PROCÉDÉS CHIMIQUES D'EXPLORATION (CHIMISME STOMACAL
Par le moyen du tubage on a pu déterminer quelle est la marche de la sécrétion du suc gastrique à l'état physiologique : elle est intermittente, ne se produisant qu'après l'ingestion d'aliments.
A l'état pathologique, elle peut se prolonger au delà des limites normales de la période digestive (hypersécrétion).
Elle peut devenir continue même (gastrosuccorrhée).
Pour diagnostiquer l'hypersécrétion, après avoir vidé et lavé l'estomac le soir jusqu'à ce que le liquide de lavage sorte clair, déponrvu de parcelles alimentaires et neutre au papier de tournesol, on tube le lendemain matin : si l'on retire au moins 50 grammes d'nn liquide contenant de la pepsine et de l'acide chlorhydrique, c'est qu'il y a hypersécrétion. Pour diagnostiquer les cas de sécrétion simplement prolongée, on tul)e de quatre à dix heures après nn repas d'épreuve ou ordinaire. Pour les cas où la sécrétion gastrique cesse au contraire trop tôt, on tube une demiheure après le repas d'épreuve.
Pour étudier la qualité de la sécrétion, on peut à la rigueur, sans le secours de la sonde, faire certaines recherches sur le chimisme stomacal. Le procédé de Giinzburg (^) consiste à faire avaler au malade, une heure après le repas d'épreuve, une capsule de gélatine contenant 20 ou 30 centigrammes d'iodure de potassium, enfermé lui-même dans un petit tube de caoutchouc très mince, dont les extrémités sont fermées par 3 fds de fibrine. Il faut un quart d'heure pour que la gélatine soit dis-
(*) GuNZBURG, Deutsche nied. Wochenscli., 1889.
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soute; à ce moment il faut un temps variable, suivant l'activité cUi suc <»astrique, pour que les fils de fibrine soient digérés, que Tiodure mis en liberté soit absorbé par l'estomac et s'élimine par la salive dans laquelle on recherche, toutes les dix ou quinze minutes, la présence de l'iode au moyen d'un papier imprégné d'amidon et trempé dans l'acide nitrique. On estime l'activité du suc gastrique par le temps écoulé entre l'ingestion de la capsule et l'apparition de l'iode dans la salive, en en retrancliant le quart d'heure nécessaire à la dissolution de la gélatine. Les causes d'erreur possibles sont le ramollissement des fils de fibrine dans un liquide même non acide (Sahli) et la possibilité de la digestion des fils de fibrine dans l'intestin seulement, si son contenu est très acide par fermentations anormales (Boas).
On peut exciter la sécrétion par l'introduction simple de la sonde, en électrisant localement l'estomac, en y introduisant une certaine quantité d'eau glacée ou de solution d'acide chlorhydrique, dans le cas où on veut surtout rechercher si la muqueuse fournit encore la pepsine ou le ferment lab.
Mais c'est surtout l'introduction d'un repas d'épreuve, qu'on retire au bout d'un certain temps, qui permet l'analyse du suc gastrique et l'étude du chimisme stomacal.
Les repas cVépreuve successivement proposés ont été d'abord compliqués.
Riegel : une assiette de soupe, un gros beefsteak et un petit pain blanc. Extraction cinq ou sept heures après.
Klemperer : un demi-litre de lait et deux petits pains blancs. Extraction deux heures après.
Germain Sée : 60 à 80 grammes de viande bien mondée et finement hachée, 100 à 150 grammes de pain, un grand verre d'eau. Extraction une heure et demie à deux heures après.
Albert Robin : un œuf, un peu de pain, une tasse de thé.
L'inconvénient des repas compliqués est l'obstacle à l'évacuation de l'estomac, les débris de pain et de viande bouchant souvent la sonde, malgré la précaution recommandée de bien mâcher. Aussi les a-t-on bientôt simplifiés.
Ewald et Boas : un ou deux pains blancs (55 à 70 grammes), 500 à 400 grammes d'eau pure ou d'infusion légère de thé. Extraction une heure après.
Bourget : 20 grammes de pain grillé, 150 grammes de thé léger sans sucre avec 4 centimètres cubes d'alcool de menthe. Extraction au bout d'une heure ou une heure et demie.
Ou 200 centimètres cubes de bouillon, 80 grammes de viande hachée et 40 grammes de pain, retirés au bout de deux heures et demie (Congrès de Lyon).
