‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 92 sur 166 · LA GLYCOSURIE M DÉPEND PAS D'UN EXCÈS DE PRODUCTION · texte numérisé non relu

LA GLYCOSURIE M DÉPEND PAS D'UN EXCÈS DE PRODUCTION

de ces chiffres, on ne peut même pas se demander si c'est l'alimentation qui a fourni de telles quantités de matière. Si c'est la désassimilation, il suffira de faire remarquer que, à ce train, la totalité des tissus azotés serait détruite en deux jours ou la totalité de la graisse en six jours.

Mais laissons de côté cet exemple excessif, prenons un de ces exemples que nous rencontrons chaque jour, un diahétique chez lequel, par l'application rigoureuse du régime, par la suppression de tous les hydrates de carhone alimentaires, on a réduit la glycosurie à des proportions très modérées, à 50 grammes de sucre par jour. Si l'activité glycolytique n'est pas diminuée, c'est une consommation quotidienne par les tissus de 650 grammes de glycose qu'ils sont capahles d'élahorer, plus 50 grammes qui dépassaient leur avidité et qu'ils ont laissé s'échapper par les urines, en tout 700 grammes. Ces 700 grammes ne provi(;nnent pas de l'amidon ou du sucre ingérés puisque le régime a été réglé. S'ils viennent de l'élahoration de l'alhumine, cela suppose 1250 grammes d'alhumine détruite, un peu plus de 6 kilogrammes de viande ingérée ou de tissus détruits. Et si vous voulez que tout ce sucre vienne de la graisse, ce serait une destruction quotidienne de 470 grammes de graisse en supposant que la graisse est utilisée uniquement à faire du sucre. Cela supposerait une ingestion de graisse quatre fois plus forte qu'à l'état normal ou un amaigrissement capable de faire disparaître tout le tissu adipeux en dix-huit jours, cet homme ayant dans tout son corps 8500 grammes de graisse. Une glycosurie permanente de toutes les heures et de tous les jours, même si elle est modérée, même si, après régime établi, elle ne dépasse pas 50 grannnes par jour, ne peut pas exister si l'on suppose normale l'aptitude des tissus à transformer le sucre. Elle est impossible parce qu'elle supposerait nécessairement ou une polyphagie qui dépasse l'imagination, ou une autopliagie invraisemblable.

La théorie classique du diabète et de la glycosurie, celle qui a sa base scientifique dans les découvertes mal appliquées de Cl. Bernard, est ainsi jugée par l'absurde. La glycosurie, par augmentation de l'apport, n'a de réalité que pour les cas expérimentaux où l'on introduit par force, ce qui ne peut être que pour un temps court, des quantités énormes de sucre capables de donner et au delà satisfaction à l'avidité normale des tissus pour le sucre. La glycosurie permanente de certaines lésions nerveuses, celle qui résulte de la destruction du pancréas me semblent même ne pas pouvoir se maintenir si l'activité glycolytique reste normale. Même la glycosurie intermittente de la cirrhose et d'autres états pathologiques du ioie, de la veine porte ou des cellules hépatiques, cette glycosurie où un sucre qui n'est peut-être pas toujours bien formé et qui n'étant pas retenu dans le foie tombe tout d'un coup dans la grande circulation à certaines heures où la digestion le fournit en grande quantité et en un temps' relativement court, même cette glycosurie qu'on invoque comme l'exemple manifeste et presque expérimental de la glycosurie par augmentation de l'apport n'est possible, le plus souvent, que par un consen-

TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION

tement de rorganisme. Son activité glycolytique se trouve amoindrie par la maladie, de même que, chez l'homme sain, elle diminue avec Tage. Quant à la glycosurie diabétique, je viens de démontrer qu'elle ne peut pas être due à l'augmentation de l'introduction ou de la production du sucre. Je vais prouver qu'elle s'explique facilement par la diminution de la destruction du sucre.

LA GLYCOSURIE DIABÉTIQUE S'EXPLIQUE PAR LA DIMINUTION DE LA DESTRUCTION DU SUCRE

S'il m'est impossible d'admettre que la glycosurie diabétique résulte d'une augmentation de la production du sucre que personne n'a d'ailleurs prouvée, si je repousse cette théorie parce qu'elle conduit forcément à des conséquences absurdes, je puis, au contraire, concevoir que cette glycosurie dépende d'une diminution dans la destruction.

