li=-,5 0ï^%25 Os
Ces résultats ne représentent que les quantités de matières minérales ingérées, et non point celles qui sont absorbées et utilisées par l'organisme. Il faudrait donc, en plus, mesurer l'utilisation dans le tube digestif et établir le bilan total de l'organisme pour chacun de ces sels. Mais on se heurte ici à des difficultés particulières provenant de ce fait que la surface intestinale est la principale voie d'élimination pour certaines matières minérales et notamment pour le calcium (^) et le fer. La différence entre la quantité de chaux ingérée et la quantité que l'on retrouve dans les fèces ne représente donc pas du tout ce qui a étc; absorbé par l'intestin, mais seulement ce qui a pu être retenu i)ar l'organisme.
Cette question de l'utilisation des matières minérales dans le tube digestif est intimement liée à un autre problème, celui de l'état sous lequel les matières minérales doivent être fournies à l'organisme. On a dit plus haut, à propos des combinaisons organiques du fer, que de
(^) CeUe observation sera publiée en délail dans le volume du cinquantenaire de la Société de biologie.
(2) Voy. notamment Bi.u., Dissert, inaiig. de Heidelberg. Amsterdam, 1884, cité par G. Hoppe-Seylev. Zeil. fùr physiol. Chem., 1891, t. XV, p. 161.
PATHOLOGIE GÉNÉfiAI.E. — 111. 4
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NOTIONS GÉ.NÉRALKS SUR LA NUTRITION A U'KTAT NORMAL
plus en plus ou considère les parties niinéiales de nos aliiiicnis conijxisés naturels, non pas connue mêlées siniplenienl à la niasse des substances organiques, mais intimement unies à elles. Ne sait-on ])as (pie les matières alhuminoïdes exem])tes de cendres sont un prodnil de laboratoire où la molécule n'apparaît plus avec ses propriétés primitives (p. 17 ), et que beaucoup d'expériences de pbysiologie conduisent à penser que les matières minérales ne sont peut-être utilisées que lors(ju"elles sont offertes en combinaison avec des matières organiques (voy. p. o^)? Du moins cette question doit être posée, et nulle part elle n apparaît avec plus de netteté que dans Tétude des matières minérales du lait de i'einme, et en particulier de Tacide pliospbori(|ue.
Le lait de femme contient pour 1000 grammes, 0"',47 d'anliydride pliospliorique Or, on ])eut calculer que dans 1000 grammes de
lait, la caséine, qui est une nucléo-albumine (voy. p. ôô), fournit de 0^M5 à 0^',20 de P'0\ la lécitliine, O^'MT) et la nucléone O^'VIO environ. On voit donc que Unit le phosphore du lait de femme est sous la forme organique. Si l'on veut laisser de coté la nucléone, encore fort mal connue, on voit que 65 à 75 pour 100 au moins du phosphore contenu dans le lait sont offerts au nouveau-né sous la forme d'une combinaison organique. Conclure de là que le phosphore minéral des phosphates n'est pas utilisable serait assurément dépasser les faits, mais on est fondé à dire, en raisonnant par voie téléologique, que le phosphore organique doit représenter une forme plus favorable que la forme minérale (*).
La comparaison avec le lait de vache fortifie dans une certaine mesure cette conclusion. Ce lait contient à peine la moitié de son phosphon; sous la forme organique, et 5 pour 100 seulement du phosphore total proviennent de lalécithine, tandis que dans le lait de femme la lécitliine fournit 55 pour 100 du phosphore total. Comme l'observation clinique paraît bien démontrer que le lait de vache, bien que plus riche en phosphore, est moins favorable à l'ossification chez l'enfant que le lait de femme, moins riche, Siegfried conclut de là que ces matières organiques phosphorées jouent un rôle prépondérant dans l'absorption et Tassimilation du phosphore (").
Peut-être faut-il en dire autant de la chaux. La caséine retirée du lait de femme fournit 5,*2 pour 100, celle du lait de vache, 6,6 pour 100 de phosphate de chaux ("'). On a insisté ailleurs sur le caractère acide des nucléines et des nucléo-albuinines (voy. p. 55). Ce sont ])eut-être des
(*) WiTTMACK. Zeit. f. p/iysiol. Cheni.. t. XXII, p. 567. — Siegfried, Ibid., p. 574. — Sto- KLASA, Ibtd., t. XXIIl, p. 545. — Ou discute, il est vrai, sur la question de savoir si !a nucléone de Siegfried est un individu cliirnique bien délini; mais c'est certainement une matière organique phosphorée. (Voy. Kutsciier, Ibid., t. XXYI, p. 110.)
