OBJECTIONS A LA THÉORIE DU DIABÈTE PAR RALENTISSEMENT DE LA NUTRITION
Les objections qu'on a faites à ma conception de îa glycosurie dialectique sont de deux ordres : les unes reprennent et contredisent les arguments que j'ai l'ait valoir, les autres invoquent des faits nouveaux.
J'ai réfuté la théorie de la glycosurie par augmentation de l'apport en disant que les quantités de sucre perdues par les urines, si on les ajoutait à la quantité normale consommée, supposeraient ou une ingestion excessive d'aliments, ou une destruction excessive des principes immédiats constitutifs du corps. On répond que précisément la polyphagie est au nondjre des symptômes du dial)ète et que la consomption en est un autre symptôme. On ajoute que cette destruction exagérée, en ce qui concerne l'albumine, est prouvée par un troisième symptôme du diabète, l'azoturie.
A l'inverse de la polydipsie, la polyphagie est un symptôme relativement rare dans le diabète, j'entends dans le diabète sucré, même dans les cas de diabète à glycosurie assez intense ; et, ipiand on l observe, elle est liée à l'auiaigrissement, contrairement à ce qui devrait être si la doctrine que je combats était vraie.
S'il y a un diabète maigre d'emblée, et si h la fm de leur existence les diabétiques peuvent, comme tant d'autres malades chroniques, tomber dans le marasme, la règle est que les diabétiques soient bien musclés, mais surtout que leur tissu adipeux soit abondant. Le diabète gras est incomparal)lement plus fréquent que le dial)ète maigre. Souvent même l'embonpoint des diabétiques est une véritable obésité. Au contraire, même dans les cas modérés de diabète soumis au régime, si la glycosurie provenait d'un excès de production du sucre, il y aurait consomption nécessaire; la perte de poids quotidienne serait de 6 kilogrammes, si tout le sucre venait de l'albumine, de 470 grammes si tout le sucre venait de la graisse.
L'azoturie est aussi un symptôme du dial)ète sucré, mais, d'après ma statistique, on ne Lobserve pas dans la moitié des cas. On ne peut donc pas dire que le diabète résulte de la formation en excès de glycogène par suite d'une excessive destruction d'albumine. On va voir d'ailleurs ce que devrait être l'azoturie, si l'avidité des tissus pour le sucre restait normale, pour expliquer par la destruction de l'albumine cette glycosurie modérée, à 50 grammes par jour, qui s'observe chez ])on nombre de diabétiques quand on les a totalement privés des hydrates de carbone. La consommation étant supposée normale, la totalité du sucre formé serait, avons-nous dit, chez notre homme de 40 ans, de 700 grammes en vingt-quatre heures, en y comprenant 180 grammes fournis par l'oxydation incomplète de la graisse. Ce seraient donc 520 granunes de sucre qui dériveraient de l'hydratation de l'albumine, ce qui suppose 952 grammes d'albumine détruite et 158 grammes d'azote urinaire total. Or, à l'état normal, cet homme ne
L'AZOTURIE DIABÉÏIOUE.
détruit en vingt-quatre heures que 86^'' ,4 d'albumine et ne doit avoir dans l'urine que 11 ^',54 d'azote urinaire total. Dans l'hypothèse où cette glycosurie diabétique modérée serait due à la totalité de la graisse normalement élaborée et à l'hydratation de tout ce qu'il faut d'albumine pour fournir 520 grammes de sucre, l'azoturie serait de 158 grammes au lieu de la normale 11,54, douze fois plus forte que la normale. Ce ne sont pas de semblables azoturies qu'on constate dans le diabète sucré. X\i lieu de 19 à 25 grammes d'urée qui ne sont pas dépassés dans la majorité des cas, on trouve 50, 40, 50 grammes d'urée en vingt-quatre heures. Le chiffre le plus élevé qui ait été constaté est de 165 grammes, il a été constaté par Fiirbringer. Cela correspond à 76 grammes d'azote de l'urée et à 89^'',5 d'azote urinaire total. On n'a donc jamais vu dans le diabète, même dans les cas les plus excessifs, d'azoturie qui atteigne ni même qui approche de très loin celle qui existerait nécessairement si l'aptitude de l'organisme à transformer le sucre n'était pas diminuée et si la glycosurie, au lieu d'être la conséquence d'un empêchement à la destruction du sucre normalement formé, était l'effet de l'augmentation de la production du sucre.
Il importe cependant de savoir à quoi peut être attribuée cette azoturie qui n'est pas un accident rare du diabète. Son explication ressortira de la critique que je vais faire d'une dernière objection. On dit d'abord : si le sucre urinaire était le sucre qui aurait dû être utilisé, le coml)Ustible venant h s'échapper, il devrait y avoir moins d'oxygène consommé et moins d'acide carbonique formé. C'est ce qu'avaient cru trouver d'abord von Pettenkofer et Voit, puis Livierato; mais les deux premiers expérimentateurs ont réformé eux-mêmes leurs premières conclusions, et Ton peut dire que chez les diabétiques les quantités absolues de l'oxygène consommé et de l'acide carbonique produit oscillent autour de la normale et que le quotient respiratoire ne s'en éloigne pas beaucoup. Le fait est réel, et c'est la grande objection que l'on a opposée à ma théorie. On a dit aussi : rien ne démontre la réalité du ralentissement de la nutrition; la conception peut être ingénieuse, mais elle n'est pas démontrée et même certains caractères du diabète, l'élévation du chiffre de l'urée, par exemple, seraient de nature à faire supposer que le diabète appartient plutôt aux maladies par accélération de la nutrition .
L'analyse d'un fait particulier me permettra peut-être de juger la valeur de ces critiques.
Un homme de cinquante-neuf ans, comme moyenne de sept jours, élaborait (je ne dis pas ingérait) dans une période de vingt-quatre heures les aliments dont j'indique la nature et la quantité dans le tableau suivant, plaçant en lace de chaque quantité les calories résultant de cette élaboration, l'oxygène consommé et l'acide carbonique produit. On remarquera l'exiguïté de la dépense. Elle s'explique par ce fait que le sujet en question restait à peu près immobile et qu'il était toujours très
TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION
chaudement vêtu et séjournait presque constauiment dans une pièce é«;alement chaude le jour et la nuit. Ces quantités d'ingesta étaient d'ailleurs suffisantes, car le poids était sensiblement le même au dél)ut et à la lin de l'expérience :
ALIMENTS