EXCÈS DE LA SÉCRÉTION GASTRIQUE
L'excès de la sécrétion du suc gastrique, sur lequel Reicbmann a attiré l'attention le premier en 188'2, se rencontre dans des cas très divers. Il y a lieu de distinguer l'hypersécrétion et l'hyperchlorhydrie.
Dans l'HYPEPtCHLonnYDRiE, (f la sécrétion, dit Bouveret, est plus abondante qu'à l'état normal, ou plus riche en pepsine et en acide chlorhydrique, mais elle garde l'allure périodique qu'elle a toujours chez l'homme l)ien portant. . . , ne se produit que pendant la période digestive et sous l'influence de la stimulation des ingesta sur la muqueuse gastrique. » Cet état n'est pas exactement défini par l'expression d'hyperacidité digestive, puisque l'exagération de l'acidité peut être causée par un excès d'acides organiques (lactique, acétique, butyrique). On s'est d'abord uniquement préoccupé de distinguer l'hyperacidité et l'hypoacidité ; mais nous avons vu que les facteurs de l'acidité étaient complexes et que l'hyperacidité, due aux acides organiques de fermentation anormale, est en réalité une fausse hyperacidité ; car les acides organiques se développent surtout, quand il y a insuffisance d'acidité chlorhydrique ; le terme d'hyperchlorhydrie n'est pas non plus rigoureusement juste, parce que « les digestions artificielles nous montrent que, très ordinairement, l'excès de la sécrétion porte tout à la fois sur l'acide chlorhydrique et sur la pepsine. »
Ce qui caractérise I'hypersécrétion, c'est que la sécrétion du suc gastrique est devenue continue, se produit même à jeun en l'absence de toute stimulation de l'aliment sur la muqueuse. C'est la gâstrosuccorrhée de Reichmann (Magensaftfluss), qu'il ne faut pas confondre avec la gastror- RHÉE, ou « sécrétion en quantité considérable d'un liquide à peu près dépourvu de qualités digestives » (Mathieu), de mucus surtout.
SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUBE DIGESTIF
L'hypersécrétion peut être intermittente, se produisant par périodes de quelques jours à quelques semaines suivies d'accalmie, ou permanente; dans ce cas « à quelque moment qu'on explore l'estomac avec la sonde, on y trouve toujours un liquide contenant de la pepsine et de l'acide chlorhydrique, c'est-à-dire capable de digérer ».
Bouveret distingue, comme on l'a fait depuis Reichmann, l'hyperchlorliydrie et l'hypersécrétion deutéropathiques « engendrées et dominées par un état pathologique antérieur, affection des centres nerveux organique ou névrosique (hystérie, tabès, paralysie générale) » et les mêmes troubles protopathiques « véritables espèces nosologicjues, succédant immédiatement à la cause morbigène (surmenage moral, intellectuel ou gastrique), sans l'intermédiaire d'un état pathologique antérieur ».
Mathieu a, tout récemment, résumé les formes cliniques de ffiyperchlorhydrie(^). « Si l'on n'envisage, dit-il, c[ue le point de vue chimique, il n'y a qu'une hyperclilorhydrie avec des degrés plus ou moins accentués d'acidité chlorhydrique. Si l'on tient compte de l'ensemble clinique dans lequel figure le symptôme hyperchlorhydrie, on doit reconnaître qu'il y a des hyperchlorhydriques. Les hyperchlorhydriques peuvent être répartis dans les types cliniques suivants :
« a. Hyperchlorhydrie latente. — L'acidité chlorhydrique peut être notablement supérieure à la moyenne, chez des gens qui ne souffrent pas de l'estomac et c{ui jouissent d'une santé parfaite.
« b. Crises gastriques d'origine névropathique avec hyperchlorhydrie. — Période préataxique du tabès, paralysie générale, neurasthéniques, hystéric|ues, migraineux, malades atteints de rein mobile, paludisme (Soupault).
« c. Hyperchlorhydrie discontinue à paroxysmes douloureux éloignés. — Survenant sous des influences morales, physiques ou alimentaires, chez des individus à hyperchlorhydrie latente ou atténuée.
« d. Hyperchlorhydrie discontinue à paroxysmes quotidiens.
« c. Hypersécrétion continue avec stase. — (Correspondant à l'état morbide décrit par Reichmann). Soit, comme on l'a pensé d'abord, que riiypersécrétion soit le fait primitif amenant secondairement l'atonie et la stase, soit que l'hyperacidité provoque l'occlusion spasmodique du pylore et la stase consécutive des liquides dans l'estomac, comme cela paraît plus probable, puisqu'en faisant cesser la stase on supprime l'hypersécrétion (Rosenheim, Boas, Mathieu).
« f. Hyper chlorliydrie avec rétrécissement mécanique du pylore. — (Par ulcère du pylore en activité ou cicatrice post-ulcéreuse.)
« g. Hypersécrétion compliquée d'ulcère rond. — Distant du pylore, et, par suite, sans stase ou avec stase peu accentuée. »
(^) Société de thérapeiUiqiie, janvier 1897.
ESTOMAC