SUCRE QUI POURRAIT ÊTRE DÉTRUIT
en vingt-quatre lieures. Pendant ce temps la moyenne de l'azote urinaire total a été 18^', 17, ce qui suppose 68^'' , 5 de sucre dérivé de l'albumine. Son organisme pouvait ainsi disposer de 668®^o de sucre par jour. Il n'a pas eu de glycosurie. Il a donc élaboré par combustion ou par accumulation, à l'état de glycogène et à l'état de graisse, \ o^'' ,'2 de glycose par kilogramme corporel et 95^',5 par kilogramme d'albumine fixe. Il était donc capable d'élaborer beaucoup plus de sucre que la quantité qu'il élaborait normalement. Je n'avais pas, chez ce jeune homme, donné satisfaction à l'avidité de ses tissus pour le sucre, ou mieux à leur aptitude à élaborer le sucre; je n'ai pas obtenu chez lui la glycosurie. Chez l'homme de quarante ans qui figure au tableau et que j'ai soumis au même régime, la glycosurie s'est produite, la consommation du sucre avait été pourtant plus considérable que la consommation normale ; cet homme avait pu élaborer en vingt-quatre heures de glycose par kilogramme corporel,
62^', 20 par kilogramme d'albumine fixe.
C'était la reproduction, chez l'homme, faite d'une façon inoffensive, d'expériences que j'avais faites sur le chien en octobre 1881 et qui m'avaient permis de formuler les mêmes conclusions. Je rappelle sommairement ces expériences :
Une chienne pesant 15''''*^^'' , 5 reçoit pendant deux heures, par injection intra-veineuse, toutes les douze secondes, un demi-centimètre cube d'une solution de glycose à 1/7, en tout 42°', 90. Une glycosurie intense survient qui cesse l'',44 après la fin de l'injection. La totalité des urines recueillies pendant les 5'', 44 qu'a duré la glycosurie renferme 54^', 954 de sucre. Il y a eu consommation de 7*''', 946 de glycose, car l'animal sacrifié immédiatement n'avait de sucre ni dans la bave, ni dans le contenu de l'estomac ou de l'intestin, ni dans le liquide péritonéal. La quantité de sucre injectée qui a disparu en plus de ce que l'animal détruisait normalement a été dans la proportion de 5^'', 78 par kilogramme corporel et par vingtquatre heures, soit 26 décimilligrammes par minute et par kilogramme. J'injecte cette même dose avec la même fréquence à un autre chien, soit environ 1 centigramme par minute, le chien pesant 4 kilogrammes. L'injection est continuée pendant deux heures, la glycosurie n'apparaît pas. Ce second animal était donc capable de faire disparaître par une élaboration quelcon((ue, en plus de ce qu'il élaborait normalement, par kilogramme de son corps, 25 décimilligrammes de sucre par minute ou 5^%50 en vingt-({uatre heures. Mes expériences faites chez l'homme, dix-huit ans plus tard, montrent que le jeune homme de dix-sept ans était capables de consommer en vingt-quatre heures, par kilogramme, 6 grammes de sucre de plus que sa consommation habituelle; et que cette consommation excédante possible était de 5^', 60 chez l'homme de quarante ans.
TROUBLES PRÉ.iLABLES DE LA NUTRITION.
CONDITION NÉCESSAIRE POUR QUE PUISSE SE PRODUIRE UNE GLYCOSURIE PAR ACCUMULATION DU SUCRE DANS LE SANG
Un homme sain de dix-sept ans peut élaborer plus de sucre que la quantité qu'il élabore normalement, 6 grammes et au delà par kilogramme et par vingt-quatre heures, sans que la glycosurie se produise.
Chez un homme de quarante ans cette consommation excédante a pu se faire dans la proportion de 5°',60. Ce qui a été ingéré en plus s'est éliminé par l'urine.
Une chienne a pu recevoir dans le sang et élaborer du sucre dans la proportion de 5^' , 7 8 par kilogramme et par vingt-quatre heures ; ce qui a été injecté en plus s'est éliminé par l'urine.
Un chien a pu recevoir du sucre dans le sang dans la proportion de 5^''", 50 par kilogramme et par vingt-quatre heures sans([ue la glycosurie se produisît.
L'homme comme l'animal peuvent donc élaborer, quand on augmente l'apport par ingestion ou par injection intra-veineuse, des quantités de sucre qui dépassent la quantité normalement consommée, qui peuvent même être le double de cette quantité, et ce sucre excédant est brûlé ou transloinié, en tout cas il ne s'accumule pas, car la glycosurie ne se })ro(biit pas. Si ce sucre excédant ne se détruisait pas ou ne se transformait pas, la glycosurie commencerait à se produire à partir des 15 premiers centigrammes injectés par kilograunne corporel, car ces 15 centigrauunes ajimtés à ce qui existe déjà normalement dans le sang donneraient une teneur en sucre de 5 pour 1000 aux 77 grammes de sang (pii sont dans 1 kilogramme du coi'ps, et 5 pour 1000 est une limite au delà de laquelle la glycosurie survient presque nécessairement.
