GÉNÉRALE
h'aneslhesie totale peut coexister avec des lésions diffuses cérébrales ou bulbaires. Mais il s'agit presque toujours d'une hcmianest/iésie portant sur une joue, la moitié de la langue et des lèvres; les malades, cessant de percevoir la température, la consistance et les autres caractères
CAVITÉ BUCCALE
physi([iies des corps introduits dans la ])ou('lu% laissent séjourner entre la joue et la gencive, entre la gencive et la langue, des résidus d'aliments: la muqueuse devient le siège d'une inflammation catarrhale, aggravée par les morsures involontaires. Cette hémianesthésie buccale existe chez des liystéri([ues liémianestliésiques de la peau et des sens, dans les lésions cérébrales en foyers, après certaines paralysies périphériques du nerl' maxillaire supérieur ou inférieur, dans des cas d'otorrhée avec lésions consécutives du plexus tynqjanique
La sensibilité buccale peut être exagérée (lujpei'estliesic) de manière à rendre la mastication douloureuse, et le contact des aliments chauds ((u froids très pénible.
Elle peut être pervertie (paresthésie) ; le patient éprouve des picotements, démangeaisons, fourmillements sur la face interne des joues, sur les bords et la pointe de la langue ; il se plaint de sensations illusoires de froid ou de chaud sur les gencives, la voûte palatine.
Ces hyperesthésies et paresthésies peuvent être liées à une inflammation visible de la nuiqueuse; on peut aussi les voir sans lésion dans Thystérie, dans d'autres névroses ou affections organiques du système nerveux, dans l'aliénation mentale, dans cei'tains cas d'artéi io-sclérose avec ou sans néphrite interstitielle.
Les hyperesthésies et les paresthésies peuvent marcher de pair avec les véritables névralgies, ({ui se produisent par accès de quelques secondes à quelques minutes, s'accompagnant souvent d'une salivation excessive. La plus fréquente des névralgies buccales est celle de la langue (glossalgie ou glossodynie). Celle-ci est très tenace, exerce une influence souvent, fâcheuse sur l'état mental des malades, qui, examinant sans cesse leur langue, s'imaginent y voir des ulcérations et se croient atteints de cancer. Ces malades sont d'ailleurs tous des névi'opathes.
La SENSIBILITÉ SPÉCIALE, gustativc, pcut être altérée isolément ou en même temps que la sensibilité générale. L'abolition du goût (agueusie) peut être générale ou partielle, continue ou intermittente. Passagère, elle peut dépendre de la sécheresse de la bouche (imperméabilité nasale obligeant les malades à dormir la bouche ouverte, catarrhe buccal fébrile ou non). Persistante, elle peut se voir dans l'hystérie, dans les lésions de la partie postérieure de la capsule interne ; elle porte alors sur le domaine du lingual et du glosso-pharyngien. Limitée aux deux tiers de la langue, elle dépend de lésions du trijumeau et de sa branche linguale, du facial et de la corde du tympan.
L'exagération de la sensibilité gustative [hyper gueusie) s'observe dans l'hystérie. La perversion du goût (paragueusie) existe aussi dans l'hystérie et chez certains aliénés ; plus souvent ceux-ci ont de véritables hallucinations gustatives. Unilatérale, elle se rencontre dans certaines para
(*) Ch. Simon-, Langue névropatliique. Tlicsc de Paris, 1889. — Buri.ix, Diseascs of the toiigue, traduit par D. Aigre. 1889. — Du Pasquier et Marie, Sémiologie nerveuse de la langue. In Progrès médical, 1891.
SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUBE DIGESTIF
lysies faciales, dans des otorrhées anciennes. La perversion totale du goût rend souvent odieuses aux fébricitants des saveurs qu'ils aiment à l'état de santé (vin, tabac).
Coloration. — Beaucoup de modifications de la nuiqueuse buccale, que nous avons notées à propos des lèvres et des gencives et que nous retrouverons en parlant de la langue, se rencontrent dans les autres parties de la cavité buccale (face interne des joues, plancber delà bouche, voûte palatine); il sera donc inutile d'y revenir chaque fois. Nous avons cité la coloration ardoisée causée par la maladie d'Addison. On voit une pigmentation d'un noir bleuâtre chez certains tuberculeux ayant en même temps de la mélanodermie. Dans les ictères intenses, certaines parties de la muqueuse buccale, le dessous de la langue sur les côtés du frein, le raphé de la voûte palatine se teignent plus ou moins en jaune.
A l'état normal, la muqueuse palatine est la partie la plus pâle ; les culs-de-sac, formés par la réflexion de la muqueuse à la base des gencives, sont, au contraire, les parties les plus colorées. A Tétat pathologique, quand il y a anémie intense ou congestion excessive, toutes les parties peuvent être d'une pâleur ou d'une rougeur uniformes ; on distinguera la rougeur dilîuse des stomatites et les taches d'un rouge plus foncé, se détachant sur le fond général, dans les énanthèmes des fièvres éruptives ou des intoxications.
