporel. d'albumine iixe.

Kilogrammes.

Grammes.

Grammes.

17 ans

Cette estimation n'a rien de fixe et on la lei'ait certainement varier par le travail corporel ou le repos absolu, par le refroidissement ou réchauffement du milieu ambiant. On remarquera les écarts considérables des chiffres obtenus, la plus grande consommation s'observant chez les jeunes sujets, la plus faible chez les vieillards.

La consommation est égale à rintroduction. Ce sucre, en elYet, ne s'est pas accumulé ni à l'état de sucre, auquel cas il aurait donné de la glycosurie, ni à l'état de glycogène, car l'expérience a duré assez longtemps pour que les muscles aient eu le temps d'utiliser et de renouveler leur provision de glycogène. Mais, si une partie de ce sucre s'est oxydée, on ne peut pas dire qu'il a tout entier disparu par combustion. 11 a disparu, il a été élaboré, une partie peut-être s'est fixée à l'état de graisse. Ce n'en est pas moins du sucre consommé. Ainsi, en dosant le sucre ingéré et l'azote urinaire excrété, on arrive à connaître le sucre consommé, au moins le minimum du sucre consommé.

Je déduis ainsi la connaissance du sucre consommé de la connaissance du sucre introduit dans le sang. Autrefois, j'avais voulu la déduire des différences que présente, d'après les physiologistes, la teneur en sucre du sang artériel et du sang veineux. Le sang artériel, d'après Bernard, Fornara, Chauveau, contenait par kilogramme 0^',40 en moyenne et au moins 0^'','20 de sucre de plus que le sang veineux. D'autre part, Vierordt nous avait appris que la durée moyenne d'une révohition circulatoire totale est de *25'M pour les parties du corps à circulation rapide et de 4 05", 5 pour les parties à circulation lente, ce qui, vu la proportion relative de ces deux ordres de parties, permet d'assigner à une révolution totale moyenne la durée de 4()",7, d'où Ton déduit que la masse totale du sang exécute 1850 fois son circuit total en vingt-quatre heures. De ces données dont les physiologistes avaient seuls la responsabilité, j'étais en droit de conclure qu'un homme de 65 kilogrammes qui a 5 kilogrammes de sang consomme en vingt-(piatre heures 1850 grammes de sucre, à supposer que son sang, en passant de l'état artériel à l'état veineux, trans* forme seulement le minimum, soit O^'^^O de sucre par kilogramme, ce qui, pour un homme de ce poids, représente une consommation quotidienne de !28'''',5 de glycose par kilogramme. Or, on peut voir au tableau

500 TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION

que chez un homme de ce même poids, âgé de yingt-cinq ans, je n'avais noté qu'une consommation de 5^'', 7, cinq fois plus faihk\ L'erreur ne venait ni de mes raisonnements, ni de mes calculs, elle ne dépendait pas de ce que Yierordt aurait attribué une trop grande rapitlité à la révolution totale. L'erreur venait de ce que les physiologistes avaient admis une trop forte différence dans la teneur en sucre des deux sangs. La rectification a été faite par MM. (^hauveau et Kaufmann dans des analyses plus récentes entourées de toutes les garanties d'exactitude. Le kilogramme de sang en traversant les muscles ne perd que 1*2 centigrammes de sucre; il en perd seulement 2 en traversant les glandes. Il doit en perdre moins encore dans les autres tissus où la production de chaleur est moindre que dans les muscles et les glandes. En tenant compte de ces circonstances et de la proportion des muscles et des glandes dans la masse totale du corps, on comprendra (pie le kilogramme de sang, en passant de l'état artériel à Létat veineux, ne doit pas, en moyenne, perdre moins de 4 centigrammes ni plus de 5 centigrammes de glycose. Le kilogramme de sang dans ses 1850 révolutions totales livre donc aux tissus qui les détruisent ou les transforment de 74 grammes à 9'2^'',r)0 de glycose et, comme par kilogramme de sang il y a lo kilogrammes corporels, c'est par kilogramme du corps et par vingt-quatre lieures une consommation de 5^'', 7 à 7^',1, chiffres qui sont compris dans les limites de la consommation telle que je l'ai déduite des ([uantités normalement introduites dans le sang et qui (igiuent au tableau, quantités qu'on peut d'ailleurs et qu'on doit considérer comme capables de varier du simple au double suivant le besoin d'énergie, suivant surtout que, le travail épuisant le glycogène musculaire, le sang devra reconstituer plus vite la réserve de glycogène des muscles.

Page 1