PERCUSSION
On cherche par la percussion à délimiter le cœur avec son enveloppe et les gros vaisseaux. Ces organes étant privés d'air, partout où ils seront en contact immédiat avec la paroi thoracique, on obtiendra un son mat. Une notable partie de la face antérieure du cœur étant recouverte par les poumons, la percussion à ce niveau ne révèle qu'une matité relative, c'est la grande matité du cœur. La matité absolue n'est obtenue que dans un espace irrégulièrement quadrangulaire de 4 à 5 centimètres carrés et appartenant presque exclusivement au ventricule droit, c'est la petite matité du cœur.
La valeur de chacune de ces matités et de leurs variations pathologiques est diversement appréciée suivant les auteurs. Bouillaud se contentait d'établir la matité absolue, ses variations lui paraissant suffisantes pour déterminer les changements de volume du cœur. Friedreich, puis plus tard C. Paul et M. Potain, ont conseillé au contraire d'étudier surtout les variations de la matité relative. Quoi qu'il en soit, une remarque s'impose : tandis que la percussion faible donne, facilement et sans éducation préalable de l'oreille, la petite matité, il faut, pour obtenir la seconde, avoir recours à des techniques compliquées et surtout être très versé dans la pratique de cette recherche.
Un grand nombre de procédés ont été, et sont encore à chaque instant, préconisés; nous nous contenterons de résumer celui de M Potain, un des plus employés (*).
(^) LuTON [Union méd. du ISord-Est, 1884) a recommandé un procédé de mensuration da cœur manquant peut-être d'exactitude mais, en tout cas, fort simple. Etant donnée la pointe, il trace de ce point deux lignes perpendiculaires entre elles, l'une horizontale, l'autre verticale, et mène la bissectrice de l'angle droit ainsi formé. Le point où cette bissectrice rencontre le bord droit du sternum correspond à l'orifice aortique. On peut ainsi mesurer aisément la hauteur du ventricule gauche. L'auteur fait, en outre, remarquer que la bissectrice prolongée aboutit à l'extrémité externe de la clavicule droite, de sorte que, pratiquement, il suffit de mener une ligne droite de la pointe du cœur à l'articulation acromio-claviculaire droite, en notant le point où elle rencontre le bord gauche sternal, pour avoir la ligne du cœur. Ce procédé ne peut évidemment pas s'appliquer aux cas où l'organe, plus ou moins augmenté de volume, s'écarte notablement de sa position normale.
Toutes les méthodes préconisées donnent des résultats inconstants et souvent contestables, ce qui tient à diverses conditions anatomiques et notamment à la position profonde du cœur dans la cage thoracique. La percussion forte est pénible pour les malades; il est difficile, en outre, de saisir des nuances de timbre. Les coups forts font vibrer l'air de l'estomac situé en partie en arrière du cœur et le son tympanique masque d'autant la légère matité du cœur. Pour remédier à ces inconvénients, un médecin russe, Chapireau [Vratch, 1895, n° 49), a récemment préconisé un système qui n'est qu'une modification de celui déjà conseillé par Seitz et exposé ensuite par Gumprecht [Soixante-septième Congrès des naturalistes et des médecins
PERCUSSION DU CŒUR
Ce procédé comporte :
1° La détermination des lignes qui doivent servira la figure donnée par la percussion.
2^ Le mode de percussion à l'aide duquel on doit tracer ces lignes.
5*' La mensuration des surfaces circonscrites par elles.
1^ Le système linéaire de M. Potain est celui proposé par C. Paul. 11 se compose de 5 lignes. Une première suit le bord du ventricule gauche, elle constitue le bord gauche de la matité. La seconde, se confondant à peu près avec le bord droit sternal, correspond dans sa partie inférieure à roreillette droite et plus haut à celui de la crosse aortique. La troisième devrait longer le bord du ventricule droit; on l'établit artificiellement en tirant une ligne allant de la pointe du cœur à l'intersection du bord supérieur du foie avec le bord droit de la matité. Cette ligne empiète évidemment un peu sur le bord droit du cœur.
