MESURE DE LA. GLYCOLYSE
J'ai démontré, je crois,* que la théorie de la glycosurie par augmentation de production du sucre, théorie séduisante qui semblait découler naturellement des expériences de Cl. Bernard, comporte des conséquences absurdes; que, au contraire, les mémorables expériences auxquelles je fais allusion peuvent aussi bien s'expliquer par l'empêchement à la consommation du sucre normalement formé; que rien dans ce que nous savons des faits pathologiques ne contredit cette conception; que les quatre objections qu'on m'a opposées, déduites de la polyphagie, de la consomptioai, de l'azoturie, du quotient respiratoire, portent à faux. Mais il ne suffit pas qu'une théorie soit vraisemblable et que les objections qu'on lui fait soient peu fondées; il faut, s'il est possible, faire la démonstration directe, seule
capable d'entraîner la conviction. Il fîuit mesurer comparativenient laconsoiimiation du sucre chez Findividu sain et chez le diabétique.
J'ai indicjué plus haut une méthode pour la mesure de la glycolyse à l'état de santé. En attendant qu'on ait mesuré, pour chaque âge, à l'état de santé, ce qu'un kilogramme d'albumine fixe élabore de sucre en vingtquatre heures et ce qu'il est capable d'élaborer, nous prendrons arbitrairement pour terme de comparaison l'adulte d'âge moyen, l'homme de quarante ans chez lequel cette mesui^e a été faite. Chez lui, un kilogramme d'albumine fixe transforme par combustion ou autrement o7^',6 de glycose en vingt-quatre heures et serait capable d'en transformer 62^' , 2.
Cette aptitude de la substance agissante de nos tissus, de l'albumine à transformer en vingt-quatre heures 62^' , 2 de glycose, ce sera pour nous l'unité. L'homme sain a une consommation réelle toujours inférieure à l'unité. Cette consommation moyenne pour l'homme que nous prenons comme type était 5 7^' , 6, qui par rapport à 62^^2, chiffre de la consommation possible, est comme 0,60 par rapport à 1,00. Tant que cet homme n'a pas de sucre dans l'urine on ignore ce qu'est sa puissance glycolytique, et si on est arrivé à la mesurer, c'est en l'obligeant, par excès de l'apport, à voir apparaître le sucre dans ses urines. Si l'on pèse ce qu'il ingère d'hydrates de carbone et si on dose l'azote total de ses urines, on saura quelle quantité de sucre il a élaboré, on ne saura pas ce qu'il est capable d'élaborer. Mais si, quelque jour, l ingestion restant ce qu'elle est habituellement, et l'homme étant au repos, on trouve des traces de sucre dans l'urine, on en peut conclure qu'il est devenu capable à peine d'élaborer la quantité normalement formée, que son activité glycolytique n'est plus 1,00, qu'elle est tombée à 0,6. Quiconque n'a pas de sucre dans l'urine a une activité glycolytique inconnue mais facile à déterminei", comprise entre 0,6 et 1 ,0. Tout diabétique a une activité glycolytique inférieure à 0,6. Et si un diabétique soumis au régime régulier de l'homme sain éliminait en vingt-quatre heures, par kilogramme d'albumine fixe, 57^' , 6 de sucre, ce qui est impossible, on dirait que son activité glycolytique est 0,0. Entre 0,0 et 0,6 sont compris tous les degrés de la nutrition ralentie du diabétique. Je vais indiquer comment j'ai procédé pour mesurer ces degrés.
; Je suppose le cas d'un diabétique chez lequel le sucre manquq dans l'urine du matin ou qui par une diminution ou par la suppression des hydrates de carbone alimentaires cesse d'avoir du sucre dans l'urine. Je saisis le moment où le sucre disparait sous l'inHuence de l'éloignement du repas ou du changement de régime. Je note l'heure, elle marquera le début de l'expérience. A ce même instant je commence à administrer le sucre en quantité qui, renouvelée d'heure en heure, provoque une glycosurie modérée et je maintiens ainsi cette glycosurie pendant plus de vingtquatre heures pendant lesquelles le malade récolte la totalité de ses urines et suit le régime alimentaire ordinaire avec suppression des hydrates de carbone, sauf le sucre systématiquement administré et dont je connais la
MESURE DE L.\ GLYCOLYSE.
quantité. Ouaiid j'estime que l'expérience a assez duré, je cesse de faire ingérer le sucre, je continue à récolter les urines, je note l'heure à laquelle le sucre disparait. L'expérience est terminée. La provision de glycogène à la fin de cette glycosurie doit être la même qu'au déijut de l'expérience. Je dose dans la totalité des urines le sucre et l'azote total. En multipliant par 5,759 le chiffre de l'azote, j'ai le poids du sucre formé par Fhydratation de l'albumine. A cette quantité j'ajoute le poids du sucre ingéré, j'ai le poids du sucre mis à la disposition de l'organisme pendant un nombre d'heures connues. En retranchant de cette quantité le poids du sucre urinaire, j'ai le poids du sucre élaboré que je rapporte à vingtquatre heures et au kilogramme d'albumine fixe. Je divise le nombre ainsi obtenu par 62,2 et j'ai l'activité glycolytique du malade.
