INSUFFISANCE DE LA SÉCRÉTION GASTRIQUE
L'uYrocHLORHYDRiE est iiD état chimique assez fréquent; il se rencontre surtout dans le cancer, le catarrhe chronique et Fatrophie de la muqueuse stomacale; on le trouve aussi sans lésions organiques dans la dyspepsie nerveuse, chez des neurasthéniques déprimés (Bouveret), des hystériques (Ewald). Dans ces cas dliypoclilorhydrie nerveuse, il y aurait encore dans le suc gastrique du lahzymogène et de la propepsine.
L'expression d'ANACHLORHYDRiE n'est applicahle qu'aux cas où il y a ahsence d'acide chlorhydrique lihre. Mais Hayem s'est élevé contre l'expression d'anachlorhydrie, parce qu'on peut toujours, avec sa méthode, déceler même dans le cancer une certaine quantité de chlore combiné.
L'hypochlorhydrie peut être un phénomène sans grande gravité si la fonction motrice de l'estomac est intacte; l'estomac chasse son contenu dans l'intestin où la digestion des albuminoïdes s'accomplit sous l'influence du suc pancréatique.
M. Hayem, préoccupé surtout de mettre en lumière l'importance des combinaisons chloro-organiques, a subordonné dans sa classification les déviations qualitatives du processus stomacal aux modifications quantitatives. Il a rangé tous les cas d'excitation fonctionnelle et d'exaltation du processus fcrmentatif sous le nom d'HYPERPEPsiE, les cas contraires sous le nom d'HVPOPEPsiE (').
Suivant Hayem, l'hypopepsie, si l'on tient compte des cas latents, serait plus commune que l'hyperpepsie et, si celle-ci a paru plus fréquente à d'autres observateurs, c'est que les hyperpeptiques se plaignent beaucoup plus souvent que les autres gastropathes.
Hayem admet trois types d'hyperpepsie et trois degrés d'hypopepsie (^) :
/ L'hyperpepsie générale ou typique. Quand le chlore organique et Facide chlorhydrique libre sont exagérés C + H + .
L'hyperpepsie chloro-organique . . C seul est augmenté, H est égal à la C \ ^ ) moyenne physiologique ou inférieure.
C + II=ou— .
L'hyperpepsie chlorhydrique. . . . C diminué, II exagéré. C — H+-
/ Dans l'hypopepsie du 1"' degré L'acidité (A) est supéi'ieure à 100.
^' Dans l'hypopepsie du 2*^ degré L'acidité (A) est inférieure à 100.
' ( Dans l'hypopepsie du "5" degré ou apepsie. A = 0.
Voici les caractèî^es sémiologiques de I'hyperpepsie :
Dans Xliyperpepsie générale et dans l'hyperpepsie chloro-organique,
(1) Chii)iisnie stomacal.
(2) Leçons de thérapeutique (1895). — Pour l'intelligence de la signification des signes C, H, A, voir plus haut, page 612.
SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUBE DIGESTIF
on trouve presque toujours un liquide abondant, fdtrant bien (peu de mucus), contenant une certaine quantité de résidus alimentaires modifiés, ou bien émulsionnés; après fdtration, clair, faiblement ambré, avec fermentations acides peu développées, le plus souvent la fermentation acétique persistant. Peptones abondantes et syntonine, quand la digestion est ralentie.
Appétit conservé ou exalté, fringales même au bout de 2 ou 5 heures, si le processus est accéléré.
Sensations simplement pénibles (gêne, plénitude, ballonnement), crampes et crises gastralgiques rares.
Ballonnement, régurgitations, rarement pyrosis, si la digestion est ralentie.
Vomissements très rares. Constipation habituelle. Langue en général propre et soif peu intense (sauf en cas d'hyperchlorhydrie tardive ou de fermentations acides au déclin). Rarement mauvais goût. Symptômes nerveux très fréquents, révélant la forme neurasthénique : mauvais sommeil, impressionnabilité, susceptibilité. Prédisposition aux psychoses et an suicide.
Urines variables : ordinairement riches en chlore, azote et acide phosphorique.
Tendance à Tamaigrissement malgré ralimentation copieuse ; quelquefois cependant obésité.
Il y a des cas à liquide gastrique peu abondant, avec accélération du processus digestif et constituant un état dyspeptique latent.