On n'emploie plus guère aujourd'hui que le repas d'Ewald et Boas où sont représentés l'albumine, le sucre, l'amidon, la graisse, les sels, les matières extractives non azotées, le thé agissant comme condiment stimu-
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latciir de la sécrétion gastii([iic, se digérant assez rapidement })()ur ne pas retarder trop l'évacnation et aboutissant à une Ijouillie stomacale qui passe facilement par les trous de la sonde.
A Tétat normal, une heure après ce repas, on extrait en moyenne iO centimètres cubes de contenu stomacal, à 15 centimètres cubes près en plus ou en moins.
Si la quantité extraite est très inférieure, c'est ([ue Festomac s'est vidé trop rapidement; il faut recommencer l'évacuation une demi-heure après un nouveau repas.
Si la quantité extraite est beaucoup supérieure, on conclut à la diminution de la motilité et de l'absorption. Si on extrait 500 grammes ou plus, l'existence d'un obstacle au pylore est vraiseuddable.
L'odeur du liquide extrait à l'état normal est nvdle ou fade; à l'état pathologique, on peut constater celle du beurre rance (acide butyrique), du vin blanc commençant à fermenter (acide acétique), une odeur nauséeuse ou fétide dans certains cancers ou des odeurs aromatiques rappelant les étlicrs.
La coloration est celle d'une bouillie blanchâtre plus ou moins fluide. Dans les cas pathologiques, elle peut être plus ou moins jaunâtre ou verdâtre par reflux bilieux.
Après une fdtration, dont la rapidité est beaucoup plus grande quand il y a peu de mucus onde peptones, on examine le résidu resté sur le filtre au point de vue de sa consistance, de son homogénéité, de la présence plus ou moins grande de pain non attaqué par le suc gastrique, de fdaments de mucus, celui-ci indiquant un catarrhe primitif ou secondaire. Au microscope, on peut constater l'existence des grains d'amidon, d'autant plus rares que la sécrétion chlorhydro-peptique est moins active; si le repas contenait de la viande, on peut juger, d'après l'état des libres musculaires, leur coloration ou leur striation, quelle est l'activité (hi pouvoir digestif.
Quant au liquide filtré sur lequel seront opérées les réactions chimiques propres à en mesurer l'acidité, il est clair, louche et plus ou moins opalescent s'il est riche en peptones, se putréfiant plus rapidement s'il est pauvre en acide chlorhydrique.
On apprécie f acidité au moyen de deux matières colorantes : 1" le tournesol, qui se colore en rouge aussi bien au contact des acides organiques que des acides minéraux, de l'acide chlorhydrique libre ou combiné aux matières albuminoïdes, — 2" le rouge Congo, qui se colore en bleu au contact des acides libres seulement (coloration bleue également intense pour des solutions d'acide chlorhydrique à 1 pour 1000 et d'acide lactique à o pour 1000).
Pour titrer V acidité totale, on se sert d'une burette de Mohr et d'une solution de soude, dite décinormale (1 pour 10), dont 1 centimètre cube neutralise 0^', 00565 d'acide chlorhydrique. Pour indiquer le moment précis où le liquide dont on veut mesurer l'acidité est neutralisé par
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l'addition graduelle de la solution alcaline, on emploie le papier rouge de tournesol ou la phénolphtaléine, dont la solution alcoolique jaune pâle prend une coloration rose dès qu'il existe une trace d'alcali à l'état libre.
L'acidité totale d'un liquide provenant des repas d'épreuve d'Ewald et Boas ou de G. Sée varie de 1,82 à 2,56 pour 1000, c'est-à-dire qu'il faut 50 à 65 centimètres cubes de la solution de soude pour neuti aliser 100 centimètres cubes du liquide acide. Les variations patholo<>iques oscillent entre 0,8 et 6 (Bouveret) ou 8 (von Solilern) pour 1000. Les acidités supérieures à 4 pour 1000 sont un signe d'hyperclilorhydrie. Les plus faibles acidités se voient dans le cancer, la dyspepsie nerveuse, la gastrite atrophique .