Si la glycosurie ne peut pas être rendue intermittente, si elle ne disparaît pas loin des repas, si elle reste continue malgré la suppression totale des féculents ou des sucres, on peut supposer que tout le sucre consommé et tout le sucre éliminé proviennent de l'hydratation de l'albumine. Pour plus de sûreté et pour ne pas mettre l'économie dans l'obligation de solliciter la graisse à fournir du sucre, on fait à un moment donné ingérer au malade une quantité connue de sucre et à partir de ce moment on récolte les urines pendant un temps égal à celui qui dans un cas de diabète intermittent permettrait à cette même quantité de sucre de faire apparaître la glycosurie et à cette glycosurie de disparaître. On dose dans l'urine rendue pendant ce temps le sucre et l'azote total. En multipliant par 5,759 le chiffre de l'azote urinaire total, en ajoutant au produit le poids du sucre ingéré, on a le sucre mis à la disposition de l'organisme pendant la durée de l'expérience, et comme dans l'expérience précédente le foie sera au point de vue de sa richesse en glycogène comme au début de l'expérience, l'état final est semblable à l'état initial. On retranche du sucre mis à la disposition le sucre excrété, la différence donne le sucre consommé pendant la durée de l'expérience. On déduit par le calcul le poids du sucre consommé en vingt-quatre heures par kilogramme d'albumine fixe.
Ces expériences ne sont ni difficiles, ni compliquées et n'ont rien de pénible ni surtout de fâcheux pour les malades. Cependant elles exigent de leur part une légère gêne et quelque intelligence de leurs intérêts. Si le patient ne semble pas mériter confiance, elles réclament du médecin une surveillance qui ne laisse pas que d'avoir ses inconvénients. J'ai adopté dans la pratique un procédé que j'applique indifïëremment au diabète continu ou au diabète intermittent. Le dernier repas ayant eu lieu la veille à 7 heures du soir, je fais vider la vessie à 7 heures du matin et j'administre une boisson aromatique additionnée de 100 grammes de sucre. Le malade reste au lit, ne prend aucun aliment, et les urines sont récoltées jusqu'à midi. C'est sur ces urines que porte l'analyse. Si elles ne contiennent pas de sucre on recommence l'expérience un autre jour en donnant une dose double de saccharose.
Si le diabétique n'est plus capable que d'élaborer la glycose résultant
TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION
de riiydratation de ralbuniine, un régime sévère réduira sa glycosurie à l'état de traces, mais cette glycosurie sera constante, sans intermittences, sans rémission. S'il n'y a que des traces de sucre, la quantité de glycose élaborée est égale à autant de fois 0"%558 qu'il y a de grammes d'albumine élaborée, soit suivant les âges, de 15^M4 à 7^'", 44 en vingt-quatre heures par kilogramme d'albumine fixe, ce qui donnerait, en divisant ces nombres par 62,2, une activité glycolytique comprise entre 0,14 et 0,07. En réalité, dans ces cas, le sucre provenant des hydrates de carbone alimentaires étant éliminé ou n'étant pas fourni à l'organisme, l'individu sera privé d'un nombre considérable de calories qu'il trouve dans d'autres aliments et en particulier dans l'albumine. 11 en résulte que toute glycosurie permanente ne suppose pas nécessairement une activité glycolytique comprise entre 0,0 et 0,07 ou même 0,14. Elle peut s'observer avec une activité glycolytique de 0,20. H y a alors azoturie. -le donne le résumé d'une expérience où la mesure de l'activité glycolytique a été faite dans des conditions plus rigoureuses :
Une femme de quarante-huit ans pesant (38'''' ,240 et dont le corps renferme 9,440 grammes d'albumine fixe est atteinte de diabète sucré. L'élimination quotidienne du sucre oscille autour de 400 grammes. Elle est soumise au régime que j'indiquais tout à l'heure, recevant l'albumine et la graisse suivant son désir et de plus 80 grammes de sucre sans autres hydrates de carbone. Sous l'influence de ce régime, le sucre urinaire tombe an bout d'un jour à 540 grammes, au bout de deux jours à 170, au bout de trois jours à 114, au bout de quatre jours à 52 grammes. A partir de ce moment la glycosurie ne fait plus qu'osciller. Je donne la moyenne des analyses d'urine des cinq derniers jours à partir du quatrième inclus. L'azote urinaire total était par vingt-quatre heures <lc 14^%90 correspondant à une quantité d'albumine dont l'élaboration fournissait 56 grammes de glycose. L'ingestion de sucre était de 80 grammes : c'est donc 156 grammes de sucre ingéré ou formé en vingt-quatre heures. Pendant ce temps, l'élimination moyenne par les urines était de 44^''",27. La quantité de sucre consommé était de 156 — 44,27= 91^^75. C'est en vingt-quatre heures une consommation de 1^'',54 par kilogramme corporel et de 9^'", 72 par kilogramme d'albumine fixe. C'était chez cette femme la consommation la plus forte qu'elle pût faire dans les conditions d'activité et de température où elle se trouvait puisqu'elle laissait s'échapper le sucre qu'elle ne pouvait pas utiliser.
Je ne sais pas par une expérience directe ce que serait, chez une femme bien portante, ayant même âge, même corpulence, même surface, la quantité maxima de sucre élaborée dans l'unité de temps par l'unité de matière active; mais je sais par une expérience directe ce qu'elle est chez un homme de quarante ans que j'îii résolu arbitrairement de prendre pour terme de comparaison. Cette consommation maxima est chez lui 62^''", 2. Si j'ai décidé d'appeler 1,0 l'activité glycolytique de cet homme, l'activité glycolytiaue de cette femme devra être provisoirement dési-