(2) C'est ce qu'a vérifié indirectement A. Keller, par l'analyse comparative de l'urine des enfants nourris au sein et des enfants élevés au biberon. Cependant la démonstration de Kcllcr n'est pas encore complète. (Keller, Zcit. fur Idin. Mcd., 1808, t. XXXVI, p. 49.)
(3) BuNGE, Op. cit., p. 121.
LKS ALl.ME.XTS.
substances de ce genre ()ui servent de vi'liiciile oi'<»ani(|ue aux hasi^s minérales dans les échanges niiti itils.
Lorsque Tentant quitte l'alimentation lactée, il iuq)orte (jii'il trouve dans ses aliments les quantités considérables de sels de cliaux: dont il a besoin pour continuer le dévelo|)|)ement de son s(juelette, et d une manière générale les sels minéiau.v qu il trouvait dans le lait. Il est pi'obable que les quantités relatives des divers sels nécessaires à un organisme en voie de dévelo|)pement varient aux diverses péi iodes de ce développement, mais on ne sait rien de certain à cet égard. La composition des cendres des divers aliments, comparée à celle des cendres du lait, montre à la vérité (pie les divers sels du lait se retrouvent dans ces aliments, et à ce qu'il semble en quantités suffisantes. Mais comme on ne sait pres(jue rien sur le coefficient d'utilisation des matériaux salins dans ces divers aliments, on ne peut ici qu'émettre ce seul conseil, à savoir que l'alimentation choisie ne doit pas être trop uniforme, car il y a tant tl'inconnues dans ce problème de la nutrition, qu'à vouloir se borner à un très petit nombre d'aliments on risquerait que Tune ou Tautre des substances nécessaires à la vie se trouve, sans qu'on s'en doute, supprimée ou représentée en trop faible quantité dans le régime adopté.
Notons seulement, à propos de la chaux, la grande richesse du jaune d'œuf en calcium; en outre, comme on voit apparaître dans les urines une fraction beaucoup plus faible de la chaux des aliments végétaux que de celle des aliments animaux, on peut conclure à une moins bonne absorption pour la première que pour la seconde (Bunge). Enfin la chaux purement minérale offerte par l'eau de boisson paraît être absorbée et contribue probablement à la formation du squelette, si l'on s'en rapporte aux expériences de Chossat sur les pigeons et mieux encore aux classiques observations de Boussingault sur l'ossification chez le jeune porc. — On ne reviendra pas ici sur ce qui a été dit toucliant le fer de nos aliments (voy. p. 58).
!2. — Les aliments minéraux de Torganisme adulte.
La nécessité d'une alimentation minérale chez l'adulte, d'abord partiellement soupçonnée d'après quelques faits isolés, comme on l'a vu plus haut, n'a été démontrée directement, et pour l'ensemble des matières minérales, que par la classique expérience de Forster. Cette expérience a consisté à nourrir des chiens adultes avec des résidus de viande provenant de la préparation de l'extrait de viande de Liebig et ne contenant plus que O^^S de cendres pour 100 grammes de substance sèche. Ces résidus étaient additionnés de graisse, de sucre et d'amidon. Après 26 à 56 jours, les chiens soumis à ce régime de l'inanition minérale, après avoir présenté des accidents d'ordre nerveux très graves, étaient mourants, tandis que l'inanition complète ne tue en général ces animaux
lE. LAMBLING/i
NOTIONS ^K.NKUAM'S Sl'Il LA M TIIITION A l.'KTAT NdUMAI.
(pTaii bout (le 40 à 00 joiii's. — Des |)it>('()iis soumis ;i un i rj^imc iiiiiilomic se comportèrent de iiièine(').