Lliyperpepsie répondrait à un état d'irritation de la muqueuse, vascularisation exagérée pendant la digestion, forte sécrétion glandulaire et surtout des glandes à suc gastrique ; pouvant ne s'accompagner que de faibles modifications de l'épithélium et des glandes, pouvant parfois coïncider avec des altérations profondes et anciennes.
Dans Vhyperpepsie Mo rhy civique cVemblée (hyperchlorhydrie des autres auteurs), les malades sont particulièrement souffrants : ils ont une continuelle sécrétion de suc gastrique même à jeun (gastrosuccorrhée). Liquide filtrant bien, peu muqueux, débris alimentaires peu modifiés ou résidus des repas antérieurs : fermentations anormales assez fréquentes, malgré H -h.
Appétit excité; soif intense, gorge sèche surtout à la fin des digestions, toujours pénibles, souvent très douloureuses (crampes, gastralgie surtout nocturne, douleur aussi intense presque que la colique hépatique).
Régurgitations fréquentes, pituites à goût acide, avec sensation de chaleur ou de brûlure. Salive souvent épaisse, langue presque toujours propre. Constipation fréquente, mais parfois diarrhée, coliques à la fin de la digestion quand un chyme trop acide surprend l'intestin.
Douleurs dans les côtés, le dos, les flancs, les lombes, plus souvent qu'à la région stomacale.
Digestion toujours ralentie, d'où dilatation gastrique proportionnelle à l'ancienneté de l'hyperchlorhydrie.
ESTOMAC
Yomisscments fréquents, très abondants si, par écarts de régime, il y a eu accumulation de repas trop rapprochés, quelquefois des crises prolongées sans cause apparente, surtout dans l'iiyperchlorhydrie d'origine nerveuse.
Comme symptômes nerveux : insomnie relative, réveil à une certaine heure qui correspond probablement au maximum de l'irritation causée par le contenu de l'estomac. Affaiblissement.
Difficulté à travailler. Impuissance génésique.
Modification de l'urine en rapport avec la déperdition du liquide chloruré, surtout en cas de vomissements abondants.
Amaigrissement, flaccidité musculaire, tendance à la cachexie.
Les caractèî^es généraux des états d'hypopepsie sont moins bien dessinés et moins fixes parce que leurs causes sont variables.
Le liquide extrait de l'estomac, moins abondant, plus épais et muc|ueux, plus coloré, filtre moins facilement que dans l'hyperpepsie, .contenant les résidus de la digestion mal émulsionnés, souvent aliments î'econnaissables, mais peu de résidus dans les degrés les plus avancés, parce que l'estomac est rapidement évacué.
La sécrétion à jeun est exceptionnelle et liée k un état passager d'excitation. Les pcptones sont en quantité variables, la syntonine plus rare que dans l'hyperpepsie ; quelquefois les matières albuminoïdes n'ont pas ^té modifiées. IICl libre fait souvent défaut ou est à l'état de traces.
La dilatation gastrique est fréquente et assez accentuée dans les formes •encore peu accusées, plus rare dans l'hypopepsie grave, nulle dans l'apepsie ; plus souvent rattachée à des causes mécaniques ou à l'atonie des parois que dans l'hyperpepsie. Les fermentations anormales plus fréquentes (45 fois pour 100) et plus intenses.
Les grands vomissements sont rares, s'il n'existe pas d'obstacle mécanique; ils surviennent à la suite d'irritations passagères. On voit assez souvent des pituites (alcoolic[ues) et des vomituritions (tuberculeux). La constipation et la diarrhée se voient presque également.
Il y a peu de douleurs et les malades se plaignent peu, sauf en cas d'augmentation de la chlorurie ou de fermentations anormales très développées.
Les symptômes nerveux souvent neurasthéniques, mais sans prédominance cérébrale : abattement et somnolence.
Dans les urines, tous les principes peuvent être diminués, mais quand l'appétit est bon, l'azote et les chlorures sont en quantité normale.
L'état général et l'embonpoint peuvent être intacts, il peut y avoir obésité. La faiblesse et l'amaigrissement tiennent à la lenteur de la digestion, à la tardive évacuation par obstacle mécanique ou à l'intensité des fermentations anormales .
L'apepsie peut être accompagnée d'une évacuation rapide de l'estomac, en moins d'une heure; aussi le liquide est-il peu abondant, spumeux, içontenant des débris alimentaires non modifiés. On peut observer la
SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUBE DIGESTIF
conservation de l'état général, embonpoint et vie active, malgré des lésions irrémédiables de Festomac et une digestion stomacale nulle, à la condition que rintestin supplée à Testomac. Plus souvent il existe de la faiblesse et de l'amaigrissement.