Ces expériences prouvent assurément (pie la glycosurie peut résulter de l'excès de la production ou de l'introduction du sucre. Mais elles montrent que l'excès (pii produit la glycosurie n'est pas toute quantité qui dépasse la consommation normale ou habituelle, mais toute quantité qui dépasse la consommation possible. Et la consommation possible c'est la c(^nsouunation moyenne ou normale ou habituelle augmentée de ce que j'appelle la consommation excédante. Pour des raisons que j'ai fait valoir précédeuuuent il est mieux de rapporter la consommation possible au kilogramme d'albumine lixe plutôt qu'au kilogiamme corporel. Cette relation s'impose smiout (juand on a affaire à une maladie comme le diabète où la corpulence est rarement normale, qui se complique de consomption ou plus souvent d'obésité. Chez mes deux sujets les consommations par kilogramme et par vingt-quatre heures sont indiquées par le tableau suivant :
Consommation, Consommation. Consommation totale normale. tïxcédante. possible.
Grammes. Grammes. Grammes.
Sujet de 17 ans. ... 51,4 42,5 95,7
COiNDITiON NÉCESSAIRE DE LA GLYCOSURIE.
On conipt'ond qu'ii serait facile de compléter le tableau par des expériences directes faites sur des personnes d'Ages différents. Si l'âge amenait la même décroissance dans Taptitude à élaborer le sucre que dans l'activité destructive pour Talbumine, un homme de soixante-dix ans n'aurait pas la possibilité de transformer plus de 54 grammes de glycose en vingt-quatre heures par kilogramme d'albumine fixe. Mais il y a pour le sucre une cause de variations qui n'existe pas pour l'albumine et qui m'a détourné de continuer ces expériences. Le sucre a, en effet, plusieurs modes de destruction; l'aptitude de certains organes à fixer le sucre à l'état de glycogène a des limites que l'on pourrait mesurer; l'activité des organes qui sécrètent le ferment par lequel le sucre en excès peut être transformé en graisse doit également être limitée et pourrait être mesurée. Mais il y a un autre mode de transformation, le plus constant, le plus important, l'oxydation soit par les muscles en vue du travail mécanique, soit par les glandes ou par l'ensemble des tissus en vue de l'entretien de la température. Cette transformation, qui s'accomplit de la façon la plus variable suivant le travail ou la chaleur qui doivent être produits, a sans doute aussi ses limites, mais je ne vois pas par quel moyen pratique on arriverait à les déterminer. Si l'on veut systématiquement sinon éliminer, au moins réduire à une sorte de minimum cette cause de variation dans l'appréciation de l'aptitnde à consommer le sucre par l'ensemble des trois procédés que nous connaissons, on pourra reprendre les expériences et compléter le tableau de l'activité glycolytique suivant les âges.
Ce que l'on peut dire, c'est que, indépendamment d'une certaine quantité de sucre ingéré ou formé qu'il élabore normalement, l'homme est capable d'en élaborer plus encore et que c'est seulement ([uand, par l'augmentation de l'ingestion ou de la formation, il a donné satisfaction à l'avidité des tissus })oni' le sucre, c'est seulement quand l'apport dépasse l'aptitude à consonnner que l'accumulation peut se produire et la glycosurie apparaître. J'admets et j'applique arbitrairement à l'homme en général un chiffre de la consommation excédante possible que j'ai trouvé vraiponrun honnne et pour deux chiens, le chiffre de 5"' , 6 par kilogramme et par vingt-quatre heures, ce qui, en tenant compte de ce que cet homme consommait normalement, donne pour vingt-quatre heures, par kilogramme d'albumine fixe, une consommation réelle de 57^', 6 de glycose, une consomtnation excédante possible de 24^'', 0, une avidité des tissus pour le sucre ou consormnation totale possible de 62^', '2. J'adopte ces chiirres pour la période moyenne de la vie. Cela représente un minimum : d'abord, parce que, chez le jeune houune, j'ai mesuré une avidité de 95^', 7. C'est un minimum même dans cette période moyenne parce que la glycose consommée a été mesurée en dehors de toute sollicitation un peu vive, l'bonune étant au lit, n'exécutant qu'un très médiocre travail corporel et soustrait aux causes actives de refroidissement. C'est un minimum aussi |)arce que je n'ai pas tenu compte de la quantité de sucre qui, peut-être, a [)our origine la transformation de la graisse.
[CH. BOUCHARD.l
TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION
Je conclus en disant que toute glycosurie, sauf celle de la plilorizine qui semble résulter d'une perméabilité excessive du rein pour le sucre, suppose que l'individu glycosurique est devenu incapahle d'élaborer par kilogramme d'albumine lixe, en vingt-quatre lieures, non seulement les 57^'',6 de l'élaboration habituelle, mais encore les 24^',6 de l'élaboration excédante possible, en tout 62^', '2. Alors, quand l'activité glycolytique est tombée à 57,6, toute quantité de sucre surajoutée à la ration alijnentaire ou à la production ordinaire provoquera l'apparition dans l'urine d'une quantité de sucre correspondante. Mais on peut concevoir aussi que, l'avidité des tissus restant normale, 62^'', 2, l'apport arrive à dépasser de 24,6 la consommation excédante possible, alors toute quantité de sucre ingérée en plus apparaîtra dans l'urine. Cette dernière glycosurie est réelle, et c'est en la provoquant chez l'animal et chez Hiomme que je suis arrivé à mesurer l'avidité normale des tissus pour le sucre; mais c'est une glycosurie expérimentale, ce n'est pas la glycosurie dial)étique. L'expérimentation peut réaliser la glycosurie par augnientation de l'apport; la glycosurie diabétique est l'effet d'une diminution de ra[>titude qu'a l'organisme à consommer le sucre.