De ces expériences on ne peut lii'ei-(pie cc^tte conclusion, ;'i sjivoir (pi'un apport constant d'aliments minéraux nous (>st nécessaiic, mais elles n'apprennent rien ni sur la (piantité, ni sui' la nalui-e des sels (|u*e\i;Li(' le maintien de la vie. L'observation dii'ccle de riiomme, alimenlé ;'i l;i manière ordinaire, n'en apprend <iuère davanla-ic, j^ar l;i raison (pie la ration d'entretien de l'iiomme apporte avec elle une (pianliO' smahondante de sels minéraux qui ne t'ont (pu; traveiseï- Torganisme el (pii s'éliminent constamment par le rein, l'inteslin et la peau. Les '25 à 50 grammes de sels qui ti-aversent quotidienneuieni Torganisme ne uu^surcnt donc pas nos besoins réels.
L'excrétion minérale à l'état d'inanition ne nous renseigne pas mieux, car dans ces conditions la nutrition se fait aux dépens de nos tissus dont la l'onte rapide met alors en liberté une quantité de sels plus considérable qu'à l état normal. C'est ce que l'on constate nettement (juand on souuu>t les chiens à l'inanition minérale, telle (pie la pratiquait Forster. L'exciétion minérale, que l'organisme — ménager de ses réserves — réduit à un miniuuun, s'élève brus(pu^ment, sitôt que l'on passe de l'inanition minérale au jeûne complet. En outre, la composition des matériaux salins émis pendant le jeûne absolu peut ditîérer notablement de ce qu'elle est à l'état normal, ainsi (pi'il ressort des recherches faites à Berlin par Muidx sur le jeûneur Cetti. Quant à l'inanition minérale, elle exerce sui' l'organisme des effets si rapides et si terribles qu'il n'est pas possible de mesurer, d'après l'excrétion minérale qui persiste dans ces conditions, les besoins d'un organisme à l'état normal. Là encore il faudrait des essais de nutrition combinés comme il a été dit plus haut (voy. p. 9), mais on sait à quel obstacle fondamental on se heurte ici (voy. p. T) I ).
Les besoins de l'organisme, en ce qui concei'ne la natui-e des matériaux salins, n'ont donc pu être déterminés jusqu'à présent ])ar aucune expérience méthodique, et l'énumération que l'on fait en général dans les ouvrages des « sels nutritifs » (sulfates, chlorures, fluorures, j)hosphates, potasse, soude, magnésie, fer, etc.) est uniquement déduite de ce fait que ces matières minérales se trouvent d'une manière constante dans les cendres de nos tissus et de nos humeurs, dont la composition présente sous ce rapport une lîxité remarquable. Expérimentalement deux questions seulement ont été touchées : l'une a trait à la nécessité d'un appori de substances minérales basiqifes; l'autre, au besoin de sd infwin. Tunique matière minérale que l'homme ajoute lui-même à ses aliments.
En ce qui concerne la première, Bunge est parti de ce fait que la désagrégation de nos aliments organiques a pour conséquence nécessaire une
(^) Chose curieuse, l'examen des divers tissus et org'ancs de ces animaux ne révi-U; \)n>, dans 'la proporlion des matières minérales, de diminutions sensibles à l'analyse.
ij:s aumivNTs
|)i(»(liKii(Hi (le sul»sl;iiK'(^s iU'idcs, piii iiii l('S(|ii('ll('s I acide siiiriii i(|iic esl le plus important eoiiime masse. En elVel, lObsei valioii iiioiili-e (|iie les ([iiali-e eiiHjiiièMies du soulVe contenu dans les nialièics allnnninoïdes se liansl'oniieiil par oxydation en acide siiirnii([ne, (pii s'élimine par les m-ines. line ration de 100 i>rammes (ralbmniiie (à 1 pom- 100 de soidVe) l'ournit de la sorte dans les vin«>i-(|uatre heures environ '2"'",') d aeidi» suiruricjue (S0'1i-). D'autres acides, tels que Tacide phosplioriqui; lésidtantdu dédoublement des imcléines, se foiment encore dans For^^ianisme.