Après avoir dosé l'acidité totale, on se propose d'en déterminer les facteurs, qui peuvent être l'acide chlorhydrique libre ou combiné, accessoirement des phosphates acides et certains acides organiques, lactique, butyrique, acétique, etc
Pour déceler Vacide chlorhydrique libre, on emploie le réactif de Gùnzburg(^) (solution alcoolique de phloroglucine 2 grammes, vanilline 1 gramme, dans alcool absolu 50 grammes ou alcool à 80*^ 100 grammes). On verse dans une capsule un nombre égal de gouttes du liquide gastrique et de cette solution à peu près incolore ; on chauffe lentement et, s'il existe de l'acide chlorhydrique libre, on voit apparaître un anneau d'un beau rouge cinabre. 11 en décèle 1 pour 10 000. Le réactif de Gûnzburg n'est aucunement influencé par les acides organiques et ne décèle pas l'acide chlorhydrique combiné.
Les premiers auteurs qui ont étudié l'acidité des liquides gastriques ont pensé que l'acide chlorhydrique libre jouait seul un rôle actif dans la digestion, tandis que la partie combinée aux albuminoïdes n'avait pas d'intérêt au point de vue clinique (Klemperer, Schàffer).
llayem et Winter(^) accordent, au contraire, un rôle prépondérant à l'acide chlorhydrique combiné, ou, pour employer l'expression qui répond à leurs théories sur la sécrétion gastrique, au chlore combiné ; ils pensent, en effet, que l'acide chlorhydrique n'est point sécrété, que les glandes de la muqueuse fournissent le chlore sous forme de chlorures, particulièrement de sodium, qui, sous l'influence de la fermentation digestive, se décomposent pour fournir le chlore à l'albumine. L'acide chlorhydrique libre, n'étant que le résidu de la fixation du chlore, demeure accessoire.
A cette théorie s'oppose celle qu'ont exposée Martius et Lùttke ('') : sécrétion réelle de l'acide chlorhydrique au moment de l'arrivée des aliments, neutralisation d'une certaine quantité de l'acide par les bases inorganiques des aliments, puis combinaison des albuminoïdes avec l'acide qui continue à affluer et préparant la digestion puisqu'elle conduit à la formation de syntonine (acide-albumine), qui est un des stades inter-
(') Centralblatt f. kliii. Mrd., 4887.
(-) HvYEM et WiNTKR, Du cliiiiiismc stomacal. Paris, 1891.
(^) Martius et Luïtkk, Die Magensâure des Menschen. Stuttgart, 189'2.
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iiiédiaires à la formation des peptones sous l'influence de la pepsine ; ce n'est que quand l'affinité de l'albumine pour l'acide chlorhydrique est satisfaite que l'acide sécrété demeure libre.
En résumé, tandis qu'Hayem et Winter apprécient l'activité de la peptonisation d'après la quantité de chlore combiné, les autres auteurs (Bouveret) pensent que la proportion d'acide chlorhydrique combiné renseigne plutôt sur l'activité de sécrétion de cet acide que sur l'activité même de la peptonisation et que, dans les états pathologiques, la détermination qualitative et quantitative de l'acide chlorhydrique libre peut fournir des renseignements précieux^ sur le ralentissement et surtout sur l'excès de la sécrétion du suc gastrique.
Les RÉACTIFS C0L0RA>TS QUI PERMETTENT LA DÉTERMINATION QUALITATIVE DE
l'acide chlorhydrique sont :
Les uns, sensibles exclusivement aux acides minéraux :
Celui de Gûnzburg (solution alcoolique de phloroglucine-vanilline) ;
Celui de Boas (solution de 5 grammes de résorcine pure et 3 grammes de sucre blanc dans 100 grammes d'alcool dilué : ce réactif, incolore, chauffé au contact d'un liquide contenant de l'acide chlorhydrique libre, fournit un liséré rouge) ;
Le réactif de Mohr. Beaucoup moins sensible que les précédents (2 centimètres cubes d'une solution de sulfocyanure de potassium à 10 pour 100 et 1 /2 centimètre cube d'une solution neutre d'acétate de fer à laquelle on ajoute : eau distillée, quantité suffisante pour 20 centimètres cubes). Cette solution, acajou clair, passe au rouge brun au contact d'un liquide contenant de l'acide chlorhydrique libre et même combiné.