Nous rappellerons brièvement que l'énanthème de la rougeole est pointillé et commence à apparaître sur la voûte palatine ; M. Comby a considéré comme un signe jH'émonitoire un enduit érythémato-pultacé des culs-desac gingivaux (^). L'énanthème scarlatineux est diflus et porte sur toute la muqueuse, mais plus accentué toutefois au niveau de risthmc pharyngien; il est suivi de la desquamation totale de celle-ci, qui prend alors la coloration du rouge le plus vif, en même temps qu'un aspect âpre et comme saignant. La rubéole, les oreillons ont des énanthèmes beaucoup moins constants et caractéristiques. Parmi les autres fièvres éruptives, la varicelle donne quelques vésicules entourées d'un fin liséré rose vif et surtout placées sur la voûte palatine; la variole produit des papules peu nombreuses dans les formes discrètes, serrées ou confluentes dans les formes graves, et qui deviennent successivement des pustules et des ulcérations.
Les autres éruptions dont la muqueuse buccale peut être le siège sont les érythèmes polymorphes, l'urticaire, l'hydroa, le pemphigus, le purpura, etc. On y voit les taches pigmentaires de la maladie d'Addison, et celles qui ont été signalées comme accompagnant quel({uefois la mélanodermie de la plithiriase (Thibierge, Besnier, ChaulTard, Greenhow) et le goitre exophtalmique.
Les stomatites proprement dites sont des altérations de la muqueuse
(*) Société tncdicale des /lôpitaux, 1895.
CAYITÉ BUCCALE.
qui reconnaissent pour cause soit une irritation physique ou trauinatique, soit un irritant chimique, mais dans la pathogénie desquelles il y a toujours une part à faire aux microbes, hôtes habituels de la cavité buccale.
Ceux-ci peuvent sans doute à eux seuls provoquer des lésions inflammatoires de la bouche, si par suite de circonstances spéciales ils passent de l'état saprophytique à l'état virulent; mais le plus souvent leur entrée en scène ne se produit qu'après l'agression d'un élément physique (air ou liquides trop chauds ou trop froids) ou chimique (gaz irritants, substances caustiques ou irritantes amenées du dehors ou apportées par la salive : mercure, iode, arsenic, phosphore, antipyrine, etc.).
Les microbes trouvés à l'état normal dans la bouche appartiennent à de très nombreuses espèces : pour ne citer que les principaux pathogènes, on rencontre les streptocoques (Widal et Bezançon), les staphylocoques, pneumocoque (Netter), pneumobacille de Friediaender, colibacille, etc.
Les stomatites (^) se révèlent par la rougeur plus ou moins foncée, la sécheresse d'abord, puis l'hypersécrétion muqueuse et salivaire, certains exsudats fibrineux revêtant tantôt l'aspect de taches lenticulaires disséminées, comme les aphtes à fond crémeux avec liséré rouge vif, tantôt celui d'une fausse membrane plus ou moins étendue (stomatite diphtéroïde) (^) ; la desquamation épithéliale intense favorise l'aspect pultacé, et la diapédèse leucocytique active, avec nécrose des phagocytes, fait apparaître le pus.
Certaines stomatites sont remarquables par l'importance et la profondeur d'un exsudât interstitiel, dont la nécrose aboutit à la formation d'une ulcération (stomatite ulcéro-membraneuse) ; c'est à la face interne des joues ou au niveau des gencives que siègent ces ulcérations.
On voit encore des ulcérations disséminées, mais plutôt au niveau des gencives, des sillons gingivo-géniens, dans les stomatites médicamenteuses ou toxiques, surtout celle du mercure, que caractérise encore le ramollissement fongueux de la muqueuse, l'abondance, la viscosité et la fétidité de la sécrétion salivaire.
La stomatite du scorbut est remarquable par la production de taches ecchymôtiques et d'hémorragies en nappes.
On reconnaît certaines stomatites parasitaires à des caractères spéciaux : le muguet à ses nappes d'un blanc crémeux, assez fortement adhérentes; les mycoses à d'autres taches brunâtres ou jaunâtres.
On peut encore voir des plaques disséminées de gangrène ou l'ulcération profonde et horriblement fétide qui succède, sur la face interne d'une des joues, à l'élimination de l'eschare intragénienne du noma.
(^) A. Chauffard, Dictionnaire do Jaccond. — Ladoulbè.ne, Fraii 'c médicale, 18T8. (*) Sevkstue et Gastou, 1895. — L. Bkco, 1896.
SÉMIOLOGIE GÉ>ÉRALE DU TUBE DIGESTIF.