Dans les conditions ordinaires, ces acides sont saturés |)ar les sels à réaction alcaline Iburnis par nos aliments. L'alimentation animale ap|)orte en etïet, d'nnc part, des phosphates, des carbonates alcalins, des albuuiinates de bases; d'autre part, les aliments vé<>étau\ renlerment des citrates, tartrates, malates de potasse ou de soude, sels à réaction souvent acide (bitartrates, etc.), mais qui, brûlés |)ar l'organisme, se transforment en carbonates alcalins, c'est-à-dire en sels à réaction alcaline. La saturation des acides qui résultent des oxydations intra-organiques est, jiour cette raison, largement assurée chez les herbivores, ainsi qu'en témoigne la réaction franchement alcaline des urines. Elle ne l'est qu'incomplètement chez les carnivores. Mais chez ces derniers, chez le chien en particulier, Schmiedeberg et Walter ont démontré l'existence d'un mécanisme conij)ensateur qui consiste dans la production de quantités variables d'ammoniaque. On voit en efl'et chez le chien et chez l'homme que l'ingestion d'acides minéraux est suivie d'une augmentation de la jn'oportion d'ammoniaque dans les urines, avec une diminution correspondante de celle de l'urée. Inversement, l'introduction d'alcalins réduit cette production à un miniuunn (Walter, Coranda, Giehtgens)
Ce mécanisme permet donc aux carnivores de résister dans une certaine mesure aux effets de l'inanition minérale. Mais cette adaptation a une limite, et l'on conçoit (pi'elle soit plus vite atteinte dans l'inanition purement minérale, telle que la pratiquait Forster, que dans l'inanition totale, l'organisme réduisant dans le second cas à un minimum la quantité d'albumines détruites et, par conséquent, la jiroportion d'acides formés. Lorsque cette limite est atteinte, l'acide produit soustrait aux cellules mêmes de l'organisme les bases nécessaires à leur constitution et à leur fonctionnement, et c'est cà cette action de désorganisation que seraient dus principalement les effets si puissants et si rapides de l'inanition minérale.
Cette vue de l'esprit a été vérifiée dans une certaine mesure par Lunin qui, en soumettant des souris à une alimentation artificielle, déminéralisée (mélange de caséine, de beurre et de sucre) a |)u conserver ces animaux pendant 16 à 50 jours, lorsqu'il ajoutait à leur ration un peu de carbonate de soude ou de potasse. Les souris mouraient au contraire au bout de 6 à '21 jours lorsqu'elles recevaient la même alimentation, sans addi-
(*) Yoy. plus loin, p. 155.
[JE. LAMBLINGri
NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA MITRITION A L l-TAT NOHMAL.
tion de carbonate de soude on de potasse, ou bien b)rs(|u*oii n ajoulail à leur pâtée qu'un sel de réaction nciilrc comme 1(; cbloruie de sodium, incapable par conséquent de contribuer à la neutralisation des acides formés.
L'addition d'un sel alcalin avait donc eu manifestement |)our elVet de ])roIonger l'existence de ces animarrx. Pourtant les soui'is succoiid)aient toujours au bout d'un certain temps; mais, de ce fait, on ne saurai! lirei* de conclusion certaine, dans aucun sens, puis(fue des souris, nouiries avec le même mélange ori>ani(jue, additionné de toua les sels (pie l'on trouve dans le lait, mouraient également dans l'espace de '20 à 50 jours, tandis qu'avec du lait en nature on réussissait à conserver ces animaux en bon état ))endant plusieurs mois. On se beurte ici à la difficulté d'ordre général déjà signalée précédeuunent, à savoir rinq)ossibilité de conq)oser de toutes pièces une nourriture artificielle complète (voy. p. 51).
Nos aliuients doivent donc fournir une quantité suffisante de j^rincipes alcalins. Cette condition est toujours largement remplie dans le cas d'une alimentation mixte ou végétale, comme le montre la réaction faiblement acide ou même neutre ou alcaline de l'urine. Les aliments végétaux qui fournissent le plus abondauuiient ces principes alcalins sont les fruits acides (groseilles, po^nmes, etc.), les divers légumes, les pommes de terre, dont les malates, citrates, etc., de potasse ou de soude sont bridés dans l'organisme avec formation de carbonates alcalins. Ne sait-on pas d'ailleurs que les végétaux, bien que leurs tissus soient le plus souvent acides, laissent des cendres fortement alcalines et qui sont une source de carbonate de potasse? Les céréales et les légumineuses se rapproclient au contraire des aliments d'origine animale. Elles sont riclies en albumines, en substances organiques pliospborées. Elles fournissent par conséquent, coumie la viande, beaucoup d'acides sulfurique et pbospliori(jue, et l'urine qui leur correspond a une réaction fortement acide.