Les autres colorants, sensibles aux acides minéraux et organiques, sont :
Le rouge Congo déjà étudié ;
Le violet de méthyle ou violet de Paris (5 à 4 gouttes de la solution saturée dans 50 centimètres cubes d'eau distillée). Cette solution violette vire au bleu au point de contact avec l'acide chlorhydrique. La réaction est masquée par les albumines et les peptones; elle est moins sensible aux acides organiques (*) ;
La tropéoline 00 (orangé Poirier n'' 4) en solution alcoolique concentrée, teinte jaune brun qui devient carmin au contact de l'acide chlorhydrique; elle est 10 fois moins sensible aux acides organiques (Von den Velden, Leube) ;
La benzopurpurine 6 B, qui se colore en bleu au contact de l'acide chlorhydrique et en brun noir par les acides organiques isolés ou associés à l'acide chlorhydrique ; insensible à l'acide chlorhydrique combiné aux matières organiques (Von Jaksch) ;
Le vert brillant (Lépine) : poudre verte à reflets brillants qui prend une fielle teinte bleue en solution à 2 pour 100. En présence de l'acide
(') G. Lyon, L'analyse du suc gastrique. Thèse de Paris, 1890.
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chlorliydriqiie se produit une coloration qui varie du bleu vert au jaune d'or suivant la proportion de Tacide; puis le mélange se décolore d'autant plus vite qu'il y a plus d'acide chlorhydrique dans le liquide. Le vert ])rillant est surtout influencé par l'acide chlorhydrique lil)re, il l'est aussi par l'acide chlorhydrique combiné; il l'est beaucoup moins par les acides organiques.
Énumérons seulement pour mémoire des colorants moins usités : vert smaragdite, vert malachite, matières colorantes de l'airelle, etc., etc.
En résumé, les deux réactifs colorants à préférer sont la phloroglucinevanilline (Gûnzburg) pour l'acide chlorhydrique libre, le vert brillant (Lépine) pour l'acide chlorhydrique combiné.
Si l'on veut déterminer quantitativement l'acide chlorhydrique, on doit employer des procédés chimiques.
Procédé de Ilehneret Secmann(^). — C'est une application à l'analyse des liquides gastriques du procédé de Hehner pour la recherche des acides minéraux dans les vinaigres falsifiés. On obtient en une heure l'acide chlorhydrique total.
Une quantité déterminée de liquide gastrique, 10 centimètres cubes par exemple, est neutralisée avec la solution décinormale de soude. On note exactement la quantité de cette solution employée pour la neutralisation. Tous les acides libres, et même l'acide chlorhydrique combiné aux matières albuminoïdes, sont transformés en sels de soude; il se forme ainsi des lactates, des acétates, etc. de soude et du chlorure de sodium. On évapore et on calcine ensuite. La calcination transforme en carbonate les sels de soude à acides organiques. Il y a donc dans les cendres du carbonate de soude et du chlorure de sodium. On dissout les cendres dans une quantité suffisante d'eau distillée. A la solution ainsi obtenue on ajoute une quantité de solution décinormale d'acide chlorhydrique égale à celle de la solution décinormale de soude employée au début de l'opération. L'acide chlorhydrique se combine à la soude des carbonates. Puisqu'on a fait usage d'une quantité égale des deux solutions décinormales de soude et d'acide chlorhydrique, il est évident que la quantité d'acide chlorhydrique restée libre correspond exactement à la quantité de chlorure de sodium formée par la neutralisation avec la soude, c'est-à-dire à la quantité d'acide chlorhydrique existant dans les 10 centimètres cubes du liquide gastrique examiné. A l'aide de la solution décinormale de soude, on dose cette partie de l'acide chlorhydrique restée libre. S'il faut 4 centimètres cubes de cette solution de soude, il y a dans les 10 centimètres cubes du liquide gastrique 4 X 0,00365 =: 0^', 0146 d'acide chlorhydrique; en d'autres termes, ce liquide contient 1,46 pour 1000 d'acide chlorhydrique.
Procédé de Mintz(-). — L'acide chlorhydrique libre est dosé en quinze
(') IIehneu ot Seemaxn, Zeitschr. f. Idin. Med., Bd. V. (-) MixTZ, Wien. Min. Wochcnschr., 1889.
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niiiiutcs. Le procédé repose sur ces deux laits, dont le premier nous est déjà connu : 1° le réactif de Gùnzburg ne révèle que l'acide chlorliydrique libre ; 2" dans un milieu acide dont l'activité est due tout à la fois à Tacide chlorhydrique libre et cond)iné, à des sels acides, à des acides organiques, la soude, avant de se porter sur les autres éléments acides, neutralise d'abord Facide chlorhydrique libre.
