VII. — GLANDES SALIVAIRES
La sécrétion des glandes salivaires peut être modifiée dans sa quantité ou sa qualité.
Elle est diminuée y comme toutes les sécrétions, dans les maladies fébriles; dans tous les cas où l'organisme subit une soustraction d'eau importante : diarrhées profuses, ou sueurs, polyurie. Elle l'est aussi par l'action de certains poisons (belladone, opium).
Cette diminution a pour conséquence physique la sécheresse de la langue et de toute la muqueuse buccale, qui devient d'un rouge vif et se desquame plus activement; pour conséquence mécanique, la gêne apportée à la déglutition et à la parole; elle cause la sensation de la soif. Une autre conséquence plus importante est l'entrave produite à la digestion des amylacés par diminution dans l'apport de la diastase.
Non moins grave est la suppression du balayage incessant que le flux salivaire exerce sur tous les points de la muqueuse buccale. Il en résulte que les microbes qui vivent normalement dans la bouche et ceux qui y sont accidentellement introduits par l'air atmosphérique (spores du muguet) pullulent plus aisément, et que les substances chimiques qu'ils sécrètent stagnent à la surface de la muqueuse, exerçant sur elles diverses actions irritantes. En outre, c'est une loi de pathologie générale que, lorsque la sécrétion d'une glande est ralentie ou supprimée, les microbes, qui se trouvent sur la surface où vient déboucher le canal excréteur, remontent le long des parois de celui-ci pour aller déterminer dans le parenchyme glandulaire une infection, dite ascendante. Tel est le mécanisme de certaines parotidites suppurées qui viennent compliquer les maladies fébriles.
V augmentât ion de la sécrétion salivaire (sialorrhée ou salivation) se produit le plus souvent par suite d'une action réflexe à point de départ buccal. L'éruption des dents est accompagnée d'une sialorrhée que traduit l'écoulement de bave par les commissures buccales et qui, produisant en même temps une déglutition excessive de salive, diminue la capacité digestive du nourrisson (dyspepsie par hypersécrétion salivaire). A un âge plus avancé, les odontalgies, la névralgie du trijumeau, les stomatites de toutes sortes (soit par ingesta irritants, soit au cours de maladies générales à déterminations buccales, scorbut, variole, rougeole,
(*) BoouDETTE. Soc. (Vaiiat. et de physiol. de Bordeaux, 1897.
SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUDE DIGESTIF
soit par intoxication merciiriollc) s'accompagnent tFnne salivation oxagcrcc.
Le point de départ du réflexe peut être rcstomac : on salive avec excès dans certaines dyspepsies et gastralgies, il y a de véritables crises de salivation dans certaines formes de dyspepsie nerveuse. L'exagération de la sécrétion salivaire fait partie du syndrome nausée, quelle qu'en soit la cause (naupathie, indigestion, action de l'émétine).
Le tartre stibié peut donner lieu à la salivation non seulement en tant que médicament émétisant et même après des frictions avec une pommade stibiée (Griftith), mais aussi par les ulcérations qu'il peut déterminer sur la muqueuse buccale quand on l'administre en potion. Le saturnisme peut donner du ptyalisme (Yillemin). La qnantité de salive sécrétée en 24 heures, dans certains cas, est surprenante (5 kilogrammes). Le médicament sialagoguc par excellence est le jaborandi et son alcaloïde la pilocarpine.
Il faut distinguer l'hypercrinie salivaire du crachement ou ptyalisme. Ce symptôme peut être observé dans la grossesse, l'hystérie, des goitres basedowiformes (^), chez certains aliénés (manie aiguë, delirium trcmens), dans certains cas d'aménorrhée (Royer-Collard).
La nature de la sécrétion salivaire peut être modifiée sous diverses influences pathologiques ; elle peut être plus épaisse et plus visqueuse, comme dans certaines dyspepsies, s'agglutinant alors sur la face dorsale de la langue en minces traînées d apparence spumeuse, — dans certaines paralysies faciales atteignant la corde du tympan et réalisant une expérience physiologique de Cl. Bernard.
La salive pathologique peut avoir une odeur fétide, soit parce qu'elle est mélangée à d'autres produits pathologiques, soit parce qu'elle élimine des substances venues du sang.
Elle prend une saveur spéciale quand elle sert de véhicule à certains poisons ou médicaments qui s'éliminent par les glandes salivaires (iodures, iodoforme). Ce dernier, absorbé en excès, fait naître une saveur alliacée chez le malade qui met dans sa bouche un objet d'argent. Dans certains états pathologiques, les malades accusent une saveur métallique, cuivreuse; dans d'autres une saveur douceâtre (saturnisme) ou sucrée (diabète). Ces saveurs tiennent sans doute à des éliminations de substances chimiquement définies ou encore non isolées.
La présence des calculs dans les conduits excréteurs des glandes salivaires est décelée : par le doigt ou le stylet qui les touche; par le regjird, quand ils viennent faire saillie à l'ostium; par la présence d'une tumeur dans la région où aboutit le conduit excréteur, tumeur constituée par la rétrodilatation du conduit. Les symptômes principaux sont : géne de la mastication, de la parole, de la déglutition, douleurs lancinantes (coli(|ues salivaires) et éventuellement des abcès ou phlegmons de la cavité buccale par septicité de la tumeur salivaire (^).
(*) P. Marie, Soc. inéd. des hôpitaux, 1897.
C^) Graille, Étude sur les calculs salivaires du oaual de Wharlon. Thèse de Paris, 1896.
ŒSOPHAGE