Qu'on se rappelle maintenant ce qu'est devenue de nos jours l'alimentation des classes aisées dans les grandes villes, la prépondérance excessive des aliments azotés, la place minime laissée aux légumes et aux fruits, et l'on se convaincra qu'avec un tel régime l'organisme est placé d'une manière constante à la marge des accidents })atbologiques. Le mécanisme compensateur qui a été décrit jilus baut est constamment en jeu, et l'urine, qui prend une acidité prononcée, tend à se rapprocber des urines pathologiques par certains caractères, tels qu'une précipitation trop rapide de l'acide urique ]iar le refroidissement. Quant à la nutrition générale, il est probable qu'elle souffre aussi de cet état de choses, bien qu'on ne sache pas exactement de quelle façon elle est atteinte. L' « hyperacidité organique », dont on amené grand bruit dans ces dernières années et qu'on invoque volontiers pour expliquer bien des accidents, est un syndrome encore fort mal connu. Mais il est permis de croire (pie dans un organisme, qui chaque jour n'assure qu'avec peine la saturation de ses produits acides, les protoplasmas cellulaires doivent souffrir à la longue
LES ALIME>TS.
et no plus inaintoiiir (juo difticileiiKMil, ;m dvp^iv voulu, Icui- rrnrlioii aK';i- Wnc, condition essentielle d un l>on l'onel ionneuieiit.
Une seule matière luinéiale, avons-nous dit, est diiceteuieut ajoutée \r,\v I houinie à ses aliuieuls : c'est le chlorure de sodimn. Si le rôle (ju(* joue ce sel est mal connu, son importance j^hysiolonicpic ne saurait taire aucun doute. L'énergie avec laqnelle le sang maintient s;i richesse en chlorure de sodinm, ainsi (pi en témoignent les expériences toujours citées de Sclienk ('), suffirait à elle seule pour le démontrer.
Bien que le chlorure de sodium soit assez ahondamment représenté dans nos aliuients, nous l'ajoutons néanmoins à notre nourriture. A'oici, d'après Bunge, les raisons de cet acte instinctif. L'ohservation uiontre que ce sont les herhivores, tant sauvages que domestiques, (pii recherchent le sel avec avidité, tandis que les carnivores ne marquent aucune prédilection pour les aliments salés. Cette ditîérence tient à ce fait que» dans un grand nomhre d'aliments végétanx, les sels de potassium l'emportent de heancoup (environ 5 à 4 fois) snr les sels de sodium, et que l'organisme sul)it par ce fait une continuelle spoliation en sels de sodium.
Le mécanisme de cette spoliation est le snivant : Lorsque le carbonate de potassium, résidtant de la combustion intra-organique des citrates, malates, etc., de potassium des aliments végétaux, arrive dans le sang, il fait la double décomposition, au moins partielle, avec le chlorure de sodium, si abondant dans le sérum. 11 se forme ainsi deux nouveaux sels : le chlorure de potassium et le carbonate de sodium. Mais, comme la constitution normale du sérum sanguin ne comporte que de petites quantités de ces deux sels, ils sont, en majeure partie, rapidement éliminés par le rein, et cette élimination se répétant à chaque nouvel aftlux de sel potassique, il résulte de là, en ce qui concerne le chlorure de sodium, une spoliation constante : d'où ce besoin instinctif de sel, si intense chez l'herbivore.
Bunge a effectivement constaté sur lui-même que l'ingestion de sels de potassium provoque une élimination supplémentaire de chlorure de sodium par les urines. Quant aux objections qu'on peut tirer d'une série d'expériences de Landsteiner sur le lapin, elles n'atteignent pas sensiblement les résultats de Bunge, le lapin étant au surplus un animal fort mal choisi pour ces expériences.