On verse 10 centimètres cubes du liquide gastrique dans un verre à expérience. Il ne faut pas opérer sur une moindre quantité, afin de réduire au minimum la petite cause d'erreur inhérente au procédé. Dans le liquide gastrique on fait tomber lentement, goutte à goutte, la solution décinormale de soude contenue dans la burette de Mohr, jusqu'à ce que la réaction de Gùnzburg cesse de se produire. De temps en temps, on arrête l'écoulement de la solution de soude, on prend une goutte du liquide gastrique avec l'agitateur, on dépose cette goutte sur le fond d'une petite capsule de porcelaine, on y ajoute une goutte de la solution de phloroglucine-vanilline, puis on chauffe la capsule suivant le procédé précédennnent indiqué, en la maintenant au-dessus et à une certaine distance de la flamme d'une lampe à alcool. Il se produit autour du mélange un liséré rouge si la proportion d'acide chlorhydrique libre est encore forte, rose pâle si cet acide chlorhydrique libre est près du point de neutralisation. Avec un peu d'habitude, on ne fait pas plus de trois ou quatre explorations de ce genre. A chaque exploration, on note la quantité de solution décinormale de soude employée. Pour plus d'exactitude, on prend la moyenne entre les chiffres relevés aux deux derniers essais avec la phloroglucine-vanilline, celui qui a donné une réaction encore positive et celui qui a donné une réaction négative. De la quantité de solution décinormale de soude employée se déduit très facilement la quantité d'acide chlorhydrique libre contenue dans le liquide examiné.
La différence entre les chiffres obtenus pour l'acide chlorhydrique total •et pour l'acide chlorhydrique libre donne la proportion d'acide chlorhydrique combiné. .
Nous ne décrirons pas le procédé de Léo, basé sur la propriété que possède le carbonate de chaux sec et pulvérisé de neutraliser à la tenqjérature ordinaire un liquide dont l'acidité est due à un acide libre, alors qu'il ne modifie pas la réaction d'une solution dont l'acidité provient •des phosphates acides de soude et de potasse (*);
Celui de Cahn et von Mehring par trois titrages acidimétriques après "distillation et action de l'éther (^);
Celui de Sjôkvist par l'action du carbonate de baryte suivie de calcination et dosage de l'acide chlorhydrique à Tétat de chlorure de baryum avec une solution titrée de bichromate de potasse {^);
Celui de Luttke, qui dose successivement le chlore total, le chlore des
(*) Lko, Diagn. der Kranhh. der Verdaiiungsorgane. Berlin, 1890. (2) DcHtsch. Arch. f. hlin. Med., Bd. XXXIX. (5] Zeilschr. f.phijsiol. Chemic, Ld. XllI, 18S8.
SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUBE DIGESTIF
chlorures fixes et celui de Tacide clilorhydrique libre et combiué('). Ce procédé est très analogue à celui dllayem et Winter que nous décrivons plus loin.
On a employé des procédés colorimétriques, basés sur les différentes teintes que prennent la plupart des réactifs colorants suivant la proportion d'acide clilorhydrique contenu dans les liquides gastriques auxquels ils sont mélangés. On s'est servi, en général, du vert brillant pour faire ces échelles colorimétriques (G. Sée, Mathieu, Durand-Fardel, Jolies, V. Frémont).
Il faut savoir que chez l'homme bien portant, après les repas d'Ewald ou de G. Sée, l'acide clilorhydrique total, au moment de l'acmé de la période digcstive, varie de 1,5 à 2,2 pour 1000, et la proportion d'acide chlorliydrique libre de 0,7 à 0,9 pour 1000.
On doit encore déterminer les acides ORGiSJMQUEs, qui sont d'ordinaire les acides lactique, acétique, butyrique.
Pour déterminer qualitativement Vacide lactique, on emploie le pi^océdé de Uffelmann {^). A 10 centimètres cubes d'une solution à 4 pour 100 d'acide phénique, on ajoute 20 centimètres cubes d'eau distillée et une goutte de pcrchlorure de fer; ce mélange a une belle teinte bleu améthyste. Si on ajoute au mélange une solution d'acide lactique, la coloration devient jaune citron ou jaune serin ; cette réaction apparaît déjà avec une solution d'acide lactique à 0,1 pour 1000. Chez l'homme sain, après le repas d'Ewald, la proportion d'acide lactique est de 0,1 à 0,5 pour 1000. Afin d'éviter certaines causes d'erreur, on conseille d'extraire l'acide lactique du liquide gastrique par agitation avec l'éther, décantation et évaporation, pour faire agir le réactif sur le résidu de l'évaporation dissousdans un peu d'eau distillée.