Au sujet des modifications quantitatives de la sécrétion gastrique il peut y avoir augmentation de la sécrétioyi dans toutes les variétés de dyspepsie, mais c'est surtout dans l'iiyperpepsie. C'est l'estomac qui fournit le liquide abondant des digestions ralenties et des évacuations tardives, beaucoup plus que la stase des liquides ingérés.
Quand il y a continuation de la sécrétion gastrique, alors qu'il n'y a plus d'aliments dans l'estomac, le matin à jeun par exemple, on dit qu'il y a gastrosuccorrhée. Reichmann ne l'admet que si on peut retirer le matin un suc gastrique acide, après avoir fait le lavage le soir. Mais Hayem croit (pie le lavage du soir est ])lutôtune cause d'bypersécrétion, qu'il provoque un reflux de bile du duodénum dans l'estomac et que le contenu gastrique du matin résulte moins de gastrosuccorrhée que d'une hypersécrétion résiduelle. La coloration verte du liquide retiré en cas d'hypersécrétion peut dépendre de microbes chromogènes ou en partie de pigment biliaire et de pigment microbien.
Le liquide d'hypersécrétion résiduelle est tantôt hyperchlorhydrique, tantôt hypochlorhydrique. L'hypersécrétion résiduelle peut se rencontrer chez des hypopeptiques qui ont d'abord été hyperpeptiques. Elle indique, en général, que les glandes gastriques sont conservées, quoique altérées. Elle ne peut constituer, pas plus qu'aucun autre symptôme considéré isolément, la caractéristique d'une maladie particulière de l'estomac.
La diminution de la sécrétion gastrique est surtout le propre de l'hypopepsie intense et de l'apepsie, elle peut cependant exister dans certaines hyperpepsies, mais presque jamais dans l'hyperchlorhydrie d'emblée : elle indique que les glandes gastri(pi(^s sont en voie de disparition ou même déjà complètement atrophiées.
Trourles évolutifs. — Hayem a étudié spécialement les modifications qui se produisent dans l'évolution du processus digestif par accélération ou ralentissement, et qu'il nomme troubles évolutifs. Il dit que la digestion est accélérée quand, au bout d'une demi-heure ou à peu près, le processus digestif est arrivé au même point qu'au bout d'une heure à l'état normal. Mais cette amélioration coexiste tantôt avec une excitation stomacale et un processus intense, tantôt avec un défaut d'excitation et un affaiblissement du processus chimique. L'hypopepsie très intense et l'apepsie s"accompagnent toujours d'un processus accéléré.
Dans les cas de ralentissement, on voit les divers temps de la digestion traîner en longueur, tantôt depuis le début du processus jusqu'à la fin, tantôt seulement après une période qui a évolué normalement ou même d'une manière accélérée. Le travail stomacal n'est jamais plus prolongé que dans l'hyperchlorhydrie avec hypersécrétion ; l'excitation persistante
ESTOMAC
do restomac a pour conséquence une sécrétion continue et la gastrosuccorrhée.
Il existe encore d'autres types de troubles évolutifs : Vhyperpepsie (révolution, dans le cas où au bout d'une heure existe une digestion normale ou un peu dliypopepsie, tandis qu'au bout d'une demi-heure existe de l'hyperpepsie : — V hyper chlorhydrie secondaire ou tardive, quand, après une première période d'hyperpepsie générale, apparaît seulement l'hypcrchlorhydrie proprement dite ; — la pseudo-apepsie, dans laquelle l'estomac ne contient plus au bout d'une heure qu'un liquide dépourvu de toute activité, tandis qu'au bout d'une demi-heure il y a seulement hypopepsie intense avec accélération du processus et évacuation précoce; — la fermentation tardive, par production d'acides anormaux dans la phase de déclin du processus, tandis qu'on n'en trouvait pas à son acmé.
La conséquence des troubles évolutifs est que, dans la digestion accélérée, il n'y a pas de dilatation de l'estomac; dans la digestion ralentie, l'estomac tend à se dilater, et il l'est toujours quand le ralentissement digestif existe depuis longtemps.
Voici le classement des faits morbides adopté par Ilayem par application des signes objectifs, physiques et chimiques au diagnostic organo-
pathique :
Évacuation