D'autre part, Bunge a établi, par une enquête très étendue, que, dans tous les temps et sous toutes les latitudes, les peuples agricoles et végétariens ont recherché et recherchent encore avec avidité les sources salées ou les dépôts de sels. Au contraire, les peuples chasseurs et pêcheurs, qui ont une alimentation presque exclusivement animale, ou bien ne connaissent pas le sel, ou bien en repoussent l'usage. On a pu vérifier ce fait sur un grand nombre de populations du nord de la Bussie, de la
(*) ScHEXK, cilé d'après Hoppe-Seylcr, Physiol. Chem. Berlin, 1881, p. 450. ^
[r. LAMBLINCI
NOTIONS GÉNÉRALES SUH LA NUTRITION A l/KTAT NORMAL
Sibérie, des Indes anglaises, de TArahie, de rAlrifiiic eeiilialc cl iiit'ridionale, de la Nouvelle-Hollande, de l'Amérique. Bunge eite ciieore les oliscivalions personnelles de quel(jues explorateurs, et (jui eonsliliicnl de véritables expériences decontiôle. C'est ainsi que Fastronouie L. Seinvai l/. raconte avoir vécu pendant trois mois dans le pays des Toungouses, en se nourrissant uniquement de viande de renne et de gibier de pimiic, cl sans ressentir aucun besoin de sel. Au contraire, Mungo Park, dans ses récits de voyage dans TAlrique centrale, au milieu de populations purement agricoles et végétariennes, après avoir décrit Tavidité avec la(pielle les nègres recherchent le sel très rare dans ces régions, ajoute ces lignes : c( J'ai moi-même souffert très péniblement de la rareté de ce produit Une alimentation constamment végétale amène un besoin de sel si douloureux que je ne saurais le décrire. » ( ' )
L'organisme entier des Mammifères contient, d'après Bunge, environ un équivalent de potasse (exactement de 0,7 à 1,3) pour un éfpiivalcnt de soude. Comme le lait de la femme et celui de la vache contiennent, |)om- 1 équivalent de soude, de 1 à 4 et 6 équivalents de potasse, on peut admettre que c'est là la limite au delà de laquelle il faut faire intervenir le sel marin artificiellement ajouté à la ration. La plupart des aliments végétaux nous placent d'ailleurs fort au-dessus de cette limite. Le ra|)p()rt des équivalents de soude aux équivalents de potasse est dans le froment de 1 à 12-'25; dans la pomme de terre, de 1 à 51-4*2; dans les fraises, de 1 à 71 ; dans les haricots, de 1 à MO. Nous corrigeons ce rapport par l'addition de sel marin, mais on remarquera que lorsque l'alimentation est exclusivement végétale, on est ainsi conduit, pour un grand nombre d'aliments (pommes de terre, etc.), à ajouter de grandes quantités de sel. La quantité de matières minérales qui traversent l'organisme devient alors énorme, puisque, en même temps que 100 grammes d'albumine, on absorbe, en s'adressant à la pomme de terre, 42 grammes de potasse (K-()).
Au surplus, l'habitude aidant, le sel est devenu pour nous un aliment de jouissance gustative dont nous abusons très souvent. Bunge a calculé que, dans le cas d'une alimentation moyenne, l'addition de 1 à 2 grammes de sel marin serait suffisante pour rétablir un rajiport convenable entre la soude et la potasse. Or, la plupart du temps, nous en consommons par jour 20 à 30 grammes, et même davantage. L'habitude des boissons alcooliques à doses excessives accentue encore cette tendance à l'usage immodéré des aliments salés. Bunge, après avoir signalé le danger que présente le passage quotidien, à travers le rein, de masses aussi considérables de matériaux salins, ajoute très judicieusement : « Il n'est |)oint
(') Cette ingénieuse tlicorie tic Bunge a été néanmoins attaquée de divers côtés. C'est ainsi que Lapicque a eu l'occasion d'analyser un mélange salin, utilisé comme assaisonnement par certaines populations de l'Afrique centrale, et obtenu par l'évaporation d'un cxirait aqueux de cendres de végétaux. Or, ce mélan-ge était presque exclusivement composé de sels de potasse. La sensation gustative seule est évidemment ici recliercliée et le « sel » à base de potasse ou de soude deviendrait donc une pure consomniaiion d'agrément (La])icquc, Soc. de DioL, 1896).
LES ALIMENTS
(rorj^anc tic notre corps (pii soit niissi ini|)itoy;iltlciiicii( iiiiiliiicin'' le rein. L'estomac^ lorstjiron le surcharge, rt'a^il aiissilôl. Le rein, au cmiliaire, est forcé tic tout su|)porlei' patieuuiuMit. Le tloininai^c (pi il sultit ne tlevient manilesle tpic lorstju'il est trop tartl pour rcniétlier aux Ic'sions protluites. » (')
^ Y. LES CONDIMENTS. — LES CONSOMMATIONS D'AGRÉMENT ET LA TJn':ORIE DES ALIMENTS DITS D'ÉPARGNE