Pour faire la détermination quantitative, on emploie le procédé de Calin et Mehring, modifié par Boas. « Une quantité déterminée de liquide gastrique filtré est additionnée de quelques gouttes d'une solution étendue d'acide sulfurique, puis chauffée sur la flamme d'une lampe à alcool, de façon à coaguler les albumines. Après filtration, le liquide est évaporé au bain-marie jusqu'à consistance sirupeuse, ramené au volume primitif par l'addition d'eau distillée, puis évaporé de nouveau, de façon à chasser les acides volatils. Le résidu est dissous dans de l'eau distillée. On en dose la quantité avec la solution décinormale de soude en présence de la phénolphtaléine. 1 centimètre cube de cette solution de soude contient 0^'',004 de soude et correspond à 0^%009 d'acide lactique. Pour obtenir la quantité d'acide lactique contenue dans le volume employé de liquide gastrique, il suffit donc de multiplier par 0,009 le nombre de centimètres cubes de la solution de soude nécessaires pour la neutralisation. S'il a fallu 1/2 centimètre cube de cette solution, la quantité de liquide gastrique analysé contient 0,009x0,5 = 0,0045 d'acide lac-
(*) Die Magensaiire des Menscfieii, 1892.
l^) Uffelmann, Deutsch. Arcti. f. klin. Med., Bd. XXVI.
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tique. Si cette quantité de liquide gastrique est de 10 centimètres cubes, la proportion de l'acide lactique est de 0,45 pour 1000 » (Bouveret).
Les acides volatils acétique et butyrique sont décelés qualitativement par leur odeur : le premier a celle du vinaigre; le second, celle du beurre rance.
Pour l'acide acétique, on peut encore, après l'avoir extrait du liquide .gastrique au moyen de l'éther, le transformer en acétate dé soude, dans lequel quelques gouttes d'une solution étendue de perchlorure de fer produisent une coloration rouge.
Pour l'acide butyri(jue, après l'avoir séparé par distillation, on ajoute à sa solution aqueuse quelques petits fragments de chlorure de calcium : aussitôt surnagent des gouttelettes huileuses ayant l'odeur caractéristique,. Ou bien, en saturant la solution aqueuse par l'eau de baryte, on forme des cristaux de butyrate de baryte en tablettes brillantes.
Si l'on veut déterminer quantitativement ces acides, on aura recours aux procédés de distillation de Calm et Mehring, mais le plus souvent ce sera inutile, puisque ces acides n'existent pas à l'état normal dans le contenu de l'estomac et que leur présence caractérise suffisamment l'étal pathologique.
Il y a lieu également de rechercher dans le suc gastrique les deux ferments auxquels il doit son activité : la pepsine, le ferment lab ou ferment de la présure.
On sait que la pepsine est sécrétée à l'état de pepsinogène ou propep- 'sine, qui n'acquiert la ])ropriété de digérer l'albumine qu'après avoir subi l'action de l'acide chlorhydri([ue ; il y a presque toujours assez, de propepsine dans un estomac gravement lésé, et c'est bien plutôt la variation dans la richesse du suc gastrique en acide chlorhydriquc qui explique la variation du pouvoir digestif de la pepsine ; la proportion la plus convenable est 2,5 d'HCl pour 1000.
Pour déterminer la présence de la pepsine et mesurer approximativement son activité, on agit différennnent si le liquide gastrique contient ou non de l'acide chlorhydriquc.
S'il y a de l'acide chlorhydriquc libre, on fait avec le liquide gastrique tiltré la digestion artihcielle de petits cubes de blanc d'œuf, d'un poids égal de 5 centigrammes, dans 5 tubes, dont le premier contient du liquide gastrique pur ; le second, ce liquide additionné d'une quantité égale de solution chlorhydriquc à 2 ou 2,5 pour 1000 ; le troisième, du liquide gastrique additionné de quelques centigrammes de pepsine. A la température de 40 degrés, 5 centigrammes de blanc d'œuf coagulé se digèrent en 5 heures dans 25 centimètres cubes de liquide gastrique normal.
On emploie encore la méthode des dilutions de Brùcke pour apprécier approximativement la quantité de pepsine. Cette méthode, modifiée par Boas, consiste à prendre une série de tubes désignés par des lettres de A à K, contenant tous 10 centimètres cubes d'un liquide dans lequel entrent en proportion variable le liquide gastrique et une solution décinorrnale