2° M. Potain conseille de percuter avec le doigt, en commençant à quelques centimètres en dehors du périmètre indiqué, en pleine sonorité pulmonaire, et en s'en rapprochant peu à peu jusqu'à ce qu'une diminution de sonorité et surtout une élévation soudaine de la tonalité du son avertissent qu'on a atteint le bord du cœur. On s'arrête là, la percussion au-devant du cœur est inutile. M. Potain met en garde contre une erreur qu'on pourrait commettre : souvent, quand le choc de la pointe est peu marqué, on est obligé pour le percevoir de faire prendre au sujet le décubitus latéral gauche en le plaçant en expiration forcée. De ce fiiit, on déplace la pointe de 2 centimètres environ en dehors; il faut y songer quand on pratique cette manœuvre, l'étendue de la matité cardiaque en serait considérablement modifiée.
Pour ce qui concerne la matité absolue, qui, pour l'auteur, est de moindre importance, il faut procéder en sens inverse, employer le mode excentrique, c'est-à-dire partir du centre de la matité qu'on rencontre un peu au-dessous du milieu de la grande matité et se diriger suivant des lignes normales à la direction des bords de chaque poumon. Cette percussion permet d'inscrire dans le triangle préalablement obtenu un triangle plus petit représentant la petite matité.
o"" Pour mesurer l'aire représentée par les deux inatités du cœur, M. Potain a aujourd'hui abandonné le procédé qu'il avait préconisé autrefois dans la thèse de M. Foubert (*) ainsi que l'emploi du planimètre d'Amsler. Après de nombreuses mensurations, il a pu se convaincre qu'il suffit de prendre la hauteur et la longueur du tracé, de multiplier ces
allemands de Lûbeck, 1895). I/aulcur, aiin de rendre le cœur plus accessible à la percussion en le rapprochant de la paroi thoracique, propose de faire prendre au sujet le décubitus ventral. Pour obtenir ce résultat, il a fait construire un appareil spécial, sorte de brancard assez élevé pour que le médecin puisse se tenir assis au-dessous et pratiquer la j)ercussion. Malgré les assertions de l'auteur dont les résultats auraient été contrôlés par la vérification sur le cadavre, nous pensons qu'il s'agit d'un procédé bien compliqué, pénible pour le malade, et qui a peu de chance de jamais entrer dans la pratique courante. (•) FouBEjiT, Thèse de Paris, 1887.
deux noml)ies entre eux et leur produit par un coefficient : 0,85. On
Fif^. 2a. — Matilé précordiale normale.
A, limites de la niatité totale ou submatité. — B, limites de la matité absolue de la portion découverte. La ligne rouge représente les contours du cœur et des troncs artériels en place dans le médiastin. (D'après M. Potain.)
obtient ainsi un chilîre qui représente approximativement l'aire de la matité en centimètres carrés.
Longueur X largeur X 0,85 = A (aire) D (grand diamètre) X d X 0,85 = A (aire).
Cette formule serait applicable dans tous les cas où le contour' du tracé ne s'éloi panerait pas trop des formes ordinaires (').
(-) Steel {Med. chron., Xll) a proposé l'emploi d'une méthode simple pour noter le volume du cœur après la percussion. Il écrit en chillVcs romains la cote qu'atteint la matité cardiaque supérieure; puis au-dessous et sur la même ligne, à gauche, la distance en pouces de la ligne médiane au bord cardiaque droit; à droite, celle qui sépare la pointe de la ligne médiane.
PERCUSSION DU CŒUR
Les divergences d'opinion au sujet de la valeur diagnostique des diverses formes de matité cardiaque tiennent sans doute à ce que, pour employer avec fruit ce procédé d'exploration, il faut en avoir une très grande habitude. On ne peut s'empêcher de remarquer que les différents schémas de matité cardiaque à l'état normal sont très dissemblables suivant les auteurs.
Pour M. Potain, la percussion est un moyen d'exploration encore plus précieux que la palpation (^), mais elle ne donne absolument rien, ajoutet-il, si elle n'est pas faite avec méthode et précision. Voyons séparément les deux espèces de matité.