Notre homme de quarante ans qui consomme régulièrement 285 grammes de sucre provenant soit d'hydrates de carbone ingérés, soit d'albumine d'alimentation ou de désassimilation et auquel je concède encore, sans y croire, une consommation de 180 granniies de sucre provenant de la graisse élaborée, cet homme est capable de consommer encore 185 grannnes de plus que ce qu'il consomme habituellement. Supposez que l'avidité de ses tissus diminue, que les organes où s'élaborent les ferments qui aident à la destruction ou à la transformation du sucre fabriquent moins de ces ferments ou que le système nerveux soit devenu incapable de bien les utiliser, supposez aussi qu'on ne mette pas en jeu les actes fonctionnels tels que le travail corporel très actif qui forcent la consommation, du sucre, qu'on ne corrige pas par l'exercice, par l'intervention judicieuse de l'hygiène la diminution pathologique de l'activité nutritive, alors cet homme ne sera plus capable de consommer les 650 grammes de glycose qu'il élal)orait autrefois. Tout d'abord vous ne le soupçonnerez pas, même si vous faites l'examen des urines, même si vous procédez à l'estimation des produits de la respiration.

Vous ne saurez pas s'il n'est plus capable de consonmier que 600 grammes ou 550 grammes de sucre. Si son activité glycolytique, sans que cela vous soit révélé, tombe à 500 grammes, vous ne trouverez rien encore dans les urines puisqu'il n'a que 465 grammes de sucre à élaborer régulièrement. Mais que, exceptionnellement, à l'un de ses repas, il ingère des quantités élevées de sucre ou de farineux capables d'ajouter plus de 55 grammes de glycose à sa ration ordinaire, alors, dans les heures qui vont suivre ce repas, les urines renfermeront du sucre proportionnellement à l'abus qui aura été fait des hydrates de carbone. S'il revient striclement au régime régulier, les urines redeviennent et restent normales, la glycosurie n'a été qu'un accident exceptionnel sans lendemain, on se persuade que cela a été un accès de glycosurie nerveuse ou un

GLYCOSURIE PAR DIMINUTION DE LA GLYCOLYSE.

nioment de torpeur du foie qui n'a pas su retenir tout le sucre alimentaire. Ceux qui savent ce qu'est la longue période préparatoire de la glycosurie diabétique se demanderont s'il n'y a pas lieu d'interpréter autrement ce fait exceptionnel et ils arriveront, s'ils répètent fréquemment l'examen des urines, à retrouver le sucre après un repas, puis après la plupart des repas, puis après tous les repas, cette glycosurie devenue intermittente disparaissant chaque jour loin des repas et étant nulle le matin au réveil. Alors cet homme est devenu incapable d'élaborer, non plus 700 grammes de sucre, mais même 465 grammes, et chaque fois que l'apport périodique des hydrates de carbone alimentaires vient renforcer la quantité de sucre que produit constamment la désassimilation, l'excès de sucre apparaît dans l'urine. Si alors, comme c'est la règle dans la pratique médicale, on supprime de l'alimentation le sucre et les féculents, sans supprimer ni la viande ni la graisse, le sucre cesse de reparaître après les repas; il n'y en a pins à aucune heure de la journée. Cependant un jour viendra où, sans qu'on se soit départi de la rigueur du régime le sucre reparaîtra, et alors la glycosurie sera constante ; si vous rendez des féculents elle augmentera après les repas, mais elle ne disparaîtra jamais loin des repas et ne fera pas défaut le matin à jeun. A ce moment l'activité glycolytique est tellement amoindrie que le corps n'est plus capable d'élaborer ni tout le sucre que peut détruire un homme normal, ni tout le sucre qu'il transformait en fait quand il était normal; il n'est même plus en état de faire disparaître cette dernière quantité défalquée du sucre d'origine alimentaire, en d'autres termes il n'est pas capable d'élaborer même la quantité qui est produite par la destruction intra-organiffue, celle qui vient de l'hydratation de l'albumine et peut-être de la combustion incomplète de la graisse, celle qu'on ne peut pas réduire par le régime alimentaire, car cet honmie a besoin de calories et si après lui avoir supprimé les hydrates de carbone alimentaires, vous lui supprimez encore soit la graisse, soit, ce qui serait moins pardonnable, l'albumine, il trouvera dans ses tissus, jusqu'à épuisement, les deux substances dont l'une est indispensable à sa réparation, dont toutes deux sont indispensables pour lui à la production de l'énergie. A partir de ce moment la glycosurie est irréductible par l'alimentation. On peut encore la réduire par le travail musculaire, ce qui serait une grave imprudence et risquerait d'aggraver la consomption. On peut faire qu'elle augmente soit par l'inertie corporelle, soit par le retour à l'alimentation féculente. Elle augmentera d'elle-même par le progrès du ralentissement de la nutrition. Ce malade en peut venir à être incapable de détruire la totalité du sucre qui résulte de l'hydratation de l'albumine. En présence de la théorie de la glycosurie par augmentation de production du sucre qui est inadmissible parce qu'elle suppose des conséquences absurdes, ma théorie de la glycosurie par insuffisance de la consommation donne une solution naturelle des divers problèmes que je viens d'emprunter à l'observation clinique de chaque jour. Elle est vraisemblable; est-elle vraie? Voyons ce qu'on lui objecte.

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